Le Paradis des Vices

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Summary

Trois meurtres en série Deux mondes connectés Un détective en quête de vérité… Lorsqu’une ville autrefois paisible devient le terrain de jeu d’un tueur en série aux méthodes défiant toute logique, la police locale se résout à contacter des détectives privés. Evan Alistair doit découvrir qui se cache derrière trois terribles meurtres. Pour cela, il pourra compter sur le soutien de sa mentore Adria ainsi que de Patty, nouvelle recrue des forces de l’ordre. Toutefois, l’enquête met à rude épreuve ses convictions. Un soir, il se retrouve propulsé dans un monde parallèle : Le Paradis des Vices. Dirigé d’une main de fer par un individu se qualifiant « d’Arbitre », Evan se retrouve contraint à participer à son jeu sordide. Lorsque le détective se rend compte que ce monde étrange possède un lien étroit avec l’enquête en cours, il n’hésite plus à mettre sa vie en péril… Evan parviendra-t-il à résoudre cette affaire hors norme ? Pourra-t-il faire éclater la vérité et convaincre que réel et imaginaire peuvent parfaitement s’imbriquer ?

Status
Excerpt
Chapters
4
Rating
n/a
Age Rating
18+

Prologue

Si seulement il avait pu en être autrement… si seulement j’avais pu me rendre compte plus tôt de la gravité de la situation, les choses n’auraient pas été aussi loin…

Avec des « si », on peut refaire le monde. Cet homme, la trentaine, désormais plein de rêves et d’espoirs brisés, aurait aimé le refaire. Il avait été missionné en tant que détective quelques semaines plus tôt, afin de résoudre une enquête de la plus haute importance. Il y serait parvenu, s’il n’avait pas été piégé de la façon la plus sordide qui soit…

Désormais, il était bien résolu à remporter le défi qui venait de lui être imposé : gravir une imposante tour. Il devait empêcher que le massacre ne se perpétue. Allez, tu peux y arriver. Non, tu dois y arriver… ne cessa-t-il de se répéter à lui-même, pour se donner force et courage.

L’air ambiant étant toujours aussi suffocant. Il ne pouvait s’empêcher de haleter, mais il ne renonça jamais à avancer. D’ailleurs, il se remémora qu’il avait ressenti quelque chose de similaire la première fois qu’il avait mis les pieds dans cet endroit maudit, au-delà des frontières du réel. Il aurait souhaité éviter ce type de confrontation avec son adversaire. Cependant, ce dernier l’a obligé à relever ce cruel challenge, et surtout à le gagner, si tant est qu’il en soit capable, selon ses propres termes. C’était l’unique moyen de faire cesser toutes ces horreurs. Lui seul pouvait mettre un terme à ce cauchemar. Il se devait de garder en tête cette triste réalité, après quoi il lui faudrait la transformer en volonté inébranlable, peu importe les dangers qui le guetteraient. En effet, s’il échouait, qu’adviendrait-il de l’avenir ?

L’édifice où aurait lieu l’épreuve était si haut qu’il transperçait le ciel lui-même. Il le fixa un moment du regard, avant d’entrer.

Il dut se dépasser pour parvenir à effectuer son ascension. D’abord, il fut confronté à une salle lui donnant la désagréable sensation qu’il avait rapetissé, jusqu’à ce qu’il se rende compte que c’était en fait bien le cas. Pour atteindre la porte de sortie, évidemment placée tout en hauteur, il dut redoubler d’ingéniosité. A chaque étage qu’il franchissait, il lui paraissait s’écouler une éternité. Pour ne rien arranger, son ennemi, tapi dans l’ombre, le narguait de temps à autre. Il alla même jusqu’à lui rappeler à quel point il était faible :

— Tu te crois sincèrement capable d’arriver jusqu’au bout ?

— J’ai bien l’intention de mettre fin à ce plan machiavélique, et je compte bien aussi retrouver ma liberté ! clama l’homme avec vigueur.

Il ne comptait pas se laisser perturber par des menaces. Il reprit donc sa route, affrontant un à un toute une série de pièges. Le plus sordide d’entre eux fut la traversée d’un gouffre béant. On avait dressé çà et là plusieurs chemins devant lui, sauf qu’au final, il se rendit compte que seul l’un d’entre eux l’empêcherait de sombrer dans les abysses. Heureusement pour lui, il avait d’excellentes capacités d’observation et de concentration.

— Bon sang, combien d’épreuves dans ce genre il y a encore à passer ? soupira-t-il sous l’effet de la fatigue.

Par chance, il fut en mesure de faire une pause durant son parcours. Ce n’était pas pour lui déplaire, mais la conception des lieux le perturbait. Il savait pourtant que rien ici n’était normal, bien au contraire… Par ailleurs, il avait aussi conscience que, dans ce monde mystérieux, il ne fallait jamais relâcher sa garde, au risque de mourir. Il ne put donc s’empêcher de vérifier qu’il pouvait bel et bien reprendre des forces, avant de continuer.

En revanche, ce qu’il ignorait à ce moment-là, c’est que les défis qu’il venait de relever ne représentaient rien en comparaison de ce qui l’attendait au-delà…


Après un repos bien mérité, l’homme fut de nouveau sur pied. A peine se leva-t-il que la voix de son adversaire refit irruption :

— J’espère que tu as bien savouré tes derniers instants de tranquillité.

Se sachant toujours plus proche de l’arrivée, il avança sans sourciller.

Il fit face aux embûches qui s’imposèrent à lui. Toutefois, il eut l’impression que des heures, que des jours entiers s’étaient écoulés, mais jamais il n’abandonna, jamais il ne perdit espoir, et jamais il ne renonça. L’enjeu était bien trop important, bien trop crucial pour qu’il se le permette.

