Shards of Truth

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Summary

Lirae Valen menait une vie simple, presque invisible, dans un village reculé du Royaume d'Ismeral. Jusqu'au jour où elle se retrouve en possession du Cœur d'Axil, un artefact interdit, capable de bouleverser l'équilibre fragile du Royaume. Pourchassée par les agents du roi Varkus et de la reine Sylea, Lirae devient Ash, la fugitive insaisissable, traversant forêts hantées, ruines anciennes et cités en déclin. Son nom se répand dans tout le monde d'Eldrya, symbole d'une rébellion naissante. Mais alors que sa fuite la pousse à faire des choix toujours plus difficiles pour protéger ceux qu'elle aime, des visions troublantes et des souvenirs éclatés l'assaillent. Peu à peu, ces décisions la conduisent au seuil d'une vérité qui remet en question tout ce qu'elle croyait savoir. Lirae devra affronter un destin qui dépasse largement ses propres limites - pour sauver un Royaume, et peut-être, pour découvrir ce qui se cache vraiment derrière le voile d'Eldrya.

Genre
Fantasy
Author
~ Illy ~
Status
Complete
Chapters
30
Rating
n/a
Age Rating
16+

1.

Lirae Valen referma la porte de sa maison en bois, laissant derrière elle le vent froid et humide de la nuit. Elle retira sa cape trempée et la suspendit près du feu qui brûlait faiblement dans l’âtre. Son petit logis n’était qu’une unique pièce, assez sombre malgré la lueur tremblotante des braises : un lit simple couvert d’une couverture de laine rêche, une table grossière, deux chaises bancales, et des bouquets d’herbes séchées accrochés aux poutres noircies par la fumée. L’odeur de terre humide, mêlée à celle du thym et de la verveine, emplissait l’air.

Elle poussa un soupir discret et passa une main dans ses cheveux longs et ondulés, d’un blond cendré qui prenait parfois des reflets argentés sous la lumière du feu. Ils étaient lourds et humides, collés en mèches épaisses. Elle attrapa la brosse en bois posée sur sa coiffeuse et commença à les démêler, geste après geste, sentant la fatigue peser sur ses épaules. Ses yeux vert émeraude, profonds et perçants, fixaient sans vraiment voir le mur devant elle. Elle portait encore sa tunique en lin sombre, simple, marquée par les heures passées à cueillir des plantes médicinales dans la forêt. Ses bottes de cuir usées, couvertes de boue séchée, reposaient près de l’entrée. Autour de son cou, un petit pendentif en forme de soleil d’or se balançait légèrement. Héritage familial, unique vestige d’une mère dont elle n’avait que des souvenirs flous, des bribes de voix douce et de doigts chauds sur son front.

Elle s’assit à la table, versa de l’eau tiède dans une tasse ébréchée, y plongea quelques feuilles de verveine. La pluie tambourinait sur le toit de bardeaux avec une intensité croissante, couvrant le sifflement du vent dans les interstices des fenêtres mal calfeutrées. Lirae ferma les yeux un instant. Elle aimait cette musique. Ce martèlement régulier la rassurait, lui rappelait qu’ici, personne ne viendrait troubler sa tranquillité. Dans ce village, elle n’était qu’une silhouette de plus. On lui adressait un sourire distrait le matin, on la remerciait pour ses onguents, mais personne ne la regardait vraiment. Et cela lui convenait.

Elle porta la tasse à ses lèvres, inspira la vapeur parfumée. La chaleur apaisa la tension de sa nuque. Elle songea qu’elle irait peut-être ramasser des racines de consoude au lever du jour, si la pluie cessait. Elle avait aussi promis de préparer un baume pour la vieille Meera, dont la hanche la faisait souffrir. Sa vie s’écoulait ainsi, rythmée par les saisons et le besoin des autres. Et cela lui suffisait.

