Meurtres Elfiques

Summary

Cynthia, jeune et talentueuse journaliste à Directive TV, spécialisée dans les interviews de personnalités, se voit confier, par son directeur, un reportage sur des meurtres troublants et particulièrement horribles, dans le département du Lot. La gendarmerie est complètement dépassée, aussi va-t-elle mener sa propre enquête avec l’aide d’un individu très discret et réservé, qui vit dans la forêt, Régis. Son enquête va la mener à côtoyer un monde insoupçonnable où les individus s’efforcent de cacher un lourd secret. De longs mois vont lui être nécessaires pour résoudre, avec Régis, une énigme qui dépasse l’imagination.

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1

6 h 12’, comme chaque matin, devant son miroir, Cynthia regardait sa montre « Je vais être en retard ! » Elle finit d’enrouler ses cheveux bruns autour d’un donut pour finir son chignon et chaussa ses escarpins. Mais avant de partir, elle se resservit une tasse de café et compulsa les dernières nouvelles du journal.

Le café avalé, le journal replié dans un coin, elle bondit dans sa voiture pour emprunter le périphérique parisien où, comme d’habitude, elle se heurta aux éternels bouchons. Exaspérée, elle en sortit pour emprunter les petites rues.

7h45, elle passa le portique de France Télévision et après s’être garée, monta dans l’ascenseur tout en parcourant ses notes de la veille. Une fois arrivée à l’étage, elle emprunta l’interminable couloir de sa rédaction, lançant au passage un signal amical à ses collègues. Enfin, elle s’arrêta devant la porte de son patron, ajusta son tailleur et prit une grande inspiration avant de toquer.

— Entre ! dit une voix grave.

—Bonjour, Victor ! Je viens t’apporter les dernières que j’ai rédigées hier soir.

—Pose-les là, on verra ça plus tard ! J’ai autre chose à te donner ! Un reportage sur des meurtres dans le Lot. Tu partiras à la place de Yasmina qui est en arrêt maladie.

—Mais je devais aller au Festival de Cannes !

—Non, j’envoie une autre équipe, toi, tu pars dans le Lot, le plus tôt possible.

—Ça fait des mois que nous en avions discutés !

—Cynthia, tu es la meilleure de mes journalistes et je veux un bon reportage.

Le téléphone sonna et Victor lui fit signe de sortir du bureau.

« Ce vieux bouc commence à m’énerver ! pensa-t-elle : dans le Lot ! Moi ? »

De retour dans son bureau, elle s’effondra dans son gros fauteuil et se résigna à appeler son équipe.

Cynthia passa le reste de sa journée à chercher des informations sur les récentes nouvelles concernant cette région qu’elle ne connaissait pas.Les gros titres traitaient du même sujet : « Trois morts dans des circonstances inquiétantes » « Des corps mutilés » ou encore « La vallée de la peur ».

Cette journaliste chevronnée était habituée à écrire des éditoriaux, des chroniques TV, ou des brèves sur les artistes. Toutefois, elle devait maintenant couvrir des histoires de crimes. Elle imprima toutes les informations qu’elle put trouver sur le sujet.

De retour chez elle, les pages éparpillées sur son lit, elle essaya d’y voir un peu plus clair. Presque tous les articles mentionnaient un tueur en série.

Une femme fut la première victime découverte, son cadavre gisant dans un fossé bordant une route. Ses yeux avaient été arrachés et ses mains tranchées. La cause du décès : strangulation.

Les deux autres étaient des jeunes hommes sans histoire, leur corps ayant été découvert sur le chemin d’une colline. Le scénario macabre se répéta, avec des blessures similaires.

Ce n’était pas un hasard, il s’agissait manifestement d’un tueur en série. Elle consacra plusieurs heures à explorer les profondeurs des réseaux sociaux, espérant y dénicher d’autres indices.

Un article retint l’attention d’un individu. Celui-ci évoquait une obscure communauté installée depuis des décennies dans la région, pratiquant des réunions énigmatiques au cours desquelles des sacrifices d’animaux étaient perpétrés.

À la fin, elle rangea soigneusement tous les papiers et sombra dans un profond sommeil.

****

Le lendemain matin, c’est toujours en retard qu’elle reprit le chemin du bureau, s’engouffrant dans les bouchons et finissants par ressortir dans les ruelles comme les jours précédents.

7 h 56’, Victor l’attendait dans le couloir.

— Ne me dis pas que ce sont encore les bouchons !

— Non, mais j’ai travaillé tard hier soir sur les meurtres.

— Bon, ça ne fait rien ! Va préparer tes affaires, vous partez cet après-midi. Ton équipe t’attendra à la gare. Sois-y pour 14 h, votre train part à 15 h. Pour une fois, ne sois pas en retard.

— Mais, il me faut un peu plus de temps !

— Tu n’en as pas ! Je veux un direct ce soir pour le 20 h !

— Un direct ? Mais je n’ai pas toutes les infos ?

— Tu as tout le trajet pour ça. Allez, Cynthia, va préparer ta valise et sois à l’heure cette fois-ci.

Remontée, elle regagna sa voiture. Pourquoi n’avait-il pas pris la peine de l’avertir ?

Elle se précipita chez elle et vida l’intégralité de son armoire sur son lit. Perplexe, qu’allait-elle sélectionner ?

Des tailleurs ! Elle repartit dans son garage et sortit un carton posé sur une étagère où était inscrit : bivouac pourri !

