Chapitre 1
Le ciel avait cette teinte bleue que seuls les rêves osent porter. Elle ne savait pas depuis combien de temps elle était là. Debout ou assise, elle ne s’en souvenait pas. Le vent jouait avec ses cheveux sans qu’elle pense à les attacher. Cette brise glaciale l’accompagnait, la faisait voyager.
Au bord de cette falaise, les vagues l’appelaient. Frappant avec force contre les roches, un bruit mélodieux, un monde un peu moins creux. Plonger tel une sirène, c’est ce qu’elle souhaitait, mais elle se devait d’attendre que ce petit monde disparaisse.
Alors, elle s’assit. Afin de patienter et peut-être bien aussi qu’elle était un peu trop fatiguée. Toujours ces mèches dansant dans cet air marin. Elle arrachait machinalement des brins d’herbe, les froissait entre ses doigts. Non pas pour les jeter, mais pour sentir qu’elle existait et pour penser à autre chose.
Des questionnements lui venaient souvent à l’esprit, la torturant, la faisant sombrer toujours plus dans une forme d’obscurité. Son monde avait évolué, ses amis l’avaient abandonné, son travail vidait ses journées de sens. Rien ne la faisait palpiter, ou du moins pendant une courte durée.
Le ciel était vaste. Beaucoup trop… Le silence s’étirait sur la falaise comme un drap humide. Elle n’attendait plus rien. Pas vraiment. C’était un lieu pour se laisser glisser. Un peu.
Son regard flottait au loin, sur les bateaux navigants dans cette mer infini. De jeunes gens s’amusant au bord de la plage, en combinaison de surf ou bien des raquettes en mains. Elle laissa échapper un soupir, saccadé. Quelle chance ont ces gens-là. Ses yeux poursuivirent leur route aérienne, des éoliennes au loin, des vagues qui ricochent entre elles et… Un morceau de cuir bloqué dans un rocher. Juste là.
Intriguée, elle puisa dans sa curiosité la force d’y aller. Qu’était cette chose qui pendouillait. Quelque chose de plus intéressant que ces trèfles à quatre feuilles cachées dans le jardin de ses parents. Elle prit en main cet objet caché parmi cette petite montagne de rochers. Comment n’a-t-elle pas pu le voir avant ! Son refuge matinal, qu’elle rencontre dès qu’elle sent mal. C’était sous son nez depuis bien longtemps ou… Serait-ce un signe du destin ?
C’était un carnet, d’une couverture en cuir, abimée par l’air iodé et par les insectes qui l’ont légèrement mâchouillé. Cette trouvaille lui procura une telle émotion. Depuis sa jeune adolescence, elle a toujours rêvé de trouver un objet inconnu de tous. Comme un carnet qui pourrait lui transmettre les secrets d’un monde parallèle afin d’enfin devenir le héros de son histoire.
Il était là, petit, entre ses mains. Fragile et décoloré. Un trésor qu’elle souhaitait cajoler et garder auprès d’elle. Mais toute fois, elle était apeurée d’entrer dans un monde qui n’était pas à elle, de s’infiltrer dans les pensées d’un inconnu.
Son souffle fut coupé à l’idée d’ouvrir ce carnet de voyage. Son cœur palpita quand elle déroula la corde qui le maintenait fermé. Rien que la corde, une vraie beauté. Des coquillages et des perles y étaient accrochés, par les mains qui l’avait eu au passé. Une douce musique en sortait, par échos de ces vents glacés.
La première page s’ouvrit enfin à elle, de force, elle n’en avait rien fait. Les yeux brillants de multiples émotions qui la traversaient, elle contempla. Enfin elle semblait heureuse.