Chapitre 1 - l'annonce
Chapitre 1 : L’Annonce
Je suis avachie sur le canapé, perdue dans mes pensées, quand la vibration de mon téléphone contre ma cuisse me fait sursauter. L’écran s’illumine, et je vois le message. Ces trois mots que j’attendais avec une impatience mêlée d’anxiété : « Vous êtes prise. »
Un frisson électrique parcourt instantanément ma colonne vertébrale. Émilie, tu as vingt ans, respire , je me murmure à moi-même, mais mon cœur bat un rythme effréné contre mes côtes.
Je bondis du canapé, mes pieds nus frappant le parquet avec une précipitation joyeuse. Je traverse l’appartement en trombe et me précipite dans la chambre de Léon, mon frère. Je n’entre même pas, je m’agrippe aux montants de la porte, le souffle court, mes cheveux en désordre. « Léon ! Je suis prise !!! »
Il lève les yeux de son livre, un large sourire fendant son visage. « Eh bien, ça mérite une célébration ! Attends-moi, petite sœur, je sors l’arme lourde. » Il disparaît un instant et revient avec une bouteille de whisky dont je n’ose imaginer le prix. Le liquide ambré remplit deux verres avec un cliquetis séducteur. Il me tend le mien. « Alors, raconte-moi tout. Dans quel temple de la nuit vas-tu illuminer le bar de ta présence ? »
Je prends une gorgée, le feu de l’alcool descendant dans ma gorge, réchauffant mon ventre déjà noué d’excitation. « Tu te souviens, j’avais postulé un peu partout, dans des clubs... très sélects. L’un d’eux a répondu. Ils m’offrent le double de ce que je demandais. Mais... ils exigent une confidentialité absolue sur la nature de l’endroit. »
Léon lève un sourcil intrigué. « Un club qui paie si cher pour du silence... ça sent le mystère. Et c’est un club de quoi, au juste ? »
Une vague de chaleur monte à mes joues. Je baisse les yeux, traçant du doigt la condensation sur mon verre. « Un club... de BDSM », je murmure, laissant les lettres résonner dans l’air entre nous.
Au lieu de se moquer, il éclate d’un rire franc, admiratif. « Oh, wow ! Bravo, petite sœur ! » Il pose son verre et me serre contre lui dans une étreinte fraternelle et forte. Je lui donne une petite tape sur l’épaule, feignant l’agacement. « Arrête de te foutre de moi ! Je vais juste servir des cocktails, c’est tout ! »
« Non, non, c’est génial », dit-il en se reculant, ses yeux pétillant de malice. « C’est juste que... tu as sacrément grandi, petite. Ça me rappelle quand tu avais 17 ans, on foutait le bordel chez les invités de nos parents... »
Ses paroles agissent comme une clé, déverrouillant un souvenir enfoui, brûlant et précis. Mon sourire s’efface légèrement, remplacé par une expression plus songeuse. « Oui... je m’en souviens. Surtout d’une fois... »
J’avais 17 ans, et l’insouciance était notre credo. Ce soir-là, on était chez Adrian le meilleur ami de mon père (mon père s'appelle Antoine de Belville), notre jeu favori était en cours : dénicher l’objet le plus original de la maison et en prendre une photo. Le gagnant avait la gloire éternelle... jusqu’à la prochaine fois.
« Alors, où est-ce que je pourrais trouver l’objet le plus cher ? » j’avais murmuré, parcourant du regard le salon bondé.
Léon avait opté pour la cuisine, persuadé qu’on y cachait les secrets de famille. Moi, j’étais plus stratège. J’ai choisi le bureau, un sanctuaire masculin où les secrets et les richesses coexistent souvent.
La pièce était sombre, sentant le cuir et le vieux bois. J’ai fait le tour du monumental bureau, ouvrant les tiroirs un par un. Rien que de banals dossiers, des stylos coûteux mais sans âme. Le dernier tiroir, en bas, résistait. Verrouillé. Une petite frustration, puis une idée : mes parents cachaient toujours les clés dans de faux livres. La bibliothèque qui couvrait le mur était un défi de taille, mais je me suis lancée, passant mes doigts sur les reliures, cherchant l’irrégularité, l’ouvrage trop léger.
Une demi-heure plus tard, la sueur perlant à mon front, je tombais sur « Les Misérables » qui était, en effet, très léger. À l’intérieur, une petite clé en laiton. Mon cœur s’est emballé. J’ai tourné la clé dans la serrure avec un déclic satisfaisant.
