REINE DU CHAOS III

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Summary

Aimés dans l’interdit. Déchirés par ce qui les dépasse. Havana et Carlés ont survécu à la violence, à la peur, aux mensonges... mais à quel prix ? Leurs cicatrices ne sont pas toutes visibles. Certaines saignent encore, silencieusement, entre deux regards, deux silences, deux absences. Désormais, le monde autour d’eux vacille. Les ennemis ne viennent plus seulement de l’extérieur. Ils sont aussi dans leurs rangs, dans leurs choix, dans leurs doutes. Le cartel menace d’éclater, les trahisons rôdent, et le passé ressurgit, plus cruel que jamais. Havana n’est plus l’innocente que Carlés voulait protéger. Et Carlés… n’est plus l’homme froid qu’il prétendait être. Il est devenu vulnérable. Parce qu’il l’aime. Et c’est précisément ce qui pourrait les condamner. Quand tout s’effondre, quand le pouvoir échappe, quand la mort frappe sans prévenir… est-ce que l’amour peut vraiment tout sauver ? Ou faut-il parfois l’abandonner… pour survivre ?

Genre
Thriller
Author
AshivA
Status
Ongoing
Chapters
18
Rating
5.0 1 review
Age Rating
18+

Carlés Moralés

Je fixe l’écran. Mon sang cogne à mes tempes comme un tambour furieux. Ma gorge est un étau. Plus un son ne passe.

Hachi s’avance derrière elle. Tranquille. Trop tranquille. Chaque geste est pesé, méthodique. Il glisse une main dans la poche arrière de son pantalon et en sort un petit boîtier noir. La télécommande. Celle qui déclenche la bombe sous la chaise.

Je le sais. Elle, pas encore.

D’un mouvement sec, il tranche la corde. Les bras d’Havana s’effondrent, inertes. Son corps vacille, vidé de toute force.

Il s’approche alors. Lentement. Avec cette perversité glaciale qui le rend si dangereux. Il effleure son épaule du boîtier, le fait glisser le long de sa clavicule, puis sur sa poitrine.

— Bouge pas.

Sa voix râpeuse suinte le vice. Il écarte ses cuisses brutalement. Elle résiste, serre les jambes. Il insiste. L’objet glisse sous le tissu trempé de son maillot de bain, dernier vestige de pudeur.

Elle baisse les yeux. L’appareil est là. Petit. Noir. Un unique bouton. Aucun doute sur sa fonction. Son souffle se fige.

Hachi s’agenouille devant elle, les yeux accrochés aux siens.

— Tu piges maintenant ? Cette bombe, elle est pour toi. Sois à moi… ou crève. Tu préfères quoi, hein ? Tu préfères crever plutôt que de m’appartenir ?

Elle lève lentement le visage. Ses lèvres sont fendillées, ses yeux brûlent d’une fièvre sombre, de rage, de vérité.

— Oui.

Il tressaille. Sa main se lève, je crois qu’il va la frapper. Mais non. Il se ravise. Il change de stratégie. Il lui tend la télécommande.

— Alors vas-y. Appuie. Prouve-moi que t’en es capable.

Elle la prend. Ses doigts tremblent. Mais ses yeux restent vissés aux siens. Déterminés. Implacables. Elle ne bluffe pas.

Et elle appuie.

Mon souffle se coupe. Mes poumons se vident d’un coup. Je ferme les yeux une fraction de seconde. Trop de douleur. Trop de peur.

Derrière moi, le silence est total. Mes hommes retiennent leur respiration.

Rien. Pas d’explosion.

Juste un éclat de rire. Grave et dément. Ce putain de rire de Hachi.

Il la soulève, la serre contre lui comme une poupée morte.

— Tu rates tous les tests, ma beauté. Tu fais partie de notre camp. Pas du sien.

Je reprends mon souffle.

Hachi la tient contre lui, sa main posée sur sa peau nue. Il jubile. Il pense avoir gagné.

Et puis, une voix retentit. Calme. Grave. Tranchante.

— Ce n’est pas elle qu’il torture. C’est toi.

Je me retourne d’un coup. Je ne l’ai même pas entendu entrer.

Mon père. Debout dans l’ombre. Bras croisés derrière le dos. Regard de glace rivé sur l’écran.

Son costume est impeccable. Rien ne dépasse. Pas une trace d’humanité dans sa posture. Juste ce froid, coupant comme une lame.

— Padre… soufflai-je, pour moi plus que pour lui.

