Acte 1 â Lâaffiche improbable - Chap 1 : Cassie, la popstar en dĂ©clin
Acte 1 â Lâaffiche improbable - Chapitre 1 : Cassie, la popstar en dĂ©clin
On dit que les légendes ne meurent jamais.
Je dis quâelles ne vieillissent pas non plus.
Moi ? Je suis une légende. Cassie.
Juste Cassie.
Pas de nom de famille, juste mon nom de scĂšne.
Un peu comme Beyoncé, Rihanna ou Cher, si vous avez plus de 40 ans.
Jâai vendu plus de disques que de bonbons dans une cour dâĂ©cole, alors que jâĂ©tais censĂ©e ĂȘtre moi mĂȘme dans une cour dâĂ©cole. Les enfants stars, ça vous parle ? Genre Brit Brit ou X-tina. Bah câest moi, avec 15 ans de retard.
Ăa ne vous dit rien ? Hmm trop jeune peut ĂȘtre. Et si je vous dis SĂ©lĂ©na Gomez ou Ariana Grande ça vous parle dĂ©jĂ plus ?
Je suis de la gĂ©nĂ©ration juste aprĂšs, Ă 3 ou 4 ans. Le problĂšme câest que jâai Ă©tĂ© complĂštement Ă©clipsĂ©e par ces stars et que mon talent nâa pas Ă©tĂ© reconnu Ă sa juste valeur.
Alors oui, jâai vendu des disques, Ă mort. Toujours bien classĂ©e dans les charts, mais toujours aprĂšs mes grandes rivales.
Jâai Ă©tĂ© la voix dâune gĂ©nĂ©ration⊠et aussi dâune pub pour cĂ©rĂ©ales. Mais ça compte.
Et presque 20 ans plus tard, mes fans sont toujours au rendez-vous, bien quâils soient un peu vieillissantsâŠ
â Petit dĂ©jeuner, Cassie.
Lui, câest Larry. Je lâappelle Larry vu que câest mon manager, bien que ce soit aussi mon pĂšre.
â Cassie: Est-ce que câest⊠un smoothie VERT ? Tu veux que je meure Ă lâĂ©cran ?Larry, affiche une mine blasĂ©e
â Larry: Yâa pas dâĂ©cran, Cassie. Juste ton TikTok et une rediff de ton docu de 2014 sur la chaĂźne locale.
Larry, il fait bien son taf. Déjà parce que je le paie grassement, mais surtout parce que je suis toujours la petite princesse à son papa.
â Larry: Pancakes ce matin.
â Cassie: Sirop dâĂ©rable ?
â Larry: Oui Cassie, comme tous les mardis. Tu sais que tu pourrais apprendre Ă les faire toi-mĂȘme ?
â Cassie: Pourquoi ? Tâaimes plus cuisiner ?
â Larry: Si, mais Ă 30 ans, il serait peut-ĂȘtre temps que tu apprennes un peu.
â Cassie: HĂ© !! Jâai pas encore 30 ans !!
Cette remarque a le don de mâĂ©nerver. Non, je suis encore dans la vingtaine pour quelques mois. Oui, je suis restĂ©e une adolescente dans ma tĂȘte et pas queâŠ
Je porte toujours des fringues de jeunes, justement parce que je suis restée jeune.
â Cassie: Et toi, avec ta moumoute pour cacher la misĂšre, tu les vis bien tes 60 balais ?
â Larry: TrĂšs bien, merci.â Cassie: Ah ouais ? Câest pour ça que la peau de ton visage est encore plus lisse que mon cul ?
â Larry: Yâa pas de mal Ă prendre soin de soi.
â Cassie: MĂȘme avec des liftings ?
â Larry: Le monde du spectacle oblige ma fille. Je dois ĂȘtre impeccable.
â Cassie: Pff, tu passes jamais Ă lâĂ©cran toi ! Câest moi la star !!
Il soupire. Cette conversation revient au moins une fois par semaine. Parce quâil a tendance Ă lâoublier. Que moi je suis une grande star ! Alors je suis obligĂ©e de le lui rappeler⊠continuellement.
â Cassie: Tâas quoi pour moi cette semaine ?
â Larry: Une inauguration.
â Cassie: Cool ! Ăa faisait longtemps. Câest quoi ? Une salle de spectacle Ă Broadway ? Une galerie dâart Ă Manhattan ?
â Larry: Un supermarchĂ© Ă Doylestown.
â Cassie: Câest quoi ça ? Tu te fous de ma gueule ?
â Larry: Câest une charmante ville de Pennsylvanie.
â Cassie: Quel rapport avec ma cĂ©lĂ©britĂ© ?
â Larry: Le maire tâavait vue en concert pas loin. Câest lui qui mâa contactĂ©.
