Chapitre 1 – Une rencontre électrique
Le dernier jour de cours était enfin terminé. Le soleil déclinait à l’horizon, teintant le ciel de nuances rosâtre alors qu’un train filait à travers la campagne japonaise.
À l’intérieur d’un des wagons, deux lycéens, Sakuta et Hina, étaient plongés dans leurs pensées. Assis face à face, ils somnolaient presque, bercés par les légères secousses du train.
Sakuta, lunettes sur le nez, songeait aux longues semaines d’été qui l’attendaient. Pas de vacances insouciantes pour lui, son objectif était clair : réviser sans relâche pour intégrer la prestigieuse faculté de médecine de Tokyo.
De son côté, Hina, le regard perdu à travers la vitre, réfléchissait à son propre été. Contrairement à ses camarades qui se réjouissaient des vacances, elle passerait ses journées à enchaîner les petits boulots pour aider sa tante. Depuis la disparition de ses parents, elle vivait avec eux, et elle se sentait redevable de leur soutien.
Un soupir commun leur échappa.
Soudain, une violente secousse les tira de leur torpeur.
CLAC !
Les lumières du wagon s’éteignirent brutalement, plongeant le train dans l’obscurité. Une panne de courant venait de survenir, et le train s’arrêta net… en plein milieu d’un pont.
Un bruit sourd, suivi d’un cri aigu.
— KYAAAH !
Avant qu’elle ne comprenne ce qui se passait, Hina sentit son corps basculer en avant. Propulsée par l’arrêt brutal du train, elle effectua un vol plané de quelques mètres avant de s’écraser contre Sakuta avec une force qui lui coupa le souffle.
— PUTAIN !!
Le choc les fit chuter lourdement au sol. Les sacs de cours volèrent en éclats, et dans sa chute l’Ice Tea de Hina se renversa… directement sur Sakuta.
Le silence qui suivit fut presque comique.
Sakuta, étalé sur le sol, les vêtements trempés et le regard vide, cligna des yeux plusieurs fois avant d’expirer lentement. Dans sa tête, il n’avait qu’une seule pensée :
(Cette fille est un véritable aimant à catastrophes… !)
Hina, rouge de gêne, se redressa maladroitement et tendit une main vers lui.
— Ah euh… désolée ! Tu vas bien ?!
Sakuta, toujours allongé, leva un sourcil avant d’accepter sa main pour se relever.
— Ouais, ouais… tout va bien. Juste un Ice Tea gratuit sur mes fringues, aucun souci.
(Si elle croit que je vais la remercier… Non mais sérieusement, c’est quoi son problème ?!)
Hina grimaça.
— Je suis vraiment désolée… Tiens, prends un mouchoir.
Elle sortit un paquet de mouchoirs de sa poche et lui en tendit un.
(Mais t’avais largement le temps de me rattraper au lieu de rester planté là comme un abruti ! En plus, c’est moi qui lui file un mouchoir, mais je suis pas sûre de vouloir qu’il l’utilise. Zut, j’aurais dû en sortir usager tiens…)
Sakuta attrapa le mouchoir sans un mot et s’épongea tant bien que mal et tous deux ramacèrent leurs sacs de cours.
Un silence pesant s’installa entre eux.
Chacun espérait secrètement que l’autre descendrait du train avant lui.
Les minutes passèrent, longues et pesantes. Petit à petit, les autres passagers quittèrent les lieux, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’eux dans le wagon. Finalement, le train atteignit son terminus : une modeste gare de campagne à l’air délabré.
Sakuta et Hina descendirent à contrecœur, jetant de furtifs regards en coin l’un vers l’autre.
(Tant qu’elle est là, ça va… mais c’est quoi son problème ? Elle compte me suivre jusqu’à chez papi ?!)
(Pourquoi il est toujours là, lui ?! C’est un stalker ou quoi ?!)
Les lampadaires grésillaient faiblement alors qu’ils marchaient en direction de l’arrêt de bus voisin. Le vent nocturne soufflait légèrement, soulevant quelques feuilles mortes sur leur passage.
Encore un silence interminable.
Finalement, un minibus fatigué finit par arriver. Sans échanger un mot, ils montèrent à bord et s’installèrent chacun à une extrémité du véhicule.
Le trajet s’éternisa. Une heure passa. Puis deux.
Lorsqu’ils atteignirent le terminus du bus, une petite ville endormie où seules quelques enseignes restaient allumées, ils descendirent en même temps.
Un regard. Un soupir. Puis, en chœur, ils explosèrent :
— « Pourquoi tu me suis ?!! »
Sakuta fronça les sourcils.
— « Tu te fiches de moi ?! C’est toi qui me suis ! C’est toi qui m’as bousculé dans le train, je te rappelle ! »
Hina croisa les bras.
— « Primo, c’était un accident, Monsieur Binoclard. Et deuzio, ça se voit que t’es un pervers qui me suit en douce pour me kidnapper et me faire je-ne-sais-quelle-cochonnerie ! »
— « MAIS OUI BIEN SÛR ! Et c’est moi le pervers, maintenant ?! »
— « Exactement ! Pervers ! Pervers ! PERVERSSSSS !! »
Sakuta se passa une main sur le visage, exaspéré.
— « T’façon, vous êtes toutes les mêmes… » marmonna-t-il.
— « Hein ? Qu’est-ce que t’as dit, la Binocle ? Vas-y, je veux entendre. »
Sakuta lui lança un regard noir avant de lâcher froidement :
— « Ça me semble évident… toutes des PUTE !! »
Un silence de plomb s’abattit sur eux.
Hina, choquée, sentit son visage s’empourprer sous l’effet de la colère.
— « Espèce de… de…!! »
Mais avant qu’elle ne puisse répliquer, plusieurs voix s’écrièrent au loin :
— « Heee hooo !! Sakutaaaa !! Hinaaa !! On est là !! »
Les deux adolescents s’arrêtèrent net.
Ils échangèrent un dernier regard, hésitant entre la colère et l’incompréhension, puis se retournèrent lentement vers l’origine des voix.