La Légende de Legenheim : Les Enfants Maudits

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Summary

Autrefois une des plus grandes puissances, cette ville meurt peu à peu. Dans un contexte assez sombre vous suivrez l'aventure de Mumu et Simon, deux miraculés de leur destin, dérivant dans les rues à la recherche d'un remède. Malheureusement, ce qui s'apparente à une simple quête s'avère plus compliqué que prévu. Cette malédiction qui les menace risque de leur coûter cher. Ils pourront toujours compter sur leurs amis pour les aider, mais parviendront-ils à survivre alors que même l'amitié ne peut les sauver de cette menace ?

Genre
Fantasy
Author
Hypolithe
Status
Ongoing
Chapters
26
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1

Un épais brouillard se lève, enveloppant dans sa blanche couverture les rues étroites de la ville de Legenheim. Ce sont des rues d’un moderne dépassé, coincées dans une période d’une vingtaine d’années en retard sur son temps. La peinture des panneaux indiquant le nom des rues s’écaille. Certaines des rues ne possèdent plus de nom. Il est impossible de voir à plus de 50 mètres, la cité est devenue une véritable ville fantôme. Des lueurs bleues et rouges traversent l’étendue brumeuse, des éclats de voix parviennent à se frayer un chemin entre les particules vaporeuses, tandis que des silhouettes disparaissent rapidement à l’intérieur... Des respirations houleuses bientôt remplacées par des bruits de coups de feu rythment cette course effrénée. Ils ne sont que deux contre une dizaine.

Attrapant le bras de sa camarade, le plus grand du duo la guide dans ce mélange de ruelles et de routes cachées comme s’il n’avait pas besoin de voir pour savoir où aller. Il court en l’entrainant rapidement dans un croisement alors qu’un dernier coup de feu retentit. Au moment même où ils tournent, la balle percute le mur, manquant de peu la jeune fille, qui peine à suivre la cadence de son compagnon. Ainsi, les deux fuyards parviennent à disparaitre sans laisser de traces. La police quadrille le périmètre afin de les retrouver, mais sans succès. Ils ont réussi à s’échapper.

Cachés derrière un rideau en haut d’escaliers de secours d’un immeuble, les fugitifs reprennent difficilement leur souffle. Tout s’est passé si vite qu’ils n’ont pas encore réalisé la situation dans laquelle ils ont fourré leurs pieds. Après quelques minutes, et le souffle bien calmé, ils se regardent dans leur unique œil.

« Wow, s’exclame la jeune fille, tu me ressembles ! »

L’adolescent qui lui fait face s’observe. Des mains au pieds, il trouve un miroir cassé poser contre le bâtiment. Il s’approche pour regarder les fragments du reflet de son visage. Avant, il avait une jeune peau, maintenant elle est meurtrie au point qu’il manque de la peau au niveau de la mâchoire et d’un côté du cou. A ces endroits, une sorte de substance semble se substituer à la peau. Son œil gauche est bandé, tout comme son bras droit et sa jambe gauche. Pour ce qui est des vêtements, il ne comprend pas pourquoi il ne porte plus son ensemble blanc. Les habits actuels sont plus grands, et ressemblent fortement à ceux de Mumu. Outre les vêtements, Mumu porte exactement les mêmes bandages. En revanche les emplacements sont inversés. C’est-à-dire que Mumu a l’œil droit, le bras gauche et la jambe droite qui sont bandés à la suite de blessures antérieures.

Leur soudaine ressemblance ne peut être due au hasard.

Les secondes s’accumulent, il n’a pas bougé depuis qu’il s’est aperçut dans le miroir. Un visage féminin apparait lentement dans son champ de vision.

« Ça va ? Tu regardes quoi ? »

Il se réveille de sa transe, son seul œil fonctionnel fixe désormais sa camarade, un léger sourire nerveux se dessine sur son visage.

« Pardon, je suis perdu par rapport à tout ce qui vient de se passer. »

Il la regarde, l’air intrigué. Son comportement n’est pas du tout celui auquel il s’attendait, pensant qu’elle crierait ou se débattrait. Après tout, même s’ils ont exactement les mêmes habits, les mêmes bandages mais à l’opposé de chacun, cela ne veut pas dire qu’ils sont faux-jumeau. L’adolescente penche la tête en le regardant, puis ajoute :

« Ah ! Bah moi je ne savais pas ce qui se passait. J’ai mon œil droit qui me fait bobo un peu, puis tu es toujours là ! Donc tout va bien !

—Toujours...là ?

—Bah oui ! Tu as toujours été avec moi ! Tu es apparu un jour, pouf ! Comme ça ! Et puis on s’est bien amusé aussi ! T’es jamais réellement parti en vrai, je crois... »

Il est abasourdi par son discours, aussi simpliste et naïf soit-il. D’après ses dires, il serait apparu d’un coup dans sa vie et ne l’aurait jamais quitté. Quelques bribes de souvenirs lui reviennent. Des souvenirs qui semblent se passer quelque part dans un passé assez flou. Ce dont il se souvient, ne semble plus correspondre à ce Legenheim du présent. Les ruelles qu’ils ont traversées ne lui paraissaient pas si effrayantes dans ses souvenirs.