â Cassie: Non mais je rĂȘve ! Fous moi ça Ă la poubelle !! Hors de question que je fasse la potiche avec des ciseaux gĂ©ants en plastoc pour ces ploucs ! Next ! Tâas quoi ?
â Larry: RienâŠ
â Cassie: Comment ça rien ? Putain ça fait des mois que tu me dis ça.
â Larry: Peut-ĂȘtre parce que plus personne ne se souvient de toi.
â Cassie: Bien sĂ»r que si ! Jâai encore des fans !
â Larry: SĂ»rement, mais ce ne sont pas les fans qui donnent du travail.
â Cassie: Cherche mieux !
â Larry: Cassie⊠écoute-moi. Jâai peut-ĂȘtre un truc.
Je dresse la tĂȘte, mĂ©fiante. Ce ton-lĂ , je le connais. Câest celui quâil prend quand il veut me vendre une mauvaise idĂ©e en me faisant croire que câest du caviar. La derniĂšre fois, câĂ©tait une pub pour des patchs chauffants pour mamies.
â Cassie: Câest pas encore un plan foireux jâespĂšre ?
â Larry: Non. Câest sĂ©rieux. Un vrai film. Une production avec budget, acteurs, tournage, tout le tralala.
â Cassie: Un clip tu veux dire ?
â Larry: Non. Un film. Du cinĂ©ma. Une comĂ©die romantique dâaction.
Pause. Je lĂšve un sourcil.
ComĂ©die romantique dâaction ? Ăa existe ce truc-lĂ ? Genre Miss FBI rencontre Mad Max ?
â Cassie: Tu veux dire⊠une comĂ©die musicale avec des cascades, un genre de Mamma Mia + Fast & Furious ?
â Larry: Non. Pas de chansons. Juste une comĂ©die.
â Cassie: QUOI ?! Mais je suis chanteuse Larry ! C-H-A-N-T-E-U-S-E. MĂȘme mes pets sont en rĂ© mineur. Je suis la BeyoncĂ© de lâan 2013 !
â Larry: Justement. Tâes restĂ©e bloquĂ©e en 2013. Aujourdâhui, mĂȘme Spotify tâa oubliĂ©e.
Je fais la moue. Câest pas totalement faux.
â Larry: Câest une chance quâon te donne. Ce sera un nouveau dĂ©part.
Je cligne lentement des yeux. Puis je prends une gorgĂ©e de smoothie (en pinçant le nez, parce que bon, vert câest pas une couleur de boisson).
Puis je lĂšve ma main, genre âstop everythingâ.
â Cassie: Ok, ok, stop. Rewind. Je comprends pas. Tu veux que je me ridiculise devant la planĂšte entiĂšre en jouant dans un film oĂč je dois courir en talons sans pousser une seule note ?
â Larry: Oui. Exactement ça.
Silence. On se regarde. Un combat de regards muets. Comme dans un western, mais avec du gloss. Enfin, pour moi, pas pour Larry.
â Cassie: Yâa qui dans ce film ?
â Larry: Le rĂŽle a Ă©tĂ© Ă©crit pour Bradley Matthews. Mais il nâa pas encore confirmĂ©.
Je recrache mon smoothie vert. Partout. Sur la table. Sur Larry. MĂȘme sur mon chien.
â Cassie: LE Bradley Matthews ? Le mec qui fait toujours la mĂȘme tronche dans TOUS ses films ? Celui qui a la palette Ă©motionnelle dâun rocher ?
â Larry: Oui, mais un trĂšs beau rocher. Et une valeur sĂ»re au box-office.
Ok. Bradley Matthews. Le genre de mec qui peut rĂ©citer un bottin en faisant exploser une voiture derriĂšre lui. Un torse bombĂ© et des muscles avant dâĂȘtre acteur.
Et moi, je devrais lui donner la réplique ? Sérieusement ?
â Cassie: Tâas vu mes anciens rĂŽles ? Jâai fait la fĂ©e Mimolette dans Princesse Pop au pays des Glaces.
â Larry: CâĂ©tait un dessin animĂ©. Tu faisais juste la voix.
â Cassie: Câest de lâinterprĂ©tation artistique ! Tu crois que câest facile de pleurer tout en disant âFromage enchantĂ©â ??
Il ne rĂ©pond pas. Il me regarde avec cette tĂȘte de âje suis fatiguĂ© de tâexpliquer la vie depuis 29 ans et des poussiĂšresâ.
â Larry: Cassie⊠sois honnĂȘte. Tâas plus de carriĂšre musicale. Les radios ne passent plus tes titres. Les maisons de disques ne rappellent pas. Et tu refuses de faire des lives en playback.
â Cassie: Parce que je chante VRAI, moi ! Pas avec leur auto-tune Ă la con !