Soudain, trois coups brefs frappèrent la porte. La tasse trembla entre ses mains et un peu d’eau chaude se renversa sur ses doigts. Elle inspira brusquement, reposa la tasse, et tendit l’oreille. Qui pouvait venir à cette heure, sous un tel déluge ? Son cœur accéléra, cognant contre sa poitrine. Peut-être un voyageur perdu… ou un voisin blessé. Elle se leva, hésita, écouta de nouveau. Le vent hurlait dehors, mêlé au martèlement incessant de la pluie. Trois nouveaux coups retentissent, plus pressants, plus urgents.

Elle approcha, posa sa main sur la porte, respira profondément pour calmer le tremblement de ses doigts. Puis elle déverrouilla et ouvrit.

Un homme encapuchonné se tenait sur le seuil, trempé jusqu’aux os. Sa cape sombre collait à son corps mince, dégoulinante. L’eau ruisselait sur son visage partiellement dissimulé par l’ombre de la capuche, mais elle distingua une mâchoire fine, des traits tirés par la douleur et la fatigue. Il était blessé. Son sang se mêlait à la pluie, traçant des ruisseaux sombres le long de ses bras nus. Il haletait, ses épaules secouées par l’effort. Sa respiration rauque se mêlait au grondement du tonnerre lointain.

Il ne prononça pas un mot. Lentement, il plongea la main sous sa cape détrempée et en tira un petit objet soigneusement enveloppé dans une soie noire. Ses doigts tremblaient alors qu’il le tendait vers elle. Lirae recula d’un pas, son regard passa de l’objet à son visage. Elle voulut parler, lui demander qui il était, ce qu’il voulait, pourquoi il venait à elle, mais sa voix mourut dans sa gorge.

Il releva légèrement la tête. Dans la pénombre, ses yeux brillaient d’une intensité presque irréelle, brûlants d’une fièvre et d’une urgence qu’elle ne comprenait pas.

“- Prends-le.

Sa voix était grave, rauque, déformée par la douleur. La pluie tombait en rideau derrière lui, créant un mur mouvant qui les isolait du monde.

Elle resta immobile, pétrifiée. Alors, d’un geste brusque, il agrippa sa main, y déposa le paquet, referma ses doigts autour.

- Protège-le. Cache-le, au péril de ta vie. Et quoi qu’il arrive… Il marqua une pause, son souffle devint sifflant, comme si chaque mot lui coûtait un effort insurmontable. Ses yeux se plantèrent dans les siens avec une intensité désespérée. Ne le donne à personne. Surtout pas au roi !

Un silence lourd suivit ces mots. Seule la pluie résonnait, martelant le sol comme un tambour funèbre. L’homme relâcha sa main, chancela sous la violence du vent froid, puis se retourna sans un mot et s’éloigna. Elle le vit disparaître dans l’obscurité, avalé par la pluie et la nuit profonde.

Lirae resta figée sur le seuil, la soie noire serrée contre sa poitrine. Son cœur battait à tout rompre, sa gorge se serrait douloureusement. Elle referma la porte d’un geste sec, la verrouilla, puis s’adossa contre le bois. Son souffle était court, tremblant.

Le feu crépitait faiblement dans l’âtre, projetant des ombres mouvantes sur les murs. Elle avança jusqu’à la table, posa le paquet devant elle. Ses mains refusaient d’obéir, prises d’un tremblement qu’elle ne contrôlait pas.

Elle inspira profondément, chercha à reprendre contenance. Lentement, elle défit les nœuds de la soie, retenant sa respiration.

La lumière vacilla sur un cristal noir aux reflets rouge sang, poli comme un miroir obscur. À sa surface, aucune lueur ne brillait, mais elle sentit dans l’air une présence, un frisson glacé qui la fit frémir. Elle tendit la main pour le toucher. Un froid surnaturel grimpa le long de ses doigts jusqu’à son bras, si intense qu’elle retira aussitôt sa main, le cœur affolé.

Elle referma la soie sur l’objet et le serra contre elle, comme si elle pouvait ainsi l’éloigner de son esprit. Elle ignorait ce qu’il était, qui était cet homme, et pourquoi elle. Mais au plus profond d’elle, une certitude s’imposa, implacable.

Dans le silence de la nuit, sa vie venait de basculer, et plus rien ne serait jamais comme avant.