C’était le dernier bivouac qu’elle avait fait il y a plus de dix ans. Elle en sortit deux survêtements et deux pulls. « Ça fera bien l’affaire pour la région ! » pensa-t-elle, avant de ranger soigneusement ses tenues chics, hautes coutures, et ses deux ensembles bon marché dans sa valise.

Après avoir légèrement dîné, elle demanda à sa mère de se rendre chez elle pendant son absence, puis s’en alla à la gare.

13 h 55’ « Zut, je vais encore être en retard »

Après avoir évité les embouteillages et réglé le stationnement, elle s’élança sur le quai au moment où une annonce retentissait : son train pour Cahors allait partir à 14 h 45.

Sans perdre une minute, elle sprinta, repérant son ami à l’intérieur d’un des compartiments. D’un geste vif, elle lui lança sa valise qui atterrit dans le wagon. Sans plus attendre, elle grimpa à bord du train.

— Je croyais que tu allais louper le départ, dit le jeune homme en prenant sa valise.

— Oh les bouchons !

— Dis plutôt que tu es partie trop tard de chez toi ! Je commence à te connaître.

— Tu as raison, Jamal ! J’avais trop de choses à préparer.

— Aller suis-moi, Edward est dans notre compartiment.

Elle entra et prit place en face de ses deux collègues.

Jamal, son ingénieur du son, d’origine maghrébine, était un jeune homme très serviable et Edward, un cameraman britannique aux cheveux roux et aux yeux bleus, étaient une équipe soudée. Bien qu’Edward soit taciturne, il était profondément dévoué à son métier, mais avait tendance à jurer en anglais lorsqu’il était insatisfait. Ensemble, ils réalisaient les reportages les plus remarquables du journal depuis plus de cinq ans.

Cette fois, c’était hors de leur zone de confort. Jamal restait optimiste, affirmant qu’ils allaient “cartonner” comme d’habitude. Edward parcourait les informations collectées par Cynthia. Il avait acquis une carte régionale pour identifier les lieux des méfaits, tous situés près du parc naturel des Causses du Quercy. Ils avaient réservé des chambres d’hôtes dans le minuscule hameau de Fontanes du Causse, grâce à l’aide de Victor.

— Mais c’est perdu et ça doit sentir la bouse de vache ! s’écria Cynthia en regardant la carte.

— Au moins, nous serons au grand air et ça va nous changer un peu, rétorqua Jamal. J’ai vraiment hâte de découvrir cette région.

— Normal, tu ne portes pas de talons !

Jamal se mit à rire, laissant la jeune femme perplexe sur le contenu du reportage qu’elle devait faire pour 20 h.

À leur arrivée à Cahors, un individu les accueillit chaleureusement pour leur confier les clés d’un véhicule de location. Sans tarder, ils prirent la route vers le splendide parc naturel régional des causses du Quercy.

Ce territoire vallonné et luxuriant abrite des centaines de grottes, de crevasses et de précipices. Ils traversèrent plusieurs hameaux charmants, où chaque habitation arbore fièrement un toit en tuiles teintées d’une nuance cuivrée. Parmi eux se trouvent des joyaux architecturaux, tandis que d’autres, nichés contre des falaises escarpées ou perchés sur leurs sommets, offrent des panoramas saisissants.

La route fut éprouvante, mais ils finirent par arriver dans le petit village qui abritait leur gîte. Cynthia ouvrit grands les yeux.

— Pour un petit village !

—Je crois qu’il y a 80 habitants, précisa Edward.

— Qu’est-ce que je viens faire ici ! Par pitié, dites-moi que je rêve !

— Je suis sûr que tu vas aimer ! se moqua Jamal.

— Il n’y a même pas une seule boutique !

— Tu n’en auras pas besoin. Nous allons faire notre reportage et repartir aussitôt.

— Que Dieu t’entende !

Jamal attrapa les valises. Une femme, qui les attendait sur le pas de la porte, les fit entrer dans le gîte. La maison était spacieuse avec au sol, des tomettes d’un autre temps. Anna, la propriétaire, les guida à travers les pièces, leur montrant leurs chambres respectives. Cynthia pénétra dans la sienne, où un lit king size occupait l’espace central, tandis qu’une petite armoire faisait office de dressing. À côté se trouvait une salle de bain campagnarde, avec une douche. Cynthia resta sur le seuil, déçue par la décoration.

Anna leur avait préparé un chocolat chaud accompagné des biscuits maison. Tout le monde se rassembla dans la grande pièce et commença à planifier le direct à venir.

— Anna ? interpella Cynthia. Existe-t-il réellement une secte dans le parc ?

— Oh, ce sont des racontars ! Il n’y en a jamais eu. Depuis ces horribles meurtres, nous entendons tout et rien. Les gens feraient n’importe quoi pour attirer l’attention.

— Le premier cadavre qui a été trouvé se situe à une vingtaine de kilomètres d’ici, vous connaissiez cette femme ?

— Non, je ne la connaissais pas.

—Pensez-vous qu’un tueur en série se promène dans la nature ?

— Non, je ne pense même pas qu’il y ait un rapport entre tous ces meurtres.

— Pourtant, ils ont été tués selon le même mode opératoire ?

— Une coïncidence ! Rien de plus.

— Où se situe la colline où les deux jeunes garçons ont été retrouvés ?

— Ici ! dit-elle en posant son doigt sur la carte.

— C’est perdu ? Qu’est-ce qu’ils faisaient là-bas ?

— Il y a des endroits où il ne faut pas aller, madame. Les terrains sont dangereux. Il vaut mieux rester sur les pistes balisées, dit-elle en sortant de la pièce.

