Alítheia [Premier Jet]

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Summary

/!\ Attention, ceci est un tome 2 ! Veuillez lire Syndesmos au préalable ! /!\ Nidyrka est désormais sur Driper, le continent des dragons, ces êtres qui la fascinent depuis toujours. Elle devra faire face à ses démons et se relever. Mais peut-être que dans toute cette noirceur, elle trouvera ceux qui lui montreront qu’elle peut guérir de ses blessures et mettre de côté sa haine pour mieux apprécier ce monde qui lui a tout pris. Avec la tête froide, trouvera-t-elle enfin la vérité de qui elle est vraiment ?

Genre
Fantasy
Author
Novaephyr
Status
Ongoing
Chapters
11
Rating
5.0 1 review
Age Rating
18+

Arc 1 : L'envers du décor - Chapitre 1

Je n’ai jamais cru aux contes de fées. Les princes charmants, j’ai su très tôt que ça ne pouvait pas exister. Après tout, un film est une fiction, c’est fait pour nous faire rêver. C’est fait pour qu’on oublie nos quotidiens pourris. C’est fait pour nous faire croire à des choses qui n’existent pas, parce que la vie réelle, ça craint.

Et je venais de me faire sauver par un putain de prince qui était tout sauf charmant. Enfin, un peu, seulement.

Ce n’est pas possible. Je dois rêver.

Mais Thuban était toujours agenouillé devant celui qu’il avait appelé “père”.

Donc… C’est bien un prince.

“Sans blague”, répondit sèchement Alkaïne.

Sa nervosité envahie mon corps, m’informant qu’elle n’était pas du tout au courant de tout ça.

En observant un peu plus le roi, je réalisais à quel point ils se ressemblaient. Ils étaient des copies, enfin, l’un nettement plus âgé que l’autre, évidemment. Une barbe de quelques semaines poussait sous le menton du roi. Il détacha enfin son regard des corps de mes amis, croisant ainsi le mien.

— Je me présente, roi Fawaris, gardien de Driper et père des Adknys, ou ce que vous appelez dragon.

Rien que ça.

Je ne savais pas si j’étais supposée me lever et lui présenter mes respects, donc Alhéna sur mes jambes était l’excuse parfaite pour éviter de courber l’échine devant mon ennemi. Je ne pouvais d’ailleurs pas m’empêcher de lui lâcher un regard noir.

— Nidyrka, il est important que vous sachiez une chose. C’est même vital, pour votre avenir et la nôtre. Peut-être qu’avec cette information, vous rejoindrez notre camp volontairement.

Je levai un sourcil le questionnant du regard.

— Vous êtes mon ennemi, votre information, peu importe soit-elle, ne me fera pas changer de camp aussi facilement.

Un sourire de défi se forma sur ses lèvres et il enchaîna.

— Savez-vous comment les Dona sont créés ?

Je suis un monstre.

— Créés ? Comment ça, créés ? Ils naissent, affirmai-je, mon corps devin fébrile, menaçait de tomber.

C’est quoi ces conneries ?

Il secoua négativement la tête.

— Avant de devenir un Dona, vous étiez une louve-garou, on ne peut plus normale. Les Dona sont en réalité des parasites issus d’une population appelés les Donaty. Des formes de Dona supérieurs.

Tu étais au courant toi ?

“Comment veux-tu que je le sois”, rétorqua-t-elle, un tremblement trahissant les émotions dans sa voix.

— Les Donaty ont décidé d’envahir d’autres planètes, que ce soit pour leurs ressources ou leur viabilité. Ils sont insatiables.

Je restais sans voix, à l’académie, c’étaient les driperéens qui étaient considérés comme des envahisseurs. C’était pour ça qu’on protégeait les habitants en tuant les créatures. Une goutte de sueur tomba sur le front de mon huldra.

On n’a quand même pas tué des êtres qui n’avaient rien demandé ? Ils étaient dangereux, essayai-je de me convaincre en revivant chaque fois où j’avais extirpé l’existence de ces êtres sans aucun scrupule.

Mon pouls s’accéléra et ma respiration devint difficile. Ce n’était pas prévu. Nous n’étions pas supposés être les méchants.

