Une chanson nommée Julia

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Summary

Manuel de la complexité amoureuse féminine, à l'usage des garçons qui n'y comprennent rien. (Le livre commence au chapitre 5, mais c'est bien de lire les 4 premiers)

Status
Complete
Chapters
19
Rating
5.0 1 review
Age Rating
16+

Chapitre 1 - Julia

Il y a des gens dont on ne sait pas vraiment comment ils entrent dans votre vie. Un jour ils n'étaient pas là, et le lendemain, leur absence vous manque. Julia était de ceux-là. On ne tombait pas amoureux d'elle, on tombait dedans, sans voir le bord, sans sentir la chute, et on ne comprenait qu'après, bien après, quand remonter n'avait plus aucun sens.

Cette après-midi-là, Laura l'attendait à la sortie du lycée, comme presque chaque jour depuis qu'elles étaient petites. Assez longtemps pour croire qu'elles se connaissaient par cœur. Laura s'approcha du scooter de Julia, croisa les bras, et lança sans détour :

- As-tu trouvé un nouveau garçon ?

Julia leva les yeux, l'air de quelqu'un qu'on réveille.

- Non… Pourquoi ?

- Tu es invivable sans un garçon ! Trouves-en vite !

- Mais ça ne tombe pas comme ça, à la demande ! Tu veux que je prenne qui ? Lui-là ?


Un malheureux garçon se trouvait à trois mètres d'elles. Il regardait dans une autre direction. Laura chuchota :

- Non, pas lui ! Il ne parle jamais et lorsqu'il parle, il pose dix questions à la fois !

- Je rêve, tu viens de me répondre sur une blague.

- Bon, peu importe. Cherche.

Elles changèrent de sujet.


Julia était un garçon manqué.

Elle aimait sa liberté, son scooter et discuter avec tout le monde à la sortie du lycée.

Pendant que les autres adolescents attendaient le bus, elle, elle se mettait sur sa selle, et discutait de loin avec ceux du trottoir.

Donc ça parlait fort.


Elle était grassouillette, cheveux courts, juste assez pour qu'on ne la confonde pas avec un garçon. Elle ne voulait pas perdre du temps à les coiffer, mais elle ne négligeait

pas son visage. Léger maquillage, vite fait, rarement des boucles d'oreilles, des créoles, ou pendantes lors des soirées. Souvent des shorts en jean et pantalons en hiver, sauf à certaines occasions, où elle se transformait en fille avec une robe, surtout pas de combinaison.


Les bus passaient toutes les soixante minutes, cet intervalle permettait à Julia de garer son scooter en bordure de trottoir, et de venir discuter en vis-à-vis. Uniquement si elle se fatiguait d'être assise, autrement son deux-roues restait collé à elle. Plus près des

interlocuteurs, sa voix changeait, elle criait moins et souriait plus, c'est justement là qu'on apercevait une autre facette de son comportement.


Malgré sa corpulence, son

visage était plus ferme, pas de grosses joues, des sourcils fins. Lorsqu'elle écoutait entre deux sourires, on aurait cru qu'elle était toujours prête à donner un coup de poing

sec, si on se manquait devant elle. Puis soudain, elle riait d'un éclat franc et refermait aussitôt ses lèvres pour les rouvrir légèrement et continuer à sourire. Elle observait

une certaine classe qui l'obligeait à rire discrètement mais non naturellement, après chaque éclat elle se rappelait comment se comporter. C'était un masque du bon

comportement.


Tout son corps était enveloppé d'une aura qui attirait, sans qu'on sache pourquoi, les garçons s'approchaient juste pour l'écouter. Certains arrivaient, parfois, à reprendre le

contrôle et commençaient une conversation inutile qu'ils oublieraient en s'éloignant d'elle.


Le garçon qui posait trop de questions, s'approcha des deux filles. Il les interrompit en s'adressant à Julia :

- Vous me plaisez bien, j'aimerais qu'on soit amis.

Elle le regarda quelques secondes la bouche fermée, le poing droit serré et le dos droit. L’amie s’écarta vers la gauche et laissa Julia face au garçon ; elle répondit :

-On ne se connaît pas assez

-Qui connaissiez-vous avant de leur parler

On ne notait aucune intonation dans cette question, Julia prit encore quelques secondes avant de reprendre.