Cynthia étudia attentivement la carte. Pendant ce temps, Jamal et Edward installaient leur matériel pour le direct. Ils choisirent un endroit bien typique de la région et s’installèrent en attendant leur amie.

Celle-ci se maquillait dans sa salle de bain, tout en répétant son texte à voix haute.

Devant la caméra, elle ajusta ses vêtements alors que Jamal commençait le compte à rebours.

— Bonsoir à toutes et à tous. Nous voici dans le Lot où des meurtres ont été commis par, semble-t-il, un tueur en série. D’après nos informations, une femme et deux jeunes hommes ont eu les yeux arrachés et les mains coupées. Les mobiles sont, pour l’instant, méconnus. La gendarmerie a dépêché, dans la région, ses meilleurs enquêteurs. Nous vous tiendrons, régulièrement, informés de l’avancée de l’enquête. C’était Cynthia pour Directive TV.

— C’est dans la boîte ! confirma Edward.

Cynthia jeta un œil sur son téléphone. Elle fit une moue.

— Il nous faut plus d’infos pour demain soir.

¾Qu’est-ce que tu comptes faire ?

—Aller dans les bars des villages voisins. Les conversations de comptoir sont une source intarissable de renseignements.

—Très bien !

****

Le lendemain, Cynthia et son équipe se dirigèrent vers le hameau de Livernon dans l’espoir de trouver une personne acceptant de s’entretenir avec eux. Cependant, les résidents restèrent obstinément silencieux. Découragée, Cynthia s’assit sur un banc, son regard perdu dans le lointain.

Au bord opposé de la route se tenait un individu d’une stature imposante, adossé à un petit 4x4 de couleur bordeaux. Coiffé d’un bonnet en laine grise qui lui arrivait presque jusqu’aux sourcils, son visage allongé affichait des traits légèrement androgynes. Vêtu de tenues sombres et chaussé de bottes usées jusqu’à la corde, il mâchonnait une tige de bois en les fixant du regard. Cynthia invita ses compagnons à la suivre et ils s’approchèrent de cet étrange personnage.

— Bonjour ! Je m’appelle Cynthia et je travaille pour Directive TV. Je réalise un reportage sur les crimes commis dans la région. Vous n’auriez pas, par hasard, vu ou entendu quelque chose ?

L’homme au regard bleu très clair ne répondit pas.

— Vous m’avez peut-être déjà vue à la télé. Je ne suis ici que pour recueillir des informations au sujet des événements. Avez-vous des détails ?

Il recula tout en ne la quittant pas des yeux, mais ne fit aucun commentaire.

— Encore un débile. Murmura Cynthia. Allons boire un verre avant que je ne craque !

Ils entrèrent dans le bar et commandèrent chacun une bière. Le barman les servit. Quand la porte s’ouvrit, l’homme au bonnet apparut.

— Celui-là n’est pas très bavard, hein ? fit remarquer Edward au barman, avec son accent anglais.

— Ne lui en veuillez pas ! Certains l’appellent « le Simplet » dans ce coin.

— Qui est-il ? questionna Cynthia.

— Un solitaire ! Il habite une petite baraque dans la forêt. Quand on a des restes au restaurant, on les lui dépose sur le chemin.

— S’il habite la forêt, peut-être a-t-il été témoin de ce qui s’est passé ?

— Peut-être ! Mais il ne vous dira rien. La gendarmerie l’a déjà questionné plusieurs fois, sans succès. Il est ailleurs, dans son monde.

— Est-il muet ? demanda Jamal.

— Non, non ! Régis n’est pas muet. Parfois, nous sommes assez proches. Surtout lorsqu’il n’y a personne dans le restaurant.

— Et il ne vous a rien dit sur cette affaire ?

— Non.

Régis, quant à lui, était adossé au bar, observant la scène d’un air distant.

— Vous savez, Régis est très solitaire. Il n’aime pas qu’on lui pose des questions. Ici, nous sommes tranquilles et cette histoire commence à nous faire du tort.

— Je comprends, excusez-moi !

— Je vous souhaite une bonne journée.

Le barman repartit auprès de Régis. Il lui donna une tape sur l’épaule et un panier assez lourd. Ce dernier déposa quelque chose dans sa main puis ressortit.

— Je croyais que vous lui laissiez le panier sur le chemin ? questionna Cynthia.

— Il est là, je le lui donne ! Mais, laissez-le tranquille. Ne l’importunez plus, il en a déjà assez vu avec les gendarmes.

Cynthia se leva et alla dehors pour allumer une cigarette. Pendant ce temps, Régis rangeait son panier dans le coffre. Les deux individus se regardèrent brièvement, avant que Régis ne monte dans sa voiture et ne parte. Edward et Jamal sortirent ensuite.

— Entre Anna qui nous dit qu’il n’y a pas de tueur en série et celui-là, je pense qu’on va dénicher une histoire qui va plaire au patron.

— Qu’est-ce que tu as dans la tête ?

— Suis-le !

Edward conduisait, tandis que Cynthia était assise à côté. Ils suivirent la voiture de Régis de loin.

Le cameraman s’efforçait de ne pas le quitter des yeux malgré les virages et Cynthia le guidait du mieux qu’elle pouvait. Au bout d’une trentaine de minutes de conduite, ils empruntèrent un chemin de campagne serpentant à travers la forêt. Elle était si dense qu’ils le perdirent de vue. Edward redoubla d’efforts, proférant des jurons en anglais. Le sentier bifurqua, et il choisit de s’engager dans le passage le moins fréquenté. Les bosses de la chaussée provoquaient des secousses sur leurs sièges. Tout à coup, Edward stoppa net.

