Un murmure et c'est le chaos
🚨Avis important: Ce récit comporte des scènes susceptibles de heurter la sensibilité des jeunes lecteurs, incluant des passages à caractère romantique explicite, une tension émotionnelle, ainsi que des éléments surnaturels. Il s'adresse à un public adolescent averti (16+) ou à un public adulte. ⚠️
Je quitte mon appartement à l'aube, un thermos de thé chaud dans une main, mes clés dans l'autre. Ma boutique est à une quinzaine de minutes de marche, juste assez pour me réveiller en douceur. Elle m'a été transmise par ma mère, comme sa magie. Et malgré les temps modernes, mes produits plaisent : je m'en sors plutôt bien. Je fabrique des lotions, des savons, et des thés aux plantes. Tout est naturel... Ou presque. J'y glisse toujours un soupçon de magie. Après tout, je suis sorcière de mère en fille depuis des générations. C'est notre secret le mieux gardé. Même mon père n'a jamais su. Et vu l'intensité de ma magie bien plus forte que celle de ma mère, c'est probablement mieux ainsi.
Quand j'arrive enfin devant la vitrine, une petite fierté me serre la poitrine. J'ai tout disposé avec soin : mes meilleurs produits sont en évidence, alignés dans de jolis flacons aux couleurs vives, presque hypnotiques. J'ai aussi ajouté quelques bouquets que j'ai pris chez Stella, ma meilleure amie est aussi une sorcière. Sa boutique de fleurs est à deux pas, et c'est ma manière de l'encourager. Elle a un vrai don avec les fleurs. Elle fait parler les pivoines mieux que moi les potions. Je pousse la porte, une douce odeur de lavande et de bois flotte dans l'air. Sans perdre de temps, je file à l'arrière-boutique. Tout y est parfaitement ordonné : les plantes séchées pendent au mur, les bocaux étiquetés sont empilés par teinte, et mon vieux comptoir de bois m'attend, entouré de mes outils préférés.
J'enfile mon tablier, relève mes cheveux blonds en un chignon haut et me mets au travail. Romarin, chèvrefeuille, lavande... Je les pile, les chauffe, les assemble, et enfin, j'insuffle un peu de moi. Un murmure, une intention, et un mot à voix basse : abracadabra. Une lueur dorée pulse au fond des fioles. C'est prêt. À peine ai-je rangé mon mortier que la clochette d'entrée retentit. Je retire mon tablier et souris. La journée commence.
- Bonjour, Lorène, comment allez-vous aujourd'hui ?
- Oui, je vais bien, et toi, ma belle ?
- Je vais bien aussi, merci.
- Je prendrai comme d'habitude, ma chère.
Je lui tends son sac, déjà prêt, pendant qu'elle sort sa carte pour payer. Je retourne derrière mon comptoir après avoir salué Lorène, déjà repartie avec son thé « Relaxation Intense ». Elle le boit surtout pour survivre à son mari. Je range quelques flacons quand un pot de crème hydratante me saut... Littéralement dans les bras, on dirait qu'il veut m'attaquer.
- Pas encore merde, pas maintenant...
Je le rattrape de justesse. Voilà ce qui arrive quand je murmure mes incantations en pensant à autre chose en l'occurrence, à Julien, mon voisin. C'est sa faute s'il passe sa vie torse nu sur son balcon. Moi, je ne demande rien, je veux juste que ma crème reste sur l'étagère. Je repose le flacon rebelle, qui vibre légèrement comme s'il protestait. Parfait. On dirait que j'ai créé une crème collante d'attirance au lieu de celle à la camomille. Je soupire, relève mes manches, et me prépare à désenvoûter l'étagère... Quand la porte s'ouvre à nouveau.
- C'est ouvert ? Lance une voix grave et familière.
Je lève les yeux. Merde, c'est Julien. Mon voisin. Le voisin. T-shirt blanc, jean déchiré, sourire d'acteur de pub pour dentifrice. Et un pot de basilic presque mort dans les mains.
