Introduction
Peut-être, répondit-il tout pensif, notre civilisation, que nous croyons culminante, n’est-elle qu’une décadence profonde, n’ayant plus même le souvenir historique des gigantesques sociétés disparues.
Théophile Gautier, Le roman de la momie
La paisible ville de Forêt-Rouge n’est, au fond, pas si différente de toutes les autres. Tout y est moins bien qu’hier, et mieux que demain. Les loups-garous qui la peuplent ne sont plus que l’ombre de ce qu’ils étaient naguère. Leur puissance se réduit, et bientôt, dans quelques générations tout au plus, ils deviendront ce qu’ils méprisent : de simples humains, avec des passions simples, des emplois ennuyeux, des abonnements de streaming et des centres commerciaux tristes.
D’ailleurs, ils y ressemblent déjà plus qu’ils ne le croient. Ils sont aveuglés, et ne veulent pas voir la vérité telle qu’elle est, ni l’avenir tel qu’il se profile — sombre. Ils se croient encore supérieurs, ils font les fiers et les conquérants ; mais au fond d’eux, ils s’éteignent. Les mâles passent plus de temps à la salle de musculation qu’à chasser dans les sombres forêts de la Wichitowin Valley ; les femelles ont préféré la vanité des réseaux sociaux à la chaleur de leur meute ; les anciens s’éteignent seuls, dans l’oubli et la misère. Une société morne où rampe la bassesse et la violence.
Lorsque j’avais entre quinze et vingt ans, j’ai lu des centaines de romances fantastiques — on ne parlait pas encore de romantasy — et j’en ai rêvé des nuits entières, d’amour et d’aventures surnaturelles. Pourtant, je n’aurais pas aimé fêter mes quinze ans au bowling de Forêt-Rouge ; je n’aurais pas non plus aimé être un jeune loup-garou chétif et désorienté dans cette meute en perdition ; et j’aurais encore moins aimé tomber amoureux de la plus belle fille de ma génération, Nina, celle qui est promise au futur mâle dominant – une brute détestable contre laquelle je n’aurais aucune chance.
Tout cela, c’est pourtant ce qui arrive à Logan. Forêt-Rouge raconte comment ce jeune loup-garou, destiné à devenir un dominé, a fait le choix de devenir… autre chose. Et comment ce changement fut le commencement de quelque chose d’autre encore.