Il s’avance. Lentement. Comme un juge marchant vers le banc. Ses yeux ne me lâchent pas.

Derrière lui : mon oncle Teo, Ruben, et Barbara. Impassible. Mâchoire contractée. Ma famille. Tous là.

Il s’arrête face à moi. Pose sa main sur mon épaule. Lourde. Solide. Réelle.

— Cent cinquante hommes sont dehors, avec moi, dit-il. Ils attendent.

Mon cœur cogne à m’en briser la cage thoracique. Il ne me regarde même pas. Il observe. Juge. Le tableau entier.

Puis il me guide vers une chaise. Il s’assied à côté, comme pour une sentence.

Mais je comprends. Il est avec moi.

Son regard reste droit devant. Il lève une main, ordonne d’une voix sèche :

— Dehors. Tous le monde dehors.

Aucune contestation. Tous obéissent. En silence.

Nous restons seuls.

Père et fils.

Ses yeux accrochent enfin les miens. Et là, je vois tout : la fatigue. La colère. L’amour tordu, maladroit. Celui qui fait peur mais qui tient debout.

— Reprends-toi, Carlés, murmure-t-il. Sa voix est grave, rauque. Pas besoin de hurler.

— Je suis là pour toi. Mais souviens-toi qui tu es. Et ce que tu diriges.

Il s’adosse au fauteuil.

— Tu diriges le deuxième plus grand cartel du monde. Le sang a coulé pour ça. Le nôtre. Celui de nos ancêtres. Et tu veux tout foutre en l’air pour des putains de Mexicains ? Tu veux leur montrer que t’as une faiblesse ?

Je ne réponds pas. Je l’écoute. Parce qu’il a raison. Mais je tiens tête. Dos droit. Regard fixe.

— Une femme, Carlés... C’est la perte d’un homme. Tu crois qu’elle te rend fort ? Non. Elle t’affaiblit. Elle te fait douter. Elle t’oblige à choisir avec le cœur. Et le cœur, c’est ce qui fait tomber les rois.

Je le fixe. Puis tourne lentement la tête vers l’écran. Havana est au sol. Elle respire. Faiblement. Mais elle respire.

Alors je parle. D’une voix posée. Immuable.

— Je ne plierai pas.

Silence.

— Mais je suis prêt à me sacrifier pour elle.

Il grogne. Ce son guttural. Animal.

— Je ne te laisserai pas faire.

— Alors regarde, Padre. Regarde pourquoi je m’appelle Carlés Maralés. Et regarde a qu’elle point elle me rend fort.

Je me dirige vers la grande porte.

— Faites entrer tout le monde.

Elle s’ouvre. Et là, je les vois. Les cent cinquante hommes de mon père. Tous me saluent d’un hochement de tête. Et les uns aprés les autres ils rentrèrent.

Lumière tamisée. Tension à couper au couteau. L’écran central clignote, projette les données GPS du yacht. Le silence est militaire.

Petit Génie ajuste l’antenne cryptée, les doigts dansent sur le clavier.

— Contact établi. Ligne sécurisée. C’est Noé.

Un grésillement.

— Ici Noé. Tout est stable. L’Argentin pense que la mer le protège. Il se croit intouchable.

Je ne bouge pas. Même pas un clignement.

— On t’écoute, grogne Emilio.

— Le pont est faiblement gardé. Deux hommes tous les dix mètres. La salle des machines est quasi vide. L’Argentin reste à l’étage. Le Mexicain est dans le salon privé. Avec elle.

Mon cœur se contracte.

— Environ 165 personnes à bord. Cinquante dans l’équipage. Le reste, Mexicains et Argentins. C’est la merde.

— Noé, L’assaut aura lieu à 3h15. Tu dois passer par la salle des machines et saboter un circuit. Le yacht s’approchera de la côte. Juste assez. On viendra par les fonds marins. À 3h15. Le reste du plan t’arrive par message. Fonce. Ma voix était forte.

— Bien, Patron. Bonne chance. On se retrouve là-bas.

— À partir de maintenant, ligne sécurisée seulement, conclut Petit Génie.

— Trouve-moi le plan du yacht, grognai-je.

Petit Génie pointe le mur derrière moi. Le plan y est déjà projeté.

— Si tu me paies aussi cher, Patron, c’est pour que j’anticipe.

Je m’approche.

— Trois équipes. Cinquantes hommes chacune.

Je désigne la première entrée.

— La soute technique. Sous la ligne de flottaison. Noé nous attendra là.

