1 - Barth
-Où est-ce que tu vas ?
Je ne me retourne pas. Ève est partie avec mes enfants, je ne vais pas la laisser faire. Elle est partie il y'a un mois et je ne l'apprends que maintenant. Putain.
-Barth ? C'est quoi cette valise ?
-Je vais chercher Ivy et Rome
Je sens ses pas se rapprocher, sa main se pose sur mon épaule :
-Je ne comprends pas
Je me dégage, elle s’assoit sur le lit :
-Je vais chercher mes enfants, qu'est-ce que tu ne comprends pas ?
-Mais je viens de rentrer de mon shift, tu ne m'as même pas prévenue
-Je te préviens là
-Qu'est-ce qui se passe ? Parle moi, tu es si tendu ces derniers jours. Parle moi chéri, je vais bientôt être ta femme.
J'ai envie de lever les yeux au ciel à sa dernière phrase. Je me contente de fermer ma valise et de mettre ma veste :
-Je reviens dans quelques jours, prends soin de toi
-Non Barth attends
Je me retourne. Elle se lève :
-Tu pars rejoindre Ève c'est ça ? Tu vas la voir ?
-Je viens de te dire que j'allais chercher mes enfants
-Après ce qui s'est passé tu ne peux pas me reprocher d'être inquiète
-Nous n'avons pas à nous marier dans ce cas. Je n'ai pas hâte de passer l’autel. Tu sais quoi ? Je vais tout annuler
-Non non non, je ne voulais pas en arriver là, je dis juste qu-
-Non, je veux annuler le mariage
Son regard s'assombrit, elle fronce les sourcils :
-On ne peut pas annuler le mariage. Qu'est-ce qui s'est passé quand tu es parti ? Tu es rentré avec des os endommagés et c'est moi qui me suis occupé de toi. Là tu me dis que tu ne veux plus qu'on se marie ?
-Je ne veux pas seulement plus qu'on ne se marie, je ne veux plus être en couple avec toi.
-Bar- qu'est-ce qui t'arrive ? C'est elle qui t- Qu'est-ce qu'elle t'a dit sur moi ?
-De qui tu parles ?
Elle fait un geste vague de la main, la voix montante :
-Ève, je parle de cette pute. Elle n-
Je la sens se débattre sous moi et je réalise que je suis entrain de l'étrangler. Mes mains ont bougé d'eux-mêmes la seconde où elle a insulté la mère de mes enfants. Je la relâche, elle s'écroule et tousse.
-Je ne veux plus te voir.
-Je cherche la maison d'un certain Carter Fuloni DiMarco
Je tends mon téléphone à l'homme tout chauve et petit devant moi qui me regarde avec une curiosité évidente. Il tend l'oreille sur les mots que le traducteur dit et fronce les sourcils quelques secondes avant de lever un doigt et de sourire :
-Sì sì
Je tends l'appareil vers lui pendant qu'il parle puis je traduis et écoute :
-La famille DiMarco ? Ce nom me dit quelque chose. Pourquoi vous les cherchez ? Ils seraient plutôt du Nord, je ne pense pas que vous trouverez un DiMarco à Rome.
Je soupire, écrit une question puis laisse le téléphone traduire :
-Où au Nord précisément ?
Le vieil homme me regarde un moment et parle dans l'appareil :
-Pourquoi chercher un homme dont tu ne connais pas l'adresse ? Tu sais mon jeunot, moi je vais te dire, ce n'est jamais bon de courir après un autre homme avec ces yeux-là
Je regarde le téléphone comme si il y'avait eu erreur dans la traduction. À ma surprise visible, le vieillard me fait signe de lui donner mon téléphone :
-Quoi qu'il se soit passé entre vous, je te conseille de retourner d'où tu viens. Si c'est pour une histoire de femme laisse tomber, tu as toute ta vie devant toi pour fonder ta famille
Je me retiens de balancer ma colère et ma frustration sur lui. Après tout c'est l'un des seuls qui s'est arrêté pour m'aider :
-Merci mais il est parti avec mes enfants, je veux juste les récupérer. Où au Nord exactement vous pensez que je pourrais le trouver ?
-Vous êtes un couple qui a adopté ? C'est vrai que pour nos petits on devient fou. J'ai moi-même 5 enfants, je ne les vois plus beaucoup tu sais. Ils ont grandi, ils vivent leur vie. Mais pour des tout-petits... je comprends, les dramas familiaux... enfin... Fuloni DiMarco... peut-être à Settino ou à Como, Turin ou Orbassano.
Je me demande si je devrais juste couper court à la conversation et demander mon chemin à une autre personne moins bavarde. La voix robotique continue :
-Mais c'est bizarre je pense sincèrement avoir déjà entendu ce nom quelque part. Je viens moi-même de Vallongo au Nord. Tu peux entendre l'accent ?
Je le regarde et me contente de faire un sourire poli, je n'ai aucune idée de l'accent dont il parle.
-Je pense que tu devrais prendre le train jusqu'à Duomo ensuite...
La voix s'arrête. Le vieillard reprend le téléphone :
-Prend le métro à Milan. Une fois que tu seras dans le secteur de Cigliano, tu trouveras forcément quelqu'un qui te dira la ville. Je suis sûr quand même que c'est dans le secteur de Venaria au Nord-Est... Quels âges ont tes petits ?
J'ai réussi à atteindre la rue Saint Luca avant la tombée de la nuit. La plupart des gens à qui je demandais mon chemin me disait des villes différentes mais le Nord revenait toujours. L'un me conseillait d'aller au Nord-Est comme le vieillard, l'autre au Nord-Ouest. J'ai laissé ma valise à Rome, à l'hôtel. Heureusement parce que sinon je ne sais pas comment j'aurais fait pour faire tout ce chemin. Je prends une chambre d'hôtel à Duomo, me laisse tomber sur le lit assez confortable et ferme les yeux, épuisé et affamé.
Pourquoi est-ce qu'il a fallu qu'elle parte sans me le dire ? Tout un mois en plus. Qu’est-ce qu’elle fait là-bas avec lui depuis un mois ?
Je tends la main vers le plafond puis me redresse vivement. Je prends mon téléphone en charge, me connecte au wifi de l'hôtel et tape le nom Fuloni DiMarco dans la barre de recherche Google. En 2 secondes j'ai une adresse, des photos d'un domaine mais plus important, le nom d'une ville : Turin.
Je suis tellement stupide.