Au bout d’un moment, il se présenta dans une salle ne comprenant rien d’autre qu’un imposant escalier. Il comprenait tellement de marches qu’il aurait été impossible de toutes les compter. Lorsqu’il leva les yeux pour voir jusqu’où il menait, il aperçut une lueur… une splendide lueur blanche précisément. Ça y est j’y suis enfin, pensa-t-il. Alors qu’il allait commencer son ascension finale, il fut parcouru d’un étrange frisson. C’était comme si son instinct lui intimait que tout était trop calme, et surtout trop simple. Il observa les alentours, mais ne vit rien de particulier. Il posa prudemment un pied sur la première marche. Ce fut à ce moment-là précisément qu’elle sortit de sa tanière… elle, cette chose hideuse et difforme, semblable à nul autre être vivant, ne désirant qu’une chose : prendre au piège sa malheureuse proie. Agrippée à la paroi murale se trouvant au-dessus de sa tête, la créature entama sa descente puis vint s’approcher, subrepticement. Elle déclara :

— Notre duel prendra fin après cette ultime épreuve : gravis les marches jusqu’au sommet. Si tu survis, et si tu es en mesure de me vaincre, alors tu seras libre à nouveau.

— Après tout ce que j’ai enduré, je compte bien gagner ! affirma l’homme avec assurance. Je serai celui qui mettra fin à ta folie !

Une lutte acharnée s’engagea ainsi, le monstre n’ayant pas l’intention de le laisser en réchapper vivant.

— Je ne veux pas perdre, je ne vais pas perdre ! Pas ici, pas maintenant !

Il ne cessa de se répéter ces mots à lui-même. Bien que son adversaire usa de pouvoirs à sa disposition, il ne fut pas en mesure de l’arrêter. Il atteignit la porte aperçue depuis le contrebas. Elle paraissait le mener vers son salut. Ni une ni deux, il s’empressa de l’ouvrir, puis de la refermer au nez et à la barbe de son opposant.


L’homme venait de remporter le terrible duel qu’on lui avait imposé. Il se trouvait désormais au sommet du bâtiment, et n’était d’ailleurs plus en mesure de distinguer quoique ce soit en contrebas.

— J’ai réussi ! J’ai survécu ! C’est un miracle ! cria-t-il de joie.

Cependant, sa gaité laissa vite place à la déception. La bête hideuse fracassa l’unique accès, puis se précipita dans sa direction. Il recula par prudence, puis s’écria :

— J’ai gagné ! J’ai remporté les épreuves, et je t’ai vaincu lors de cette ultime course poursuite ! Maintenant respecte tes engagements : cesse cette folie, et libère-moi de cet enfer !

Son ennemi se mit à rire :

— Tu as peut-être surmonté brillamment tous les obstacles sauf que, comme tu peux le constater, je suis toujours en vie et en pleine forme. Cela signifie donc que tu as échoué.

— Quoi ? s’exclama-t-il, surpris.

— Tu devais non seulement survivre certes, mais tu devais aussi et surtout me vaincre. Or je suis ici devant toi, et si je le désire, d’un coup de mes terribles serres je pourrais facilement arracher ta petite tête. D’ailleurs, qu’est-ce qui m’en empêche ?

Le sang de l’homme se glaça :

— Non, ce n’est pas possible… balbutia-t-il. Je croyais que je devais réussir les défis, franchir toutes les étapes. Je croyais que c’était cela qui signifiait te vaincre. A aucun instant je n’ai pensé au sens propre du terme…

Il marqua une pause, réfléchit un instant, puis déclara à haute voix :

— Tout ceci était en fait un coup monté ! C’est de la triche ! Depuis le départ tu trichais ! Tu savais que je n’aurai aucun moyen de te tuer !

— Ça y est, tu as enfin compris ? Tu n’avais aucune chance. Tu aurais dû abandonner pendant que tu le pouvais !

— Et te laisser continuer à perpétuer le massacre d’innocents ? J’aurais dû selon toi fermer les yeux sur la situation ? Ça jamais !

Désormais, il savait que tout était fini pour lui. Il s’était battu jusqu’au bout, tout ça pour qu’au final, il ne soit pas en mesure de remporter ce jeu mortel. Que lui restait-il comme choix : abandonner, puis se soumettre ? Non je ne peux pas m’y résoudre… pensa-t-il.

Tandis qu’il était perdu dans ses pensées, et dans l’incapacité de prononcer le moindre mot, la créature profita de ce moment pour se préparer à lui porter le coup fatal. C’est alors qu’une autre solution vint à l’esprit de cet homme. Il se mit à rire nerveusement tandis que, dans le même temps, les larmes abondaient sur ses joues. Il redressa la tête, puis regarda la bête droit dans les yeux :

— Je crois bien… que je n’aurai pas de meilleure option que celle-là, déclara-t-il.

Son adversaire, interloqué, attendit de voir ce qui allait se passer. Il ne lui fallut qu’un instant pour obtenir la réponse : l’homme se précipita en direction du vide.

— Arrête ! NOOOOON !

Néanmoins, il était trop tard. Il était bien résolu à faire échouer son plan coûte que coûte, quitte à y laisser sa propre vie. Il s’était retrouvé dans l’impasse, et n’avait plus guère le choix.

Il s’appelait Sylas Rayden. Il avait tout fait pour empêcher cette tragédie… en vain.

A l’avenir, personne ne le reverrait plus jamais.

Et personne ne se souviendrait de lui.