Mon souffle s’est bloqué. Ce n’était pas un trésor, c’était une cachette. Et son contenu m’a coupé le souffle. Une plume d’autruche noire, d’une douceur de velours. Je l’ai laissée glisser le long de ma jambe, et un frisson a suivi son tracé soyeux. Un foulard de soie pure, presque aussi léger qu’un souffle, destiné à bander les yeux. Puis, mes doigts ont rencontré le cuir froid et souple des menottes, si différent du métal brutal de la police. Leurs boucles ont cliqueté doucement quand je les ai soulevées, un son à la fois prometteur et inquiétant. En dessous, des cordes de chanvre, soigneusement enroulées, qui ont dégagé une odeur discrète de bois et d’effort.
Que faisait-il de tout cela ?
Plus j’explorais, plus les objets devenaient intrigants. Des pinces à linge en bois, rustiques, et d’autres, plus petites, au ressort métallique dont j’ai pressé la morsure glacée sur le bout de mon doigt. Enfin, un objet en cuir lourd et travaillé. Après un moment de confusion, j’ai compris qu’il s’agissait d’un flogger. Les lanières m’ont fait ressentir des sensations nouvelles entre mes doigts avec un bruissement captivant. J’en ai effleuré la surface de mon avant-bras, et un picotement a jailli, pas seulement sur ma peau, mais plus profondément, en moi, un écho chaud et troublant entre mes jambes...
Et puis, tout au fond, l’objet qui a fait basculer ma compréhension : un vibromasseur, élégant, discret, au silicone lisse et froid. Indéniablement moderne. Mon sang n’a fait qu’un tour. Ce n’était pas la caverne d’Ali Baba, c’était l’armoire à plaisirs secrets d’un DOM. Adrian Montfort, le meilleur ami si sérieux de mon père, était un adepte du BDSM.
La découverte était si intime, si troublante, que mon corps a réagi avant mon esprit. Une chaleur intense a envahi mon bas-ventre, un picotement aigu et insistant entre mes cuisses. J’étais haletante, fascinée, horrifiée, et secrètement excitée. D’une main tremblante, j’ai sorti mon téléphone pour immortaliser ma trouvaille. J’avais hâte de raconter ça à Léon.
C’est à ce moment précis que la porte du bureau s’est ouverte.
J’ai lâché le vibromasseur qui est retombé, muet, dans le tiroir. Adrian se tenait sur le seuil, immense, son costume moulant sa carrure puissante. Son regard, d’un bleu perçant, a fait le tour de la pièce avant de se poser sur moi, clouée sur place.
« On mange, Émilie. Tu viens ? » Sa voix était calme, mais elle portait une autorité qui m’a transpercée.
« Euh... Oui, monsieur. » Merde. Pourquoi “monsieur” ? Je l’ai toujours tutoyé.
Un léger sourire a joué sur ses lèvres. « Pourquoi ce “monsieur” soudain ? Une erreur ? » Il a fait un pas dans la pièce. Puis un autre. L’espace semblait rétrécir autour de lui.
« Ahah, oui, désolée, une erreur. »
« Et qu’est-ce que tu fabriquais ici ? » Il s’est approché, son parfum boisé et épicé m’enveloppant.
Panique. « Rien du tout ! Je... euh... Je cherchais... On fait un jeu avec mon frère, on prend des photos d’objets de valeur mais on ne touche à rien ! Hahaha ! Et de toute façon, j’ai rien trouvé d’intéressant. » Mon débit de paroles était saccadé, ridicule.
Il était maintenant si près que je sentais la chaleur de son corps. « Tu es toute rouge, princesse. Ça va ? » Son terme d’affection habituel a soudain pris une résonance nouvelle, possessive.
Instinctivement, j’ai plaqué mes mains dans mon dos, comme pour cacher l’évidence de ma culpabilité. Je me suis retrouvée coincée entre lui et le bureau, le bord du meuble pressant contre mes hanches.
« Princesse, je te connais depuis que tu tiens à peine sur tes jambes. Et là, je sais que tu me caches quelque chose. » Il a levé une main et a posé son index sous mon menton, forçant mon regard à rencontrer le sien. Sa peau était étonnamment douce contre la mienne. Un nouveau frisson, bien plus intense, a parcouru mon corps. Je priais pour qu’il abandonne. Mon excitation était devenue palpable ; je sentais mes tétons durcis pointer contre le tissu de mon chemisier, et j’étais certaine qu’il le voyait.
« À table, Adrian, Émilie ! Dépêchez-vous ! » La voix de ma mère a retenti depuis le couloir.
