Introduction
Elvora
Je fixe ses yeux reptiliens, deux fentes d’un vert fluorescent, hypnotiques, impossibles à fuir. Chaque battement de mon cœur résonne jusque dans ma gorge, et j’en oublie de respirer. Des frissons familiers glissent le long de ma colonne vertébrale tandis que j’observe les micromouvements de son iris, comme des vagues liquides ondulant doucement dans une mer d’émeraude.
Un pincement de regret me serre la poitrine : dans cette lumière, son visage m’échappe. Ses traits singuliers, que je brûle d’admirer une dernière fois, demeurent noyés dans l’ombre. Il ne reste que ce regard inhumain.
Fascinant.
Suffocant.
Autour de moi, j’entends vaguement les hurlements de terreur et le crépitement des armes qu’on décharge. J’imagine qu’ils sont trop effrayés pour se rappeler que les écailles des autochtones sont plus résistantes que le kevlar, y compris celles, transparentes, qui protègent leurs yeux. Tout ce chaos... pour rien. Ils sont plus forts. Plus rapides. Plus... tout.
Mais lui. Pourquoi ne m’attaque-t-il pas ?Qu’est-ce qu’il attend ?
Concentre-toi, Elvora.
Inspire.
Expire.
Les premiers rayons du soleil effleurent ma peau, et la lumière révèle enfin ses traits. Un sourire à peine esquissé, arrogant, étire sa bouche. Il m’observe toujours, immobile, tel un prédateur qui s’amuse de sa proie. Ses étranges reflets verts parcourent à nouveau sa peau sombre, illuminent son torse sculpté jusqu’à la base de sa queue.
Il ne bouge pas, il attend.
Comme s’il m’invitait à jouer le premier coup.
Réfléchis, Elvora... S’il ne t’attaque pas, c’est que tu as une carte à jouer.
Alors soit.
Que la partie commence.
Moi aussi, je veux savoir ce que tu vas faire, l’écailleux.