Mardi – Appel
Cette histoire suit le tome 1, à lire :

Bonne lecture,
— Salut, Nico ? Quelle joie de te voir chez moi en milieu d’après-midi, café ?
Nicolas s’assit au comptoir de son ami Théodore et s’y affala.
— Un double expresso, s’il te plaît, lâcha-t-il en glissant nerveusement les mains dans ses cheveux blonds, puis se redressa.
— Bon sang, Nico, qu’est-ce que t’as ? Depuis quelques jours, tu es lessivé. Prends du repos, ou va voir le médecin, tu m’inquiètes.
Nicolas croisa les yeux bleus de Théodore, sourit et secoua la tête. Ce n’était pas son genre de se plaindre, mais ce n’était pas de cela qu’il avait envie de discuter avec son meilleur ami.
— Tiens, bois, et dis-moi ce qui ne va pas.
C’était toujours comme ça entre eux. Ils s’appelaient, se voyaient chez l’un et chez l’autre avec leurs inséparables garçons, mais dès qu’il s’agissait d’un problème plus profond, ils venaient dans le café ou le bar de l’autre. Et, si Nicolas était dans le café de Théodore aujourd’hui, c’était parce que son cœur ne se sentait pas bien.
— Diégo, appela Théodore en faisant signe à son employé, je serai dans le bureau si jamais tu es débordé.
— Oui, patron.
— Nico, avec moi.
Sans rien dire de plus, il but d’une traite son café et suivit son ami. Nicolas ne voulait pas ternir la vie amoureuse de Théodore avec la sienne, alors que son ami était en couple avec David depuis seulement neuf mois. Mais, là, il n’en pouvait plus. Liam ne lui parlait plus et depuis quelque temps, il n’y avait plus rien au lit entre eux.
— Alors, raconte, demanda Théodore en l’invitant à s’asseoir. Il y a un mois, tu m’as dit que Liam avait engagé un assistant et que tu étais super heureux parce que, du coup, il rentrait plus tôt ? Qu’est-ce qui a changé ?
Nicolas s’accouda, les joues sur les paumes, et inspira, presque las.
— Il me trompe.
— Répète, marmonna Théodore en grimaçant comme s’il avait eu du mal à entendre.
— Tu m’as bien compris, railla-t-il, cette fois-ci en s’adossant à son siège. Au début, je n’y croyais pas, c’étaient juste des gestes, mais hier soir, comme il n’était pas rentré pour que j’aille au bar, je suis allé le voir.
— Et ?
— Ils étaient à la réception, seuls, tous les deux. Ses deux mécanos étaient déjà partis. De l’extérieur, j’ai vu Liam et Marc s’enlacer, et ça se voyait que ce n’était pas la première fois, en plus, ils se murmuraient des trucs à l’oreille.
Théodore ouvrit la bouche, puis hésita à répondre avant de supposer :
— Ça ne veut rien dire, Nico.
— De quel côté es-tu ? se morfondit-il en fermant durement les paupières, puis se les massa d’une main avant d’ouvrir ses yeux bleus, fatigué.
— Du tien, toujours, mais…
— Théo ! s’agaça-t-il. C’est la première fois qu’il ne m’appelle pas pour dire de faire garder Damien alors qu’il sait que je dois aller m’occuper du bar ! Et… merde, on ne baise plus depuis plusieurs jours, il ne me touche plus et… je crois que c’est la fin. Je savais qu’il se lasserait de moi…
Théodore se leva et fit le tour du bureau.
— Nico, tu me connais, je suis nul en communication…
— Ça, c’est sûr, marmonna-t-il sans une once de méchanceté, mais c’est de toi que j’ai besoin, là.
— Viens-là, l’invita Théodore en tendant les bras.
Nicolas se leva et se blottit contre son frère de cœur. Peu importe que son ami ne sache pas exprimer ses émotions, tout ce qu’il avait besoin était de se sentir encore aimé. Dans les bras de Théodore, il apprécia ce doux contact, contact que Liam ne lui avait plus offert depuis des jours.
— Est-ce que Justin se sent de te relever au bar avec ta nouvelle serveuse ? demanda son ami.
— Oui…
Justin, l’ami de David, travaillait pour lui depuis trois mois. C’était devenu un bon élément, même si parfois, il était un peu tête en l’air. Nicolas aimait bien son côté maladroit. Au moins, il ne lui avait pas brisé de la vaisselle.
— Je peux y faire un tour ce soir, David sera de retour de Paris à dix-neuf heures.
— D’accord…
— Et profite bien de Damien.
Il hocha la tête, puis sourit en tentant de garder les paupières ouvertes.
— Va chez le médecin, tu me fais peur avec cette tête.
— Ok, demain, là, j’ai besoin de me reposer avant de chercher Damien à l’école.
— Appelle, et j’accourais.
— Merci, à plus tard…
Nicolas inspira en sortant du café et prit le temps de marcher dans la rue en savourant l’air frais de ce mois de mars. Il était quinze heures, s’il faisait une petite sieste, cela lui ferait certainement du bien.
.
Théodore jeta un coup d’œil à l’horloge murale de son café, dix-sept heures trente. Puis fronça les sourcils en voyant le nom de Nicolas s’afficher sur l’écran de son smartphone. L’état de son ami l’inquiétant, il répondit :
— Tonton Théo ?
— Damien ? s’étonna-t-il d’entendre à l’autre bout du fil. Où est ton père ?
