chapitre 1
Chapitre 1 : Reine de Manhattan
Je me réveille dans mon immense lit. C’est presque un petit royaume à moi toute seule, et rien ne m’apporte plus de satisfaction que de me savoir maîtresse de ce monde. La chambre est baignée de lumière grâce aux grandes baies vitrées qui donnent sur la ville. Je n’ai jamais vécu dans l’obscurité ; même la nuit, la lumière de Manhattan pénètre, me berçant dans une lueur dorée, comme si tout le reste du monde était à mes pieds. C’est ce que je ressens, tous les jours. J’ai la ville entière à ma portée, et ça m’apaise. J’aime cette sensation. J’aime savoir qu’au-delà des murs de cet appartement, des millions de gens vivent dans l’ombre de ce que je possède.
Je ne suis pas du genre à me lever en traînant, en m’étirant comme une pauvre âme de la classe moyenne. Non, moi, chaque matin commence avec une certaine majesté. Dès que mes yeux s’ouvrent, je saisis mon téléphone posé sur la table de nuit et, d’un simple geste, je fais apparaître mon petit déjeuner du matin. J’ai une application dédiée qui me permet de tout contrôler, même la température du café. Aujourd’hui, j’ai opté pour un smoothie vert, riche en super-aliments, histoire de me donner une sensation de bien-être, même si je sais parfaitement que ce n’est pas ce qui compte le plus. Ce qui compte, c’est l’apparence. C’est l’image que je renvoie.
Je me lève, passe un doigt sur le miroir en verre, juste pour m’assurer que rien n’a changé. Je suis toujours aussi belle, toujours aussi impeccable. Mes cheveux sont longs, lisses, parfaitement lissés, et mes yeux sont toujours aussi perçants. Le regard que je pose sur mon reflet est celui de la conquérante. Je suis la reine de ce domaine, et tout ici, tout autour de moi, se plie à mes règles. Je choisis la perfection.
Je m’habille en cinq minutes chrono. C’est un peu comme une performance, presque théâtrale. Je n’ai jamais à chercher longtemps. Mon dressing est immense, rempli de robes signées des plus grands créateurs. Il ne me faut jamais beaucoup de temps pour choisir celle qui correspond à l’image que je veux projeter. Ce matin, c’est une robe en soie de chez Valentino, une couleur vive qui attire le regard, mais qui reste sobre. La mode, pour moi, ce n’est pas juste des vêtements. C’est un langage. Chaque vêtement que je porte a un message. C’est ce que je leur dis sans même avoir besoin d’ouvrir la bouche.
Tout doit être parfait, jusque dans les moindres détails. Le rouge à lèvres que j’applique doit être d’une nuance parfaite, mes ongles doivent être impeccables, et mes talons doivent claquer contre le sol comme un hymne à la réussite. Ce sont ces détails qui me définissent. Et les autres ? Ils me regardent, l’air admiratif. Ils admirent non seulement ma beauté, mais aussi la manière dont je me porte, la manière dont je vis. C’est ça, ma vie. Le luxe n’est pas qu’un confort. C’est un mode de vie. Une identité. Et tout le monde autour de moi le sait.
Je ne me prive de rien, et ça ne me coûte rien. Ce qui est mien m’appartient de droit. Tout le monde autour de moi se bat pour avoir ce que j’ai. Moi, je suis née dedans. Tout est facile. Le monde entier se met à genoux pour moi, et je n’ai même pas à le demander. Je prends, je prends tout ce qu’il y a à prendre. Je n’ai pas besoin de demander, ni de supplier. Ce monde fonctionne à ma convenance. Et je m’assure que personne n’oublie que je suis la reine, l’impératrice. Cela semble évident, mais chaque jour, je le prouve encore. Je suis un reflet, mais un reflet éclatant, une illusion qui brille de mille feux.
Les gens qui me côtoient ne sont pas mes amis. Ce sont des... alliés. Ou peut-être des sous-fifres. Peu importe, tant qu’ils restent à leur place. Ils sont là pour enrichir mon monde, pour compléter le tableau. Pour m’admirer, pour être des témoins de ma grandeur. C’est ce que je fais. J’entoure ma vie de personnes qui brillent de la même lumière que moi. Ou du moins, de l’illusion de cette lumière. Mais au fond, je sais bien qu’ils sont là pour les avantages que j’offre. Ils sont mes instruments. Et ils savent que sans moi, leur vie serait bien moins brillante.
