Prologue
En sueur et le cœur battant, Billy ouvre les yeux. Il s’empresse de s’asseoir dans son lit, appuie sa main sur son cœur et essaie de calmer les battements effrénés qu’il produit. Inspire, expire, inspire, expire. Il répète ce mantra pendant une bonne dizaine de fois, avant d’enfin retrouver un semblant de calme.
Depuis son plus jeune âge, Billy est aux prises avec des terreurs nocturnes. Au début, ses parents venaient le réconforter, mais maintenant, à l’aube de ses quinze ans, il est capable d’y faire face seul, sans avoir à les déranger. Malgré le fait qu’il en fait depuis tout petit, celui d’aujourd’hui semble l’avoir chamboulé beaucoup plus que les autres fois. Il essaie de se souvenir de ce qui l’a effrayé, mais, malheureusement, il se bute à un mur.
Après s’être calmé, il lève la tête et fixe le mur devant lui. Tout semble bizarre autour de lui, comme s’il ne se trouvait pas dans sa chambre. Est-ce que ça se peut qu’il rêve toujours, ce qui expliquerait qu’il ne se souvienne de rien ? Il essaie de tourner la tête pour prendre connaissance du décor, mais même en y mettant toute sa force, il n’arrive pas à la bouger. Mais qu’est-ce qui se passe ? Se dit-il à lui-même.
Il n’arrive pas à savoir où il se trouve, étant donnée la noirceur de la pièce. Le peu de lumière qui se trouve ici provient d’une légère fente entre deux lattes du store qui se trouve à la fenêtre tout près de son lit. Il se frotte les yeux avec ses mains et regarde à nouveau. Après que ses yeux ont enfin fini par s’habituer à l’obscurité de la chambre, il comprend alors qu’il ne se trouve pas dans la sienne. Mais où peut-il bien être ?
Tout à coup, un élancement se fait ressentir dans sa tête et il réalise que sa bouche est pâteuse. Comme s’il avait la gueule de bois. C’est insensé ! La seule chose dont il se souvient, s’être couché dans son lit hier, après avoir regardé la télévision avec ses parents, et, à ce moment-là, tout allait bien. Mais que se passe-t-il ?
Soudainement, un coup de tonnerre se fait entendre à l’extérieur et une pluie forte s’abat sur l’endroit. En panique, il essaie de sortir du lit, mais il est subitement tiré de celui-ci par une force extérieure. Il chute alors au sol et se laisse tomber sur le dos. Il essaie de bouger, mais il en est incapable, puisqu’il ne contrôle aucun de ses mouvements. Ce n’est qu’un rêve, se répète-t-il en boucle dans sa tête. Il va se réveiller très bientôt, même si c’est la première fois que son rêve lui paraît si réel.
Après quelques minutes à être étendue sur le plancher, il se met à quatre pattes et se traine jusqu’au mur le plus proche. Le froid de l’endroit se fait ressentir et c’est à cet instant que Billy constate qu’il est nu comme un vers. Malgré les frissons qui courent sur son corps, cela ne semble pas déranger le propriétaire de celui-ci.
En s’appuyant sur la cloison, il finit par se mettre sur pied, mais son mal de tête le fait terriblement souffrir, sans compter que sa chute ne l’a pas épargné non plus. Il tâtonne le mur à la recherche d’un interrupteur et, après quelques minutes de recherches infructueuses, il finit par enfin mettre la main sur celui-ci. Il l’enclenche et une lumière provenant du plafonnier au-dessus du lit éclaire l’endroit. Comme il l’avait constaté un peu plus tôt, il est bien dans une chambre, mais qui lui est totalement inconnue. Une peur immense l’envahit.
Qu’est-ce qui lui est arrivé ? S’est -il fait droguer et kidnapper ?
Sans pouvoir le contrôler, ses jambes commencent à avancer tranquillement et chancelant à chaque pas effectuer vers une porte qui se trouve un peu plus loin dans la pièce. C’est étrange, c’est comme si sa vision était voilée, et que son corps ne lui appartient pas. Il n’est pas maître de ses mouvements et il est convaincu que tout ceci n’est pas normal. Peu importe les questions qu’il se pose, ses mouvements s’enchaînent sans réfléchir et sans qu’il en soit conscient. Donc, il n’a nul autre choix que d’être spectateur de ce qui se passe en ce moment et d’espérer se réveiller très bientôt.
