Meurtre à Narbonne

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Summary

Mélanie est lieutenante de police à Paris. Elle est tout juste sortie de l’école de police et est en poste dans le commissariat du 12ème arrondissement au sein d’une équipe de la BAC. Elle est née sous X et a été adopté par couple en région parisienne. Un après-midi elle reçoit un appel d’un notaire lui demandant de se rendre à Narbonne où elle est attendu pour l’ouverture d’un testament. Elle s'y rend et découvre qu'elle a une soeur ...

Status
Ongoing
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22
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16+

Le notaire

Le RER s’arrêta à la gare de Lyon et Mélanie s’extirpa de la rame et remonta quatre à quatre les escaliers vers la gare de surface. Une fois à l’extérieur, elle sortit son paquet de Camel et alluma une cigarette. Elle tira une longue bouffée et expira la fumée, puis partit d’un pas rapide en direction de la rue de Rambouillet. Le soleil illuminait de ses dernières lueurs la capitale. La circulation était encore réduite à cette heure-ci, mais dans moins d’une heure, les banlieusards arriveront en masse pour se rendre dans les quelques boites de nuits parisiennes. La sortie de cette population se fera, pour l’immense majorité, sans difficulté. Son rôle serait de veiller à ce que la minorité ne vienne pas troubler la fête. Elle poussa la porte du commissariat et badgea pour accéder à la zone réservée aux fonctionnaires de police.

— Bonjour Lieutenant ! la salua un fonctionnaire.

Elle opina de la tête et entra dans les vestiaires qui lui étaient réservés. Deux adjointes de sécurité et une brigadière s’apprêtaient à quitter leur service, elle les salua. Elle ouvrit son casier et attrapa son gilet pare-balles qu’elle enfila sur sa chemise. Elle attacha ses cheveux brun foncé en queue de cheval. Une fois prête, elle s’en alla récupérer le reste de son équipement et son arme de service, puis prit place dans la salle de briefing au milieu de ses autres collègues. Elle vit Laura, l’autre personnel féminin de la BAC1, et lui dit bonjour.

— Messieurs et mesdames, commença le commandant de police. Votre mission cette nuit sera d’assurer le contrôle sur le sud du douzième arrondissement.

Le commandant de police détailla les affectations de chaque officier et major de police. Mélanie remarqua que son équipage se composait de vieux de la vieille et qu’il faudrait qu’elle s’impose au risque de ne pas se montrer à la hauteur. Elle avait déjà eu affaire à ce genre de personnes quand elle avait son stage au sein de la BAC de Lille. Les cinq collègues l’attendaient devant la machine à café. La nuit fut ponctuée de quelques contrôles et interpellations, mais, dans l’ensemble, pour un samedi soir, ce fut calme. Elle rentra chez elle fourbue par cette patrouille. Au moins avait-elle réussi à s’imposer, enfin l’espérait-elle. Elle claqua la porte d’entrée de son appartement et jeta son sac à dos sur le canapé. Elle ôta sa chemise sur laquelle une gamine éméchée, qui ne devait être guère plus âgée qu’elle, avait vomit. Elle se déchaussa et s’avachit sur le canapé, posa les pieds sur le pouf, la table basse étant encombrée, avant de s’écrouler de fatigue.

Elle se réveilla vers dix heures, alluma une cigarette et avala un grand verre d’eau. L’odeur de vomi était encore présente et avait en partie souillé sa brassière.

— Fais chier !

Elle alla sous la douche, puis commanda une pizza. Elle n’avait pas imaginé à sa sortie de l’école des officiers de police que cela allait être aussi dur. Elle avait choisi la Brigade Anti-Criminalité, car elle se voyait comme ses flics américains, poursuivant les malfrats dans la nuit. La réalité était quelque peu différente, entre les procédures, les rapports et les collègues, ce qui était décrit dans les séries s’était révélé être très romancé. Pourtant, elle aimait son métier. Elle fut sortie de sa rêverie vers quinze heures par son téléphone.

— Oui ?

— Mademoiselle Mélanie Fromond ? Maître Lejuste, notaire à Narbonne.

— Elle-même, répondit-elle en allumant une cigarette.

— Excusez-moi de vous importuner un dimanche, je voudrais confirmer votre adresse afin de vous envoyer une convocation pour l’ouverture d’un testament.

— Un testament ?

— Je ne peux vous en dire plus par téléphone.

— Pour quelle raison ?

Mélanie écrasa sa cigarette dans le cendrier.

— Ce sont les volontés de mon client.

