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Je détestais les mariages.
Pourquoi est-ce qu’une majorité des personnes vouaient une fascination à ce genre d’événement ?
« Ils se disent oui pour la vie, c’est vraiment beau. » Tu parles. Ça ne durait jamais vraiment longtemps. La routine s’installait à pas de loup et sournoisement, l’un des deux qui avait juré aimer pour le meilleur et pour le pire, finissait par se lasser, se détourner de son engagement et piétiner le cœur de l’autre. Mais les voilà tous les deux coincés dans un mariage qui n’est plus si beau qu’il ne paraissait. Alors deux options s’offrent à eux :
• Divorcer. Néanmoins, au-delà de l’aspect financier que cela représente, c’est aussi synonyme d’échec.
• Continuer de faire comme si de rien était et sauver son mariage à tout prix. Cependant, comment raviver une flamme sur laquelle nous avons volontairement jeté un seau d’eau dessus ?
Ce qui réellement me dérangeait dans le mariage est ce terme, « à vie ». Comment pouvons-nous prétendre à autant d’incertitudes ? Et vous me demanderiez « Mais Nathanaëlle, si tu détestes tant les mariages, alors pourquoi est-ce que tu travailles en tant que wedding planner ? », question à laquelle je répondrais par ; Il fallait bien que je paye mes factures.
Je n’avais rien contre l’amour, cependant. Au contraire, je trouvais ça particulièrement beau. Il s’agissait du contexte du mariage qui me mettait mal à l’aise.
— Nath’ ! Est-ce que tu as checké où en sont les traiteurs ? Il ne reste qu’une heure avant que les familles arrivent ! Cria ma supérieure de loin en agitant sa montre au poignet.
— Je vais les appeler. Rétorquai-je.
Aujourd’hui, nous organisions un mariage que nous pourrions qualifier de princier. Cela se passait dans un château à trois heures de Paris avec 466 invités. Il s’agissait de deux familles vietnamiennes aisées qui s’apprêtaient à marier leur fils et leur fille. Alors pour ce grand et heureux événement, j’avais entendu qu’une grande partie des invités se déplaçaient des quatre coins du monde.
Après avoir vérifié que tout était bon avec les traiteurs, je partis voir si les fleuristes avaient terminé les installations. La famille nous avait spécifiquement demandé de contacter les meilleurs fleuristes de Thaïlande et d’Indonésie car elle désirait des assortiments de fleurs très particulières.
Lorsque j’entrai dans la pièce principale, je fus bouche bée. Je ne reconnaissais plus l’endroit. Le décor Renaissance avait totalement disparu pour laisser place à une ambiance tropicale et naturelle. Le plafond, autrefois orné de moulures classiques, était désormais envahi par une végétation luxuriante : des plantes vertes suspendues se mêlaient à des fleurs aux teintes éclatantes. Chaque recoin de la salle était rempli de plantes exotiques et de magnifiques fleurs. Des lianes s’enroulaient autour des colonnes, donnant l’impression d’être plongé dans un jardin d’Eden recrée à l’intérieur. Le sol, quant à lui recouvert d’un tapis de pétales, formait un sentier enchanteur que la mariée emprunterait bientôt pour rejoindre son futur époux.
Je n’avais rien vu de tel auparavant. De tous les mariages que nous avions pu organiser ces dernières années, celui-ci était inévitablement le plus beau. Cela me donnait l’impression de me retrouver dans le film Crazy Rich Asians, sauf que je ne faisais absolument pas partie de ce monde.
Peut-être qu’au final, je devrais me marier. Avec un homme riche.
Excessivement riche.
Je secouai légèrement la tête reprenant mes esprits. Ce devait être l’odeur délicieuse des fleurs qui me faisait rêvasser ainsi. Le temps passait à une vitesse folle et nous avions encore d’innombrables tâches à finir.
— Je suis dans la salle de réception, Nath, et je te jure que si j’ai pas le même mariage, j’annule tout. Entendis-je mon collègue, Nicolas, dire à travers le talkie-walkie.
Je pouffai de rire. Nous étions tous dans le même état. Nous savions que cela allait être un mariage grandiose mais entre savoir et voir, il y avait une énorme différence.
— Si tu voyais la salle de mariage, tu perdrais la tête.
— Ils ont même un orchestre et une chanteuse vietnamienne connue. Wow, c’est bon, je suis jaloux. Il poussa un soupir.
— Au moins, on a la chance d’assister à ce type de mariage !