â Larry: Et câest tout Ă ton honneur. Mais lĂ , faut penser Ă te rĂ©inventer.
Je dĂ©teste ce mot. âRĂ©inventerâ. On dirait un slogan de yaourt ou un relooking dans une Ă©mission pour trentenaires paumĂ©es. JE SUIS PAS PAUMĂE MOI !
â Cassie: Et si je dis non ?
â Larry: Alors tu continues Ă inaugurer des supermarchĂ©s Ă Doylestown.
Je fixe mon pancake. Il me semble soudain trĂšs triste. Tout mou. Comme ma carriĂšre.
â Cassie: Ok⊠jâaccepte. Mais Ă UNE condition.
â Larry: Laquelle ?
â Cassie: Jâai le droit dâemmener mon chien sur le tournage.
Il soupire. Il sait quâil vient de vendre son Ăąme pour la quinziĂšme fois.
â Larry: MarchĂ© conclu.
Je me lĂšve dâun bond, les bras en lâair.
â Cassie: HOLLYWOOD, ME VOILĂ !!
Je glisse sur le smoothie renversĂ©. Me rattrape au rideau. Lâarrache. Mon chien aboie. Larry se masse les tempes.
Câest officiel. Cassie fait son come-back.
Larry souffle, désespéré:
â Larry: Pense au moins Ă mettre un pantalon !

Je suis à Hollywood, bébé !
Enfin.
Bon, jây suis dĂ©jĂ venue, hein. Genre mille fois. Mais lĂ câest diffĂ©rent. LĂ , jâai une mission. Un destin. Une carriĂšre Ă sauver Et comme dirait mon coach vocal : âInspire, expire, et surtout, monte pas trop dans les aigus sinon tu vas faire saigner les pigeons.â
Mon Uber me dĂ©pose devant une immense baraque blanche avec une allĂ©e privĂ©e bordĂ©e de palmiers bien trop droits pour ĂȘtre naturels. Le genre de maison quâon voit dans Selling Sunset, avec plus de salles de bain que de jours dans la semaine.
Moi ? Je me vois déjà y tourner une émission : Cassie & Glam.
Le portail sâouvre en douceur, comme sâil me reconnaissait. Normal, qui ne me reconnaĂźtrait pas ?
â Cassie: Merci Julio ! Garde la monnaie. Et abonne-toi Ă mon Insta, ok ?
Julio me regarde comme sâil avait vu un fantĂŽme pailletĂ©.
â Euh⊠vous ĂȘtes⊠une actrice ?
â Cassie: Pas encore. Mais dâici deux semaines, Hollywood va pleurer de mâavoir ignorĂ©e aussi longtemps.
Je claque la portiĂšre, tire ma valise rose Ă strass (Ă©videmment) et avance sur le tapis dâentrĂ©e comme si je montais les marches Ă Cannes. Sauf que je suis en tongs licorne et short en jean frangĂ©. Pas grave. Le look vient de lâattitude.
PremiĂšre chose Ă faire ? Aller poser mon sac dans MA nouvelle villa de star. DeuxiĂšme chose ? LâallĂ©e des Ă©toiles, baby !

Trente minutes plus tard, me voilà perchée (littéralement) sur Hollywood Boulevard.
Mes sandales compensĂ©es couinent Ă chaque pas, et jâai mis mes plus grosses lunettes de soleil, celles qui disent âne me regardez pas⊠sauf si vous voulez une photo.â
Je mâarrĂȘte net.
Je le vois. Lui.
Costume noir. Lunettes noires. Regard mystérieux.
Câest. Will. Smith. MIB.
Enfin, Will Smith⊠câest son clone aprĂšs un passage au pressing et deux mojitos de trop.
Le gars est plantĂ© devant son Ă©toile, prend des selfies avec des touristes et fait le fameux âslap moveâ façon Oscars 2022. Le geste, pas la gifle hein. Encore heureux.
Et lĂ , lâidĂ©e me frappe. Pas la meilleure. Mais une idĂ©e quand mĂȘme.
â Cassie: OH. MON. DIEU. Will ! WILLLLLL ! Tu te souviens de moi ???
Je me précipite vers lui, lunettes sur le nez, sourire UltraBrite et démarche façon tapis rouge.
Il me dévisage, je continue.
â Cassie: Cassie ! Genre, âPop Princess Cassieâ ! On a chantĂ© ensemble Ă la soirĂ©e BET en 2012 ?
Spoiler : non.
Il me regarde, hésite⊠puis entre dans le jeu.
â Faux Will: Ohhh ma girl ! Bien sĂ»r que je me souviens ! Cassie ! La queen of pop bubblegum, yeah !
