Prologue
Quelque part en Italie, février 2019
— C’est pas vrai, mais qu’est-ce que tu as foutu, bon sang ?
— De rien, de t’avoir sauvé la vie.
— Je t’en prie, tais-toi si tu ne veux pas que je te fasse passer par la fenêtre.
Les deux étudiants roulaient à toute vitesse sur cette route qu’ils avaient l’habitude d’emprunter.
Ils venaient probablement d’échapper à leur mort. Aucun des deux n’osait parler, de peur de dire quelque chose qui pourrait, cette fois-ci, véritablement les tuer.
— Je suis désolé, tenta de s’excuser le garçon.
— Je m’en contrefiche de tes excuses. Je peux d’ores et déjà dire adieu à ma bourse.
— Tu n’es pas sérieuse, là ? Tu penses vraiment à tes foutues études alors que nous avons failli crever ? Je ne sais pas si je dois être effrayé par toi ou admiratif, c’est de la pure folie.
— J’essaie de penser à autre chose, d’accord ? Il faut bien que j’arrive à déstresser.
Ce qui ne fonctionnait absolument pas : les études stressaient Nejma Saidi plus que la fin du monde.
— Pense à ton chat, pense à Emma, mais pas à tes études que tu vas foutre en l’air à cause de moi, Di.
La brunette ne répondit rien. Cela lui faisait toujours un certain effet quand Apollon l’appelait comme ça. C’était le seul à le faire, et ce n’étaitpas faute de la détester.
Le reste du trajet se fit dans le silence le plus total.
— Qu’est-ce qu’on leur dira, aux autres ? demanda Nejma, la peur au ventre.
— Ne te préoccupe pas de ça, je m’en charge, lui répondit le blondinet.
— Je ne vais pas te laisser gérer ça tout seul.
— Et ça recommence ! s’exclama Apollon. Toujours à vouloir tout diriger, se moqua-t-il en déposant violemment sa main sur le volant.
À ces mots, Nejma écarquilla les yeux, l’air sidéré.
— Nous venons de tuer quelqu’un et d’échapper à une mort certaine, mais tu penses encore au fait que je veuille tout diriger, selon toi ?
— Nous ne l’avons pas tué… dit-il dans une tentative de se convaincre lui-même, et oui.
— Tu n’es qu’un enfoiré.
— Je te retourne le compliment.
Le silence reprit sa place. Ils arrivèrent alors à la résidence de Rosa, où Pietro les attendait depuis maintenant une heure.
— Vous en avez mis du temps, se plaignit le garçon aux cheveux couleur feu.
— Désolé, mais nous avons un problème.
— Quel genre de problème ? demanda alors Pietro, à la fois intrigué et inquiet.
Il tourna la tête vers Nejma comme s’il attendait que la réponse vienne d’elle.
Voyant qu’il la fixait, elle tourna les yeux vers son partenaire de crime et part en laissant derrière elle un :
— Demande à ton ami, elle envoie un coup d’œil au blondinet. Je n’ai apparemment pas le droit de l’aider.
Et elle disparutenfin dans la villa de Rosa.
— Cela s’est si mal passé que ça ? ose poser comme question Pietro, planté là.
Le blondinet ne répondit alors pas tout de suite et sortitune cigarette de son paquet avant de l’allumer. Il tira une latte. Ses poumons se remplirent de toxine et la fumée sortit de ses narines comme un dragon.
— Oui, annonça-t-il enfin à son ami. Très mal.
— Crache le morceau, ne me laisse pas dans l’incompréhension, insista son ami.
— Laisse tomber, Cariño.
Il tira une nouvelle taffe avant que son ami lui réponde fermement :
— Pas cette fois, Apollon. Vous me laissez toujours en arrière-plan dans vos histoires, sauf que je fais aussi partie de la bande. Je ne suis peut-être pas le plus dégourdi, mais ce n’est pas une raison. Crache le morceau ! s’énerva-t-il enfin.
— Crois-moi, tu ne veux pas savoir.
Le rouquin ricana alors sarcastiquement.
— Bien sûr ! Et demain, toute l’école sera au courant et je serai toujours le crétin qui apprend les nouvelles des mois plus tard. Toujours. J’en ai marre. Même Artémis sait ce qu’il se passe avant moi et tu dois être le premier à savoir que ta sœur est toujours perchée sur son nuage, sans l’offenser, tu sais que je l’adore. Mais bordel ! Elle aussi sait toujours tout. Alors merde, je veux savoir avant de passer encore une fois pour un idiot de première.
Apollon hésita et marqua un temps d’arrêt. Il levaalors la tête vers son ami et comprit enfin sa haine. Avant d’écraser sa cigarette sous sa chaussure, il lui annonça la nouvelle, sans pour autant attendre pour une réponse de sa part :
— Zeus est mort.
Bien sûr, ils ne connaissaient personne du nom de Zeus. Pietro, totalement perdu à ce moment-là, tenta de rappeler l’homme au crâne rasé :
— Putain Apollon, tu le fais exprès ! Qui ?Le concerné ne dit rien et abandonna son ami pour rejoindre la jeune fille à la peau ébène à l’intérieur de la maison.
Il la retrouva dans son immense salon, avec un verre d’eau à la main.
Aussitôt la baie refermée, il passa sa main derrière la nuque de Nejma ce qui lui fait relever la tête pour plonger son regard dans le sien.
— Tu ne peux pas savoir à quel point tu me rends fou, Nejma.
Dans tous les sens du terme, Nejma et Apollon se rendaient fous mutuellement.
C’est alors qu’elle déposa ses lèvres rosées et charnues sur celles du jeune homme qui hantait ses nuits.
— C’est réciproque, Apollon, lui renvoya-t-elle, entre deux baisers.