Notre Métamorphose [MxM]

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Summary

Arthur, un homme de trente ans, s'impose chaque jour en tant que directeur et chef exécutif de son propre restaurant étoilé à Paris. Son goût pour le perfectionnisme le pousse à mettre de côté tout autre aspect de sa vie, notamment sa santé et Daphné, sa petite amie. Cet équilibre précaire se voit bouleversé lorsque Marcus, son meilleur ami de cinq ans son aîné, débarque chez lui. D'abord innocente, cette visite mettra à mal les émotions d'Arthur pour qui le mot amitié se transformera en sentiments plus puissants. Lorsque le goût amer d'un passé volontairement occulté rencontre celui sucré du présent, le futur de leur relation s'annonce acidulé, ponctué de nombreux obstacles.

Status
Ongoing
Chapters
35
Rating
5.0 1 review
Age Rating
18+

Chapter 1

La journée s'achève enfin, je suis exténué. Nous finalisons le ménage du restaurant, la salle est déjà immaculée grâce à la rigueur des serveurs et serveuses qui sont repartis chez eux. J'aurais pu les suivre en laissant les plongeurs et commis s'occuper de la cuisine. Mais, j'aime cet endroit, j'ai bataillé dur pour l'ouvrir et nous l'avons hissé parmi les meilleurs. Ce qui nous rend, aujourd'hui, plus soudés que jamais alors, même si mon rôle est ailleurs, je tiens à les aider autant que possible. Si bien qu'en dehors des heures de travail, la plupart de mes collègues me surnomment « papa cuistot ». Je souris en l'entendant lorsque les cinq personnes qui m'accompagnent me quittent. Ils le savent tous, je ferme personnellement les portes presque chaque soir.

Une fois que je retire la clé de la serrure, je vérifie l'heure, minuit quarante-cinq. Les rues autour de moi sont sombres, seuls les lampadaires les éclairent. Les passants sont rares, tout y est calme en semaine. Les week-ends sont plus animés par les étudiants profitant de leur jeunesse. J'hésite à appeler un uber, ce qui ne serait pas du luxe avec ma fatigue, quand mon téléphone sonne. Je décroche.

— Salut abruti !

— Ah c'est toi, enfoiré.

Marcus, mon meilleur ami, ou du moins ce qui s’en rapproche. Préférant le soleil, il s'est exilé en Sicile. Il en a le physique, grand, brun aux cheveux courts, musclé et le teint olive. Malheureusement, il n'a pas hérité des yeux clairs de sa mère. Le noir, grand gagnant de la guerre génétique, inonde ses iris. Lui donnant ainsi un air ténébreux qui ne déplait pas à la gente féminine. Même sa personnalité le rend attrayant : drôle, spontané et sans complexe en apparence. Il passe le plus clair de son temps derrière les écrans comme « influenceur culinaire », sa joie de vivre contamine son public. Malgré cela, il ne possède que peu de véritables amis. Et, par le plus grand des miracles, j'en fait partie. Je souris en l'entendant tout en me décidant à marcher.

— Toujours ! rétorque-t-il. Vu l'heure j'imagine que tu as fermé ton petit bébé.

— Rah tu me connais trop.

— Tu es trop prévisible.

— Va te faire.

— J'y vais ! ricane-t-il doucement avant de marquer un blanc. Dis, tu es libre demain, non ?

— Ouais… Mon jour de congé. Pourquoi ?

— Tu viendrais chercher le plus merveilleux des hommes à l'aéroport ?

— Hein ? Tu viens demain ?

— J'ai dit merveilleux et tu penses à moi.

— Je ne connais personne d'autre d'aussi narcissique.

— Je suis réaliste, nuance.

— C'est ça, c'est ça. Bon, tu arrives à quelle heure ?

— Dix heures trente et je reste une semaine. Si ça pose problème avec Daphné, je peux toujours prendre un hôtel. Je préviens à la dernière minute.

— Tu rigoles ? Tu sais très bien que tu es toujours le bienvenu.

— Merci Art’.

Art’ est le diminutif d'Arthur. Il l'a choisi dès notre première rencontre, il y a sept ans. Il m'a invité dans l'un de ses concepts. Poussé par ma petite amie de l'époque, j'ai répondu présent. Je déteste être mis en avant, préférant rester derrière mes fourneaux, le seul endroit où je me sens serein et moi-même. Alors, je garde un très mauvais souvenir de cet événement. Toutefois, en dépit de mon scepticisme, sa publicité a fonctionné, beaucoup de curieux nous ont rendu visite dès la publication de la vidéo. Il demeure, à ce jour, l'une des plus belles rencontres de ma vie. Nous continuons à discuter, passant rapidement d'un sujet à l'autre. Marcus possède ce don naturel de divertir les gens.

— Hey, repris-je. Je suis arrivé devant chez moi.

— Ah déjà ? Bon bah bonne nuit. M'oublie pas abruti que tu es.

— Je vais te laisser dans le hall de l'aéroport, ‘spèce d’enfoiré.