On se serre dans les bras comme deux vieux potes qui se retrouvent aprĂšs la guerre du Vietnam. Tout le monde nous regarde. Je savoure chaque microseconde.
â Cassie: On se refait un duo ? On fait un TikTok ? Vas-y balance un beat !
Et lĂ , je commence Ă chanter. Fort. Faux. TrĂšs faux. Genre Mariah Carey qui se fait aspirer par un aspirateur Dyson.
Le gars mâaccompagne en beatbox⊠enfin, je crois. On dirait surtout quâil tousse du sable.
Un petit attroupement se forme. Yâa des gamins qui dansent. Une mamie filme en mode horizontal. Cassie, superstar, en live sur Hollywood Boulevard avec Will Smith.
Puis soudain⊠un touriste nous aborde.
â Excuse me, are you⊠are you both impersonators?
Silence.
MĂȘme âWillâ me regarde chelou.
â Faux Will: Euh non, moi je suis un professionnel, madame. Elle par contreâŠ
â Cassie: PARDON ?! Je suis Cassie. Juste Cassie. Pas besoin de me dĂ©guiser en quelquâun dâautre pour exister, moi !
â Cassie ? Ah oui⊠Cassie⊠Cassie Ventura ?
Pff Cassie Ventura, cette vieille peau de 38 ans ? Non mais tu mâas regardĂ© gars ! On a pas du tout la mĂȘme tronche !
â Cassie: NON. Lâautre Cassie. MOI !
Silence gĂȘnant. MĂȘme les pigeons se barrent.
Je remets mes lunettes, je me tourne vers mon public, et je mâincline. TrĂšs bas.
â Cassie: Merci Ă tous pour cette performance. Les pourboires se mettent dans la pochette rose fluo. Suivez-moi sur Insta. Et nâoubliez pas : la lĂ©gende continue !
Je repars tĂȘte haute, chaussures qui couinent, dignitĂ© en miettes.
Mais hé !
Jâai volĂ© la vedette Ă un faux Will Smith.
Et ça, câest du vrai Cassie.
Quelques pas sur lâallĂ©e des stars et je repĂšre une Ă©toile au sol.
âTom Hanksâ. Bof. Pas mon style.
Une autre : âChristina Aguileraâ.
Je mâarrĂȘte. Je respire. Je pose un genou au sol, théùtrale.
â Reine. IcĂŽne. Rivale. Mais aujourdâhui⊠je suis prĂȘte Ă prendre ma place Ă cĂŽtĂ© de toi.
Je me tourne vers un couple de touristes asiatiques qui passent.
â Cassie: Vous voulez une photo ?
Ils me regardent, interloquĂ©s. Lâhomme murmure un truc Ă sa femme, qui rigole. Ils sâarrĂȘtent quand mĂȘme, sortent un tĂ©lĂ©phone. Et me prennent en photo.
Yes !! On sait encore qui je suis par ici !
Je signe un autographe sur une serviette en papier. Pour âKikiâ, apparemment. Jâimprovise une pose genre âje viens de tourner une scĂšne intense avec Meryl Streepâ alors que je suis juste Ă genoux sur le trottoir Ă cĂŽtĂ© dâune Ă©toile. Dâautres gens sâarrĂȘtent. Pas parce quâils me reconnaissent, hein. Mais parce que je fais du bruit. Et que je suis probablement habillĂ©e comme un personnage de dessin animĂ© version fever dream.
Je dégaine mon téléphone pour un petit réel.
â Cassie: Hey les lovers ! Petit update : Cassie est enfin Ă Hollywood ! Mon destin se réécrit Ă partir de maintenant. BientĂŽt, mon Ă©toile brillera lĂ , juste lĂ , entre Britney et BeyoncĂ©. #StarForever #CassieIsBack #JeDĂ©chireTout
Larry mâappelle. Je dĂ©croche en roulant des yeux.
â Cassie: Larry je suis occupĂ©e Ă faire ma premiĂšre apparition publique !
â Larry: Tu bloquais le passage devant un Starbucks. Tâes sur TMZ en train de poser devant lâĂ©toile de Keanu Reeves.
â Cassie: QUOI ?? Je croyais que câĂ©tait X-tina !
â Larry: ArrĂȘte de tâafficher et rentre !
Je soupire. Mon premier pas Ă Hollywood nâa peut-ĂȘtre pas Ă©tĂ© triomphal, mais il a Ă©tĂ© remarquĂ©, et câest dĂ©jĂ une victoire.
Jâappelle mon UBER, remonte dans la voiture, le regard fixĂ© sur le ciel californien, avec une seule idĂ©e en tĂȘte.
Cassie est de retour.
Et cette fois, Hollywood nâest pas prĂȘt !!









Ma Shou t'es oĂč đ„đ„șđ
Dans l'ombre đ«Ł