Sous le meme ciel gris

All Rights Reserved ©

Summary

Lina, 16 ans, est atteinte d’une maladie respiratoire incurable. Elle est régulièrement hospitalisée dans un centre spécialisé pour adolescents. Fatiguée, solitaire, elle vit enfermée dans sa bulle, oscillant entre colère et résignation. Un jour, un nouveau patient arrive : Élias, 17 ans. Il a tenté de se suicider après une dépression silencieuse. Il est distant, froid, renfermé, et traîne avec lui un passé douloureux. Leur première rencontre est tendue. Ils ne se parlent pas. Mais à force de regards croisés, de silences partagés, puis de mots, une relation étrange va naître. Une amitié inattendue, qui se transformera petit à petit en un amour discret, profond, mais fragile. Lina sent sa santé décliner. Élias lutte intérieurement entre le désir de vivre et la tentation de disparaître. Ensemble, ils trouvent un sens à leur souffrance. Ils rient, ils pleurent, ils rêvent. Mais l’hôpital ne guérit pas tout

Genre
Drama
Author
Giulia
Status
Ongoing
Chapters
3
Rating
5.0 1 review
Age Rating
13+

Chapter 1: L'autre côté du mur

Cela faisait trois jours que Lina était revenue ici.

Trois jours, ou trois éternités. À l’hôpital, le temps s’effilochait. Il n’avait plus la même consistance que dehors. Il flottait. Il tournait en rond. Il se comptait en bruits de seringues, en murmures d’infirmières et en soupirs derrière des rideaux blancs.

La maladie, elle connaissait. Elle l’avait accueillie dans sa vie comme on accepte une vieille voisine désagréable qui sonne chaque matin, sans jamais prévenir.

Elle n’en voulait à personne. Pas aux médecins, pas à ses parents, pas même à son propre corps. Elle en avait juste assez. Fatiguée d’être fatiguée.

Ce jour-là, elle était dans une nouvelle chambre. La sienne, celle qu’elle avait occupée lors de sa dernière hospitalisation, était prise. "Ça ne durera pas", avait dit l’infirmière en posant sa valise. On lui disait souvent ça. Et pourtant, elle durait.

Cette nouvelle chambre était située au bout du couloir. Plus calme. À travers la fenêtre, elle voyait une étroite bande de ciel entre deux toits. Le ciel était toujours gris, ici. Même en été. Comme s’il portait le deuil permanent de quelque chose.

Face à sa porte, une autre chambre. 213.

Un matin, en entendant les roues d’un fauteuil passer dans le couloir, elle avait entrouvert sa porte. Juste assez pour voir. Ils faisaient entrer quelqu’un. Un garçon.

Il marchait lentement, presque comme s’il traînait son corps derrière lui. Il portait un sweat noir trop grand, capuche sur la tête. Une infirmière lui parlait doucement, mais il ne répondait pas. Pas un mot. Pas un geste.

Il avait l’air d’un fantôme. Pas celui qu’on voit dans les films. Non. Un vrai fantôme. Vivant. Silencieux.

Elle referma sa porte.

Quelques heures plus tard, elle entendit deux aides-soignantes discuter dans le couloir.

— Il est là pour une TS.

— C’est son père qui l’a trouvé, tu te rends compte ? Il était pas loin.

TS. Tentative de suicide.

Lina ne réagit pas tout de suite. Elle ne jugeait pas. Elle avait connu d’autres patients dans son cas. Certains jeunes venaient ici pour des tentatives. D’autres pour des troubles alimentaires, des automutilations, des dépressions sévères.

Elle ne les jugeait pas. Mais elle n’arrivait pas à comprendre. Elle, elle se battait chaque jour pour respirer. Et eux… ils voulaient s’arrêter de respirer.

Et pourtant, au fond, elle savait que c’était plus compliqué que ça.

Le soir, elle ne dormait pas. Le sommeil était une bataille perdue d’avance. Trop de pensées. Trop de douleurs dans la poitrine. Trop de machines qui faisaient bip bip dans l’ombre.

Alors elle restait éveillée, les yeux fixés sur le plafond. À côté d’elle, une perfusion coulait goutte à goutte. Une lumière douce filtrait par la porte entrouverte.

Un mouvement attira son regard.

Il était là.

Le garçon.

Assis contre le mur du couloir, en tailleur. Il ne bougeait pas. Il fixait le sol, les bras posés sur les genoux. Sa capuche était toujours relevée, comme une armure. Un rempart contre le monde.

Elle le regarda longuement. Il semblait… absent. Ou alors perdu quelque part entre les murs de sa tête.

Elle hésita. Se mordilla la lèvre. Puis elle attrapa un carnet sur sa table de chevet. C’était un vieux cahier à spirales, couvert de dessins, de textes, de fragments d’elle.

Elle en déchira une page. Écrivit.

"Tu es vivant. C’est déjà ça."

C’était idiot, peut-être. Prétentieux, sûrement. Mais c’était sincère.

Elle sortit doucement. Pieds nus. Le lino était froid sous ses orteils. Elle déposa le papier à côté de lui, sans bruit. Il ne leva même pas les yeux.

Elle rentra.

Se remit dans son lit. Et attendit, sans vraiment y penser.

Le matin suivant, elle se réveilla plus tôt que d’habitude.

Un papier plié l’attendait sur sa table. Même pli. Même format. Peut-être… la même écriture.

Elle l’ouvrit.

"Ça dépend des jours."

Pas de prénom. Pas de point. Pas de fioriture.

Mais c’était une réponse.

Et, sans qu’elle puisse l’expliquer, Lina sentit un poids glisser de sa poitrine. Une chaleur, minuscule, imperceptible, mais réelle.

Elle sourit.

Pas beaucoup. Pas comme dans les films. Juste un tout petit peu. Mais c’était déjà ça.