— Je te crois absolument pas.

— Tu verras.

— Je te retrouverai pour me venger, je sais où tu travailles.

— Haha bonne nuit Marcus.

— À demain Art’.

Sa voix grave et douce résonne dans mes oreilles m'arrachant un petit sourire lorsque je remplace mon téléphone par mon badge électronique. Je pénètre dans le hall d'entrée de mon immeuble, l'esprit ailleurs. Marcus vient demain… Marcus vient demain ! Ma fatigue laisse place à de l'excitation. Cela fait plusieurs mois que l'on ne s'est pas vu en « vrai » et les appels quotidiens ne remplacent pas le contact humain. Mécaniquement, je vérifie la boîte aux lettres vide avant d'appeler l'ascenseur. J'appuie sur le chiffre cinq et les portes se referment. Alors que je dépasse les étages, une angoisse s'insinue au fond de mon estomac. J'ai fanfaronné auprès de mon meilleur ami. Seulement, pour être totalement honnête, je pense… Non, je suis certain que Daphné ne sera pas ravie de cette intrusion. Elle apprécie sincèrement Marcus mais pas au point d'accepter sa venue du jour au lendemain. Je déglutis pendant que les deux battants métalliques s'ouvrent. J'avance doucement, tentant de retarder mon arrivée de quelques secondes. Là possibilité d'une dispute conjugale ne m'enchante guère, étonnamment. Hélas, le chemin est trop court et me voilà devant mon appartement. La grande porte blanche aux contours dorés constitue mon seul bouclier face à la future fureur de ma femme. J'inspire profondément et je me lance.

— Je suis rentré, marmonné-je.

— Chéri ? Je suis devant la télé.

— J'arrive.

Je me débarrasse de mon manteau et de mes chaussures avant de la rejoindre. Nous vivons dans un appartement parisien de soixante-dix mètres carrés situé dans le sixième arrondissement. Je considère cela comme une chance au vu des prix exercés dans la capitale. Nous possédons une belle entrée donnant sur un couloir où se répartissent deux chambres, une salle d'eau et des toilettes. Au bout, c'est le salon accompagné de la cuisine. Le sol en parquet massif craque légèrement sous le poids de mes pas. La décoration y est sobre, les murs blancs et des meubles en bois clairs. Notre canapé gris trône au milieu de la salle à manger, face à une télévision honteusement grande. Daphné, assise sous un plaid orangé, s'en détourne pour m'offrir un doux sourire.

— Bienvenue à la maison ! murmure-t-elle une fois que mes lèvres ont effleuré les siennes.

— Merci mon cœur. Ça a été ta journée ?

— Comme d'habitude, mais j'ai bien avancé sur un article important.

— Bravo !

Daphné est une belle femme de trente ans aux cheveux noirs et lisses qui lui tombent sur les épaules. Ses yeux bleus ressortent un peu plus qu'à l'accoutumée grâce à la lumière de l'écran et surplombent un petit nez en trompette. Sa bouche pulpeuse s'accompagne souvent d'un rouge à lèvres mat. Je ne comprends pas vraiment son intérêt pour le maquillage mais, elle se sent belle avec alors je la soutiens autant que possible. Du moins j'essaye, même si je n'arrive pas à différencier un « eye-liner » d'un « blush ». Elle en rigole régulièrement. Son travail lui correspond plutôt bien puisqu'elle a obtenu un poste de rédactrice pour un journal de mode. Son tempérament fort l'aide beaucoup. C'est, je crois, ce qui m'a séduit en premier chez elle, en dehors de son physique à couper le souffle. Elle est déterminée et impulsive, ce qui dans ce contexte ne m'arrange guère. Je m'affale à sa droite en expirant. Elle reporte son attention sur le film.

— Marcus m'a appelé sur le chemin du retour, commencé-je.

— Il va bien ?

— Oui… Hum, il arrive sur Paris demain.

— C'est bi… Attends, Arthur. Ne me dis pas que tu l'as invité à dormir ici ?

— Comment as-tu deviné ?

— Je te connais !

Ses deux iris de glace se détachent de la télévision et me fixent d'un air sévère, je me recule légèrement. L'air se gonfle d'une tension sourde. Je remarque le très léger tressaillement de sa lèvre supérieure, on y est. Ce que je souhaitais éviter à tout prix se produit devant moi. Je sais pertinemment qu'aucune parole ne pourrait la calmer alors je reste muet, attendant qu'elle déverse un peu de sa colère.

— Tu te rends compte qu'on est deux dans cet appartement ? dit-elle sèchement.

— C'est mon meilleur ami, couiné-je en guise d'excuse.

— Et moi ? Je suis quoi ? Une table basse ?

— Non, tu es la femme de ma vie.

— Et ben on ne dirait pas ! Tu veux qu’il vienne ? Tu m'en parles pas avant ? Tu sais quoi ? Tu feras le ménage TOUT SEUL. J'en ai vraiment ras le cul de tes plans foireux, dès que Marcus est mentionné, plus rien n'a d'importance pour toi. Alors vas-y, fais comme si j'étais pas là mais ne t'attend pas à ce que je souris bien sagement.