-“Oui tu as raison, mais je n’aime pas ta façon de parler”, ses yeux se plissèrent comme pour viser loin

-Je n’aime pas prendre des chemins compliqués pour des choses simples

Le poing était toujours serré, les yeux mi-clos.

Quelques secondes de silence passèrent, c’est le calme autour d’eux, personne n’ose ouvrir la bouche. Ses amis connaissaient les réactions de la fille et la craignaient.

Puis soudain elle sourit, soulagement général, un léger étirement apparut de chaque côté de ses lèvres et, sans y faire attention, son poing se desserra doucement, ses doigts respiraient.

Elle demanda au garçon :

-Tu ne cherches qu’une amitié ou tu tenteras plus

Il pouvait répondre rapidement, mais il préféra attendre, avant de reprendre posément et avec maturité

-Obtenir plus… Tel était mon premier objectif

Julia était déstabilisée, elle ne s’attendait pas à une telle franchise.

Il continua malicieusement :

-… Mais on ne se connaît pas assez

Cela fit sourire Julia, elle comprit vite la blague subtile. On voyait ses petites dents blanches apparaître. Son sourire resta une seconde de plus sur ses lèvres que d’habitude.

Là, elle comprit l’intelligence que déployait le garçon.

Julia sentit soudainement un frisson dans le dos, elle se ressaisit.

Elle prit la situation en main et affirma avec tout son courage et avec sa plus douce voix :

-Tu me dragues

-Non, je ne suis point en train de vous courtiser

-Pourquoi as-tu changé d’objectif

-Il se peut qu’on ne se plaise pas

-Et si tu me plais, que compterais-tu faire ?

-Il me faudra peut-être un moment pour changer mon comportement

Elle prit une pause, elle sondait le comportement de cet étrange garçon.

Tout en gardant ses yeux à moitiés fermés, d’une voix incertaine et fébrile, demanda-t-elle :

-Si je t’embrasse, là, maintenant, que feras-tu ?

-Vous brûlerez deux étapes

Il y eut un vide, puis il reprit :

-Pour l’instant je vouvoie

-“D’accord, tu peux me tutoyer, je préfère”, dit-elle précipitamment

Elle attendit puis reprit, ses yeux ne quittaient plus d’une seconde le visage du garçon :

-Es-tu d’accord, ainsi ?

-Oui… cela serait quand même décevant

-“Pourquoi ?” Encore une fois elle était déstabilisée

-Je ne répondrai pas à ton baiser, je ne suis pas dans le rôle d’un amoureux

-Ah… alors agit comme un amoureux

-D’accord…

Rien ne se voyait à l’œil nu, mais le garçon passait d’un état d’amitié à celui d’un amoureux. Et cela se sentait au cœur de chacun des étudiants restés loin, leurs gestes et discussions perdirent soudainement l’importance à leurs yeux.

Tout le corps du garçon changeait, tous ses muscles se détendaient, son regard commençait à briller. Les deux se regardèrent fixement, plus personne autour ne parlait, plus personne ne bougeait, tous retenaient leur souffle. Filles ou garçons, aucun ne s’intéressait à un quelconque autre sujet.

Le garçon ne cligna non plus des yeux, puis tout doucement leva ses mains jusqu’à la gorge de Julia. Il prit son visage entre les paumes de ses mains comme s’il tenait délicatement une rose rouge sans épines insérée au milieu. Ses pouces posés de chaque côté du nez, dans les creux au départ des joues, glissaient tout doucement vers les sourcils de Julia, il les caressa de l’intérieur vers les extrémités. Puis ses mains serrèrent davantage, il s’approcha du visage, sentit le souffle irrégulier venant d’en face à l’encontre de ses lèvres.

Il déposa un léger baiser sur la lèvre supérieure, léger comme une goutte fine d’une pluie d’été, puis un autre sur la seconde.

La tête de Julia était vidée, soufflée, toutes ses analyses perpétuelles, chaque geste, chaque intonation qu’elle décodait, tous les non-dits qu’elle décortiquait, tous sortirent de son esprit, dégagés, repoussés par vent violent, soufflés ! Expulsés !

