Le village
La route avait été longue jusqu’à ce petit parking au bord d’une forêt de sapins gigantesque et dehors, le soleil couchant commençait à s’éteindre derrière les montagnes. Malgré un départ aux aurores de ma Sainte-Éliane natale, j’étais en retard à mon rendez-vous à cause des embouteillages sur l’autoroute et au fond de moi, j’espérais que mes hôtes ne m’avaient pas trop attendu avant de renoncer. Après avoir coupé le moteur de ma voiture et sorti une carte locale que j’avais imprimée avant de partir, je quitte l’habitacle pour aller sortir de mon coffre une petite valise avec tout le nécessaire pour mon séjour. La vue de ses immenses conifères typique des environs me donnait un frisson derrière l’échine. La personne chargée de m’accueillir n’étant plus là, j’allais devoir marcher jusqu’au village en espérant ne pas me perdre dans cette forêt dont la taille semblait sans fin en regardant de tout côté. Alors que je mettais mon sac à dos, je fermais la porte du coffre avant de verrouiller mon véhicule avec la clé magnétique. Je pris une grande inspiration et me lançais sur le petit sentier à peine visible qui s’engouffrait entre les arbres dans la pénombre tandis qu’au loin, le hurlement d’un loup se faisait entendre. Mais cela ne me décourageait pas et je continuais d’avancer sur cette petite route de terre bordée de fleur étrange dégageant une odeur légèrement sucrée qui flottait dans l’air comme un petit nuage. Alors que j’avançais d’un pas déterminé, je repensais à cette annonce pour une retraite au grand air dans un village d’aguiareis niché au milieu des bois. Je me rappelle m’être dit que ce serait une bonne occasion pour me reposer après cette longue année à l’université tout en révisant pour mes rattrapages dans un mois. Ce qui m’avait charmé n’était pas les quelques photos du lieu disponible ou son histoire mais l’envie d’être loin de la maison familiale pour me concentrer sur mes études et un peu moi-même. Même si le confort du canapé me manquait déjà, un séjour dans un vieux nid en bois niché dans l’un de ses sapins ne me ferrait pas de mal. Alors que je marchais sereinement, presque détendu, je savourais les bruits apaisant de la nature environnante tandis que l’odeur des plantes me relaxait malgré l’obscurité qui gagnait les lieux. Celons la carte, j’en avais encore pour deux bonnes heures de marche pour atteindre ma destination. Tout à coup, un grand bruissement d’ailes se fit entendre derrière moi et je me retournais en sursaut pour voir un jeune aguiarei au visage nerveux. Sans dire un mot, l’homme oiseau à la peau légèrement bronzée tourna autour de moi avec une mine inquiète, scrutant mon corps dans tout son appareil avant de souffler dans une sorte de flûte au son puissant qui résonna dans la forêt. Alors que j’essaie de comprendre ce qu’il se passe, il s’approcha de moi et posa sa main sur mon épaule avec de nouveau son regard nerveux avant d’enfin m’adresser la parole avec une voix trahissant une forte inquiétude.
- Tout va bien ? Tu t’es perdu ?
- Euuuh non, je viens d’arriver. Répondis-je contaminé par son attitude.
- Est-ce que tu es Raven ou juste un touriste qui s’est trompé d’heure et de lieu pour une randonnée ?
- Oui, c’est bien moi, désolé je suis en retard.
L’aguiarei sembla se détendre en m’entendant confirmer mon identité.
- Ouf, nous pensions que tu t’étais perdu. C’est quelque chose qui arrive fréquemment, car la zone d’arrivé est parfois dure à trouver pour les personnes extérieures à la région.
- Encore désolé de vous avoir causé autant de soucis.
- Ce n’est pas grave on a l’habitude, me répondit-il sur un ton calme et rassurant, l’essentiel est que tu ailles bien et que tu ne sois pas blessé.
- Je vais bien merci. Dis-je en espérant le calmer.
- Tant mieux, comme tu es notre invité il est de notre devoir de veiller à ton confort et ton bien-être.