Il y a les habituels : Charlotte, la fille des médias, avec son sourire en coin et ses histoires sur les dernières tendances. Elle est là pour garder l’image à la mode, pour parler dans les soirées les plus branchées. Elle est une sorte de carte de visite. Et puis, il y a Alex, héritier d’une grande entreprise, qui sait manier son argent aussi bien que ses relations. Il a appris tôt qu’il faut être bien avec les bonnes personnes. Moi, je suis l’exemple même de ce qu’on doit être pour réussir dans ce monde. Alors, ils font tout pour ne pas me décevoir.
Je les regarde de mon perchoir, un peu comme une reine observant ses courtisans. Tous, ils se battent pour être dans mon cercle. Mais il y a des règles à respecter. Personne ne doit faire d’ombre. Personne ne doit me surpasser. Parce que si c’est le cas, tout s’effondre. Tout le monde doit savoir que je suis au sommet, que personne ne peut m’atteindre. C’est moi qui trace la voie. C’est moi qui mène la danse.
Si j’ai un pouvoir, c’est celui-là. C’est de rendre les gens dépendants de mon image. Ils viennent à moi, ils veulent être vus avec moi, ils veulent être mes amis, mais je sais bien que ce sont des amis en surface. Ils ne cherchent pas à me connaître. Ils veulent ce que je leur offre. Les soirées branchées, les invitations exclusives, l’admiration des autres. Ils ne voient que ce qui brille.
Je sais jouer avec eux, je sais ce qu’il faut dire, ce qu’il faut faire. J’adapte mes conversations, je souris, je fais attention à ce qu’ils aiment. J’écoute leurs histoires sans vraiment les entendre, mais je leur donne ce qu’ils veulent. Et eux, ils me rendent ce service. Ils me couvrent de compliments. Tout est une danse. Une danse où tout le monde connaît sa place, et la mienne, c’est celle de la star, du centre.
Je ne les laisse jamais m’éclipser. Quand je parle, c’est moi qu’on écoute. Quand je me tais, c’est moi qu’on attend. Rien ne doit perturber cet équilibre. Je suis celle qui dicte les règles, celle qui contrôle les relations, celle qui fait le show. Je sais qu’ils m’admirent, mais je me demande parfois, quand je les regarde, si eux aussi, sous leur sourire, ne jouent pas un autre rôle. Pourtant, tant que je gagne, je me dis que tout va bien. Tant que je brille plus fort qu’eux.
Il y a des jours où je me sens étrange. Comme si tout ce luxe, toute cette reconnaissance, tout cet entourage n’était qu’une immense illusion. C’est une pensée fugace, presque désagréable. Mais elle vient, parfois. Je me pose cette question : « Est-ce que tout cela est réel ? Est-ce que je suis vraiment heureuse dans ce monde ? » Parce que ce monde, ce monde de strass et de paillettes, il me colle à la peau comme un parfum. Mais parfois, je me demande si ce parfum ne cache pas quelque chose de plus amer.
Je fais tout pour avoir l’air parfaite, pour être le modèle de la fille réussie, la fille que tout le monde envie. Je suis la fille à suivre, la fille à admirer. Mais à l’intérieur de moi, il y a des moments où je me sens vide. Comme si je n’étais plus qu’un miroir, un reflet de ce que je suis censée être. Je m’interroge sur ce que je ressens vraiment. Les gens m’envient, mais moi, je me demande si j’envie les autres. Ceux qui n’ont pas à faire semblant, ceux qui n’ont pas à jouer ce jeu constant.
Je me demande si je suis heureuse parce que les gens autour de moi me le disent, ou si je le suis vraiment. Parfois, quand la fête est terminée, que les projecteurs s’éteignent, je me retrouve seule, dans le silence de ma grande chambre. Et là, c’est comme un vide. Un vide que j’ai peur de combler. Parce que tout ce que je sais faire, c’est briller. Mais briller, est-ce suffisant ? Est-ce que je brille pour moi, ou pour que les autres m’admirent ?
Je n’ai pas de réponses, seulement ce poids. Et je me dis que je ne peux pas m’arrêter. Que tant que tout le monde continue à m’admirer, à vouloir être près de moi, à faire ce que je veux, tout ira bien. Parce que dans ce monde, seul l’éclat compte. Mais est-ce que c’est vraiment tout ce qui compte ?
La vie est un jeu, et moi, je suis la championne. Je suis l’incarnation de la réussite, la définition même du mot « privilège ». Je vis dans un monde où tout est à ma portée, où chaque désir, chaque besoin, est assouvi avant même d’avoir eu le temps de se manifester. Pourquoi m’embêter à me soucier des autres quand j’ai tout ce que je veux, tout ce que je mérite ? Les autres sont juste des éléments de décor dans ma vie, des figurants qui traversent ma scène sans jamais vraiment compter.