Deuxième point.

— L’élévateur à jet-skis.

Troisième.

— Le panneau d’évacuation sous-marin.

Je vérifie que mes deux chefs sont attentifs. Emilio et Keox. Bras croisés, mâchoires serrées.

— T’es un génie, Carlés. On est prêts, murmure Keox.

— Petit Génie, prépare le matos de plongée, sacs étanches, deux zodiaques puissants, communications submersibles, lampes et vêtements sec pour tous le monde.

— C’est déjà fait, Patron.

Je m’apprête à continuer, mais Emilio lève une main. Téléphone à l’oreille. Petit Génie connecte les caméras du manoir.

La guerre a commencé. Le manoir a été pris d’assaut.

Des hommes cagoulés tombent sous les balles de mes équipes. Ils ont lancé l’assaut en pariant sur mon absence.

— Petit Génie, Lyo, vite !

La chambre s’affiche. Lola dort sur le canapé. Patrick est là, calme. Ignorants du chaos. Parfait.

— Aucun survivant, dis-je froidement. Prévenez-moi quand c’est terminé.

— Emilio, Keox. Prêts ?

Ils acquiescent. D’un seul mouvement.

Je m’assois.

— Trois équipes. Une pour chacun. Keox, tu prends l’écoutille de maintenance. C’est un accès technique. Tu remontes vers la salle des machines, puis direct sur le pont.

Emilio me lance un paquet de clopes. J’en glisse une entre mes lèvres.

— Emilio, tu prends l’élévateur. Tu sabotes les jet-skis, tu files vers les couloirs, tu rejoins Keox.

Je tire une taffe. Mon regard croise celui de Borris.

— Borris, avec moi. On passe par le panneau central d’évacuation. Accès parfait aux couloirs annexes. Cinq hommes avec toi, tu t’occupe de Alcana. Cinq avec moi pour Havana. Le reste sur le pont avec Keox et Emilio.

— Mort ou vivant, Patron ? demanda Borris, un sourire en coin, presque provocateur.

— Vivants, répondis-je sans hésiter. Ces deux fils de pute, je les veux vivants.

— Je peux neutraliser les caméras internes et le système d’éclairage pendant six minutes. Pas plus, marmonna Petit Génie en vérifiant ses données.

— Six minutes, c’est parfait, dis-je, balayant la salle du regard. Une mer d’hommes prêts à mourir sur un ordre.

Petit Génie, s’éclaircit la gorge.

— Je resterai en contact permanent avec vous. Vous m’aurez tous dans l’oreillette.

Petit Génie se leva, regarda la foule en face de lui sans fléchir, puis ajouta d’une voix forte :

— Gina vous attend dehors. Elle vous remettra à chacun un sac étanche avec tout le nécessaire : équipement de plongée, communications submersibles, lampes, vêtements secs. Aucun oubli. Bonne chance à tous.

En une fraction de seconde, l’entrepôt se vide. En silence. Avec discipline.

Mon père s’approche. Lentement. Silencieusement. Il dépose quelque chose sur la table devant moi.

Un couteau. Long. Élégant. La lame brille sous la lumière tamisée. Le manche est gravé de nos initiales.

— C’était le mien, dit-il simplement. Tu t’en serviras mieux que moi. J’aurais pas aimé être ton ennemi, mon fils.

Je tends la main et saisis l’arme. Elle est parfaitement équilibrée. Lourde de sens. Lourde d’héritage.

Il ne dit rien de plus. Son regard parle pour lui.

Et moi, je suis prêt.

Je fis le point avec Borris, Emilio et Keox. Rien ne devait être laissé au hasard. Je voulais être sûr que tout ce qui m’appartenait était sous haute surveillance : mes restaurants, mes clubs, mes boutiques, mes résidences. Chaque point stratégique était sécurisé. Tous les membres de ma famille étaient à l’abri.

Alors, je pouvais partir à la guerre.

Barbara s’approcha. Sans un mot, les yeux brillants de larmes qu’elle ne chercha pas à retenir, elle m’enlaça. Fort. Comme on serre un fils avant un départ sans garantie de retour.

Puis elle murmura à mon oreille, d’une voix tremblante mais pleine de tendresse :

— Tu seras toujours mon petit… Et pourtant, aujourd’hui, je vois que tu es devenu le plus fort. Reviens-moi, Carlés. Reviens-moi tout entier, d’accord ?

