Prologue - Carter
Je déambule dans le labyrinthe de couloirs qui s’étendent devant moi. Le stress et l’excitation me tordent le ventre. Après des années de soumission, des centaines d’heures de recherche et un nombre considérable de missions raté, j’ai enfin réussi. La voleuse d’art la plus recherchée du pays, cette femme qui m’obsède autant qu’elle m’insupporte, ce fantôme qui échappe à tout les radars, qui gâche toutes mes affaires les unes après les autres, elle est enfin là. Dans une cellule de mon QG. Prise au piège, enfermée et enchaînée. Je vais enfin pouvoir prendre ma revanche, et punir celle qui a détruit ma vie ces derniers temps. Il est hors de question que je baisse les bras, que j’abandonne ou que je la laisse filer.
— C!
Mon meilleur ami, et coéquipier, me rejoint le long de l’escalier qui mène aux niveaux inférieurs du bâtiment, la respiration saccadée. En temps normal, j’aurais ralenti un peu mon allure pour lui permettre de se caler sur mes pas, mais pas aujourd’hui. Pas quand elle est là.
— Tu as des nouvelles de Lyllianna?
Il secoue la tête, alors qu’un sourire s’étire sur mon visage en imaginant ma femme en train de dormir comme un bébé dans son lit, où mieux encore, de me chercher dans toute la maison en panique. Mais je penche pour la première hypothèse. Si ma Némésis était réveillée, elle n’aurait pas manqué de m’envoyer des messages d’insultes pour mon départ, bien qu’elle n’ait pas conscience de ma double vie de mafieux. Si elle venait à le savoir? Son regard sur moi changerait-il? Je secoue la tête. Ma vie privée n’a aucune place ici. C’est une règle d’or. Je reprends le contrôle de mon esprit, chassant les dernières images d’elle qui se faufile dans mes pensées, et arrive devant la cellule. Je passe une main lasse dans mes cheveux bruns, expire un bon coup, puis tape le code sur la tablette à côté de la porte.
— Reste ici, dis-je à mon ami, tout en congédiant le gardien.
— Tu es sûr? Et s’il se passe un truc?
— T’inquiète pas pour moi. Demande-toi plutôt si elle, elle ressortira d’ici en un seul morceau.
— Carter, je suis sérieux.
Je lui adresse un sourire franc, comme je n’en fais que rarement.
— Dans ce cas, je t’appellerais.
Je lui fais un dernier signe de main avant de m’engouffrer dans la salle. La porte émet le genre de claquement que je ne supporte pas derrière moi, et je dois attendre quelques secondes pour que mes yeux s’habituent à l’obscurité. Une chaise en métal apparaît, et une élégante silhouette se dessine, assise dessus. Une tenue noire déchirée à certains endroits, témoin silencieux d’une lutte, des cheveux roux délavé qui cache le visage, les mains jointes dans le dos, où une jolie paire de menottes brille dans la nuit. Ma voleuse est devant moi, et je ne la laisserais pas filer.
— Dire que la plus grande voleuse d’Amérique est attachée dans ma cave, ris-je sarcastiquement.
Aucune réponse, étrange. Je m’approche d’elle, prend son menton entre mes doigts tatoués, et relève son visage. Quand mes yeux croisent ces iris bleus si familière, mon souffle se bloque, mon cœur se serre, et mon esprit s’égare. C’est impossible. C’est un cauchemar.
— Némésis?
Elle ne parle pas, préférant se mordre la lèvre. Ce geste, si anodin en apparence, confirme mes pires craintes. Ma Némésis, ma fausse femme, est en réalité ma pire ennemie. Les émotions contradictoires fusent dans ma tête, colère et ressentiment dirigent la danse. Mais la rage l’emporte. Comme toujours.
— Dis-moi que c’est une blague.
C’est ça, une simple farce. Ça doit être ça, car je suis pris au dépourvu, je n’ai jamais été pris au dépourvu. Joue-t-elle avec mes sentiments depuis le début?
— J’ai l’air d’être d’humeur à plaisanter? crache-t-elle.
Son regard s’est assombri, mais son âme, elle, est entachée, dépravée, prisonnière. Je le sais, car je la connais. J’ai appris à repérer ces signes. Ce n’est qu’une menteuse doublée d’une voleuse.
— T’as osé me faire ça ?
— J’ai fait quoi, exactement ? Exister ? Respirer ? Mentir?
Je ricane froidement. Prend son visage en coupe, et la force à me regarder.
— Je te faisais confiance.
— Moi aussi. Sauf que toi, t’as jamais été du genre à faire confiance, Hadès. T’aimes juste croire que tu contrôles tout. Ça t’emmerde de savoir que tu t’es fait avoir, hein ?
Elle veut jouer, mais elle a peur. Peur de ce que je pourrais lui faire. Peur de ce qui pourrait lui arriver. Peur de voir mon vrai visage, de mettre tout ce que nous avons vécu de côté. Peur du changement, comme à chaque fois.
Aie peur, Némésis. Car je suis le dieux des Enfers, et je vais t’apprendre ce que c’est de brûler.








