La Transformation

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Summary

Dans un village isolé, Tuya, une jeune femme solitaire, est hantée par des rêves d'un aigle royal. Leur rencontre fait basculer sa vie dans un monde invisible, où un lien mystérieux les unit. Ensemble, ils sont les gardiens d'un secret ancestral, liés par une force qui dépasse leur entendement. Mais quel est la nature véritable de leur connexion ?

Genre
Fantasy
Author
Ab.zahra
Status
Complete
Chapters
7
Rating
n/a
Age Rating
13+

1 . La Montagne

Le vent est doux ce matin. La chaleur de mon corps se dissipe à mon réveil et s’évapore dans l’atmosphère. J’aurais aimé rester encore dans les bras de Morphée, mais il est temps d’ouvrir les yeux. Je me lève avec douceur, dans un agréable silence. La montagne est un bouclier contre les bruits inutiles. Au‑dessus d’elle, je contemple mon empire. Au loin, le soleil se décide lui aussi à paraître, et je me mets alors en communion avec lui, me laissant captiver par sa chaleur. Il est le seigneur de ce monde ; j’en suis le roi. Je contemple sa lumière.

Chaque matin, nous nous retrouvons au même endroit : il est mon allié, je suis son serviteur. Malgré la distance qui nous sépare, nous nous ressemblons, à certains égards. Nous sommes deux solitaires, observant le monde du haut d’un sommet céleste.

Sa lumière divine m’invite à m’incliner devant elle. Sa pureté et sa chaleur caressent chacune de mes plumes. Je me laisse réchauffer par cette incroyable boule de vie. Je sens mon corps palpiter : mes plumes s’assouplissent et mes pattes s’enfoncent dans la pierre. Mon bec, tel un tournesol, s’enivre de cette chaleur et de cette sensation. Chaque lever du jour est unique — c’est une renaissance, une nouvelle histoire que mon âme savoure. Le temps n’existe plus ; je m’incarne dans cette planète de feu, je m’enfonce dans sa vitalité, en ressentant toute sa puissance, sa tranquillité et sa certitude. Mes yeux restent clos ; je me sens partir dans une sphère céleste, dans un monde qui ne m’appartient plus.

Alors, je m’avance doucement au bord de ma montagne, jusqu’à ressentir le vide : la falaise se présente sous mes pattes. Je sens le tourbillon de vent s’élever de bas en haut, fouettant au passage mes plumes. Au contact de ces deux énergies, de chaleur et de fraîcheur, mon corps de rapace frissonne. Mes yeux sont toujours clos. Je continue à m’avancer, toujours plus près du vide, le soleil m’accompagnant dans sa suprématie. Je m’approche davantage de la falaise ; je sens l’une de mes pattes frôler le précipice. Je m’arrête. Je suis tout proche du bord ; il ne reste plus qu’un pas. Je bascule alors, l’autre patte franchit l’abîme, et je me laisse tomber dans le néant, dans le rien.

Mon corps chute comme une pierre ; le vent siffle dans mes oreilles, la gravité m’attire de plus en plus vers le bas, mon cœur explose dans ma poitrine. Le vent froid de la haute altitude fouette mon bec et mes plumes avec une force exemplaire. Le moment n’est pas encore venu d’ouvrir mes ailes. Je veux encore goûter cette sensation d’abandon, de vide, de mort… Je descends à toute vitesse, mon corps au petit poids s'enfonce en direction du sol, mon cœur s’affole ; j’attends encore. Le moment va venir, le moment approche. Mais j’attends encore, encore un peu ; mon rythme s’accélère, mes forces faiblissent. J’attends encore. Mon cœur menace de lâcher, c’en est trop pour lui ; j’attends encore, encore quelques mètres… Mon corps commence à partir, le moment arrive, le moment est là… J’ouvre mes ailes.

La force de ma chair, de mes ailes puissantes, stabilise mon corps et me laisse planer au‑dessus d’un monde en éveil. Les larmes me viennent ; le monde m’appartient…

Je suis un aigle royal. Je survole plaines et océans, parcourant le monde d’en haut. Je vois la vie sous un autre angle. La force de la Nature est de mon côté : le vent est mon allié, l’orage ma vigueur, les volcans mes veines. J’aime ma solitude et mon oxygène ; j’aime régner sur mon empire sans qu’aucun être vivant ne soit à mes côtés. Dans ce ciel silencieux, au milieu de ces montagnes impériales, je traverse la vie et le temps. Je suis le tout.

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Je me réveille encore une fois en sursaut…

Sa beauté me hante. Depuis que son regard a croisé le mien, moi, Tuya, je ne cesse de rêver de lui. Je songe à son corps qui vole, à ses ailes qui percent le vent. Une connexion intense s’est établie entre lui et moi. Je suis devenue son corps, sa respiration, sa vie.

Je vis dans un petit hameau, entouré de montagnes, à plus de 2 000 m d’altitude. Je ne me souviens pas d’avoir vécu ailleurs. Mes parents sont fermiers ; je passe donc mes journées à contempler ces montagnes.

Notre village est magnifique : en hiver, la neige s’entasse sur les pics et nous enferme dans un doux silence. Les fumées des cheminées s’élèvent vers les nuages blancs et les repas chauds, préparés avec ce que l’on chasse en montagne, mijotent toute la journée. C’est un temps de partage et de communion ; chaque voisin rend visite au suivant et lui offre ses plus belles prises.

Au printemps, les montagnes nous offrent des couleurs hors du commun : gentianes jaunes, chardons bleus et même artemisias. Toute la vallée s’enivre des parfums d’une flore époustouflante. Le matin, quelques animaux curieux s’aventurent jusqu’à nos limites et les oiseaux ne cessent de nous chanter leurs amours.

L’été, le soleil tape sur nos maisons. Les montagnes se transforment alors en parasols et nous rafraîchissent. Les fruits des jardins mûrissent et nous offrent salades et boissons en abondance. C’est aussi une saison d’aventure et de découverte : le merveilleux moment des randonnées‑bivouac. Cela nous permet de contempler, d’en haut, la vie quotidienne en contrebas.

Puis vient l’automne : les feuilles mortes humectent et ramollissent le sol, et nos montagnes se parent de couleurs orangées. C’est le temps des secrets, du brouillard et de la mélancolie.

Mon village me manquera terriblement…