Avaient-ils des enfants ? Et Gemma, est-elle une Donaty ? Ou bien est-elle tout aussi ignorante que nous ?

— Dans le but de renforcer leur armée, ils ont créé les Dona. Ils les insèrent aléatoirement dans les fœtus, dans une infinité de planètes différentes, après ça ils sont surveillés assez régulièrement jusqu’à leurs vingt-et-un ans où ils sont rapatriés pour commencer leur éducation, leur entraînement.

Je restais perplexe face à cette annonce, un frisson traversa mon corps. J’aurais pu tomber au sol en tremblant, si je n’y étais pas déjà. Je comprenais mieux pourquoi j’avais le sentiment que quelque chose n’allait pas là-bas, que nous avions aussi peu d’informations. C’était la chose la plus absurde, mais en même temps la plus logique que je n’avais jamais pu entendre. Nous étions créés pour devenir des machines à tuer. Je comprenais alors mieux le débriefing lors de mon arrivée à l’académie, où Gemma n’arrêtait pas d’insister sur le fait que nous étions des soldats. Nous avions été créés pour l’être. Tout ça avait du sens, il pouvait y avoir une part de vérité là-dedans.

Néanmoins, un doute planait.

Comment peut-il en savoir autant ?

Je croisai son regard océanique et ce fut comme s’il lisait dans mes pensée.

— Ils ont essayé de parasiter les miens. C’était sans compter le pouvoir protecteur que les Adknys nous apportent. Ils sont tombés sur plus fort qu’eux. C’est peut-être bien à cause de cela qu’ils s’acharnent sur nous, pour nous exterminer, poursuivit-il.

Tout ce en quoi j’avais cru s’effondrait autour de moi. Pendant un instant, je retournais deux ans plus tôt quand j’avais appris que d’autres planètes étaient à notre portée et que des créatures, que je n’aurais même pas imaginé, existaient.

J’étais loin d’être l’humaine que je pensais être. Plus on me donnait des informations, plus je questionnais mon humanité.

Je veux seulement savoir ce que je suis une bonne fois pour toutes.

Ces deux dernières années, ils nous envoyaient toujours nous battre sous prétexte que nous subissions des attaques, que les créatures que nous combattions étaient des envahisseurs et plein d’autres excuses bidons.

Nous étions uniquement de la chair à canon pour eux.

Une pensée glaçante parcourut alors tout le long de mon corps.

— C’est à cause d’eux que les Dona actifs ont des maladies chroniques ?

Son silence ne fit que confirmer ce qui me terrifiait le plus.

— Vous en êtes certains ?

— Nous avons eu l’occasion de tomber sur plusieurs cas, sur Avely, où un seul des jumeaux monozygote reçoit le parasite, et dans quatre-vingt-cinq pour cent des cas, seul le jumeau infecté a des maladies chroniques.

Je repensais alors à toutes les crises de migraines que j’avais subies, aux auras violentes, au point de ressembler à un AVC. Je revoyais les critiques de certains de mes professeurs face à mon absentéisme répété, aux tentatives de traitements qui s’avéraient toujours être des échecs, sûrement à cause de ma composition particulière.

Néanmoins, je n’étais pas assez débile pour ne pas avoir le bénéfice du doute, bien que tout semblait être cohérent, rien ne me garantissait que c’était vrai. Tout ça ne pouvait être qu’un autre tissu du mensonge, bien qu’il soit plausible.

— Il va me falloir des preuves, exigeai-je en croisant les bras sur ma poitrine.

J’avais assurément l’air ridicule de faire comme si j’étais forte alors que j’étais incapable de me lever, trop tourmentée par mes pensées et le poids du corps livide d’Alhéna toujours sur mes genoux.

Fawaris fit un mouvement avec sa main pour ordonner à une femme blonde, habillée d’une façon semblable à la mienne, sans le sweat. Son pantalon serré et sa veste noirs étaient déchirés sur le côté droit, néanmoins aucune blessure n’était apparente, bien qu’une trace rouge prouvait le vestige d’une bataille. La blonde montra un document au roi avant de venir dans ma direction et de me le remettre.

Le papier comprenait un nombre incalculable de résultats ADN et d’expériences, et même si c’était un autre monde, je reconnus là certaines des méthodes utilisées en France. C’était loin d’être une preuve suffisante. Ils ne pouvaient pas me la faire à l’envers, pas avec mes connaissances et mon esprit scientifique.