Sans prévenir, deux autre aguiareis se pose près de nous et d’un signe de la main, mon interlocuteur les calmes. Il leur indique de prendre mes affaires et je n’ai même pas le temps de protester que mes bagages s’envolent avec eux.
- Est-ce que tu as peur du vide Raven ? Me dit-il avec une voix calme en prenant un teint jovial rayonnant avec un magnifique sourire.
- Non du tout pourquoi ?
- Nous rentrerons bien plus vite par les airs si tu m’autorises à te prendre dans mes bras !
Je le fixa un petit moment très surpris par la demande en réfléchissant comment ce gaillard ailé un peu plus grand que moi allais me faire voler. En voyant que je ne répondais pas, il vient me prendre très fermement dans ses bras pour me soulever quelques secondes comme si je ne pesais pas grand-chose, puis me reposer sur le sol.
- Mmmm tu es un peu lourd pour moi, mais j’ai vu pire ! Me lança-t-il d’un air enjoué sans pour autant me lâcher. J’attends ton accord et on décolle.
- Si vous êtes sûr de pouvoir me lever allons-y ?
- Si tu as trop peur, dis-le-moi et nous nous poserons aussitôt et on finira à pied d’accord !
Tranquillement, il baisse légèrement ma tête contre son torse en me conseillant de ne pas trop la bouger, puis il me sert délicatement au maximum dans ses bras puissant en les passant autour de mon torse. Ensuite, il passe ses pieds derrière les miens tandis que je sens son corps se tendre et devenir complètement raide. D’un seul coup, ses très grandes ailes s’ouvrent dans un bruissement puissant et alors qu’il se penche, il donne un battement dans l’air qui nous fait décoller. Après une dizaine de battements, nous arrivons loin au-dessus des cimes et je sens des vents chauds venir nous porter et nous propulser puissamment dans un vol plané tandis que la lueur de la lune fait reluire nos peaux. Je sentais contre mon torse le sien très chaud tandis que j’entendais son cœur battre férocement pour soutenir l’effort.
Alors que nous avions volé en planant pendant une dizaine de minutes propulsé par le vent, celui-ci disparaît aussi mystérieusement qu’il était survenu. À cause de notre poids, notre altitude commence à décliner avant de plonger lorsque les ailes de l’aguiarei se referme pour effectuer une descente en piqué. Avec élégance, il réouvre ses ailes progressivement pour se redresser avant d’effectuer de puissant battement pour atterrir en toute délicatesse. Sentant le sol sous mes pieds, je relève ma tête et découvre de beaux yeux jaunes face au mien et un large sourire sur son visage. Tranquillement, ses bras me relâchent tandis que ses mains attrapent les miennes.
- Alors ce petit vol t’a plus ? Me dit-il d’une voix très enjouée.
- Oui beaucoup même si je craignais un peu de tomber. Ce n’est pas tous les jours qu’on se retrouve dans le ciel tenu ainsi.
- Toutes mes excuses normalement un tel trajet ce fait attacher dans un filet, mais comme nous patrouillons à ta recherche, je ne l’avais pas avec moi pour voler plus vite. Je comprends que tu ne te sois pas senti en sécurité.
- En-tout-cas, c’est gentil de m’avoir porté tout le long, j’espère que je n’ai pas été trop lourd.
- Sans vouloir être blessant un petit peu. Mais ne t’en fais pas, il m’arrive de devoir faire voler des colis bien plus lourd l’hiver lors des ravitaillements.
- J’espère que mon hôte d’accueil ne m’a pas attendu trop longtemps, je devrais aller m’excuser. Dis-je l’air un peu gêner.
- À vrai dire, Shura et Terako ne t’ont pas attendu car ils ont été retenus en urgence dans la tanière des guérisseurs. Du coup, c’est moi qui étais chargé de t’accueillir.
- Dans ce cas encore désolé de t’avoir fait attendre. Lui répondis-je en passant ma main derrière mon crâne un peu embêter.
