Prologue
Il y avait ce silence.
Pas celui de la nuit, ni celui des fins de conversation.
Un silence plus dense. Suspendu.
Celui qui précède l'orage. Celui qui vous fait oublier de respirer.
Je croyais savoir ce que c'était, l'intuition.
Ce frisson qui grimpe lentement sous la peau, cette alerte discrète que quelque chose — ou quelqu'un — est en train de bouleverser l'équilibre.
Mais je ne savais rien.
Il est entré dans ma vie comme on entre dans l'eau glacée.
Brusquement.
Et pourtant, je suis restée.
Alors que tout me hurlait de fuir.
Alors que je sentais déjà la noyade venir.
Ce n'était pas un coup de foudre. C'était pire.
Un feu lent. Une chute douce.
Le genre de lien qu'on ne choisit pas.
Le genre d'attirance qu'on ne contrôle pas.
Ça vous prend, ça vous broie, ça vous recompose.
Et quand on reprend conscience... plus rien n'est à sa place.
J'ai vu les signes.
Je les ai ignorés.
Je me suis accrochée à l'idée que je pouvais aimer sans me perdre.
Mais on ne ressort jamais indemne d'un regard comme le sien.
On ne guérit pas d'un amour qui vous a tout appris et tout repris.
Aujourd'hui encore, quand je ferme les yeux, je revois la première fissure.
Le moment exact où le monde a changé de couleur.
C'était simple, brutal, sublime.
Et peut-être que le pire dans tout ça...
C'est que, malgré tout,
je le referais.
Encore.
Et encore.