Régis se tenait là, guettant manifestement leur arrivée, appuyé contre son véhicule, les bras croisés et une brindille entre ses dents. Il semblait attendre quelque chose, sans doute des excuses. Cynthia quitta la voiture et s’avança vers lui.

— Je ne vous veux aucun mal. Je souhaite juste discuter avec vous. Est-ce possible ?

L’homme restait dans son mutisme, le regard glacial.

— Je ne suis pas gendarme et je ne donne jamais le nom de mes sources.

Régis jeta un regard sur les deux hommes et vit un objet qui ressemblait à un micro sortir de la fenêtre. Il fit une grimace et fixa Cynthia.

— Je n’ai rien à vous dire. Partez. Répondit-il d’une voix très grave et bienveillante.

— Oui, on va partir. Cependant, avant cela, auriez-vous remarqué une présence dans la forêt ?

— Partez, vite, retournez dans votre ville ! dit-il en jetant sa brindille au sol.

Cynthia ne pouvait détacher son regard de lui. Il dégageait une présence particulière, peut-être due à sa posture altière ou à son léger accent. Il ne semblait pas être originaire de la région.

Il l’observa attentivement, avec un léger sourire, avant de reprendre la route. La meute de journalistes, qui le poursuivait, perdit rapidement sa trace.

— Où peut-il être ? dit Edward en jurant.

— Laisse-le ! Il ne nous dira rien. Souffla Cynthia.

— Il t’a parlé ? Je suis certain qu’il sait quelque chose.

Ils s’arrêtèrent sur le bord de la route et Jamal fit écouter son enregistrement à Cynthia.

— Je n’entends pas la voix de ce type. Pourtant, il était près de toi !

— Je ne comprends pas. Ton micro était probablement mal orienté.

— Peut-être !

Ils repartirent ensuite vers la petite ville médiévale de Figeac, où Champollion était né, pour y recueillir divers témoignages.

Certains appuyaient la thèse de la secte, d’autres niaient l’existence d’un tueur en série, ou bien avançaient même l’hypothèse que ce dernier était en fait un extraterrestre.

L’équipe, complètement épuisée, s’arrêta dans un restaurant situé sur le bord de la route. Il était presque temps de passer à l’antenne. Cynthia se rendit aux toilettes pour se refaire une beauté.

À sa sortie, elle rejoignit ses collègues et réajusta son tailleur.

— Bonsoir ! Ici Cynthia, en direct du Lot. Tout le monde croit qu’un tueur en série sévit dans la région. Des informations laissent croire que ce serait lié au milieu de la contrebande. Les jeunes hommes n’avaient jamais eu affaire à la police, mais ils semblent être mêlés à un trafic. Quant à la première victime, elle aurait pu servir de mule. Les récits à venir attesteront de la peur omniprésente dans cet endroit. C’était Cynthia, en direct sur Directive TV.

— C’est dans la boîte !

— Cynthia, tu racontes n’importe quoi. Se désola Jamal.

— On n’a rien, il faut bien dire quelque chose et je suis convaincu d’être proche de la réalité.

Ils se dirigèrent vers leur logement, où Anna les accueillit sur le seuil, manifestement irrité par les nouvelles diffusées.

— Je ne fais que mon travail !

****

Le lendemain, dès l’aube, Edward s’éclipsa discrètement, abandonnant ses compagnons au gîte, sans leur révéler sa destination.

Pendant ce temps, Cynthia entreprit de contacter certains de ses confrères, des reporters locaux travaillant pour La Dépêche du Midi, dans l’espoir d’obtenir des informations. Malheureusement, cette profession est très compétitive et les sources sont rares. Finalement, Cynthia décida de revenir vers Anna, dans l’espoir que celle-ci accepte de partager quelques indices. Hélas, Anna persista dans son refus.

Deux heures plus tard, Edward réapparut, arborant un grand sourire.

— Aller ! Montez, j’ai quelque chose qui va vous plaire.

Les deux acolytes grimpèrent sans se faire prier. Edward filait à toute vitesse, tandis que Cynthia et Jamal s’agrippaient fermement.

Une vingtaine de minutes plus tard, ils s’arrêtèrent dans le petit hameau de Sonac où ils remarquèrent la présence de plusieurs fourgons de police garés.

— Mets-moi au parfum ! ordonna Cynthia.

— Un autre cadavre, un homme de la cinquantaine. Même procédé, mais cette fois, le tueur l’a jeté du haut de la falaise.

— Comment l’as-tu appris ? questionna Jamal.

— La radio locale !

— Allons-y, je suis prête. Enregistre bien tout, nous le passerons au patron pour le direct de ce soir. Fais-moi un plan large et ne lâche pas les gendarmes.

— C’est parti !

— Bonjour ! Dans le département du Lot, un corps supplémentaire a été découvert au pied d’une falaise, près d’un hameau. Il s’agit d’un homme d’environ 50 ans, et la manière dont il a été tué correspond à celle des victimes précédentes, ce qui renforce l’hypothèse d’un tueur en série. La vallée est bouleversée et se demande combien d’autres personnes devront perdre la vie avant qu’on ne capture cet assassin. C’était Cynthia, depuis la Vallée de la Peur, pour Directive TV.

— C’est dans la boîte !