Il a beau fouillé dans ce qu’il se souvient mais, au fond de lui, il sait qu’ils ne sont pas liés par un quelconque lien de sang. Ces quelques secondes de souvenirs qui lui sont revenus ne lui permettent pas de se rappeler ce qui s’est passé avant qu’ils se fassent poursuivre par la police. Finalement c’est comme s’il ne la connaissait pas.

« Tiens d’ailleurs j’ai une question, reprend-elle presque aussitôt, comment tu as fait pour rentrer dans ma maison ?

—Je...

—Oh puis c’est pas grave tant que t’es là c’est bien ! »

Il n’a pas le temps de répondre. Et puis, pour quoi dire ?

La jeune fille commence à rigoler, mais en voyant la face perdue de son interlocuteur, son expression s’adoucit remplaçant son attitude joyeuse par un visage pensif. Une réflexion qui ne dure pas car elle demande aussitôt si tout va bien.

« Sirbon ?

—Simon, rectifie-t-il, et c’est rien. »

Il lui sourit pour lui montrer que tout va bien et lui tend la main en lui proposant de le suivre pour se mettre à l’abri. Sans grande surprise, elle accepte.

Simon fait bien attention au chemin qu’ils prennent, son but étant d’atteindre le centre de la ville, une zone surveillée de près par les forces de l’ordre. Il préfère ne pas prendre le risque de rejoindre un autre quartier, ne sachant pas si d’autres policiers s’y trouvent ou non. De plus il ne connait pas aussi bien les autres lieux de la ville donc dans une course poursuite ils seraient rapidement pris au piège dans une ruelle sans impasse.

Passant dans de petits endroits, ils ne cessent de tourner autour du bâtiment que le jeune cible : le sanctuaire du quartier central.

Une immense bâtisse trônant en plein milieu du quartier central. Cette zone se détache de la ville par une zone de jardin, agissant comme une frontière. Bien que les nombreuses habitations puissent la cacher depuis les rues, sur les deux pointes du sanctuaire trônent des pierres qui marquent le ciel de leur douce lumière. Une âme égarée est appelée par ces lumières, et sans difficulté elle trouvera refuge en ce lieu. L’architecture datant d’un âge moyen lui permet de se démarquer davantage des alentours, plus modernes. Les vitraux, encore d’origine, décorent les façades. Un de ces vitraux, plus important, se trouvent sur la face ouest du bâtiment. Les arcs, embellissent la taille des structures. Deux pointes principales se trouvent vers l’arrière du bâtiment, l’une porte fièrement des cristaux bleus, l’autre des cristaux rouges.

C’est le seul endroit où ils pourront dire qu’ils sont en lieu sûr. Leur frêle corps zigzague entre les voitures, se cachant rapidement lorsqu’une patrouille passe. Il leur faut un certain temps avant d’arriver devant les jardins.

« Wow, lâche la jeune fille ébahie.

—Chut, nous ne sommes pas encore tirés d’affaire. »

Des bruits de pas ainsi que des voix finissent par se faire entendre. Probablement un groupe de policiers est de garde aux alentours du sanctuaire. Pris de court, Simon entraîne sa camarade dans un buisson. Portant son index proche de sa bouche, il lui indique silencieusement de ne faire aucun bruit. Il regarde le chemin qu’il reste et comprend qu’il n’y a aucune cachette près des portes., il va falloir courir pour avoir une chance d’accéder à la porte.

« Dès que je te le dis, chuchote-t-il après que le groupe s’est éloigné, on court de toutes nos forces. D’accord ? »

Elle hoche la tête. L’adolescent observe le pattern des policiers et sort une première fois avec sa camarade pour se cacher derrière le buisson.

« On y va. »

Ils rassemblent leurs dernières forces et se mettent à courir vers la grande porte du sanctuaire. C’était sans compter des policiers, portant un uniforme différent de ceux au sol, postés sur les toits des immeubles les plus proches des jardins, qui leur tirent dessus. Leurs armes ne sont pas silencieuses, alertant les autres agents qui se dirigent vers l’entrée. Un piège commence à se refermer sur les jeunes qui ne peuvent plus faire demi-tour. Simon agrippe sa camarade et continue de l’entrainer bien que cette dernière se tétanise, par peur. Le bruit des coups de feu lui rappelle bien trop ce qui s’est passé avant. Ses muscles se raidissent d’un coup, son corps tremble. Elle sait qu’elle doit bouger mais c’est plus fort qu’elle. La peur l’assaillit, la transperce, et lutte contre la prise de Simon sans même qu’elle s’en rende compte

La grande porte s’ouvre, à l’intérieur la lumière contraste beaucoup avec l’environnement extérieur. Les rayons de l’environnement interne du sanctuaire s’échappent vers le jardin et éblouissent tous ceux qui se trouvent proche de l’entrée. Des silhouettes sortent et forment une barrière autour des deux jeunes, leur laissant un passage vers l’intérieur du sanctuaire. Sans réfléchir, Mumu et Simon s’y précipitent.