— Daphné…

— Tu m'énerves, je vais me coucher ça vaudra mieux.

— Chérie.

— Bonne nuit Arthur.

Elle se lève et, sans me jeter le moindre regard, claque la porte de la chambre derrière elle. Daphné n'a pas tort, je ne suis pas correct avec elle. J'aurais dû refuser quand il me l'a demandé. Seulement, je n’en possède pas la force. Puis, il s'agit d'un fait très rare, normalement, il me prévient de son arrivée au minimum une semaine avant. Ce doit être une urgence. Je soupire, l'épuisement de ma journée de travail me percute de plein fouet. Je baille, vérifie mon téléphone une dernière fois.

« Au fait, c'est le vol numéro TVF 3818. Histoire que tu ne tournes pas désespérément dans l'aéroport à ma recherche. » - Reçu de Marcus.

Je souris légèrement en répondant par un smiley équivoque représentant le troisième doigt fièrement levé. Je programme un réveil pour sept heures, arrête l'écran et file sous la douche. L'eau chaude soulage mes muscles douloureux. Aussi passionné que je puisse l'être, le rythme que je m'inflige est difficilement supportable. Et encore, la loi exige une journée de repos sinon, je ne me serais sûrement pas arrêté par moi-même. Je n'arrive pas à lâcher du leste lorsqu'il s'agit du restaurant.

Propre et aussi détendu que possible, j'éteins le jet d'eau et m'enroule dans une serviette chaude. L'une des premières commodités que j'ai acquise suite à mon petit succès était ce sèche serviette. Cela peut paraître niais, cependant, la sensation enveloppante de chaleur se révèle être une bénédiction. J'enfile ensuite un t-shirt et un pantalon large avant de me diriger vers la chambre. Je baisse la poignée et entre. Daphné est allongée dos à moi. Ses cheveux sont tenus par un bonnet de soie, apparemment un incontournable pour limiter leur chute. J'esquisse un demi-sourire, encore dans l'incompréhension de cette pratique devant sa masse capillaire. Néanmoins, ce sont ces petites mimiques qui la rendent étrangement mignonne.

Je me couche à ses côtés, son corps ne bouge pas d'un millimètre. Elle est toujours fâchée, à raison. Et malgré ce qu'elle veut me faire croire, elle n’a pas rejoint Morphée dans son pays imaginaire. Je me tourne vers elle, passe mon bras autour de sa taille et lui embrasse la nuque.

— Je suis désolé Daph’. Je m'occuperai de tout mais ne m'en veut pas.

Elle reste muette et interdite. De nouveau, le coin gauche de mes lèvres se relève, elle m'ignore. Je trouve ça attendrissant. Je frotte mon nez contre son cou qui dégage une odeur florale, en lui murmurant « Je t'aime Daphné ». Enfin, ses lèvres s’étirent, ses paupières se relèvent.

— Moi aussi, répond-elle tout bas.

— Je te préparerai ton plat préféré pour me faire pardonner.

— Au moins ça !

Elle pouffe de rire et se décale pour me faire face. Sa main se pose sur ma barbe. Du bout de son pouce, elle me caresse la joue. Nos lèvres se rencontrent comme pour mettre un point final à notre dispute du jour. Puis, dans l'épais silence de la nuit, nous partageons cet amour qui nous lie jusqu'à ce que le sommeil nous emporte.

Je me réveille plusieurs fois pour vérifier l'heure. Le résultat de mon excitation et de la peur de rater l'atterrissage de Marcus. Pour une fois, j'ai l'impression que les heures s'allongent, jouant avec ma santé mentale. Quand mon esprit épuisé se relâche enfin et que je sombre, le réveil de Daphné sonne. Je fronce les sourcils, consterné par cette injustice. Elle m'embrasse le front, s'étire et quitte la chambre. À travers les cloisons de l'appartement, les sons de ses préparatifs parviennent jusqu'à mes oreilles. Profitant de ma solitude, je remonte la couette sur mon visage, juste au-dessus de ma bouche et attends patiemment. Je savoure cette sensation de cocon qui m'enveloppe tant que je le peux encore.

Bientôt, elle franchira la porte d'entrée et mon téléphone me rappellera à l'ordre. Honnêtement, si ce n'était pas pour Marcus, je n'aurais jamais accepté. Mon crâne, mes épaules, mes mollets me font mal. Faire le ménage ? Je n'en éprouve aucunement l'envie. Seule son arrivée me motive. Je baille avec force quand un « clac” résonne dans le couloir m'indiquant le départ de Daphné. J'agrippe mon portable, six heures quarante-cinq. Pile à l'heure. Je me frotte le visage avec les mains et décide de me lever. Quitte à ruminer autant le faire en s'activant. Le sourire renversant de mon meilleur ami en tête, je m'affaire entre petit-déjeuner et aspirateur, espérant, sans le vouloir, que nos retrouvailles se rapprochent au plus vite.