— C’est ça votre preuve ? demandai-je en fronçant les sourcils. Un document pareil peut être falsifié sans aucune difficulté, et je ne vous fais pas confiance pour qu’un bout de papier suffise. À d’autres. Il me faut du concret. Vous ne m’aurez pas avec vos sornettes !

Un rictus se forma sur le visage du roi alors qu’il leva la main pour arrêter ce qui semblait être un de ces hommes de main.

— Je ne vous ferai pas confiance si vous aviez simplement accepté un bout de papier en guise d’explication, dit-il entre deux rires. Mais, dites-moi, Nidyrka, croyez-vous être en position de force ?

Il releva un sourcil alors que le dragon dans son dos fit gronder le sol en plongeant ses yeux blancs dans les miens.

Je vais me faire dessus.

“Il faut vraiment que tu apprennes à réfléchir. On est des otages, tu ne peux qu’accepter son charabia.”

Génial, je viens de quitter une prison pour en rejoindre une autre.

— Vous aurez l’occasion de voir les preuves de vos propres yeux, mais avant ça, vous devez bien comprendre que vous êtes ici captive. Vous êtes dangereuse, par conséquent, vous aurez des gardes habilités à vous contenir. Mais avant de vous envoyer dans votre cellule, nous devons faire quelque chose de vos défunts amis, déclara-t-il en les montrant avec ses bras. En gage de ma bonne foi et de, je l’espère, notre future alliance, je souhaiterais réaliser les funérailles traditionnelles de Driper. Il s’agit d’une crémation réalisée par un Adknys ancien. Qu’en dites-vous ? Acceptez-vous cette concession ? De cette manière, vos amis pourront rejoindre Knaorys.

Je hochais mécaniquement la tête. Je n’avais pas le choix. C’était ce qui se rapprochait le plus à un enterrement. Je m’en doutais qu’ils n’auraient pas droit à plus. Et d’un côté, Alhéna aurait souhaité avoir un tel départ pour l’au-delà. Calx et Erraï, en revanche, auraient peut-être préféré que leur corps retourne auprès de leurs proches. Je n’en savais rien. Déjà, je ne me sentais pas capable d’annoncer leur décès à leurs parents. Je ne les connaissais même pas. Dans tous les cas, je ne pouvais pas retourner sur Nevux. Jamais je n’y serais autorisée. Je n’avais pas d’autres choix que d’accepter.

— Vous sentez-vous capable de regarder, ou préférez-vous vous en aller ?

— Je vais rester.

Je me levai difficilement, usant de mes dernières forces pour poser délicatement le corps de mon huldra aux côtés de ceux de Calx et Erraï. Il était hors de question que quelqu’un d’autre ne la touche. Doucement, je portais mes lèvres sur son front toujours tiède.

— Aek’bek-persunit bek-mamirakis’diritar, Argondryl, répétai-je une nouvelle fois à l’attention de ma famille.

Le roi sursauta face à ces mots.

Je me relevai en titubant, Thuban me rattrapa, il m’offrit son aide que je ne pouvais qu’accepter et nous nous éloignions. Le dragon ivoire derrière le roi allongea son cou interminable et fit rougir une nouvelle fois sa gorge.

Le feu réchauffa mon visage, séchant mes larmes alors que mon âme-sœur fut réduite en cendres.

Quand le dragon recula, illuminant toujours la pièce avec sa gorge, je me figeais en voyant quelque chose apparaître là où se trouvait autrefois Alhéna. La forme se glissa sur le sol en ma direction. Il s’agissait d’un bébé dragon. Ses épines dorsales étaient dorées et les écailles sur son corps grises et rouges tandis que celles sur son ventre étaient vertes. Il fit battre ses ailes qui firent tourbillonner les cendres autour de lui, elles passèrent soudainement d’une teinte grise à une teinte rougeâtre dans une danse enflammée.

— La danse des morts, murmura Thuban, ses yeux rougeoyant face à ce spectacle.

— Bek’Kra-gteny-putrshra. Bek’Kra-aret-putrshra. Bek’Avely-Argondryl’cretny, firent en chœur les personnes présentes.