— D’ailleurs, on t’a dit qui était le marié ? Devin– Non tu sais quoi, je vais te le dire. Dinh Pham !
Mes yeux s’écarquillèrent à l’entente du nom.
— Dinh Pham, Dinh Pham ? Le célèbre chef étoilé ? Arrête ?
— Si, ma chérie. J’étais choqué comme toi. Je comprends mieux pourquoi ils étaient stricts au niveau des traiteurs.
Cette cérémonie fastueuse faisait à présent sens.. Dinh Pham figurait dans le classement des meilleurs chefs cuisiniers du pays. Sa cuisine d’exception, qui s’avérait un parfait mélange entre la nourriture européenne et asiatique, avait été récompensée d’étoiles Michelin.
La cuisine n’était pas son seul atout. Son physique faisait aussi parler de lui. Un grand vietnamien bien bâti à la tête d’ange et aux cheveux soyeux mi-longs. Ma meilleure amie, Eva, m’avait dit une fois, qu’à défaut de ne pas pouvoir entrer dans son restaurant, certaines restaient devant pour au moins espérer le voir de loin. Le simple fait de m’imaginer un fan club s’extasiant devant les fenêtres du restaurant me faisait rire.
Comme la tradition l’exigeait, les futurs mariés arrivèrent chacun à leur tour pour ne pas se voir avant le grand moment. J’avais été chargé de vérifier que tout se passait au mieux pour la mariée. Qu’elle ne manquait de rien dans sa somptueuse chambre qui faisait facilement la taille de mon appartement.
De nombreuses femmes s’occupaient d’elle, que ce soit pour la robe, pour le maquillage ou tout simplement pour lui dire que tout se passerait bien.
— C’est une blague ? Tu t’es trompée dans les mensurations ou je rêve ! S’exclama-t-elle soudainement, son ton passant de l’exaspération à la colère en un instant.
— Pourtant, j’ai suivi les mensurations exactes... Affirma la couturière, visiblement nerveuse.
— Est-ce que tu es en train de dire que j’ai pris du poids ?
La menace résonna dans les airs tendant davantage l’atmosphère. Pour la défense de la couturière, j’avais cru apercevoir des emballages de gâteaux quand elle était sortie de la voiture.
— Non, non pas du tout ! Je vais revoir ça tout de suite.
— Et toi, ne reste pas planté là, apporte moi de l’eau fraîche !
Elle me pointait du doigt. Je résistais à l’envie pressante d’étaler l’agacement sur mon visage et esquissai un fin sourire avant de m’exécuter. Je m’efforçai de rester à l’arrière-plan, prête à intervenir au moindre problème. Après tout, ce jour était censé être l’un des plus beaux de sa vie, et mon rôle était de m’assurer qu’il le reste. Cependant, je sentais que la journée allait particulièrement être longue.
Et je ne m’étais pas trompée. En l’espace d’une heure, elle m’avait fait faire des allers-retours pour des choses qui n’étaient en rien nécessaires. La maquilleuse semblait excédée car la mariée ne cessait de bouger que ce soit pour manger ou être sur son téléphone. Si elle souhaitait que son maquillage soit raté, elle se trouvait sur la bonne voie.
Brusquement, elle se leva et décida de mettre tout le monde à la porte sous prétexte qu’elle venait de recevoir un appel important. Ugh, je détestais du plus profond de mon cœur ce comportement de diva. Mais est-ce qu’on pouvait réellement lui en vouloir ? Ses parents ne lui avaient probablement jamais dit non.
— Mais elle nous a clairement fait comprendre qu’elle ne voulait personne dans sa loge. Plaidai-je devant ma responsable. Et puis pourquoi est-ce que c’est moi qui dois avoir à faire avec la petite princesse ? Elle est insupportable.
J’insistai particulièrement sur le dernier mot. Peut-être qu’elle aura une once de pitié et enverrait quelqu’un d’autre à ma place. Malheureusement, elle souffla en croisant les bras.
— Tu sais à quel point ce mariage est important pour notre agence. Il faut que tout soit parfait sinon je ne te dis pas les retombées qu’on va se prendre. Donc, s’il te plaît Nathanaëlle, agit de manière professionnelle et mature.
Sur ses mots, elle tourna les talons et retourna à ses occupations. Je soupirai. Je devais encore tenir quelques heures.
Devant la grande porte de la chambre de la mariée, je fermai les yeux et pris une grande inspiration. La porte légèrement entrouverte, je voulus toquer pour signaler ma présence, quand des paroles m’interpellèrent.
