Your Lips Taste Like Blues And Salt

All Rights Reserved ©

Summary

Boire un verre de saké devant un ballet de méduse, c'est le quotidien de Marine dans la cité aquatique de la Baie du Mandarin. Une vie sous l'eau fantastique mais ayant le goût de la mélancolie pour la rousse n'ayant plus de désir : un travail qu'elle n'aime pas, un patron toxique et aucune raison de retourner à la surface, tant qu'elle passe ses soirées avec son seul ami, Shan. Mais les journées de Marine seront soudainement bercées par les mélodies d'un musicien, Kaïto, son nouveau client qu'elle devra convaincre de rester vivre à la Baie, par tous les moyens. Entre la peur de la solitude et l'envie de sortir de sa bulle de confort, elle devra apprendre à faire confiance à cet étranger et accepter ses sentiments pour ne plus se noyer.

Status
Complete
Chapters
10
Rating
n/a
Age Rating
16+

0 – Tes lèvres…

Appuyée contre la rambarde de son balcon, Marine observait la valse des néons alors que le son de la pluie lui rappelait le bruit blanc de sa vieille radio.

Les cheveux roux ébouriffés par une nuit d’ivresse et d’ébats dont elle n’avait que peu de souvenirs, elle se tenait à moitié nue face à l’immensité de l’océan, visible depuis le 20ème étage de la Tour Papillon.

En haut, la surface de l’eau à des kilomètres et les rares rayons de soleil éclairant les toits de la cité sous-marine.

En bas, l’agitation du matin. Le marché et son réveil, les stands et les odeurs de friture, les restes encore saoulent de la veille.

« Tu aurais une cigarette ? » demanda-t-elle en entendant un grognement provenant de son lit. « Je crois que l’on m’a volé mon dernier paquet, hier soir. »

Elle ne se retourna pas. Concentrée sur un morceau d’algue se laissant portée par les flots devant ses yeux. Suivant comme elle, le mouvement rythmé par le quotidien à la Baie du Mandarin.

Jusqu’à ce que l’inconnu avec qui elle avait passé la nuit se rapproche d’elle en sifflotant.

— Tiens. Et le feu qui va avec.

— Tu ne t’es jamais demandé comment arrivait-on à allumer un briquet sous l’eau ?

L’homme ne répondit pas, haussant les épaules avant d’enrouler ses bras autour de la taille de son amante qui réprima un frisson désagréable se propageant dans tout son corps.

Un regard alors qu’elle tirait sur sa cigarette lui suffit à comprendre qu’entre rentrer seule du Jamjam ou accompagnée, elle avait fait le mauvais choix.

Son coup d’un soir, dont elle ne se souvenait même plus de son nom, était de dix-huit ans son aîné, avec le crâne dégarni, un bide à bière, des poils poussant dans tous les sens, mais surtout…

— Tu es marié, remarqua-t-elle agacée en pointant du doigt son alliance.

— J’étais. Je ne le suis plus. Aucune idée. Peut-être ?

— Tu n’as jamais cherché à savoir ?

— Je devrais mais pour cela, il faudrait que j’aille à Shimizu et je n’ai pas envie que l’on déclare que je suis apte à retrouver la surface ! Rien qu’à l’idée de faire le voyage jusqu’à la Spirale… brrr. Je n’ai pas investi pour partir en quête de vérité.

— Personne ne reste ici pour l’éternité.

— Et les gens comme toi ?

Marine tiqua en entendant les mots de cet homme, avant de lui souffler sa fumée au visage et de le dévisager. De son presque mètre soixante-dix, elle arrivait à le regarder de haut en imitant à la perfection l’air méprisant que son patron lui jetait parfois.

« Que tu es laid. Claque la porte en partant. »

Son mauvais coup d’un soir fut outré l’espace d’une seconde, avant de cacher ses réels sentiments derrière un bruyant « salope » craché à la femme qu’il n’avait pas réussi à satisfaire la veille.

Déposant un nouveau briquet sur son étagère à souvenir, Marine enfila délicatement son collant opaque alors que sa jupe taille haute tenait à peine autour de sa taille.

« J’ai encore maigri… ? » constata-t-elle en fronçant les sourcils avant de jurer lorsque son ongle effila son dernier collant. Elle se massa les tempes avec intensité, sa migraine post gueule de bois puissante, puis poussa un soupir las et se mit face au miroir accroché à sa porte d’entrée.

Passant un coup de rouge à ses lèvres pulpeuses, elle s’observa un instant dans sa chemise à moitié boutonnée. Déterminant si, de nouveau, sa tenue était si provocante que le son patron reconnaitrait ses efforts et son investissement pour son travail malgré ses récents mauvais résultats.

Ses chaussures à talon noir enfilées et son sac à main en cuir à l’épaule, elle tira les rideaux de son balcon alors que le lent mouvement de l’eau les faisait presque flotter au-dessus d’elle.

Marine regarda un instant par la fenêtre, à nouveau captivé par un banc de poissons, lorsque sa propre question lui revint en tête :

« Comment arrive-t-on à allumer un briquet sous l’eau ? »