Il savait que Nicolas récupérait toujours Damien à la sortie d’école, mais de là, à ce que ce soit son neveu de six ans qui l’appelle, c’était que cela devait être très grave.
— Papa est bizarre, il parle pas, il veut pas se lever, il me regarde avec des yeux méchants… Tonton, il me fait peur…
Son ventre se serra. Sans hésiter, il demanda à Damien de rester près du téléphone, puis raccrocha pour tenter de joindre Liam. Messagerie. Merde. Il se résolut à lui laisser un mot puis enfila son manteau.
— Diégo, appelle Diana pour remplacer Elsa. Elsa, conduis-moi chez Nicolas, je dois rappeler mon neveu et le garder en ligne.
Devant sa voix tremblante, Diégo saisit le combiné du café et composa le numéro de la belle-soeur de Théodore. Quant à Elsa, elle saisit les clés de sa voiture sans en demander davantage.
Théodore rapella son neveu, le cœur battant à cent à l’heure.
— Tonton ?
Sa petite voix chevrotante lui étreignit la poitrine.
— Oui, je suis là, j’arrive, mon bonhomme, d’accord. Je te dirais dès que je serais devant le portail, comme ça, tu appuieras sur le bouton pour m’ouvrir, d’accord ?
— Oui, tonton…
Le long du chemin, il réfléchissait à ces dernières semaines. Nicolas n’était physiquement pas bien et Théodore commençait sérieusement à se dire qu’il aurait dû insister et l’emmener lui-même chez le médecin.
— Damien ! C’est bon, je suis devant, ouvre-moi !
Dès qu’il descendit de la voiture, il courut vers la porte d’entrée qui s’ouvrit sur Damien et ses grands yeux bleus paniqués pointés sur lui.
— Il veut pas bouger, souffla-t-il en jouant nerveusement avec ses petites mains.
Théodore entra et le vit immédiatement. Nicolas était affalé sur le canapé, le regard vitreux, sa respiration lente et irrégulière. Il avait le teint livide, les traits tirés, et quand Théodore s’accroupit près de lui, il remarqua que ses pupilles étaient étrangement dilatées.
— Nico ? Nico, tu m’entends ?
Pour toute réponse, il eut un grognement presque inaudible. Il essaya de le bouger, mais le corps de Nicolas ne suivait pas. Ses muscles semblaient engourdis, mous, comme s’il était sous l’effet d’un puissant sédatif.
— Putain...
Pas le temps d’hésiter. Il attrapa Nicolas par les épaules et le souleva tant bien que mal.
— Théo, paniqua Elsa qui enfin osa entrer dans le salon.
— Damien, mets tes chaussures, on va à l’hôpital. Elsa, ta voiture !
Le gamin s’exécuta, tremblant, les larmes aux yeux.
.
La route fut courte et interminable à la fois. À l’urgence, Théodore demanda à Elsa de rentrer au café, de se prendre quelques minutes pour s’éclaircir les idées et de ne parler de cela à personne, à part Diana.
Dès que Nicolas fut pris en charge en arrivant sur place, les infirmiers tentèrent de le questionner, mais son ami était tellement dans les vapes que ses réponses étaient incohérentes.
Théodore se retrouva à attendre avec Damien, le gamin blotti contre lui, ses petits doigts agrippant son manteau comme une bouée de sauvetage.
— C’est ma faute, renifla-t-il.
— Eh, non, mon bonhomme, chuchota Théodore en déposant des baisers sur son front. Tu as fait ce qu’il fallait en m’appelant. Nicolas va être soigné, d’accord ?
Un médecin finit par les rejoindre et demanda à une infirmière de rester près de l’enfant pendant qu’il discuterait avec lui. Théodore jeta un dernier regard à son neveu, puis suivit le médecin dans le couloir.
— Il a été drogué, annonça l’homme. Probablement au GHB ou à une substance similaire. Vous savez comment cela a-t-il pu se produire ?
— Drogué ? répéta Théodore. Non, c’est impossible, Nicolas ne…
— Nous attendons encore les résultats des analyses. Il a présenté une forte somnolence, une hypotonie musculaire et une désorientation, mais son état commence à s’améliorer.
Théodore serra les poings. Qui avait bien pu faire ça ? Soudain, une ombre sur le fond attira son attention. Liam venait d’arriver, haletant, visiblement inquiet. Dès qu’il le vit, Théodore sentit sa colère exploser.
— Où étais-tu, bordel ? rugit-il avant de lui asséner une droite en pleine face. Qu’est-ce que tu lui as fait ? ! Je te faisais confiance ! Il te faisait confiance ! Merde !
Théodore relâcha toute la tension, les larmes de peur et de colère se déversant sur ses joues.
— Ne t’approche plus de Nicolas. Pas tant que je ne sais pas ce qui s’est passé.
— C’est mon mari !
— Un mari que tu délaisses ! Un mari que t’as oublié d’appeler pour Damien ! Va te faire foutre ! Dégage !
— Aux yeux de la loi, tu n’es rien pour lui, alors laisse-moi voir mon mari !
— Ah ouais ! Si tu n’as pas envie qu’il demande le divorce à son réveil, tu ferais mieux de te faire petit !
— Messieurs ! s’interposa le médecin. Ce n’est ni le lieu ni le moment de se crier après.
Liam ne comprenait pas quand sa vie avait basculé. Si Théodore en était venu aux mains, cela ne pouvait signifier qu’une chose : la vie de Nicolas était en danger.