Tout naturellement les yeux restaient clos, c’était une sensation tellement intense qu’elle occupait toute l’attention de Julia, d’un coup absolument plus rien n’existait, les jeunes autour s’effaçaient d’eux-mêmes l’un après l’autre, ils devenaient brume les uns après les autres. Julia était entourée de brouillard, de nuage, de rayons réchauffant, de brises et de bises soufflant sous le soleil frais d’un midi du printemps.

Sur sa peau une sensibilité électrique roulait onde après onde, comme des vagues, soulevant chaque pore et les calmant aussitôt, du ventre à la tête, des mains à la gorge, puis une autre passait de haut en bas, parfois que la partie gauche, parfois que la partie droite, elle ne contrôlait plus rien.

Puis tout aussi doucement qu’il s’était approché, le garçon desserra légèrement ses mains, sans lâcher, recula son visage, là, ils ouvrirent les yeux difficilement, aucun des deux n’en avait envie intentionnellement, l’intensité de la lumière les obligeait à se protéger instinctivement. Finalement, ils se tenaient face à face plus proches qu’auparavant. On entendit autour d’eux certains soupirs, le souffle prisonnier compressé derrière les barrières du thorax, reprit son cours après un relâchement. C’était comme une vague qui repartait en arrière, en un passage elle a nettoyé, le sable est lisse et propre sous nos pieds s’enracinant sur un sol fuyant, toutes anciennes empreintes effacées…

Laura souffla doucement avec sa gorge sèche, sa voix sortait à peine : ” Julia…”

“Julia ! Le bus va arriver”, elle ne voulait pas gâcher ce moment où elle aussi, subit l’effet de cette rafale.

Julia demanda timidement au garçon qui-posait-trop-de-question :

-Tu seras là demain ?

-Oui, certains midis j’ai plus de temps

-Tu seras en amoureux ?

-Oui, jusqu’à ce que tu me dises d’arrêter

Elle sourit, “il faut que je rentre maintenant”.

Elle partit, il partit, le midi partit, le bus arriva

Les étudiants partirent, treize heures arrivèrent

Mais ce n’était pas le midi suivant

Puis arrivèrent quatorze heures et toujours pas de midi

L’école arriva et partit aussi, puis la nuit arriva et la Terre tourna

Tout tournait normalement, sauf l’esprit du garçon

Il était resté à midi sur le trottoir, sur son sable

Tous passaient sous ses pieds nettoyés par la vague


La nuit.

C’était une nuit calme et rien d’extraordinaire par rapport aux autres nuits.

Le garçon qui posait trop de questions dormit admirablement bien. Il monta se coucher vers vingt-deux heures et profita d’un sommeil profond jusqu’à minuit ! Un repos excellent, non ? Puis quelques rêveries sans importance lui traversèrent l’esprit, trois fois rien concernant le midi passé. Il y prêta à peine attention et se rendormit aussitôt, enfin presque, à deux heures du matin.

Il dormit ensuite d’une traite jusqu’à trois heures… Là, il se réveilla juste une seconde, le temps de vérifier l’heure, et referma les yeux immédiatement.

A cinq heures, il rouvrit les yeux, par habitude sans doute. Un bref moment de flottement, totalement insignifiant, jusqu’à six heures. Puis enfin, il sombra dans un sommeil réparateur jusqu’à sept heures.

La nuit quant à elle, était parfaitement calme.

Puis arriva enfin l’heure de partir au lycée tout gaiement.

Il y eut eu quelques cours de sciences, de maths, matières gaies et joyeuses et enfin Midi !

Sonnerie !

C’était enfin le moment de changer de comportement et d’être amoureux, c’était encore plus plaisant que l’agréable matinée qu’il venait de passer. Ses amis commencèrent à ranger les chaises sous les tables, dans un vacarme quotidien de la fuite…

Lui prit le temps pour ranger en se concentrant.

Il atteignit le portail de sortie, marcha quelques mètres de plus, “enfin la voilà ! La station de bus”

“Je dois juste l’atteindre, elle doit y être, peut-être de l’autre côté de l’arrêt”

De l’autre côté, toujours rien, pourtant il y était, là, à l’heure. Cela faisait déjà une minute qu’il attendait. Il s’inquiétait.

Il posa des questions aux lycéens qu’elle tutoyait d’habitude, mais rien, aucune information pour satisfaire son impatience. La deuxième minute passait.

