1. Débuts chaotiques
Je suis née d’une grossesse multiple, membre d’une fratrie de six. J’ai très vite compris que la loi du plus fort s’applique même à domicile. Maman dit que ça nous donnera de bonnes bases pour la suite car rien n’est jamais gratuit. En pratique, on apprend surtout à la mordre. Le repas, c’est Hunger Games version mini.
Du coup l’heure du repas qui devrait nous conforter dans un giron de douceur est plus un concours de qui aura son biberon en premier. Mon papa est absent, apparemment son rôle se limite à faire plus d’enfants à maman dès que possible. Une fois au monde, c’est à elle de jongler avec nous. Ceci dit des bras de substitution sont vite apparus pour nous nourrir correctement au moins au début.
Perso je trouve ça clair et rassurant qu’en faisant des efforts, on peut aller plus loin.
On m’a nommée Naya en raison de mon affection pour mes frères et sœurs malgré tout ce qu’on m’a appris. Le chacun pour soi okay mais les câlins ça compte aussi, non ?
Nous sommes tous différents, dans notre teint comme dans nos comportements. Il y aNoha, l’intello, toujours le nez dans ce qu’il ne comprend pas encore. Nyan, la râleuse, celle qui veut tout, tout de suite. Nori, paisible au point d’en être suspect. Nini, douce et pot-de-colle. Et Nolan, le chef autoproclamé, bruyant comme un orage. Et puis moi, Naya, celle qui veut que tout le monde s’aime.
Et le bain, j'ai cru que ce serait un moment de détente… jusqu’à ce que mes frères décident d’en faire leur piscine personnelle — avec options surprises. Moi, j’adore la chaleur, le contact du gant de toilette tout doux qui rassure. Eux, ils s'amusent à faire pipi dans l’eau. Je ne comprends pas. C’est sale, non ?
Puis, un jour, des inconnus sont arrivés. Ils sentent fort — pas comme nous, pas comme la maison. Ils parlent trop fort aussi, rient, touchent à tout. Certains nous prennent dans leurs bras sans prévenir, tirent nos oreilles, regardent dans notre bouche. C’est atroce. Je ne sais pas si je dois vraiment les laisser faire ou me cacher.
Maman dit que c’est normal, que c’est comme ça à chaque génération. Que bientôt, ils choisiraient certains parmi nous pour “nous donner une nouvelle famille”. Quoi ? Déjà ? Et mes frères et sœurs ? Comment vais-je faire pour respirer sans eux ? Dormir sans eux ?
Elle a soupiré avant d’ajouter, d’une voix douce mais sans espoir : — Tu en auras une meilleure, ma chérie. Tu verras, tu deviendras le centre de leur monde si tu es gentille. Ils te couvriront d’attention.
Elle a marqué une pause, le regard ailleurs. J’ai compris que rien ne sert de discuter, mon destin est tout tracé.
J'ai capté très tôt que les enfants de cette famille sont là pour être remplacés. J’ai bien fait de les aimer tant qu’ils étaient là…