PROLOGUE
28 septembre 2024
Boston – 201 Maple Street Chelsea – États-Unis
Fief FBI
08 h 54
Harold Stuart
( C’était évident qu’il soit sur le Prologue)
Regardez le film “J'ai rencontré le diable et la série “Dexter”
Les néons bourdonnent au-dessus de ma tête comme un insecte qu’on n’arrive pas à écraser. L’odeur de désinfectant est partout, mais elle ne masque pas celle du sang. Pas tout à fait. Sur la table il y a un corps : brûlé et mutilé, presque réduit à l’état d’une ombre. Le thorax est carbonisé. Et, les mains ? Brisées pour ne pas découvrir la véritable identité avec les empreintes. Je garde les bras croisés et respire doucement tout en les observant.
À mes côtés, Olivia et Miguel Alvarez. Les fameux parents.
La mère s’accroche comme à une dernière branche avant la chute. Lui, fixe le sac mortuaire entreouvert. Juste assez pour qu’on voie et qu’on ne puisse plus détourner le regard.
— Dites-moi que ce n’est pas elle… murmure Olivia. Sa voix est rauque, enrayée et prête à se briser. Dites-moi que ce n’est pas ma fille…
Je ne dis rien. Pas immédiatement.
Je les regarde et note : l’absence de larmes et de gestes trop contrôlés. Rien qui ne ressemble à un deuil, mais plutôt à un comportement qu’on installe quand on n’a plus le droit à l’erreur.
— Elle a eu une cicatrice au visage, glisse Miguel, comme s’il récitait un fait. Juste sous l’œil gauche qui lui a causé la perte de celui-ci. C’est arrivé… le soir de l’attaque.
Je hoche la tête et montre :
— Elle est là.
Olivia s’effondre d’un coup, mais Miguel reste debout.
Cela fait vingt-neuf jours que je cherche leur fille. Vingt-neuf jours depuis la mort de Duncan Black, dans cette chambre d’hôpital. Et, dans la nuit qui a suivi, Ella s’est volatilisée. Elle a arraché sa perfusion, forcé une issue de secours, et s’est jetée dans le néant. Depuis, pas une trace et aucun mouvement bancaire.
Aujourd’hui, on retrouve ce corps carbonisé et abandonné. Et, eux… ses parents, sont un peu trop calmes.
— Elle a fui l’hôpital la nuit où Duncan est mort, je commence doucement. Ma voix ne monte jamais. Depuis, elle était recherchée, par tous les moyens possibles.
Je les observe.
Toujours aucune réaction vive. Rien qui me dise que ce sont des parents désespérés. Juste cette attente étrange, comme s’ils savaient que ça finirait ainsi.
— Depuis vingt-neuf jours on la cherche. Vous n’avez rien trouvé d’incohérent ?
— Elle… elle avait besoin de temps. Elle voulait… couper, en quittant le domicile, tente de justifier Olivia.
Je penche légèrement la tête.
— Couper ?
Miguel serre les dents.
— Elle était majeure. Et, elle avait des phases étranges…
Je le coupe.
— Des phases ?
Il ne répond pas.
Il sait que je ne suis pas dupe.
— Et maintenant que ce corps apparaît, vous l’identifiez sans hésiter. Vous parlez d’une cicatrice faite quelques heures avant sa fuite. Et, malgré tout ça, vous restez d’un calme presque… clinique.
Le silence se referme sur nous comme une chape de plomb.
— Si c’est votre fille… alors, je veux comprendre pourquoi elle a été tuée avec une telle violence. Pourquoi quelqu’un l’a brûlée vive et lui a brisé les mains.
Je me redresse.
— Et si ce n’est pas elle… alors, dites-moi pourquoi j’ai l’impression que vous savez très bien où elle est.
Olivia baisse les yeux.
Miguel me défie du regard.
Je n’ajoute rien. Je n’en ai strictement pas besoin puisque les pièces commencent à s’aligner. Beaucoup trop de choses qui ne collent pas…
Je tourne les talons et sors de la salle, laissant derrière moi le bourdonnement des néons et le poids du silence, avec l’odeur, d’une sensation qui pue bien plus que la mort.
Pendant ce temps-là, derrière la vitre, Serena me regarde. Je le sais, qu’elle a compris : ce n’est que le début.
Et, si Ella Alvarez était encore en vie ?
Alors, je la retrouverai.
L’ombre de sa quête.