Je fronçai les sourcils et Thuban chuchota dans mon oreille. Comme s’il me confiait un secret.

— Poussière était ton corps. Poussière, ton corps redevient. Que ton âme rejoigne le dragon céleste.

Une drôle de chaleur monta dans mon ventre et je m’éloignais de lui en me rappelant ce qu’il se passait quand l’on était trop proche. Je peinais à rester debout, mais c’était mieux que laisser cette magie ou peu importe ce que c’était agir. La légère rougeur sur ses joues m’indiqua qu’il le ressentait, lui aussi, ce désir.

Je déglutis et lâchai un léger cri quand le dragonneau bondit sur moi, j’en tombai à la renverse. La créature se dématérialisa pour s’incruster sur ma main. Elle grimpa le long de mon bras et s’ancra au milieu de mon dos alors que la connexion se créait entre nous. Pendant tout ce temps, je restais immobile, trop choquée par ce qui était en train de se produire.

— Ça, c’était inattendu, murmura l’homme sur le trône en caressant sa barbe. Connaissez-vous la légende d’Avely, Nidyrka?

— Non, quelle est-elle ? demandai-je en le dévisageant.

— Il est dit que nous avons trois vies sur Avely. Tout d’abord l’état sous particules magiques, la seconde en tant qu’être vivant, et la dernière sous la forme d’un Adknys.

— Vous voulez dire qu’Alhéna est devenue un dragon ? le questionnai-je, ma vision se brouillant.

— Toutes les informations le pointent du doigt. Mais vous n’en serez certaine que d’ici à cinq ans, lorsqu’elle sera capable de parler. En tout cas, sachez qu’un Adknys nouveau-né se déplace dans les ombres à la recherche de son partenaire, et lorsqu’il le trouve, ils se lient à vie. S’il s’agit bien de votre amie. Elle vous a choisie.

Je ne savais pas si c’était censé me réconforter ou m’effrayer.

— Ce ne sont pas les phénix qui renaissent de leur cendre, normalement ? Il n’aurait pas dû sortir d’un œuf ? demandai-je en contemplant ma main, où avait atterri la bête en premier.

— Eh bien, biologiquement parlant, c’est le cas, mais dans zéro, virgule, zéro, zéro et un pourcent des cas, un Adknys nait de sa propre volonté, devenant ainsi le premier de sa lignée, lorsque son ancien corps subit une crémation par un ancien.

J’essayais d’assimiler les informations, j’essayais vraiment.

Les émotions d’une troisième personne se glissèrent dans mon cerveau. Comme si être deux ne suffisait pas déjà.

Un étrange sourire s’étira sur le visage du roi.

— Il semblerait que plus aucun garde ne soit nécessaire, finalement. Il y a déjà quelqu’un pour vous surveiller.

— Comment ça ? questionnai-je en levant un sourcil.

Il me montra son propre bas du dos, désignant ainsi le petit dragon qui venait de se loger dans le mien.

— Dès l’instant où cet adknys a créé une connexion avec vous, il nous a également lié l’un avec l’autre.

Je ne pus empêcher la grimace d’horreur de s’ancrer sur mon visage.

“Père des dragons… des adknys. C’était ce que ça signifiait”, murmura Alkaïne, comme si elle avait peur d’être décelée.

— En effet, c’est bien là l’origine de mon titre, jeune louve.

Merde. Il sait. Il sait pour tout.

Il gratta sa gorge.

— Narcaelys, vous serez chargée d’apprendre à Nidyrka les bases de nos coutumes. Vous pouvez l’emmener vers l’une de nos chambres. Une cellule n’est pas nécessaire.

Au mot cellule, je fus rassurée. Je ne pouvais pas être enfermée une nouvelle fois, mon esprit ne s’en remettrait pas. Pas après ce que j’avais vécu par la faute de Rana.

La blonde qui m’avait apporté le document fit une grimace, mais se contenta de hocher de la tête. Elle me fit signe de la suivre dans ce dédale. Côte à côte, je ne pus m’empêcher de comparer nos tailles. Elle devait faire dix centimètres de moins. Elle aurait pu être mignonne si elle ne tirait pas la tronche. Je me trainais derrière elle, titubant du mieux que je pouvais à sa suite.