- Ce n’est pas grave Raven. Je te souhaite la bienvenue au village du clan Ailefroide. Dit-il avec une joie contagieuse. Si tu n’es pas trop fatigué, je peux te faire une visite du village avant de rejoindre la cantine.
- Avec grand plaisir ! Au fait, je ne connais pas encore ton nom.
- Oh où est ma politesse ! Je me nomme Akshay. Dit-il avec un air lumineux magnifique.
- Enchanté Akshay ! Je te suis.
L’aguiarei lâcha doucement mes mains et m’invita à le suivre en marchant tranquillement au milieu de cette grande place. J’en profite pour passer mon regard sur tout ce qui est a ma portée et découvrir ce lieu bien différent de la ville portuaire où j’ai grandi. Ici, tout semblait fais de bois ouvragé artisanalement et avec un amour visible pour le lieu. Accrochées aux arbres, de grandes plateformes portaient sans mal de petite maisonnette charmante bien que dépassé par la technologie moderne. Leur façade, peinte harmonieusement de nombreuse couleur aborde des motifs taillés dans les planches par des menuisiers talentueux. À chaque plateforme, des échelles de corde épaisse permettent de rallier le sol et le plancher en quelques secondes tandis que les plateformes sont reliées entre elles par des ponts soutenus par des cordes et des piliers en plus de leur armature pour garantir la sécurité de leur usage peu importe la météo. Voyant que Akshay m’attendait, je le rejoins au pas de course avant que nous déambulions tranquillement au pied des sapins géant après plusieurs minutes où il me laisse avancer en regardant de tout côté les constructions, nous nous arrêtons devant une grande bâtisse qui semble être la seule à avoir une entré au niveau du sol.
- Voici l’un des lieux le plus important du village. Me dis Akshay avec une fierté joyeuse. Il s’agit de la tanière des guérisseurs. Au moindre pépin, si tu te sens mal ou que tu te blesses vient ici et nos guérisseurs s’occuperons de toi immédiatement où dès que possible s’ils sont tous occupés. Certains peuvent paraître un peu brusques ou insistants, mais ils sont très gentils et accordent un point d’honneur à la santé et l’hygiène de tous les membres du clan aussi bien les permanents que les temporaires.
- Le bâtiment est étonnamment grand pour un village non ?
- Tient tous les visiteurs pensent ça ! Mais c’est normal, il y a des salles de convalescence dans les trois étages. Mais surtout une réserve de plante et une bibliothèque. Et si tu trouves ce lieu grand, tu n’as pas encore vu la cantine !
- J’ai hâte de tout voir ! L’esthétique du village est impressionnante !
- Merci. Mes aïeuls ont mis du cœur dans la construction d’Ailefroide et nous en faisons tout autant pour préserver notre grand nid. Tu préfères monter par les échelles ou par l’escalier ?
- J’aimerais essayer par les échelles. Ça a l’air amusant !
Je le regarde acquiescer avec un grand sourire avant de se jeter à l’assaut des cordes. Sans plus attendre, je le suis de près en regardant vers le haut pour observer notre destination. Mais involontairement, mon regard se porte accidentellement sur le derrière bien musclé de mon guide qui me donne d’un seul coup très chaud. Après avoir grimpé la douzaine de mètres de hauteur, je sens une main attrapée mon poignet et me tirer pour m’aider à atteindre le plancher. Je le vois échapper un petit rire en voyant mon visage rubicond.
- À en juger ton visage, tu ne seras pas dépaysé par les mœurs locales ! Finit-il par dire entre deux pouffements.
- Désolé, je voulais voir si on était loin de l’arrivée et voilà, j’ai eu une vue… Lui répondis-je un peu gêné.
- J’en suis honoré ! Et encore, je porte une tenue de vol en lin épais, tu n’as pas dû voir grand-chose.
- Ça ne te dérange pas que j’aie accidentellement regardé tes… enfin tu m’as compris !