— Que ce soit les volontés de votre client ou non, la façon dont vous m’avez retrouvé vous a obligé à avoir des autorisations pour accéder à des données personnelles et confidentielles, dit-elle suspicieuse en allumant une nouvelle cigarette.

— Rassurez-vous, mademoiselle, je vous expliquerai cela quand nous nous verrons. Seriez-vous disponible vendredi prochain ?

— Attendez, je regarde.

Elle ouvrit son PC portable et consulta son planning. Elle en profita pour rechercher le notaire et eut confirmation de l’existence d’un notaire à Narbonne à ce nom. Elle confirma sa disponibilité et son adresse, puis s’affala sur le canapé. Elle réfléchit quelques instants, puis décrocha son téléphone.

— Maman ?

— Mélanie, comment vas-tu ? Alors, cette première semaine ?

— Épuisante ! Mais je suis ravie et contente de mon travail. Dis-moi maman, je sais que j’ai été adopté, mais j’ai un notaire de Narbonne qui m’a contacté à propos d’un testament, tu saurais quelque chose ?

— Non cela ne me dit rien, d’autant que nous t’avons adopté en région parisienne, répondit sa mère quelques instants plus tard. T’a-t-il dit quelque chose d’autre ?

— Non, juste que j’allais recevoir une convocation dans les prochains jours.

— Alors, ma fille, tu n’as plus qu’à attendre. Nous t’attendons ce soir ?

— Oui, bisous maman à tout à l’heure.

Une fois arrivée à la gare de Nogent-sur-Marne, elle rejoignit le pavillon de ville où habitaient ses parents. Elle ouvrit le portail, entra dans la petite cour et monta les quelques marches pour arriver devant la porte d’entrée. Elle ouvrit la porte et alla directement embrasser sa mère qui finissait de préparer le repas.

— Qu’est-ce que tu nous as préparé de bon ?

— Une salade de gésier avec des pommes de terre.

— Miam ! Papa est où ?

— En train de regarder les informations.

Une fois à table, la convocation fut le sujet principal du repas. Son père n’avait lui aucune idée non plus de la raison de cet appel, de plus, ils ne connaissaient personne dans le sud de la France.

— Je vais demander à l’organisme s’ils ont été contactés, après tout, je suis représentante de l’ordre, je dois savoir qui cherche à se renseigner sur moi.

— Un notaire peut engager ces démarches, mais, pour cela, il faudrait qu’il y ait eu une reconnaissance de paternité bien après le délai légal.

— De toute façon, je le saurai vendredi prochain.

— Tu n’as jamais voulu savoir, dit sa mère avec bienveillance. Tu es sûre que cela va aller ?

— Oui, maman, grâce à vous, je suis arrivé là où je voulais être.

— Et nous sommes fières de toi !

— Je vais descendre à Narbonne et tirer cette affaire au clair !

— Si tu veux de l’aide, proposa son père.

— Merci, Papa, je vais me débrouiller !

— Tu veux un café ? proposa sa mère.

— Oui, merci, maman

— Et sinon, le travail ? Ce n’est pas trop dur quand même de patrouiller la nuit ? s’inquiéta sa mère.

— Si, mais c’est ce que je voulais.

— Et tes collègues ? Ils sont sympas avec toi.

— Marie-Catherine, ne l’embête pas avec ces questions. Mélanie est suffisamment grande pour se défendre si besoin est.

— Ils sont tellement sympas qu’ils passent me chercher ici dans cinq minutes ! Nous avons une alerte. Je t’ai laissé mon linge dans l’entrée ! Bisous maman !

Mélanie avait pris le train de nuit pour Narbonne, cela lui avait coûté moins cher que de prendre une nuit d'hôtel supplémentaire. Le soleil s’était levé depuis longtemps sur la campagne languedocienne, elle regardait le paysage défiler. L’agent du CNAOP2 lui avait confirmé que Maître Lejuste avait entamé les démarches il y a plusieurs mois afin de retrouver les descendants d’une personne récemment décédée. Il n’avait pas pu lui transmettre plus d’éléments. La seule explication qui restait était que ses parents biologiques l’aient retrouvée ou des proches. Pourtant, cela n’aurait pas dû être possible. Alors que le trajet tirait à sa fin, sa tranquillité fut troublée par des éclats de voix provenant de l’arrière de la voiture. Manifestement, le contrôleur essayait de raisonner un passager particulièrement éméché qui fumait. Mélanie tourna la tête pour voir le passager se lever de son siège, dépassant d’une tête l’agent de la SNCF. Il y allait avoir du grabuge, se dit-elle. Elle se leva de son siège, prépara sa matraque rétractable et se dirigea calmement vers le passager qui menaçait verbalement le contrôleur.