L’avez-vous remarqué, ces dernières minutes sont toujours longues !

Et dans ce cas-là, celles-ci s’écoulent aussi goulûment que le miel onctueux quittant la cuillère, c’est une attente “mièlement” longue et “sucrement” bonne.

Puis enfin, à la fin de la troisième minute, elle arriva. Toujours magnifique pour lui, elle ne descendit pas de son scooter et cria : ” on avance un peu, le bus va bientôt arriver ! Je me gare plus loin ”

Une seule seconde a suffi au garçon pour oublier son état, la logique reprit le dessus : “d’accord j’arrive aussi !“.

Ils se mirent face à face, se touchèrent les deux mains, aucune bise, pas d’embrassement et pourtant ils souriaient juste pour demander comment allait l’autre. Des mots simples, faciles à prononcer, plusieurs phrases toutes aussi légères sortirent les unes à la suite des autres, tout en caressant avec les pouces la peau de la main de l’autre. Une discussion comme s’ils se connaissaient depuis longtemps, comme si leur relation datait de dix ans.

Elle s’assit sur le petit muret, il suivit, elle mit sa jambe par-dessus les cuisses du garçon et continua :

-Tu sais ma copine Lo…

-Non

-Mais siii, elle était là hier, tu te rappelles

-Ah oui

-Tu sais ma copine Lo…

-Oui

-Elle était là hier et elle pense que tu es très bizarre et que tu parlais bizarrement

-Ah ! J’étais pourtant claire

-Oui mais tu sais, elle, elle utilise toujours des synonymes quand elle parle, comme ça, elle blesse moins quand elle dit des vérités. Alors elle ne comprend pas comment fais-tu pour parler franchement. Tu sais, sans utiliser d’intonation, moi tu sais je fais beaucoup de gestes quand je parle avec quelqu’un que j’apprécie.

Ses yeux s’ouvraient et se plissaient sans arrêt en fonction des histoires, et de l’intensité de l’histoire qu’elle racontait.

Et en effet ses mains parlaient dans tous les sens, elles dessinaient plein de phrases en utilisant le vent comme support, on se demandait quand le garçon recevrait une gifle.

Il l’interrompit :

-Et toi tu utilises tes mains pour ne pas blesser

Elle s’arrêta un instant pour sourire, puis repris.

-Que fais-tu demain aprèm, c’est le week-end

-Je fais les devoirs et je révise

-Oui mais ça, tu peux le faire le matin, j’aimerais passer du temps au parc

-Oui, c’est faisable, je vais juste…

-Superrrrr ! On se retrouve vers chez moi à quatorze heures, près du monument aux vivants !


Il s’approchait du monument lorsqu’il vit le scooter de loin. Il pensait être en retard, mais non, elle était en avance.

-Tu montes derrière, je dois acheter une robe de soirée !

-Mais ce n’était au parc le projet

-Si, si, mais là d’abord, j’aimerais que tu me voies en plusieurs robes !

Elle démarra puis annonça :

-On part chez moi ?

-Mais ce n’était pas les magasins d’abord ?

-Oui bien sûr, mais je te présente à ma mère en premier

Ils partirent donc chez elle, en premier avant “d’abord”.

La mère de Julia était grande de taille, habillée chic mais accueillante ; ils se trouvaient au salon.

-Regarde, c’est le garçon qui m’accompagne !

-Bonjour jeune homme, il paraît que vous ne parlez que très peu

-Oui, je dis l’essentiel en peu de vocabulaire

-Alors comment peut-on discuter avec vous, si vous parlez peu

-Je ne discute que très peu pour résumer

-Ah ! Cela sera difficile de vous inviter à un déjeuner

-Déjeunez-vous souvent en parlant beaucoup ?

La mère ne savait plus comment continuer la discussion pour mieux connaître le jeune homme.

Julia s’exclama :

-T’aaas vu comment il parle ! C’est super !

On y va maintenant, maman on revient pour déposer la robe après on sort au parc !

Elle démarra et interdit au garçon de se coller à elle mais qu’il pouvait l’attraper par la hanche si seulement c’était nécessaire.