- Euh... Oui ! Enfin, non, pas encore officiellement. Mais entre, je t'en prie !
Il s'avance, un peu hésitant, pendant que j'essaie de cacher un flacon qui gesticule derrière moi.
- Ton basilic a l'air malade, je peux peut-être faire quelque chose, dis-je, en priant pour que rien n'explose.
- Je me suis dit que tu pourrais m'aider. J'ai vu que tu fais pousser des plantes sur ton balcon. Le mien est incliné vers la gauche et dégage une odeur étrange, comme... de la pourriture. Est-ce que c'est normal ?
- Pas du tout. À moins que tu ne l'aies trop arrosé...
Il éclate de rire et dit "oups". Quant à moi, je craque un peu. Pas tant que ça, il est beau mais vraiment stupide.
Je saisis le pot et le dépose sur la table. Une feuille s'en détache et descend lentement jusqu'au sol. Une autre commence à virevolter autour de sa tête. J'essaie de ne pas y prêter attention. Julien fait de même. C'est ce qu'on appelle un déni magique de proximité. Je me focalise, place mes mains au-dessus du pot, et chuchote une formule de guérison. Sauf que...
💥 PLOUF !
Un nuage de poussière s'échappe du basilic et vient s'écraser en pleine figure de Julien. Il cligne des yeux.
- Est-ce que... Mon basilic vient d'exploser?
Je deviens rouge pivoine, je viens de massacrer cette pauvre plante.
- Non ! Enfin si je vais... Réparer ça. Tout de suite.
Et c'est à ce moment-là que mon tablier décide de se coincer dans le tiroir, mon chignon se défait, et un flacon glisse... Je le vois tomber au ralenti, comme dans un mauvais film d'action. Je tends la main. Trop tard.
Sploutch !
Le contenu visqueux, doré et légèrement scintillant s'écrase en plein sur le torse de Julien. Il baisse les yeux vers son chandail, puis les relève vers moi.
- Tu viens de m'enduire de... Gel ? Demande-t-il, un sourcil levé.
- Ce n'est pas du gel. C'est... Une lotion d'attirance à base de rose, miel sauvage et... Euh... Phéromones...
Je ne pouvais pas lui révéler que c'était une potion destinée à susciter l'attirance amoureuse.
- Donc, je vais devenir irrésistible ?
- Non. Tu vas devenir obsédé par la première personne que tu as en tête au moment de l'impact. Mais ça ne dure qu'une heure. Ou deux. Trois, maximum.
- Et si c'était... Toi ? Demande-t-il, très sérieux.
Et là, son regard change. Il fronce les sourcils comme s'il essayait de comprendre ce qu'il ressentait. Je recule d'un pas. Il avance d'un pas. Je recule encore. Il avance.
- Ok, non. C'est l'effet de la crème. Tu ne veux pas m'embrasser. Ton cerveau est juste confus. Il est victime de séduction involontaire. Ce n'est pas réel Julien.
- J'ai très envie de t'écouter me parler de plantes pendant trois heures. C'est grave ?
- C'est magique. Littéralement.
Julien passe une main dans ses cheveux, me lance un regard chaud comme un sort de sauna, et murmure :
- Hum ! Tu sens la lavande. Et... Le caramel ?
Je me cache derrière une étagère. Enfin j'essaie. Une étagère qui, évidemment, décide de s'effondrer sous l'effet d'un sort de tension romantique mal contenu. Des sachets de thé me tombent dessus. Un pot d'onguent m'atterrit sur l'épaule. Et un petit flacon s'ouvre, libérant une brume aphrodisiaque réservée aux couples mariés. Julien s'approche encore.
- Mélina, je crois que je suis amoureux. Très, très amoureux.
Je bats des cils, choquée.
- Tu es en transe hormonale contrôlée, nuance !
Je cherche à fuir. Mon pied glisse sur une boule de bain effervescente. Je m'effondre. Sur lui. Et là... Nos visages sont à deux centimètres.
- Tu es magnifique, Mélina... Marmonne-t-il d'une voix rauque emplie de désir.








