Prologue
L’habitacle de la berline noire est englouti dans une obscurité épaisse, à peine entaillée par les halos pâles des réverbères. Le tic-tac régulier de l’horloge intégrée au tableau de bord résonne comme une pulsation sourde, seule perturbation dans le silence dense qui emplit l’espace. Stationnée en retrait sur le bas-côté d’une rue animée de New York, la voiture se fond dans les ombres, invisible aux regards pressés. D’ici, il a une vue parfaite sur l’entrée de son immeuble d’appartements. À l’arrière, il attend. Patient. Immobile. Une main négligemment posée sur l’accoudoir, l’autre effleurant du bout des doigts le rebord de la portière, il observe… sans ciller. Un grondement de moteur approche. Une voiture les dépasse, si près que la portière semble vibrer sous le souffle de son passage. Il ne bouge pas. Ses yeux restent fixés sur la scène. Le véhicule ralentit, s’arrête devant l’immeuble. La portière arrière s’ouvre. Et elle apparaît.D’un geste fluide, elle sort de la voiture, referme la porte derrière elle et avance vers les quelques marches qui mènent à l’entrée. Sous la lumière tamisée des lampadaires, sa silhouette se découpe dans la nuit comme une vision qu’il avait attendue trop longtemps.Il ne la quitte pas du regard. Pas une seconde. Chaque mouvement est disséqué, absorbé. La façon dont elle passe une main dans ses cheveux. Le glissement précis des clés dans la serrure. La courbe délicate de son cou lorsqu’elle baisse légèrement la tête. Elle l’ignore encore. Mais lui… vient de la retrouver.À l’avant, le chauffeur, jusque-là silencieux, jette un coup d’œil rapide dans le rétroviseur. — On va la chercher ? demande-t-il, voix basse.
Un léger sourire étire ses lèvres. Ses yeux restent rivés sur elle. Puis, se redressant légèrement, il détourne enfin son regard de l’entrée. — Non… pas maintenant, répond-il, d’un ton froid, presque amusé. J’ai envie de jouer un peu avec elle avant.
Une ombre glisse dans ses yeux, et sa voix se fait tranchante comme la lame d’un couteau. — Je veux ressentir sa peur. Son désespoir.
Ses doigts tapotent lentement l’accoudoir, rythme calculé, presque hypnotique. Pas un geste nerveux. Non. Un mécanisme en marche. Il ne ressent aucun besoin de se précipiter. Parce que, dans son esprit, une vérité est déjà gravée au fer rouge. — Je ne suis pas pressé… souffle-t-il, un sourire carnassier au coin des lèvres.
Après tout… elle m’appartient déjà.