Son regard n’a pas quitté le mien. « Bon, je crois qu’on nous appelle. » Il a penché la tête, son souffle chaud a effleuré mon oreille alors qu’il chuchotait : « Et... ne fais pas de bêtises, princesse. Je te connais trop bien. Quand tu as ce petit air à la fois coupable et excité, c’est que tu as fait des choses très vilaines... ou que tu as trouvé quelque chose que tu n’aurais pas dû. »
Je me suis forcée à avaler ma salive. « Trouvé ? Je ne vois pas ce que tu veux dire. »
Il s’est écarté enfin, son sourire s’élargissant, empreint d’une complicité dangereuse. « Tant mieux, alors. Dans ce cas, nous n’en parlerons plus. »
Il a tourné les talons et a quitté la pièce. Je suis restée là, adossée au bureau, les jambes tremblantes, le sexe humide et l’esprit en feu. Putain... Cette fois, ce n’était pas qu’un jeu. C’était une initiation. Et je venais de comprendre que le vrai danger, et le vrai plaisir, n’étaient peut-être pas dans les objets, mais dans l’homme qui les possédait.
RETOUR AU PRÉSENT
« Émilie, tu m’écoutes ? »
La voix de Léon me tire violemment de ma torpeur. La mémoire des doigts d’Adrian sous mon menton, de son souffle dans mon oreille, s’évapore comme une buise. Je cligne des yeux, retrouvant la réalité de mon salon.
« Oui, oui, je t’écoute. — J’ai parlé de quoi, alors ? » Merde. Mon esprit était bien loin. « Je... »
Il lève les yeux au ciel, amusé. « Bon, écoute-moi bien cette fois. Mets quelque chose de sexy pour demain, on ne sait jamais. Un ou deux mécs en tenue de cuir pourraient te jeter un œil. » « Je suis serveuse, Léon. Et tu sais bien que je ne cherche pas un mec. — Non, tu cherches un Dom. »
On en rit, mais la blague fait remonter un flot de chaleur à mes joues. Adrian. Son image s’impose à nouveau, et un picotement familier s’allume dans mon ventre. Mes cuisses se serrent instinctivement, comme pour contenir cette sensation qui se propage, chaude et humide. Je me lève, soudainement à l’étroit dans mon propre corps. « Bon, je vais me coucher. Demain est un grand jour. »
LE LENDEMAIN SOIR
Le club est un gouffre de sensations. L’air est épais, chargé d’un parfum entêtant de cuir, de transpiration sucrée et d’un encens musqué. La pulsation sourde de la musique électronique semble battre au rythme de mon propre sang. Des néons rouges strient la pénombre, jetant une lueur d’enfer sur les corps en mouvement.
Waouh. Je me sens toute petite, toute timide.
Mon regard parcourt la salle, avide et nerveux. Des strip-teaseuses ondulent sur des podiums, leur peau luisante sous les spots. Elles ne portent que des strings minuscules et des hauts porte-jarretelles, leurs courbes offertes au regard vorace de la foule. Je vois une serveuse, une magnifique femme aux cheveux noirs de jais, vêtue seulement d’un harnais de cuir, des oreilles de chienne coiffant sa tête. Elle porte un plateau, se déplaçant à quatre pattes avec une grâce animale. Au lieu d’un frisson de dégoût, une onde d’excitation brute me parcourt. Je m’imagine à sa place, la sensation du cuir contre ma peau nue, la soumission absolue, le regard d’un Maître sur moi... Je serre les jambes, un nouveau flux de chaleur inondant mon sexe.
Bon, reprends-toi, Émilie. Je dois trouver Marie.
Je m’avance, me frayant un chemin difficile dans la cohue. Je m’approche de deux brunes qui sirotent un cocktail en riant. Dès qu’elles me voient, leurs rires s’arrêtent net. L’une me toise de la tête aux pieds, un sourire méprisant aux lèvres. « Excusez-moi, je cherche... — Perdue, mon ange ? » lance l’autre avant qu’elles n’éclatent de rire et ne se détournent, me laissant plantée là, sans même m’avoir laissé finir ma phrase.
Je rougis de frustration. Mais qu’est-ce qu’elles ont ?
Je tente ma chance ailleurs, vers une blonde altière qui discute près du bar. « Bonjour, je suis nouvelle, je m’appelle Émilie. Je cherche Marie, tu la connais ? » dis-je en affichant mon sourire le plus engageant.
La blonde se tourne lentement, son regard bleu glace me transperce. Un sourire mauvais étire ses lèvres. « Marie ? Oh, je vois. » Elle détaille ma tenue – un chemisier blanc et un jean, si sages, si ordinaires – et ricane, attirant l’attention de ses amis. « Je déteste les filles dans ton genre. On est dans un temple du BDSM, pas à la laverie du coin. Toi, tu n’as pas ta place ici, petit ange. » « Je... Je suis le nouveau barman », bredouillé-je, la honte me brûlant les joues. D’un geste vif, elle attrape son verre de vin rouge et le renverse sur moi. « Ahhh ! » Le liquide glacé m’éclabousse la poitrine, trempant instantanément mon chemisier. Le tissu blanc devient transparent, collant à ma peau, moulant mes seins et laissant mes tétons durcis, visibles comme si j’étais nue. Des rires fusent autour de nous. Des hommes sifflent, leurs yeux braqués sur ma poitrine offerte. Je me recroqueville, me cachant derrière mes bras, humiliée, furieuse. Sale pute...