Cynthia rendit le micro à Jamal, et lui fit signe de se retourner. Là, au bout de la route, Régis observait les gendarmes qui s’activaient à remonter le corps. Elle ne se démonta pas, elle partit dans sa direction.

— Bonjour, Régis ! Alors, vous l’avez aussi entendu à la radio ?

L’homme la regarda intensément sans prononcer un mot.

— Votre maison est loin d’ici ?

Toujours aucune réponse.

— Voulez-vous venir déjeuner avec nous ? C’est moi qui régale !

Régis recula de quelques pas, en la regardant droit dans les yeux.

« Il comprend ce que je lui dis, ou il le fait exprès ? »

Il arbora un grand sourire et ouvrit la portière de son véhicule. Cynthia tenta de l’arrêter, cherchant à engager la conversation.

— Attendez, peut-on aller déjeuner ?

Jamal et Edward enregistraient la conversation, espérant avoir un scoop, mais Régis les fixa puis il retira la main de la jeune femme. Il se pencha et lui dit tout bas :

— Retourne dans ta ville. Partez tous les trois !

— Attendez, Régis, on peut discuter sans eux si vous voulez, rien que tous les deux ?

Régis redressa la tête, et une mèche rebelle, d’un blond lumineux, glissa hors de son bonnet et vint s’écraser sur son épaule.

— Il ne faut pas rester là, partez !

Il démarra et partit en trombe. Cynthia, ayant remarqué le légiste penché sur le corps, partit à sa rencontre. Hélas, les forces de l’ordre lui barrèrent le passage.

Ils attendirent impatiemment que le médecin puisse quitter la zone de sécurité.

Trois véhicules supplémentaires firent leur apparition, laissant place à des individus. Dans la première, un homme d’âge mûr, probablement un élu local, pensa Cynthia. Dans la deuxième, deux hommes très grands en costumes chics, aux cheveux châtain clair, mi-longs.Enfin, dans la dernière, un autre aux cheveux, également, mi-longs, blonds. Ce dernier attira l’attention de la jeune journaliste.

En plus de ses tenues sportives de marque, il portait fièrement un pendentif scintillant autour de son cou. Il était grand, avec un visage large, mal rasé, et semblait avoir dans les soixante ans. Il se tenait à l’écart des autres, faisant des allers-retours nerveux.

Les gendarmes ne les laissèrent pas passer. Les deux hommes châtains s’inclinèrent au-dessus du muret, tout en parlant avec le premier homme.

— Approchons-nous et essayons de savoir qui ils sont ! dit Cynthia en avançant.

La cloche du village sonnait au loin et résonnait dans toutes les ruelles. Cynthia s’approcha des trois hommes et brandit son micro.

— Bonjour, c’est Cynthia, au nom de Directive TV. Que pensez-vous de ces actes horribles et répugnants ?

Un des deux châtains s’avança vers elle avec un beau sourire.

— Bonjour, Cynthia, quelle joie de vous voir dans notre région ! Nous avions plutôt l’habitude de vous regarder interviewer les grands artistes !

Elle jeta un œil sur Edward qui filmait et se retourna face à son interlocuteur.

— Il faut toujours un peu de changement. Je peux vous demander votre nom ?

—Je m’appelle Mathieu, juste Mathieu et voici… Mon ami Franck.

—Connaissiez-vous la personne qui a été retrouvé ?

—Non, je ne le connais pas !

—Vous habitez le coin ?

—En quelque sorte. Je suis de passage pendant mes congés.

—Pourriez-vous nous dire votre point de vu sur cette histoire ?

—C’est terrible. Et nous pouvons comprendre que cela fasse peur à toute la région.

—Nous ?

—Oui, mon ami et moi. Dit-il en se défilant.

—Croyez-vous qu’il pourrait s’agir d’une secte ?

—Non, je ne pense pas qu’il puisse y avoir une secte dans la région.

—Merci Mathieu.

Cynthia fit signe à Edward de couper. Elle observa les deux hommes châtains s’entretenir, ce qui piqua sa curiosité.Leurs tenues élégantes, leur accent et leur langage suggéraient qu’ils n’étaient pas originaires de la région. Pourtant, l’homme en jogging semblait être un travailleur manuel, peut-être un agriculteur. Quel était le lien entre ces individus ? Cynthia décida de s’approcher davantage pour en savoir plus.

—D’où devez-vous ? Si je peux me permettre.

—De Lyon ! Où nous avons une grande entreprise. Nous sommes, juste de passage.

—Merci beaucoup !

—À votre service !

Jamal l’attrapa par le bras, le médecin sortait du cordon de sécurité. Cynthia s’empressa de l’intercepter afin de lui soutirer une quelconque information, mais il monta prestement dans son véhicule, refusant tout commentaire. Se tournant alors vers les autorités, elle tenta en vain d’obtenir des réponses. L’adjudant lui assura qu’un point presse serait organisé sous peu.

« On va finir par s’enraciner dans cette région miteuse » pensa-t-elle.

****

Les jours qui suivirent, l’équipe de télévision explora la région en quête d’informations et de détails concernant cette mystérieuse secte. Malheureusement, ses efforts furent vains.

Elle reçut un coup de fil de Victor l’invitant à se rendre à Labastide-Murat où un communiqué de presse aller avoir lieu.

Arrivée sur place, l’équipe installa micro et caméra face au pupitre. Ils étaient en première ligne. Leur position à l’écran leur permettait d’avoir toujours le face-à-face.

Cynthia prit place sur une chaise, munie de son carnet de notes où elle avait soigneusement préparé les questions à poser. Un homme chauve entra et se positionna face aux micros.