— Qu’est-ce que j’en ai à faire de lui franchement ? En plus, il a déjà un enfant, tu peux rien construire avec un homme pareil. Tu sais très bien que je le fais pour nous. Comme ça, une fois que j’aurai demandé le divorce, il sera obligé de me verser une partie de sa fortune. On sera plein aux as, mon chéri.
Je retirai doucement ma main de la porte, bouche bée.
Super. Je détenais, à présent, une information qui ne m’était absolument pas nécessaire. J’avais compris au fil des heures qu’il s’agissait d’une peste mais de là à être autant sans cœur, je n’aurai jamais parié là-dessus. Comment pouvait-elle dire des paroles aussi blessantes ?
Si Dinh Pham en était éperdument amoureux alors il allait tomber de très haut. Mais puisque ce n’était pas mes affaires, je ne devais pas m’en mêler. Cet événement allait nous coûter gros si tout ne se passait pas bien du début jusqu’à la fin. Il fallait que je garde cette information pour moi, à tout prix.
Qu’est-ce que je plaignais lui et sa fille. Ce genre de situation ne pouvait arriver qu’aux personnes riches. Qui allait vouloir m’arnaquer moi et mon compte qui frôlait rarement les cinq chiffres ?
Je toquai puis attendis qu’elle me donne le signal pour pouvoir entrer. Elle arborait un large sourire. Elle semblait de meilleure humeur que tout à l’heure. En même temps, lorsqu’on savait que la finalité de ce mariage va rapporter des millions, comment ne pas ?
Ce que je ne comprenais pas, malgré tout, c’est qu’elle aussi provenait d’une riche famille. Alors pourquoi mettre en place tout un stratagème pour avoir de l’argent qu’elle possédait déjà ? Était-ce donc comme cela que les riches restaient riches ? Ils passaient leur temps à s’escroquer entre eux ? Cette théorie n’était pas improbable.
— La cérémonie commence dans une heure. Votre père et une collègue viendront vous chercher. L’informai-je.
Son sourire s’agrandit.
— Très bien, merci. Rappelez ma couturière, je me sens encore boudiner dans cette robe. Feignit-elle une moue.
Si elle arrêtais d’enchaîner les macarons, peut-être que ça n’arriverait pas.
Lorsque l’on comprenait qu’elle était remplie de vices, son visage innocent, mignon aux premiers abords, dégoûtait facilement.
J’avais enfin terminé toutes mes vérifications. Tout était parfait et la cérémonie allait pouvoir commencer dans les temps. Je me posai contre la bordure d’une fenêtre pour souffler un peu. J’avais hâte que cette journée se termine.
Je sortis mon téléphone de ma poche pour regarder mes notifications. Je n’avais que des messages de ma meilleure amie.
[Eva]
Mais c’est quoi cette décoration de malade!!!
On vient d’avoir la confirmation que le chef cuisinier Dinh Pham se marie aujourd’hui! C’est son mariage que vous organisez, n’est-ce pas ?
T’aurais pu me donner l’info pour que je sois la première à faire un article dessus :(
Pour te faire pardonner, essayer de m’avoir une réservation pour son resto stp, je galère trop
Je souris face à ses messages. Eva était journaliste pour un magazine de mode et de lifestyle. Elle passait une grande partie de son temps à découvrir et tester les nouveaux endroits de la ville. Que ce soit des restaurants, des musées ou des événements. Elle se devait de rester à la page.
Voilà pourquoi, elle me parlait beaucoup du fameux Atelier Pham. Il faisait sensation depuis quelque temps et il affichait toujours complet. Il fallait presque réserver un an en avance si on voulait avoir la chance de s’y restaurer
— Oh Nath, c’est cool que tu sois là ! Un de mes collègues attira mon attention. Dis-moi, est-ce que tu peux aller voir le marié et lui dire qu’il doit être prêt dans 15 minutes. Il me reste encore des choses à avoir avec la responsable. S’il te plaît, merci t’es un amour !
Avant même que je ne puisse rétorquer, il trottina vers sa prochaine destination.
C’était exactement ce que je voulais à dans l’immédiat. Un tête-à-tête avec le mari cocu. Je poussai un soupir et me dirigeai à reculons vers sa chambre. Devant la double porte ornée de dorure, j’hésitai un instant.
