Mort aux rats

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Summary

Avant de lire ces lignes, il est nécessaire de vous mettre en garde. Je ne suis qu'un affreux rongeur décrépit, un résidu de banlieue ayant échoué sur Paris. Ce que je vous donne c'est de la matière brute sous pression. C'est écrit au pinceau, non à la plume. D'une tâche à l'encre noire bon marché, qui tourne au marron à l'excès. C'est une portion du pire. Du vécu en lambeaux. Une errance sans lendemain, qui rentre chez elle les mains vides, les mots accrochés aux clefs restées sur la porte d'entrée. Une envie d'éternuer qui ne culmine pas, et qui vous désoriente la réflexion des narines jusqu'au fond de la tête. Je passe donc d'une chose à l'autre, les pensées me saccageant la tête pour sortir le plus vite possible de mon esprit dissipé. Vous aurez remarqué que par le début déjà, j'ai commencé à essayer de vous donner des raisons, n'ont pas d'aimer ces lignes, mais de ne pas les détester.

Status
Ongoing
Chapters
3
Rating
n/a
Age Rating
16+

Fluctuat nec merdedur.

Je n'ai jamais été un grand rêveur, donc il ne s'agit pas là d'un témoignage acerbe d'une fausse nostalgie, mais d'un constat bien ancré dans le présent. Qu'on soit bien d'accord, avant c'était aussi pourri, mais c'était un pourri à l'imparfait.

J'ai vécu aussi longtemps uniquement par pragmatisme. Et si j'ai bien appris quelque chose c'est que les songes c'est pour les endormis.

Je me rappelle encore bien du Paris d'autrefois, et en fait ça n'est que du beau vernis écaillé. Les rues sentaient la bonne merde, la vraie bien fraichement pondue. Maintenant ça ne sent plus rien. Paris dégageait ses phéromones et l'air ambiant n'avait qu'à se cacher. Ce Paris suranné, si incisif pourtant, on n'en parle pas. Non, on préfère romancer tout ça à coup d'exagérations mielleuses.

Rapidement, on découvre pourquoi le passé ne témoigne jamais à visage découvert. Par une pudeur à peine dissimulée, il ne laisse subsister que de vagues indices de son ouvrage. Son voile ? Le mystère. Lui seul autorise les fabulations les plus niaises. Il n'a vocation qu'à séduire les rêveurs endurcis.

C'est alors qu'à défaut d'embellir le futur, on embellit le passé. La réalité du présent ne laisse que peu de place au rêve. On se reprend à imaginer paris et ses 1000 et une artère, dont le cœur bat au rythme d'une poésie populaire pittoresque !.. Nostalgie cristallisée d'une époque non vécue, d'un souvenir évaporé, d'une certitude onirique.

Cet endroit n'est pourtant qu'une injonction à coucher dehors, il y a des cauchemars plus suaves.

Si l'enfer existe, il finira par raser cet endroit, craignant de se faire voler la vedette. Ou peut-être bien que l'enfer craint de se retrouver dans ce lieu maudit.

À trop rêver, on se réveille inévitablement devant un bucolique tas de merde. Un étron désenchanté, animé par la vermine qui y grouille bel et bien.

Il n'y a que la vermine qui est immuable d'ailleurs. La misère elle-aussi est imperméable au changement et au folklore, elle est comme dépositaire d'un héritage intemporel, d'un secret impénétrable d'où elle tire sa vigueur inégalée.

Le Paris infâme, c'est celui de la substance déjà consommée. Moi je vous parle de la vraie substance, celle qui consomme, pure et éthérée, et je vous la raconte au travers d'une poésie de bas côté.

Gardez-moi donc comme la peste de jouer la carte du mystère superflu. Mise systématiquement sur la table faute de mieux, comme pour bluffer l'intelligence et la profondeur d'âme. Tentative vaine de masquer un manque de vertu réelle. Mais moi je vous le dis, le mystère nous éloigne des hommes. C'est de la maladresse à air comprimé.

Y'a rien de plus vrai que la puanteur et la misère quand on va au bout des choses. Ça s'affirme avec les sens sans se cacher derrière. Prenons l'exemple du bistrot d'antan, à l'ambiance visuelle et olfactive à filer le saturnisme. Celui que tout le monde regrette mais où plus personne ne veut aller. Un endroit ouvert à tous qui pue le renfermé. C'est bien là qu'on allait y chercher la misère autrefois. Faute de la trouver dehors, fallait bien la débusquer là où elle voulait bien faire orchestre. Elle s'y amusait bien la misère sur ces comptoirs. On y rencontrait des saveurs de sel avec une pointe de cacahuète, et d'étouffantes effluves d'alcool fermenté aux fluides humains.

Désormais remplacé par des bars ou le verre est tellement cher qu'il faut arrêter l'alcool pour se le payer. C'est peut-être ça le prix du mystère finalement. Et un verre de whisky bas de plafond à 13€ pour le mystérieux sans importance !

On en finit par idéaliser des bistrots miséreux à la soupe sociale de déchets humains. Mais cette soupe marécageuse avait du goût, une odeur, et surtout elle ne faisait pas de fausses notes. Elle ne s'est jamais vraiment cachée, la misère, pour faire son karaoké. La substance était là, à crier ses décibels de vérité dont on manque cruellement.