« Ecartez-vous, s’énerve un agent, ou nous devrons également... »

Un de ses collègues pose sa main sur son épaule en lui faisant un signe de la main qui veut tout dire : il ne sert à rien de discuter avec eux. L’un des inconnus, dont l’uniforme est plus élaboré, hausse le ton afin de se faire entendre.

« Vous êtes sur les terres du sanctuaire. Toute arme y est prohibée tout comme n’importe quelle forme de violence. Les esprits sont les seuls à pouvoir émettre un quelconque jugement. Si les divinités ont jugé bon que nous intervenions, c’est que ces enfants ont besoin de notre aide. »

Sans rajouter quoi que ce soit, ils font demi-tour en s’assurant que leurs protégés sont entrés. La porte se ferment sous le regard crédule et furieux des policiers. Ils s’en vont avant que les tensions ne soient à leur paroxysme et rejoignent le reste de l’unité. Un des policiers commencent à s’énerver. Il râle et s’agitent en regardant un de ses collègues. Sa voix est, pour le moment, le seul bruit qui les entoure, une voix plutôt prononcée et dure. Il ne comprend pas pourquoi ils ont dû les laisser faire. Il pointe la porte fermée, en continuant de ruminer sa colère. Son visage rougit légèrement à force. Ces compagnons ne lui répondent pas, soit parce qu’ils ne savent pas soit parce qu’ils n’osent pas lui répondre. L’un des membres de l’unité commence à ricaner.

« Il y’a quoi de drôle, demande agacé l’agent à son ainé

—T’es un nouveau toi, ça se voit que tu ne connais pas cette ville.

—Pourquoi ? Qu’il y a-t-il de particulier ? »

Son collègue esquisse un sourire et regarde le ciel avant de reprendre la conversation.

« Je vais te donner un petit défi. Observe les alentours et dit moi ce que tu vois et ce que tu en conclus. »

Le policier regarde le ciel, les nuages sont particulièrement sombres qu’il n’est pas possible de voir complètement le ciel. Ses yeux dérivent sur la route où aucune voiture n’a circulé depuis qu’ils sont là. Personne ne semble sortir de chez soi, à part les deux adolescents qu’ils poursuivaient et ceux qui habitent le sanctuaire. Il n’y a aucune activité dehors pour l’instant.

« Les nuages sont très obscures et il fait un peu plus sombre qu’avant. C’est qu’il doit se faire tard. De plus il n’y a personne dehors, tout le monde doit être couchés. »

Soudain, quelque chose vient frapper sa pensée. C’est l’heure à laquelle ils sont partis. Il devait être aux alentour de onze heures du matin, bien loin de la fin de journée. Son collègue ricane en le voyant ainsi.

« Il est treize heures, répond-il, nous sommes en début après-midi. On ne dirait pas ? Et pourtant c’est bien le cas. Cette ville est pourrie de la moelle. »

Il se retourne et sort une cigarette pour se détendre un peu. Il tire quelques inspirations, sa main tremblante légèrement. Parler de cette ville le rend plus que malade, mais il sent qu’il se doit de clarifier certains points. Son intonation s’intensifie alors qu’il progresse dans ses paroles.

« Il n’y a plus aucun ordre, plus aucune vie, les rares habitants qu’on peut voir tirent la gueule, et même le ciel n’en fait qu’à sa tête alors que nous sommes en été. Il n’y a tellement rien qui va que la plupart des habitants ont fui la ville. Les plus chanceux survivent et d’autres se font tuer, comme ce matin. Ces connards de dealers et autres merdes de ce type ont pris possession des rues et n’ont aucune peur des forces de l’ordre se faisant un malin plaisir à développer leur business. Mais tu crois qu’eux, ils ont peur de nous ? Ils nous rient à la gueule. »

Il soupire, jette et piétine sa cigarette par terre et reprend aussi vite la parole avec un sourire sarcastique tout en quittant le jardin.

« On ne sert à rien sauf pour résoudre des affaires dont les coupables ne seront jamais retrouvés, jamais jugés. Donner une bonne image politique alors que cette ville est un cas perdu. On est juste envoyé ici pour que nos supérieurs fassent bonne figure. »

Leur regard se tourne vers une mamie qui se promène. Elle parait si innocente et si fragile à première vue, son expression joyeuse fait pouffer l’agent qui fait un signe de la tête dans sa direction.

« Dans quelques semaines ou même quelques jours tu verras, on devra enquêter sur son meurtre... »