Je ne trouvai pas les mots. Et je ne voulais pas lui faire de promesse que je n’étais pas sûre de tenir. Alors je resserrai notre étreinte. Puis, comme quand j’étais enfant, je pris sa main dans les miennes et déposai un baiser sur sa peau marquée par le temps.

Au contact de mes lèvres, ses larmes coulèrent. Silencieuses. Authentiques.

Une silhouette s’approcha en silence, puis s’immobilisa juste devant moi. Petit Génie. Il attendait que mon regard croise le sien pour parler.

— Le manoir est en cours de nettoyage, Patron, dit-il à voix basse, presque respectueusement. Ils n’ont rien laissé… mais nos gars reprennent le contrôle pièce par pièce. Aucun survivant côté adverse. Du notre, tout le monde est là.

Je hoche la tête.

— Noé a donné le signal. Le yacht fait route vers la côte, exactement comme prévu.

Il me tend un sac étanche. Noir. Compact. Parfaitement préparé. J’attrape la poignée sans un mot.

Mais avant de tourner les talons, je m’arrête. Mon regard plonge dans celui de Petit Génie. Longtemps.

Puis, simplement, je pose ma main contre sa nuque et la serre une seconde. Un geste bref. Authentique. Fraternel. Un merci silencieux, chargé de tout ce que je ne dis jamais.

Il comprend. Son visage reste impassible, mais ses yeux s’éclairent.

Les moteurs grondent dans la nuit.

Je suis en tête du convoi. Trente SUV noirs dans mon dos, chacun rempli d’hommes prêts à mourir sur ordre. Aucun mot, aucune musique. Juste la route, le silence, et cette tension qui colle à la peau.

Puis la descente vers Cap d’Ail. Le convoi glisse dans les lacets, les phares fendent l’obscurité. En contrebas, la mer est noire et lisse comme une lame. On approche.

Sur un petit chemin isolé, un SUV s’immobilise devant nous. Le coffre s’ouvre. C’est notre point d’armement.

Les hommes descendent, s’alignent sans que j’aie besoin de parler. Les caisses s’ouvrent : armes de poing, fusils, grenades sourdes, silencieux, chargeurs étanches. Chaque soldat reçoit ce qu’il lui faut. Les mains sont sûres. Les gestes précis. Ils savent ce qu’ils font.

Quelques minutes plus tard, le coffre se referme, et le SUV disparaît dans la nuit. Le reste du convoi reprend la route.

On atteint enfin la crique. L’endroit est parfait. Invisible depuis la route, protégé par les rochers. Aucun bruit. Aucun regard.

Les SUV s’arrêtent un à un. Les portières claquent doucement, et les hommes descendent. Les vêtements tombent vite. On garde le strict minimum : shorts, maillots, parfois juste un caleçon. Le reste, c’est du poids inutile.

Ils s’équipent : sacs étanches, oreillettes, micros de gorge, lampes frontales, armes. Chaque pièce est ajustée. Testée. Silencieuse. Même leurs respirations sont calées.

Petit Génie circule entre eux, tablette à la main, ses doigts volent sur l’écran.

Je retire ma chemise. Puis mon pantalon. Le sable est froid sous mes pieds. Mon cœur, lui, est stable.

Je m’accroupis, sors mon oreillette, la fixe à mon oreille gauche. Micro en place.

— Petit Génie, tu m’entends ?

— Fort et clair, Patron. Fréquence stable. Ligne sécurisée.

J’opine. J’ouvre un peu plus mon sac. Mes doigts tombent sur une paire de chaussures de plongée réglables, un masque. Je les observe quelques secondes, surpris. Je souris à peine. Fier d’eux. De mon équipe. Je referme le sac, et le balance sur mon épaule.

Je balaie du regard les hommes devant moi. Tous prêts. Tous en silence. Je n’ai jamais vu une armée aussi disciplinée. Et c’est la mienne.

Emilio s’approche, torse nu, le regard espiègle malgré la tension.

— Cent cinquante bonshommes en slip, Carlés… Tu pouvais pas mieux faire pour détendre l’atmosphère.

Un rire discret s’échappe de quelques bouches. Ça craque juste assez pour relâcher la pression.

Puis Petit Génie me rejoint.

Je me tourne vers mes hommes.

— En place. On entre dans l’eau à mon signal. Restez soudés. Restez vivants.

Et dans le silence parfait de cette nuit tendue, cent cinquante hommes s’avancent vers la mer, comme une marée d’ombres prêtes à engloutir le monde.

La guerre commence maintenant.GGG