Je les regarde, bien sûr. Je vois ces gens ordinaires, ces pauvres âmes qui s’accrochent à des rêves qui ne se réaliseront jamais. Ils courent après des choses que je possède déjà, sans même s’en rendre compte. Leur vie est une lutte permanente, un combat sans fin pour atteindre quelque chose qui, de toute évidence, leur échappe. Mais moi ? Je n’ai pas besoin de lutter. Pourquoi lutter quand tout est déjà à mes pieds ?
J’ai grandi dans une bulle d’or. Mes parents, occupés à faire tourner leurs entreprises, ne se souciaient guère de mes petites fantaisies, de mes caprices. Tant que je ne faisais pas de scandale, tant que je gardais l’image parfaite, tout allait bien. Et je n’ai jamais eu besoin de plus. L’attention, la reconnaissance, c’était tout ce qui m’importait. Les gens m’admiraient. Et ce n’était pas parce qu’ils me connaissaient réellement. Non. C’était parce que j’étais tout ce qu’ils ne pourraient jamais être : jeune, belle, riche et, surtout, sans souci. Et ça me suffisait amplement.
Je n’ai jamais eu à me poser de questions sur ce que les autres ressentaient. Après tout, ils étaient là pour me divertir, pour me faire briller. Mes amis ? Je n’ai jamais cherché à savoir qui ils étaient vraiment. Ce qui comptait, c’était qu’ils puissent alimenter ma vie de luxe, qu’ils s’adaptent à mes désirs, qu’ils fassent ce que j’attendais d’eux. Je ne leur devais rien. Après tout, ils m’envient tous. Ils adorent faire partie de mon monde, être vus avec moi. Alors pourquoi me soucier d’eux ? Leur vie m’est aussi indifférente que celle des mannequins sur les couvertures des magazines. Je les vois, je les reconnais, mais je n’ai aucun intérêt pour leur réalité. Ce n’est pas la mienne.
Et mes parents, encore moins. Ils sont tellement occupés à courir après leur fortune qu’ils ne me voient même pas. Mais est-ce que j’en souffre ? Non. Ça ne me touche même pas. Ils me laissent vivre comme je veux, me confient des responsabilités qui me permettent d’entretenir cette vie de rêve. C’est ce qui m’importe : avoir tout ce que je veux, au moment où je le veux. Et s’ils ne sont jamais là, tant pis pour eux. Je ne les ai pas besoin pour briller. Je me suis construite seule, sans leur aide, et j’ai appris à ne compter que sur moi. De toute façon, pourquoi s’attacher aux gens quand on peut avoir tout ce qu’on veut sans effort ?
Les gens autour de moi ? Je les utilise pour avancer, pour m’amuser, pour profiter. Je n’ai pas besoin de créer des liens, de nourrir des relations. Ce sont des accessoires, des éléments qui servent à faire briller mon image, à alimenter mon ego. Les soirées sont des occasions parfaites pour renforcer ma position, pour me faire admirer un peu plus. Et tout ce qu’il faut pour ça, c’est être là, être cette star du moment. Ça ne me demande pas grand-chose, juste de garder mon masque et d’exister. Et il suffit de peu pour qu’ils tombent tous à mes pieds. Parce qu’en fin de compte, je suis celle qui fait rêver.
Pourquoi changer quelque chose qui fonctionne parfaitement ? Je n’ai pas besoin d’être autre chose. Si quelqu’un m’ennuie, je l’ignore. Si quelqu’un m’intéresse, je m’amuse avec, et puis je l’abandonne quand il ne m’est plus utile. C’est aussi simple que ça. Personne n’est là pour moi. Personne n’a jamais été là pour moi. Je n’ai besoin de personne pour être heureuse. Je peux avoir tout ce que je veux, tout ce que je désire, et c’est ce qui fait ma vie. Les gens autour de moi, leurs sentiments, leurs problèmes, leurs préoccupations ? Ils m’indiffèrent. Ce sont des accessoires, des distractions dans ma quête incessante de plaisir.
Et je me sens bien dans cette indifférence. C’est tellement plus facile de vivre sans se soucier des autres. Ils sont là, ils existent, et c’est tout ce qui compte. Je n’ai pas besoin de les comprendre, ni de les aimer. Pourquoi prendre en compte les autres quand on a tout ce qu’on veut ? Pourquoi s’encombrer de leurs sentiments quand on peut continuer à vivre dans un monde parfait où l’on peut tout acheter, tout posséder, tout manipuler à sa guise ?
Je suis Sienna, et je n’ai besoin de personne pour exister. J’ai tout ce que je veux, et c’est tout ce qui compte. Je n’ai pas de place pour les préoccupations des autres dans mon monde. Parce qu’au fond, je suis la seule qui mérite d’avoir ce que j’ai. Les autres, eux, n’ont qu’à continuer à admirer.