Hormis toi

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Summary

Ils se connaissent par cœur. Ils s’aiment en silence. Orion et Théo sont meilleurs amis depuis toujours. Leur lien, intense et indéfectible, finit par inquiéter le père d’Orion, un homme prêt à tout pour arracher son fils à ce qu’il refuse obstinément de reconnaître. Sous sa pression, Orion se résigne à une relation arrangée avec une femme qu’il n’a pas choisie. Pour Théo, c’est l’effondrement. Convaincu d’avoir perdu Orion à jamais, il tente de faire le deuil de cet amour interdit en engageant Sylviane, une travailleuse du sexe. Mais loin d’être une simple échappatoire, elle se révèle plus lucide que lui sur ses propres sentiments, l’obligeant à affronter ce qu’il s’efforce d’oublier.

Genre
Romance
Author
hodobema
Status
Ongoing
Chapters
3
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1 : Théo

Je sus de suite que quelque chose n’allait pas. Orion ne me laissait jamais en « Vue », comme ça, en plan, comme si je n’étais pas important pour lui. Ça fait deux heures que je lui ai envoyé un SMS, et deux heures qu’il l’a ouvert sans me répondre. Alors, je conçois qu’il soit occupé, qu’il ne soit pas à ma disposition, mais putain, pourquoi l’aurait-il ouvert sans me répondre ?

Assis à l’amphi, mes yeux sont rivés sur mon écran de téléphone, dans l’attente, et surtout l’espoir, qu’il me lâche n’importe quoi pourvu qu’il me montre un signe de vie. Mais deux heures. Deux heures et ce n’est toujours pas le cas.

Je n’en peux plus. De toute façon, je ne peux pas me concentrer sur ce cours de merde. Parce que quelque chose cloche. Peut-être qu’il a eu un accident, qu’il s’est fait percuter par une voiture ou que quelqu’un l’a poussé sur les rails du métro. J’en sais rien. Mais je le connais par cœur, et cette situation n’est pas normale.

Je me lève et me casse, direction l’appartement de Orion. En espérant qu’il ne soit pas à l’hôpital, ou que sais-je. C’est difficile de me concentrer dans le métro alors qu’il est peut-être en danger. Et si… Non. Je ne peux pas croire que ce soit ça. Parce que Orion m’a dit que tout allait bien, que ça s’était arrangé.

Je me fais un sang d’encre, si bien que j’en viens à me mordre les doigts au sang. J’ai peur, en fait. Peur qu’il lui soit arrivé quelque chose de bien pire qu’un accident ou un meurtre. J’ai envie de chialer rien qu’en m’imaginant ce qu’il a pu se passer.

Mon cœur bat la chamade et accélère à chaque station qui me rapproche de lui. Bordel, pourquoi le métro met-il autant de temps à fermer ses portes ? C’est une question de vie ou de mort. Si seulement je pouvais me téléporter directement chez lui. Heureusement, il habite à trente minutes de la fac, alors je m’empresse de changer de quai et continue d’angoisser. Bien sûr, comme je n’ai rien à faire dans le métro, je le harcèle de messages. En vain, puisqu’il ne les ouvre pas. J’essaye de l’appeler, mais rien y fait. C’est comme s’il était loin de son téléphone. Comme si… il avait rechuté.

Dans la rue, je cours à toute allure, quitte à foutre en l’air les gens qui passent sur mon chemin. J’en ai rien à foutre. Plus rien n’a d’importance, si ce n’est Orion. Je me hâte, l’adrénaline me permet de garder une certaine allure.

Une fois devant son immeuble, je ne cherche pas à comprendre et je rentre. Orion m’avait donné les clefs de son appart et le code d’accès depuis bien longtemps, en cachette de ses parents.

Essoufflé, je grimpe les escaliers au deuxième étage, et… Paralysé. Je suis terrifié de ce que je vais trouver. Parce que je sais ce qu’il se passe, je le sens, et ça n’a rien d’une surprise. Ai-je envie de faire face une énième fois à ce genre de situation ?

Respire.

Un.

Deux.

Trois.

J’actionne la poignée. Fermée. Je sors les clefs d’une main tremblante et ouvre la porte. J’arrive sur le salon, du sang par terre. OK. C’est donc ça. J’avais raison depuis le début.

Son père est ivre mort sur le canapé, les mains ensanglantées.

Quel fils de pute. J’aimerais le tuer sur le champ. Parce que c’est tout ce qu’il mérite.

Je me faufile dans la chambre d’Orion.

Oh merde. Oh ! Merde !

Orion est là, assis par terre, dos à son lit, le visage tuméfié. Il pleure, son téléphone à l’écran brisé à côté de lui.

— Hey, hey, hey… Orion…

Il a comme dissocié, inconsolable, complètement perturbé. Comme s’il était quelqu’un d’autre. Je ne le reconnais plus. Lui qui est si souriant, plein de vie, je le vois mort de l’intérieur.

Je m’accroupis face à lui, lui prend ses mains…

— Orion. C’est moi, Théo. Tout va bien maintenant.

Il lève ses yeux vers moi, les plonge dans mes yeux, et moi, je me noie dans ses iris auburn. J’ai eu tellement peur. Mon rythme cardiaque continue de vriller, parce qu’on doit se tirer de là.

Il se met à pleurer comme si c’était son dernier jour sur terre, comme si j’étais en train de le perdre. Je le prends dans mes bras.

Je m’en veux tellement d’avoir mis autant de temps à comprendre. Putain, je ne suis qu’une merde. Le pire meilleur ami du monde.

— On doit partir, Orion. Tu peux pas rester ici.

— Pas l’hôpital, s’il te plait.

— OK, mais viens, on se barre d’ici.

Il m’écoute, je l’aide à se relever. Son bras par-dessus mon épaule, je le porte pour qu’il ne perde pas l’équilibre. Mais dès lors que je vise la porte de sa chambre, encore ouverte, j’aperçois son père, debout devant nous. Mon cœur rate un battement. Comment va-t-on faire ? Orion est terrorisé par son père, cet alcoolique violent. Il ne voudra jamais partir d’ici. Pas devant son père.

Son père tient une bouteille d’alcool à la main, et me lorgne comme si j’étais un cambrioleur qui était sur le point de l’attaquer. Son regard est noir de rage. En fait, il n’a jamais pu me supporter. Parce que je suis ce qui rend son fils indépendant. Heureux.

— Qu’est-c’tu fais là, enculé ?

— On se casse, murmuré-je à Orion.

Il s’approche de moi, j’ai peur qu’il me tue. Il en serait cap. J’agrippe davantage Orion, pour qu’il ne recule pas et abandonne. Je fais un pas devant, déterminé à ce qu’Orion soit en sécurité. Son père ne vacille pas, il m’attrape par l’épaule, me serre si fort que j’en lâche un cri de douleur.

— P’tit PD, qu’est-c’tu fais chez moi ? Dégage !

Je suis tellement en colère. Tellement hors de moi, parce qu’Orion est dans un état pitoyable, tout ça par sa faute. Parce que son fils retournera toujours chez eux pour protéger sa mère. Et parce qu’il va finir par réussir à nous séparer.

Je lâche Orion, qui réussit à tenir debout, et je mets toutes mes forces pour repousser son père. Celui-ci tombe à terre, lâche une insulte que je ne comprends pas. J’attrape la main d’Orion et je me précipite dehors.

Putain, on a réussi. On est sortis de cet enfer. Mais pour combien de temps ?