- Nullement au contraire ! Me répondit-il avec entrain. Pour la plupart des clans Aguiareis, surtout les anciens clans, il est de tradition de vivre nu au village, car tout comme la nature, le corps est un art naturel beau à voir peu importe sa forme. La peau, ses défauts, ses courbes, et tout ce qui fait l’apparence, nous estimons que seuls les sens peuvent les sublimer tel qu’ils sont.
- C’est une vision très poétique des choses quoiqu’un peu naturiste !
- Tu sembles surpris ?
- Un petit peu en vérité.
- Pourtant Korgue le précise dans la présentation du clan ?
- En effet, mais je ne pensais pas que c’était pris au pied de la lettre. Mais ne t’en fais pas la nudité ne me dérange pas même s’il me faudra un peu de temps pour ne pas rougir à chaque fois que je vois quelqu’un sans habit. Lui dis-je pour le rassurer tandis qu’il semblait un peu mal à l’aise.
- Oh pas de soucis ! Je te le précise beaucoup de nos membres temporaires font le choix d’embrasser notre mode de vie pleinement et de se dévoiler aux yeux de tous. Mais ce n’est en rien obligatoire. De plus, comme nous sommes de nature à admirer les choses, nos regards peuvent paraître intimidants quand on n’y est pas habitué.
- Je prends bonne note, j’essaierai si je me sens prêt.
- Oh, j’ai failli oublier ! Le sol du village est couvert de runes protégeant des chutes donc tu n’as rien à craindre de la hauteur. Regarde !
Tout à coup, Akshay s’approche du bord par lequel nous sommes montés et se laisse tomber en arrière dans le vide. Par reflexe, un petit cri sort de ma bouche tandis que je me penche par-dessus le bord pour voir si tout va bien. Alors qu’il chute, son corps ralentit tout seul et fini par toucher le sol avec une douceur surnaturel comme s’il était tombé d’un centimètre. Le voyant se relever, je me détends tandis qu’il remonte sans difficulté en quelque battement d’ailes.
Le village a beau ne faire que quelques hectares de superficie, la visite nous a pris une petite heure au vu des mouvements de la lune au-dessus de nos têtes. Depuis l’extérieur, l’aguiarei m’a montré les principaux bâtiments comme les bains, les lieux d’aisances ou encore les cabanes de nettoyage. Nous avons serpenté sur les passerelles entre les nids d’habitations et croisé plusieurs locaux très chaleureux et vivant tout aussi nu qu’Akshay me l’avais dit ainsi que quelque humain et elfe vivant au côté du clan tout aussi dévêtu. Alors que nous approchons d’un autre bâtiment touchant le sol, mais plus grand encore que la tanière des guérisseurs, j’en déduis à la bonne odeur qui flotte dans l’air qu’il s’agit de la cantine du village. Avec un grand sourire, mon guide attrape ma main et me pousse à presser le pas pour rejoindre la grande salle. Surprenamment, celle-ci n’a ni chaise ni table, mais de large tapis brodé et épais où les habitants dégustent leur repas sur des plateaux en fer forgé accompagné d’un grand bol de pierre. Au-dessus de la salle centrale, plusieurs plateformes forment de petit étage offrant un peu d’intimité pour manger et sont accessible en volant ou avec des échelles. Tandis que nous marchons vers le comptoir au fond de la salle, les locaux nous salut et me souhaite la bienvenue chaleureusement comme si j’étais déjà l’un des leurs. Lorsque nous arrivons devant le cantinier et ses assistants, le vieil aguiarei nous salut avec politesse avant de nous offrir nos mets. Sur le plateau, un morceau de viande cuite saignante est accompagné d’une sauce aux baies très crémeuse et d’une purée de légumes locaux tandis que dans le bol, une sorte de soupe de fruit nous attend en guise d’accompagnement. Après avoir remercié l’équipe de la cantine, nous marchons tranquillement vers une place libre près du mur et Akshay m’invite poliment à m’asseoir contre la pile de coussins afin de profiter du confort. Tandis que je m’installe à mon aise, je surprends mon guide se dévêtir de son haut, laissant voir sa musculature puissante témoignant de ses activités physiques au sein de sa communauté. Alors que nous commençons à manger, celui-ci ouvre la discussion entre deux bouchés.