— Bonjour. Je suis l’adjudant Herman de la police scientifique. Nous avons découvert un quatrième corps dans les gorges il y a deux jours. Selon nos agents sur place, il pourrait s’agir d’un tueur en série qui cible apparemment au hasard des individus sans lien apparent. Par conséquent, je vous prie de ne pas utiliser les sentiers de randonnée jusqu’à ce que cette affaire soit résolue. Y a-t-il des interrogations ?

—Que pouvez-vous nous dire sur cette secte ? questionna Cynthia.

— Cynthia, bonjour. Nos enquêteurs n’ont aucun indice leur permettant d’attester la présence d’une secte.

— Serait-il possible qu’il s’agisse d’un trafic ?

— Nous n’en savons rien pour le moment.

— Avez-vous pu prendre l’ADN de ce meurtrier ?

— Les investigations sont en cours, je ne peux rien vous dire. Merci à vous.

L’adjudant ressortit aussitôt.

Mécontente, Cynthia rassembla ses effets personnels et se leva, tournant le dos à la scène. Au fond, elle vit avec étonnement les deux hommes châtains s’entretenant, et, chose surprenante, Régis se trouvait près de l’homme au pendentif. « Que complotent-ils ? Que font-ils ensemble ? » se demanda-t-elle.

Tout à coup, Régis se retourna brusquement et la fixa droit dans les yeux. Il posa sa main sur l’épaule du vieil homme et sortit aussitôt. Cynthia saisit son manteau et le suivit.

Elle parvint à le rejoindre près de sa voiture et s’arrêta net devant lui.

— Bonsoir Régis ! Vous connaissez ces hommes ? Écoutez, je n’ai pas de micro et je sais rester discrète.

Régis plongea son regard translucide dans celui de la jeune femme. Ses lèvres remuèrent, mais aucun mot n’en sortit. Il grimpa dans son véhicule et s’éloigna. Cynthia rebroussa chemin et regagna la vaste pièce, déçue de ne pas avoir pu échanger avec cet individu mystérieux.

Mathieu la regarda passer et fit un signe au vieil homme en la désignant. Celle-ci ne les quittait pas des yeux, consciente que leur conversation la concernait. Après tout, elle était habituée à être sous les projecteurs des plateaux de télévision.

Alors qu’il rangeait soigneusement son micro, Jamal aperçut une immense silhouette se rapprocher.

— Ce matériel semble vraiment haut de gamme.

— Il est effectivement excellent… mais assez coûteux !

Franck circulait autour de lui, examinant chacun des articles. Il semblait avoir quelque chose à communiquer. Son aspect menaçant émanait d’une appréhension, un malaise inexplicable.

— Vous avez quelque chose à me demander ? questionna Jamal.

— À vous demander ? Non ! À vrai dire, je me posais plutôt la question suivante : pourquoi une équipe comme la vôtre couvre-t-elle ce genre d’événement ? Vous êtes plutôt dans le show-biz, avec les VIP, ou dans de grands rassemblements, n’est-ce pas ?

— Oui, mais notre collègue a eu un accident et nous la remplaçons.

— C’est fâcheux pour elle.

— Oui, surtout, comme vous le soulignez, ce n’est pas notre domaine.

Franck s’abaissa sur son oreille et lui chuchota.

—Alors, n’hésitez pas à partir. Par ici, les routes sont dangereuses pour les étrangers.

— Nous n’avons absolument pas l’intention de rester. En particulier, Cynthia déteste ce genre de reportage, et la région ne s’y prête pas.

— C’est très bien, il serait dommage de perdre une si bonne équipe.

Sur ces mots, le grand Franck repartit avec ses collègues et tous sortirent de la salle.

Le soir venu, au bar-restaurant de Livernon, Jamal rapporta les propos de Franck à ses amis. Cynthia fronça les sourcils, percevant une menace. Il était impératif qu’elle consulte le médecin légiste pour obtenir des informations supplémentaires et qu’elle contacte ses relations pour demander leur aide.

—Il faut que tu reprennes ton enregistrement Jamal, et toi Edward, regarde si on voit Régis arriver derrière le vieil homme au gros médaillon… J’aurais dû l’interviewer. Et si c’étaient eux ?

—Ne commence pas Cynthia ! rétorqua Jamal. Tu crois que des hommes avec des costumes à quatre chiffres se saliraient les mains ?

—Ils pourraient envoyer des hommes pour le faire ! Regarde ce vieux avec son médaillon… Peut-être que c’est lui le gourou de la secte. Et pourquoi Régis ne serait-il pas le meurtrier ?

—Ça c’est très bon, Cynthia ! s’exclama Edward. Je vais passer au peigne fin tous nos enregistrements.

Cynthia sortit pour fumer une cigarette. Elle s’appuya contre le mur, l’alluma et inspira une bonne bouffée. Elle fit quelques pas, en réfléchissant à ce qu’elle croyait avoir compris.

Dans la pénombre de la nuit, son attention fut attirée par une silhouette qui se déplaçait. Elle jeta sa cigarette au sol et se cacha derrière leur voiture.

Un homme assez grand portait deux gros sacs à bout de bras. Il avait de longs cheveux blonds. Ceux de devant remontaient au sommet du crâne. Une sorte de bijou brillait autour de son cou. Il posa ses cabas sur le trottoir et repartit s’enfermer dans une grange. Cynthia longea le mur et grimpa sur une fenêtre pour voir à l’intérieur. À part du foin, il n’y avait rien. « Où est-il parti ? » Se demanda-t-elle.