Au magasin, elle essaya une belle robe rouge puis rose ensuite verte, toutes dissonaient avec elle, il manquait toujours un nouveau critère. Elle fit quelques boutiques en peu de temps, puis s’arrêta devant une robe bleue, l’essaya et, par magie elle collait parfaitement à sa personnalité. Elle tournoya une ou deux fois devant le garçon tout émerveillé de voir la grâce et la beauté surgir de Julia. Quant à elle, elle sentit un autre sentiment apparaître en lui, il souriait.

Et cela ne passa pas inaperçu, Julia comprit vite, elle analysait tout chez tout le monde, mais plus que cela, avant même toute analyse, elle sentait le changement de comportement. C’était son sixième sens.

Ils déposèrent le paquet chez elle et sortirent aussitôt.

Au parc, ils marchèrent côte à côte sans se toucher, traversant des discussions parfois curieuses :

-Il serait bien que tu rencontres Lo, elle est très intéressante comme fille

-C’est ton amie, je ne la connais pas encore

-Tu m’as connue moi alors qu’on ne se parlait pas

-Oui mais avec toi j’ai un autre projet et elle, c’est une autre fille

-Ben tu pourras être son ami comme elle est pour moi

-Non, dans ”Quand Harry rencontre Sally“, Ephron démontre qu’une amitié est impossible entre une fille et un garçon

-Oui dans ce film on voit aussi d’autres couples, et la frontière est nette entre eux.

Puis tu ignores un point très important, mais à mon tour, j’ignore s’il faut te le dire

-Tu penses que je ne comprendrais pas ou que ton explication me blesserait ?

-Oui pour les deux points

-Alors fais comme Laura, utilise des synonymes

-Je ne suis pas comme toi, je ne peux pas copier mentalement d’autres façons de penser, passer de l’amoureux à l’ami

-Tu veux dire que tout le monde n’a pas cette capacité

-Non, c’est difficile, toi tu y arrives plus facilement mais en échange il te manque des capacités plus simples que beaucoup de gens possèdent

-C’est de ça que tu avais peur ?

-Oui, tu m’as bien eue !

-Je sais que je n’agis pas normalement comme d’autres, mais je ne le fais pas exprès

-Revenons au film… Il est fait pour la grande majorité des êtres de ce monde.

Tu imagines si tout le monde parlait comme toi, ben on ne va jamais rigoler sur cette terre !

-Ah ! … Je comprends pourquoi tu craignais de me blesser

-Ah non non non ! Je ne voulais vraiment pas dire ça enfin pas comme ça

Mais enfin tu vois bien que tu n’es pas normal…

-Oui je sais ! Ce n’est pas la peine de le répéter, je te l’ai dit, je ne fais pas exprès

Julia était dans l’embarras, elle réfléchissait dans sa tête :

" Oh mince ! Ce n’est plus une promenade ça vire au cauchemar

Comment je vais rattraper tout ça !

Il ne dit plus rien, en plus il ne marche plus maintenant !

Si je le raisonne il se fâchera encore plus ”

Elle misa courageusement sur son tapis :

-Tu es différent c’est vrai, mais tu es ce que j’ai préféré dès le premier jour.

Il cogita quelques secondes et se calma, puis sa vue se porta vers les fourmis près de leurs pieds :

-Regarde, tu vois cette fourmi, elle est partie chercher de l’aide pour porter la miette et une plus grande est arrivée

Il comprit l’envie d’apaisement de la fille et au lieu de sortir une nouvelle explication, il salua d’un geste simple l’effort de Julia.

Un banc blanc à quatre pattes s’était retrouvé seul, sans occupant, juste là, à côté du spectacle entomologique, pourquoi ne pas monter sur son dos ?

Ils passèrent quelques minutes assis ainsi sans rien dire, avant de reprendre leur balade.

Ils firent quelques pas de sérénité puis trouvèrent un autre banc.

Julia s’allongea, posant sa tête sur les cuisses du garçon.

Il souriait de nouveau, gai depuis la vue de la robe bleue.

-Dis… Tu es souriant depuis que t’as vu ma robe, l’as-tu remarqué ?

-Oui, je suis en train de me remémorer en boucle ce moment

-Pourquoi ?

-Je vais apprendre ce comportement, il me rend joyeux.

Julia posa sa main sur la joue du garçon et décrivit :

-Ce n’est pas un comportement, cela s’appelle “un sentiment”,

Celui-ci se nomme passion…