- Normalement, je mange sur la plateforme la plus haute avec mon grand-père, mais il aurait été très impoli que je te laisse mangé seul pour ton premier soir chez nous.
- Merci, c’est très gentil de ta part. Les familles restent toujours unies dans le clan. Enfin, si ma question n’est pas indiscrète bien sûr !
- Nous n’avons pas vraiment de concept de famille. Les enfants sont élevés par la communauté et grandissent dans la communauté. Nous nous considérons tous comme une grande famille. Tout le monde ici, même toi tant que tu seras là, fais partie du clan Ailefroide. Enfin à part mon père et son servant qui sont aussi des membres du clan Alügen. D’ailleurs, la moitié du clan est issue du programme international de la préservation de notre race. Cependant, les familles de chef font un peu exception, car traditionnellement, le pouvoir se transmet de père en fils.
- Ce n’est pas un peu déstabilisant pour les petits de ne pas avoir de parents ?
- Je me suis mal expliqué, c’est ma faute. Autrefois, nous formions des vraies familles malgré cette vie et notre éducation centrée sur le groupe. Mais avec la menace d’extinction qui plane sur les aguiareis, nous participons activement au programme de reproduction. De ce fait, de nombreux œufs sont donnés à d’autres clans voire formés à en créer des nouveaux une fois adulte. Ça peut paraître déstabilisant vu de l’extérieur, mais ont a presque toujours vécu comme ça.
- Toi aussi tu participes à ce programme ?
- Ici, personne n’est contraint de faire quelque chose. Une vingtaine de membres du clan y participe, mais moi, je ne me sens pas prêt. La gestation est une période formidable mais complexe. Et… les chefs de notre clan ne sont pas connus pour leur chance dans la gestation…
Son visage, qui jusqu’alors avait été jovial, était devenu en quelques secondes empli d’une profonde tristesse. Le voir ainsi me fit ressentir une immense peine tandis que je compris sans mal ce qu’il avait insinué. D’un geste tendre, je vins placer ma main sur son épaule ce qui le fit sursauter et le poussa à fixer quelques instants mon visage avant de regarder vers le sol.
- Toutes mes condoléances Akshay… Lui dis-je d’une voix calme et basse pour lui offrir un peu d’intimité dans la salle bondée de monde.
Ses yeux humides revinrent chercher les miens tandis que d’un coup de main, il sécha ses larmes naissantes.
- Merci Raven… Me répondit-il avec une voix nouée. Désolé… j’ai cassé l’ambiance…
- Ce n’est pas un crime d’être triste surtout quand on a un tel poids sur le cœur.
- C’est gentil de ta part d’essayer de me remonter le moral. Me répondit-il en reprenant un petit sourire. Parlons d’autre chose, comment trouves-tu le repas ?
- Très bon un régal. Lui répondis-je la bouche pleine. C’est quoi comme soupe ? Ça a une odeur de fruit, mais une couleur bizarre !
- À en juger par la couleur et l’odeur, c’est une soupe de baie forestière avec des pommes bleues, des lavanboises pour les vitamines et à mon avis du mithrilys pour contrebalancer le goût très sucré du mélange avec un peu d’acidité et d’amertume. Et connaissant l’implication de nos guérisseurs dans les menus, je ne serais pas surpris qu’on y trouve du thym et de la menthe pour rafraîchir le corps en cette période d’été.
- Des lavanboises ? C’est un fruit de luxe comment un clan peut se le payer ?
- Nous les faisons pousser car notre terre est très fertile et nos botanistes sont des génies de la magie pour assister la pousse de nos plantes. La plupart de nos variétés de fruits et légumes sont très anciennes et rares ce qui accentue le prix d’autant que nous ne vendons que les surplus de la récolte, car ils sont la majeure partie de notre alimentation avec la viande que nous produisons et chassons.