Tout à coup, elle perçut des bruits de pas qui l’approchaient. Elle se tourna vivement pour faire face à la personne.

— Ah, c’est vous !

Bonnet rivé sur la tête, Régis prit les cabas et les rangea dans le coffre de sa voiture.

— Qu’est-ce qu’il y a dans ces sacs ?

« De la drogue ? » Pensa-t-elle.

Régis se retourna, il la regarda un instant puis, sourire en coin, lui présenta un des sacs. À sa stupéfaction, il n’y avait que des bûchettes de bois.

Il le referma tout en écoutant la jeune femme qui essayait, vainement, de lui soutirer des informations. Il monta dans sa voiture et disparut au loin.

À son retour, elle expliqua à ses amis ce qu’elle venait de voir. Les deux hommes n’avaient pas l’air surpris.

Toute la soirée, dans chaque chambre, l’équipe s’employait à vérifier tous les enregistrements qu’ils avaient faits. Dans la rue, une ombre se déplaçait lentement vers la porte arrière de la maison.

****

Edward avait quitté les lieux depuis un moment. Cynthia, quant à elle, dégustait son petit-déjeuner en feuilletant le journal local. Jamal prit place en face d’elle et versa du café dans sa tasse. Ses yeux étaient rougis par la fatigue, il étira donc son corps.

— Combien de temps va-t-on rester là ? demanda-t-il.

— Je n’en sais rien, Victor veut qu’on couvre l’affaire, donc il est peu probable que nous puissions partir bientôt.

— Le café est mauvais.

— Oui, je sais ! coupa Cynthia.

— Où est Edward ?

—Je n’en sais rien ! Lui et ses idées farfelues !

Les heures passaient et toujours pas d’Edward. Ils n’arrivaient pas à le joindre et tombaient systématiquement sur le répondeur.

Cynthia se mit à s’inquiéter. L’heure avançait, bientôt midi. Elle contacta son supérieur pour vérifier si Edward avait tenté de le rejoindre. Négatif, aucune information. Ils restèrent déjeuner chez Anna. La cloche retentit, Edward arriva enfin et prit place près d’eux.

—Voici ce que je peux vous dire : presque chaque victime portait une bague en or ornée d’une rose. Intéressant, n’est-ce pas ? Sur l’enregistrement que j’ai capté, cet homme âgé portait un pendentif imposant arborant une rose et une tête de dragon.

Il sortit des papiers de sa poche et les déplia devant eux. Il avait imprimé les images agrandies du médaillon. Cynthia s’effondra sur sa chaise, les yeux exorbités.

— Maintenant, on sait qu’il y a bien une secte dans cette région. Tu avais raison, Cynthia.

— Il faut aller montrer ça à la gendarmerie. Coupa Jamal.

— Tu es fou ? Maintenant qu’on a une piste ! cria Edward.

— Moi, je ne veux pas d’histoire.

— Moi non plus, Jamal. Répliqua Cynthia. Mais là, on peut avancer un peu, si l’on voit que ça chauffe trop, on appelle la gendarmerie.

— Je sens un coup foireux. Lâcha Jamal en s’adossant à la chaise.

— Comment as-tu eu ces informations ? demanda Cynthia.

—Dans un bar ! Certains sont au blanc dès 7 h du matin, c’est facile.

Ils posèrent leurs matériels dans la voiture et partirent dans le petit hameau où ils avaient rencontré Mathieu et Franck. Ils longèrent les ruelles à la recherche des deux hommes, espérant les voir, mais rien.

Ils retournèrent au bar de Livernon et commandèrent chacun une bière. Le barman les servit en terrasse. Alors que celui-ci posait les verres sur la table, Edward sortit son téléphone cellulaire et fit semblant de taper quelque chose. Lorsque le serveur fut reparti, Edward se précipita vers Cynthia et lui montra son iPhone.

— Regarde ! Il a la même bague !

— Mais non ! dit-elle en prenant le portable entre les mains.

Elle sursauta et le passa à Jamal.

— Il en fait partie ! dit-il en lui redonnant.

— Et si je le questionnais ? proposa Cynthia avec un large sourire.

— Non ! On va s’attirer des problèmes. Murmura Jamal.

— C’est toi le problème ! exhorta Edward. Aller, fais-lui du charme, et sors-lui les vers du nez.

— J’y vais !

Elle pénétra à pas de velours dans le bar et s’avança vers le barman qui essuyait sa vaisselle.

— Vous voulez autre chose ? questionna-t-il.

— Est-ce qu’il y a une secte dans la région ?

— Pas que je sache. Pourquoi ?

— Oh comme ça ! dit-elle en s’appuyant sur le comptoir. Pensez-vous que ces meurtres soient perpétrés par quelqu’un de la région ?

— Alors ça ! Je n’en sais rien. Je ne suis pas gendarme.

—Auparavant, y a-t-il eu du trafic de drogues ?

— Il y en a partout malheureusement ! lui fit-il en posant les verres, juste à côté d’elle.

— C’est une très belle bague que vous avez là.

— N’est-ce pas ! Vous devriez aller voir l’artisan qui les fabrique.

— Un artisan ! Tiens donc ! Fait-il aussi des colliers ?

— Des colliers, des bagues, des bracelets et un peu de tout. Vous voyez cette rose dessus ?

— Oui.

— C’est sa marque de fabrique. Ici, tout le monde le connaît. Son atelier est un peu plus loin sur la route. Vous verrez une pancarte « Fabien des Causses » C’est là. Il fait tous les marchés.