Alors que les larmes me piquent les yeux, une main se pose doucement sur mon épaule. « Oh mon dieu, tu as rencontré Léane. Désolée pour elle, c’est une vraie garce. »
Je lève les yeux vers une jeune femme aux cheveux châtains et au regard bienveillant. « Je suis Marie. Viens, on va te changer. Tu ne peux pas travailler comme ça. »
Soulagée, je la suis à travers le club, consciente de tous les regards qui suivent ma poitrine mouillée. Elle m’emmène dans une arrière-salle qui sert de dressing, remplie de portants surchargés de tenues plus provocantes les unes que les autres. Des corsets de cuir, des robes en latex moulantes, des ensembles en dentelle noire, des tenues d’infirmière, de policière, de schoolgirl...
« C’est... impressionnant », murmuré-je. « Ce sont des tenues de jeu de rôle, pour celles qui le souhaitent », explique-t-elle gentiment. « Mais pour le service, l’uniforme est un peu plus... standard. » « C’est pour ça qu’elle s’est moquée de moi ? Ma tenue ? » « Exactement. Ici, les serveuses portent une mini-jupe en cuir noir et un bustier. C’est tout. Léane se prend pour la reine du monde parce qu’elle est la soumise attitrée d’Adrian, et accessoirement la meilleure strip-teaseuse du club. Et faut avouer qu’Adrian est... » Elle s’interrompt, un petit sourire rêveur aux lèvres.
« Elle peut travailler ici et coucher avec ?! » m’exclamé-je, choquée malgré l’excitation que son nom provoque en moi.
« Oh, mais oui ! J’ai oublié de te préciser. Tu travailles de 19h à 23h, mais le service au bar s’arrête à 22h30. Ensuite, tu es libre. Libre de rentrer, bien sûr. Mais aussi libre de rester, de trouver un partenaire, d’explorer. Que tu sois Dominante ou soumise, c’est ton choix. C’est un espace de liberté. » « Euh... Je pense être plutôt soumise. Mais je n’ai jamais... jamais rien fait. » « Pas de problème. S’ils t’ont choisie, c’est que tu as ta place ici. Moi aussi je suis sub, je pourrai peut-être te présenter des gens, si tu veux. » Je rougis violemment. Est-ce que je veux un Dom ? La réponse fuse dans mon esprit, immédiate et éhontée : oui.
Marie me tend un ensemble minuscule : une jupe en cuir si courte qu’elle pourrait passer pour une large ceinture, et un bustier noir très décolleté. Je l’enfile, le cuir frais et lisse contre ma peau. En me regardant dans le miroir, j’ai un choc. La jupe moule mes hanches et laisse mon cul bombé presque entièrement à découvert ; à chaque mouvement, le bas de mes fesses et le triangle de ma culette en dentelle noire apparaissent. Le bustier soulève ma poitrine, créant une généreuse vallée entre mes seins, mes tétons déjà durs contre le tissu serré.
« Tu es trop sexy, ma belle », s’exclame Marie, admirative.
Elle me raccompagne au bar, un immense comptoir en acajou illuminé par des spots tamisés. « Voilà ton poste. Il y aura souvent un autre barman avec toi, pour t’aider. Et tu vois l’homme en veste bleu marine, près de la cage ? C’est le directeur. »
Je suis son regard. Et mon cœur s’arrête.
Le sang se glace dans mes veines, puis se met à bouillir. La silhouette est imposante, élégante, dos à nous. Mais je la reconnaîtrais entre mille. Quand il se tourne légèrement, profilant son visage anguleux et ses cheveux poivre et sel, la confirmation me frappe de plein fouet.
« Putain, celui avec la veste bleue... Je le connais !!! — Oh, tu connais Adrian ? » demande Marie, impressionnée. « Putain, il arrive ! Cache-moi ! » Je me baisse derrière le comptoir, le souffle court, la panique m’envahissant. « Mais pourquoi tu te caches ? — Je t’expliquerai après, je te promets ! Juste... ne dis pas que je suis là. »
Accroupie derrière le bar, le cuir de ma tenue ridiculement courte frottant contre mes genoux tremblants, je sens mon cœur battre à tout rompre dans ma poitrine. Le passé et le présent viennent de se percuter de la manière la plus dangereuse et la plus excitante qui soit. Adrian est ici. Et je suis dans son antre, presque nue, à sa merci.