- Oh, je vois. Donc le clan vit en autarcie, c’est pratique pour ne pas être dérangé par les prix et les marchés financiers !
- Pas tout à fait. L’hiver est très rude ces dernières années et le clan c’est grandement agrandi. Nos réserves et nos champs suffisent pour la majorité des saisons, mais en hiver nous avons besoin de nous ravitailler pour que tout le monde mange à sa faim.
- Pourquoi vous ne les agrandissez pas ?
- Mon grand-père est têtu et voit d’un mauvais œil que le clan redevienne grand. Du coup, j’ai dans son dos créé des plantations au nord du village. Mais les arbres fruitiers mettent une vingtaine d’années à pousser. Me dit-il avec une pointe de fierté sur son visage.
- Espérons que ton plan marche, ce serait dommage que tant d’effort échoue.
- Si tu veux, tu pourras m’aider à entretenir mon jardin pas vraiment secret ?
- Ce serait avec plaisir, mais il faut que je révise pour le rattrapage de mes partielles. Lui répondis-je l’air désolé.
- Des partielles ? Qu’est-ce que c’est ?
- Un examen pour avoir un diplôme. Mais comme j’ai raté le premier essai, je dois participer au second et passé mes vacances réviser pour réussir là où j’ai échoué.
- Dans ce cas bon courage. Hormis peut-être Korgue qui a des diplômes civils, très peu d’aguiarei seront capable de t’aider. Hormis si c’est de la botanique ou de la pharmacologie dans ce cas les guérisseurs se feront une grande joie de te venir en aide ! Et après peu être que les membres du clan venu de l’extérieur pourrait aider aussi faudra voir directement avec eux.
- Merci du conseil c’est gentil de ta part.
- Tu étudies quoi si ce n’est pas indiscret ?
- L’économie pour travailler dans des banques. Mes parents aimeraient que je fasse un grand métier pour m’en sortir dans la vie.
- Ils ont l’air très aimant !
- Ah ça oui même un peu trop parfois ! Enfin inutile de te dire ce que ça donne une britaine et un gaullier ensemble.
- Je n’ai pas beaucoup voyagé, mais je vois ce que tu veux dire !
Alors que nous continuons de parler de tout et de rien comme si nous étions déjà de vieux amis, nous finissons notre repas. Quand nous sortons de la cantine, la nuit est déjà bien avancée et Akshay me conduit jusqu’à mon nid en me posant tout un tas de question sur l’architecture des villes modernes. Lorsque nous arrivons, je jette un regard impressionné à la petite bâtisse sur la plateforme. Elle est magnifique et délicatement ouvragée avec des petites fenêtres pour laisser passer l’air et la lumière quand elles sont ouvertes. Je remercie Akshay pour la visite et lui souhaite une bonne nuit. Avant de partir, il me serre amicalement dans ses bras avant de déposer un petit baiser sur mon front. Alors que je tente de lui rendre, je suis obligé de me mettre sur la pointe des pieds tant il est grand. Tandis qu’il me quitte pour aller dormir à son tour, je pousse la grande porte de la chaumière en bois pour découvrir une grande pièce circulaire d’environ 3 mètres de rayons avec au fond un second cercle plus petit et composé de panneau de bois et des bandeaux de lin. Je porte mon regard sur le mobilier aux couleurs chaleureuses éclairé par des petites lanternes de feu violet accroché au plafond. Tandis que je ferme la porte, je profite de l’air frais qui circule dans la pièce principale pour me rafraîchir en cette chaude nuit. Puis, après avoir un peu baillé, je me déshabille pour me mettre à nu afin de me mettre au lit après cette longue journée. Tranquillement, je m’approche du gros matelas rond en lin et rembourré généreusement pour être dur mais aussi légèrement mou. Le tout est couvert de coussins moelleux qui m’invitent à me jeter dedans. Mais je résiste à cette envie enfantine pour me coucher dessus sereinement en savourant la douce odeur de plante qui se dégage du tissu visiblement fraîchement lavé. Rapidement, le sommeil vient m’emporter dans les bras de Morphée.