— Je n’y manquerais pas. J’ai vu Régis lors du communiqué de presse. Il a l’air d’avoir pas mal d’amis !

— Laissez-le tranquille. Vraiment ! Il n’a rien à voir avec tout ça.

— Comment pouvez-vous le savoir ?

— Parce que je le connais depuis longtemps maintenant. Alors, posez vos questions à d’autres.

— Je ne l’importunerai pas. C’est juste qu’on le voit partout. L’autre jour, quand les gendarmes remontaient le corps de cet homme, il était là. Également au communiqué de presse et hier soir encore.

— Il s’occupe comme il peut, madame. Il n’est pas comme vous ou moi avec notre travail. Laissez-le tranquille.

— Très bien, je vous souhaite une bonne journée.

— Vous aussi !

Cynthia ressortit du bar, l’air désemparé. Elle expliqua à ses collègues que la piste ne menait nulle part. C’était un commerçant qui vendait des bagues et des colliers.

Ils se rendirent néanmoins auprès de l’artisan. Dès qu’ils pénétrèrent dans la cour, une vaste enseigne recouvrait intégralement un pan de mur : « Fabien des Causses ». La devanture, modeste et usée, arborait une inscription sur sa porte : « Open ».

Cynthia entra en première, faisant sonner une cloche en cuivre. Sur les étagères, des tas de bagues avec une rose gravée. Des colliers du même type que celui du vieil homme. Il n’y avait aucune preuve permettant de conclure que c’était la signature d’une secte. Le vendeur était assis derrière un comptoir, brun aux cheveux très courts, portant des lunettes de bijoutier. Il releva la tête, sans même les saluer, puis replongea sur son œuvre. Cynthia soupira fortement et tourna les talons.

Après cela, ils quittèrent les lieux et empruntèrent un étroit sentier de montagne, juste à côté de l’endroit où les deux premiers cadavres avaient été découverts. Le chemin serpentait sur la pente. Cynthia gémit, car ses talons ne lui permettaient pas de les suivre.

Les deux hommes étaient loin devant, discutant ensemble sans se soucier de la détresse de la jeune femme. Elle s’arrêta, en nage, sur un gros rocher pour retirer ses escarpins.

Un peu plus loin, un mince filet d’eau coulait d’une petite fontaine en pierre. Elle plongea ses pieds dans le bassin et défit son chignon.

Tout autour d’elle, la forêt était dense, verdoyante. Les oiseaux piaillaient au sommet des arbres. Elle sortit son téléphone, mais pas de réseaux. Elle leva son bras, essayant de chercher un semblant de signal, toujours rien. Ne pouvant plus continuer, elle décida de rester là, le temps que ses coéquipiers fassent demi-tour.

Les pieds dans l’eau, elle s’appuya contre le rocher et plongea son regard vert, dans le ciel. Tout à coup, un son retint son attention. Elle se redressa brusquement et aperçut un pivert qui martelait vigoureusement un tronc d’arbre mort.

Un certain temps après, Jamal et Edward réapparurent.

—Enfin ! Vous voilà ! s’exclama-t-elle, exaspérée.

— Tu aurais dû continuer avec nous, il y a une superbe vue là-bas. Expliqua Jamal.

— J’ai pris quelques images. Ajouta Edward.

— Je m’en moque !

— Ne dis pas ça Cynthia, tu es en colère. Lui répondit l’anglais.

— J’en ai assez ! Je vais appeler Victor pour qu’il nous remplace. J’en ai assez de ces meurtres et j’ai mal aux pieds.

— Tu devrais t’acheter des chaussures plus adaptées. Lui lança Jamal.

— C’est moi qui ne suis pas adaptée pour ce genre de reportage. Je veux mes boutiques, mon bistro et mon lit.

Les deux hommes sourirent tout en reprenant le chemin du retour. Caméra sur l’épaule, Edward passa le premier.Derrière eux, Cynthia peinait à suivre, maudissant chaque caillou sous ses semelles. S’arrêtant pour les enlever, elle aperçut alors une silhouette disparaitre derrière les arbres. Les longs cheveux blonds la laissèrent dubitative. « Une femme ici, toute seule ? » Elle appela à haute voix, mais personne ne répondit. Jamal fit demi-tour et s’enquit de sa détresse.

— Oh rien, j’ai cru voir quelqu’un !

— On va s’arrêter pour manger un morceau. Rassura le jeune homme.

Ils reprirent la route et firent une pause à Lacapelle-Miraval, à la joie de la jeune femme, car les boutiques étaient ouvertes.

Les deux hommes l’attendirent dans un bar, Edward, journal à la main et Jamal se faisant bronzer au soleil.

Un individu sortit précipitamment, proférant des jurons envers le personnel. Il s’arrêta un peu plus loin et revint à la charge. Edward se leva, prêt à intervenir. L’altercation entre les deux hommes s’arrêta brutalement lorsqu’un autre serveur sortit à son tour. L’homme éméché monta dans sa voiture et s’éloigna. Cynthia était là sur le trottoir, déconcertée, avec quatre sacs remplis de vêtements. Elle commanda un jus de fruits et appela son patron. Il était catégorique : ils devaient rester sur place et couvrir l’affaire. Furieuse, elle lança son portable sur la table, exaspérée par cette nécessité de poursuivre ses recherches et d’obtenir les dernières informations.

Une voiture s’arrêta sur le parking et deux hommes en sortirent : Mathieu et Franck.

« Comme le monde est petit » se dit-elle en buvant son verre.