Rappelle-toi, Naëlle, ce ne sont pas tes affaires. Je toquai plusieurs fois mais cela restait sans réponse. Je posai ma main sur la poignée.
— S’il vous plaît, faites qu’il ne soit pas, lui aussi, en train de la tromper. Marmonnai-je.
Je fermai les yeux tout en ouvrant la porte, appréhendant toute sorte de scène. Cependant, tout ce que je vis, fut un homme en costume blanc faire les cent pas. Il se mordillait le pouce et semblait grommeler quelque chose.
Le stress semblait être sur le point de le consumer. J’eus d’autant plus de peine. Alors que lui paraissait dans tous ses états et soucieux que tout se passe à merveille, elle envoyait de doux messages à son amant. Cette situation me dérangeait énormément.
— Excusez-moi... Essayai-je d’attirer son attention.
Cette fois-ci, cela le fit sortir de sa bulle et il se tourna vers moi. Bien sûr que j’avais entendu parler de Dinh Pham et de sa beauté mais non, je n’avais pas fait de recherche internet. Alors, je n’étais pas du tout préparé à la personne qui se tenait devant moi.
Il s’agissait d’un bel homme plutôt imposant par sa taille. Ses cheveux bruns mi-longs étaient rassemblés dans un chignon légèrement décoiffé. Sa musculature se dessinait soigneusement sous sa chemise blanche. Ses yeux ronds me regardaient et je me trouvais déstabilisée, oubliant la raison pour laquelle je me trouvais devant lui.
— Je – Hmm…
La manière dont je cherchais mes mots était ridicule. Je ne devrais absolument pas être en train de baver devant un homme sur le point de se marier. Je repris mes esprits pour continuer, plus sérieuse, cette fois-ci.
— La cérémonie débute dans douze minutes exactement. Il faudra aller à l’autel, vos garçons d’honneur et témoins vous y attendront...Enfin, vous avez fait les répétitions donc vous voyez…
— D’accord, très bien. Merci. Répondit-il d’ une voix rauque.
Un silence gênant commençait à s’installer alors je décidai qu’il était temps pour moi de partir.
— Attendez ! S’exclama-t-il de manière maladroite. Ça va sûrement vous paraître ridicule mais à cause de ce foutu stress, je n’arrive pas à correctement nouer ma cravate. Est-ce que vous pouvez m’aider ?
Je souris face à sa demande. Il était nettement plus agréable que sa fiancée.
— Bien sûr.
Je m’approchai puis tendis ma main pour qu’il me donne sa cravate de couleur crème. Il portait une odeur citronnée à la fois brusque et enivrante qui caressait mes narines. Tout en passant le tissu autour de son cou, je tentais de le rassurer. Lui affirmant que ce sentiment était tout à fait normal. Après tout, il s’agissait d’un grand événement. De tous les mariages que nous avions organisés, rares furent ceux qui ne présentaient aucun signe de nervosité.
J’ajoutai à cela, mon premier mensonge; s’il était sûr de lui alors tout devrait bien se passer.
— Je sais que c’est contraire aux coutumes, mais je peux vous demander comment était Vivi ? Je suis désolé si elle vous a donné du fil à retordre. Elle peut se montrer capricieuse quand elle le veut.
Je ris nerveusement en haussant les sourcils.
— On va dire que c’est le stress qui la faisait agir comme ça…
Deuxième mensonge.
Il hocha la tête.
— Contrairement à ce qu’on pourrait croire, c’est assez difficile de trouver quelqu’un qui accepte un père célibataire même s’il est riche. Il rit légèrement. Mais Vivi s’entend parfaitement avec ma fille et elle accepte cette situation.
Je restai concentrée sur le nœud que j’effectuais, limitant un maximum mes expressions faciales. Cela devenait de plus en plus dur de l’entendre parler.
— Excusez-moi, je vous raconte un peu ma vie, alors qu’on ne se connaît pas du tout. Il faut croire que le stress me rend bavard.
J’avais l’habitude que des clients me racontent leur vie et ça ne me dérangeait pas. Surtout dans ces moments-là où ils avaient besoin d’une oreille pour vider leur sac avant le moment fatidique. Néanmoins, sachant pertinemment les mauvaises intentions de la mariée, la tâche s’avérait plus difficile.
Ce n’était en rien mes affaires. Je ne devais surtout pas me mêler de ce qui ne me regardait pas et pourtant, ma bouche agit en dépit de ma raison,
— Je suis désolée de vous l’annoncer mais elle vous trompe.