Après la guerre
La paix est toujours un mensonge.
Noctéra se reconstruisait lentement. Les rues portaient encore les cicatrices de la guerre : murs brûlés, symboles effacés à la hâte, silences trop lourds pour être naturels. Les humains faisaient semblant d’oublier. Les autres… se souvenaient.
Dans l’ancien théâtre, redevenu quartier général des Premiers, Kaël observait la ville depuis le balcon effondré. Depuis la guerre, le sang ancien en lui était plus instable. Plus exigeant.
— Tu doutes, dit Elyra derrière lui.
Il ne se retourna pas.
— Je prévois.
Elyra s’approcha.
— Les Tisseurs respectent le pacte.
— Pour l’instant.
— Les Change-Sang se replient hors de la ville.
— Pour l’instant.
Kaël serra le poing.
— La guerre n’a pas créé le chaos, Elyra. Elle l’a réveillé.
Sous Noctéra, bien plus profond que la crypte des Premiers, une autre chose s’agitait.
Une salle circulaire. Des chaînes gravées de runes anciennes. Un cœur battant… sans corps.
— Il est faible, murmura une voix.
— Non, répondit une autre. Il est lié.
Un rire étouffé résonna.
— Alors brisons le lien.
Nyssa sentit le changement avant tout le monde.
Le pacte brûlait.
Pas comme une douleur…
Comme un avertissement.
Elle interrompit son rituel, le souffle court.
— Quelque chose arrive, murmura-t-elle.
Le sang ancien répondit en elle, sombre et pressant.
— Ils ne visent pas la ville, comprit-elle.
— Ils visent Kaël.
Maelor se tenait seul dans une rue abandonnée. Depuis la trahison, il avait choisi l’exil. Non par honte… mais par lucidité.
— Le sang se divise toujours, dit-il à l’ombre.
Une silhouette apparut.
— Alors aide-nous à le briser complètement.
Maelor leva les yeux.
— Vous êtes morts depuis des siècles.
— Comme vous, répondit la voix.
— Mais nous, nous n’avons jamais dormi.
Au sommet du théâtre, Kaël porta une main à sa poitrine.
Le lien se contracta violemment.
— Nyssa… murmura-t-il.
Quelque chose tirait sur le pacte.
Quelque chose d’ancien.
De plus ancien que les Premiers eux-mêmes.
La véritable guerre n’allait pas opposer des camps.
Elle allait révéler un héritage
que personne n’aurait dû réveiller.