— Monsieur s’il vous plaît, veuillez vous rasseoir. Cet agent fait son travail, l’intima-t-elle calmement.

— Mêle-toi de ce qui te regarde ! la rabroua-t-il.

— Monsieur, encore une fois, je vais vous demander de vous rasseoir.

— Je t’ai dit de te mêler de ce qui te regarde.

— Cela me regarde justement. Police ! annonça-t-elle en sortant sa carte professionnelle.

Le voyageur poussa le contrôleur sur des passagers et se dirigea vers Mélanie qui l’attendait, confiante. À portée de sa matraque, elle lui asséna un coup sur la jambe le déstabilisant, puis le fit basculer sur la table d’un carré et lui passa les menottes sous les applaudissements de la voiture. Avec l’aide du contrôleur, ils firent asseoir le passager à une place sous le contrôle de Mélanie. Le calme revenu, le contrôleur termina son tour avant d’annoncer quelques minutes plus tard l’entrée en gare de Narbonne. Elle dut patienter jusqu’à la monter de ses collègues. Le temps que son témoignage soit pris, elle s’aperçut qu’elle allait être en retard à son rendez-vous.

— Excusez-moi, Lieutenant, pourriez-vous me déposer dans Narbonne ?

— Bien sûr, vous avez un rendez-vous ?

— Oui, chez un notaire et toute cette histoire est en train de me mettre en retard.

— Brigadier, vous ramenez le client au poste ? Je dois emmener la collègue.

— Si cela n’est pas indiscret, vous avez de la famille dans la région ? demanda le collègue une fois dans la voiture.

— Non, enfin j’en sais rien. Je vais le savoir dans quelques minutes.

— Au fait, je suis le lieutenant Valentin Torres.

— Enchanté, Mélanie Fromond.

— Tu es aussi à la sûreté ?

— Oui, à la BAC en région parisienne !

— Oh ça ne doit pas être évident tous les jours !

— Il y a ses bons et ses mauvais jours ! Et toi ?

— Habituellement je suis à la PJ, mais j’étais d’astreinte, d’où ma présence. Tu sais où dormir ?

— Vous êtes tous aussi directs ici ? rigola Mélanie. Mais, merci ! J’ai mon hôtel de réservé.

— Si tu as besoin, tu sais où me, pardon nous trouver.

— Oui, je demanderai le beau brun du commissariat ! dit-elle en éclatant de rire.

Valentin la déposa non loin de l’office notarial. Elle y entra avec moins de retard qu’elle ne l’avait escompté. L’assistante à l’accueil la dévisagea de la tête au pied. Certes, elle n’avait pas fait beaucoup d’efforts, un jean en parti délavé sur lequel elle portait un caraco noir et, posé sur son épaule, son sac à dos. Elle la fit patienter dans le couloir devant une porte en bois manifestement prévue pour assurer la discrétion des échanges. Au bout d’une demi-heure, elle se leva et alla voir l’assistante.

— Excusez-moi, mais j’avais rendez-vous à quinze heures, il me semble ?

— En effet, mademoiselle, Maître Lejuste attend encore une personne pour vous recevoir.

— Ah ? Je sors quelques instants, je serrai devant la porte.

Elle s’assit sur un des bancs devant l’office et alluma une cigarette. Heureusement que les arbres apportaient de la fraîcheur, le soleil était haut dans le ciel et irradiait de sa chaleur, la ville. Il y avait peu de circulation tant piétonne qu’automobile en ce milieu d’après-midi, les gens ne sortent pas aux heures les plus chaudes. Au loin elle entendait le bruit des péniches qui se déplaçait sur le canal de la Robine. Une mini jaune arriva à vive allure et se gara sur une des places libres devant l’office. La jeune femme qui en descendit ne devait pas avoir plus de vingt-cinq ans. Elle avait les cheveux blond coupé assez court et portait une courte jupe florale bleue et un top blanc. Elle courut et poussa la porte du notaire, sa jupe virevoltant autour de ses cuisses.

— Cela doit être elle, supposa Mélanie. Elle n’a pas dû se réveiller !

Et en effet, quelques instants plus tard, l’assistante vint la chercher pour son rendez-vous. Mélanie écrasa son mégot et rejoignit l’office notarial.

1Brigade Anti-Criminalité.

2Conseil National pour l’Accès aux Origines Personnelles

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