Il tourne la poignée de la porte et étire le bras vers l’interrupteur qui se trouve dans la pièce. Une salle de bain s’y trouve. Elle est habillée de céramique blanche au sol, ainsi que sur les murs. Un bain sur patte trône dans la pièce et autour de celle-ci se trouve un rideau de douche en vinyle transparent et une pomme de douche noire descend du plafond. Il se dirige vers la cuvette des toilettes qui se trouve tout près d’elle et s’installe devant celle-ci pour uriner. Après avoir achevé sa besogne, il marche jusqu’au meuble-lavabo, qui sans surprise est aussi blanc que tout ce qui se trouve dans la pièce. Il ouvre le robinet, puis prend un verre posé tout près et le remplit. Sa tête se lève vers le miroir qui se trouve devant lui, tout en amenant son verre à sa bouche. Ébahis, il ne se reconnait pas. Mais qui est cet homme ? Est-ce une vraie personne ou bien est-ce son imagination qui lui joue des tours ?
De l’autre côté de la glace se trouve un homme au regard froid, effrayant et calculateur. Son regard le fixe sans ciller. Sur le visage de l’homme se trouve une imposante barbe brune qui lui encadre un visage au trait dur. Des rides profondes et des cernes bien apparents démontrent l’âge avancé de l’homme. Billy comprend alors qu’il se trouve dans le corps de cet homme, ce qui explique qu’il ne soit pas maître de ses mouvements. Mais c’est insensé, je dois rêver !
Rapidement, il sort de la salle de bain et retourne dans la chambre, puis marche vers une autre porte. Aussitôt ouvert, il se retrouve dans un couloir sombre éclairé seulement par une lampe posée sur une petite table en bois près du mur au fond de celui-ci. Le grondement du tonnerre, ainsi que la pluie frappant sur la vitre, est la seule chose que l’on entend dans cette maison. Cette ambiance est effrayante pour Billy, mais ne semble pas déranger le propriétaire du corps, qui, lui, continue de marcher dans la pénombre de cette maison sans problème. Il tourne alors dans le sens opposé de la source de lumière et se dirige vers un grand escalier. Il descend une à une les marches jusqu’à déboucher dans une pièce noire. L’homme continue sa route, tout en s’appuyant sur les meubles qui se trouvent sur son chemin, pour éviter de perdre pied étant donné que son état d’ivresse ne s’est pas encore estompé. L’homme se rend au bout de la maison, ou du moins c’est ce que Billy se dit dans sa tête. L’homme s’arrête et, avec l’aide d’une de ses mains, il pousse un meuble sur le sol et un grincement se fait entendre. Le cœur frappant contre sa poitrine, Billy est effrayé et ne rêve que de se réveiller, pour se sortir de ce cauchemar, qui ne ressemble en rien à ceux qu’il a déjà eus par le passé. Il est convaincu que celui-ci laissera des traces sur lui qui changeront sa vie à jamais.
L’homme finit par soulever le coin d’un tapis et attrape une clenche en métal, puis une trappe au sol s’ouvre. Aussitôt celle-ci ouverte, une faible lumière illumine l’ouverture de l’endroit, qui se trouve en dessous de la maison. L’homme se relève et se tourne, puis dépose ses pieds sur un des barreaux de l’escalier qui s’y trouve. Ensuite, il met sa main sur un barreau plus haut et commence à descendre tranquillement. L’espace entre l’entrée et le sol n’est pas très grand, donc en peu de temps, il est rendu à bon port.
Billy essaie tant bien que mal de frapper avec ses poings ou de crier, parce qu’il a peur de ce qu’il va y découvrir. Malgré toutes ces tentatives, ça ne change rien, il est toujours pris dans le corps de cet homme. Découragé, il continue d’assister à la scène, impuissant.
Une odeur d’humidité et de rouille embaume l’air. Cependant, cela n’a pas l’air de déranger l’homme, puisqu’il continue d’avancer dans la pièce vers une ampoule suspendue par un fil qui descend du plafond. Aussitôt arrivé vers la source de lumière, l’homme tourne la tête vers l’autre côté de la pièce. À ce moment, Billy n’en croit pas ses yeux. Un malaise se fait ressentir et il se met à paniquer. Il tombe aussitôt à genoux, pris d’un haut-le-cœur, et vide ses tripes sur le sol de la cave.
Non, non, non, c’est impossible. Mais, c’est quoi ce bordel ?
Aussitôt, ses yeux se ferment à la vue de cette femme accrochée au mur.