Univers Intérieur - Tome 1 : La Tête dans les Etoiles

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Summary

On le voit souvent comme un alien venu d’une autre planète. Autiste et passionné d’astronomie, Farrell s’enferme souvent dans sa bulle, dans son monde peuplé d’étoiles et de galaxies. Mais le jour où son père s’éteint comme une étoile, sa vie entière bascule. Il est entraîné dans un trou noir de chaos, de chagrin et d’angoisses… lorsqu’il doit déménager et changer de collège, son vaisseau perd le contrôle. Perdant les repères qu’il connaissait, ce qu’il restait de son univers s’effondre. Son quotidien devient anxiogène, le monde autour de lui devient agressif et imprévisible. Cette histoire raconte la vie d’un garçon qui voit le monde différemment. Cet adolescent enfermé dans sa bulle, dans une logique qu’il est le seul à comprendre, pour tenter de se protéger d’un monde chaotique dont il semble en être l’intrus. L’inadapté. Cette histoire plonge au cœur de son univers à la fois riche, particulier et fascinant…

Status
Ongoing
Chapters
27
Rating
n/a
Age Rating
16+

Prologue

21 Décembre 2017

C’était une de ces soirées froides d’hiver, quelques jours avant Noël. La nuit venait de tomber et les trottoirs étaient recouverts d’une couche de givre fragile et cassante, qui n’avait pas fondue. La brume avait envahi la ville de Clermont Ferrand, derrière laquelle était dissimulé un ciel constellé d’étoiles. On ne distinguait que vaguement les formes des maisons, des arbres et les silhouettes des quelques passants qui s’aventuraient dans la rue. Emmitouflés dans leurs écharpes et leurs manteaux, ils ne s’attardaient pas et disparaissaient aussi vite qu’ils étaient apparus. Les phares des voitures qui passaient sur la route n’étaient que des tâches floues au milieu de cette épaisse nappe de brouillard. La Lune, incertaine, n’osait se montrer, et les branches dénudées des arbres semblaient effrayantes et fragiles à la fois, comme sur le point de se briser à tout instant.

Il était aux alentours de 17h30 tandis que Farrell, comme chaque jour après le collège, traversait les couloirs de l’hôpital de Clermont Ferrand. En cette période de fête, ils étaient presque déserts, à l’exception de quelques médecins et infirmiers qui passaient à pas pressés.

Les panneaux autour de lui, décorés de guirlandes brillantes, indiquaient « Endocrinologie », « Pneumologie », « Gastroentérologie », « Rhumatologie », « soins palliatifs », « Réanimation » …

Il s’arrêta lorsqu’il vit le panneau indiquant « Cardiologie », puis il tourna à gauche.

L’adolescent passa ensuite devant une salle d’attente déserte, où brillait un sapin richement décoré. Il illuminait ce décor vide, y donnait une touche de magie, d’espoir, de beauté. Il s’y attarda et contempla longuement, avec fascination, les petits clignotements des guirlandes, qui passaient du jaune au blanc, et le reflet des boules de Noël.

– Tu cherches quelque chose ? Que fais-tu ?

Il se retourna, surpris, en entendant la voix d’une femme près de lui. Son regard tomba alors sur des chaussures à talon noires ouvertes sur le haut du pied, avec une sangle réglée au deuxième trou au niveau de la cheville.

Puis son regard tomba sur des documents que la dame tenait à la main, sur lesquels il vit les résultats d’une analyse de sang d’un patient.

– Je vais voir mon père qui est en chambre 784, pôle cardiologie, annonça-t-il en gardant les yeux rivés sur les chaussures de son interlocutrice.

– ça fait longtemps que ton père est hospitalisé ?

– Trois mois et vingt-et-un jours.

– Oh. Et tu y vas toujours seul ?

Il ne répondit pas. Il n’aimait pas parler à des inconnus. Cela l’angoissait. Avant que la dame ait pu ajouter quoique ce soit, il s’en alla et déboucha dans un couloir où les décorations étaient moins présentes.

Des infirmières avec des bonnets de Noël passèrent près de lui. Il fut attiré par le pompon blanc au bout des bonnets avant que son attention ne soit détournée par le crissement irritant des chariots de médicaments qu’elles tiraient.

Il continua son chemin avec un certain empressement.

Il passa devant plusieurs portes, cherchant parmi les numéros qui défilaient sous ses yeux celui qui était le bon. 780, 781, 782, 783… 784. Il s’agissait de la neuvième porte en partant de la droite.

784.

Des chiffres qu’il connaissait désormais par cœur, des chiffres qui s’étaient ancrés dans sa mémoire et qu’il voyait chaque jour, avant de franchir le pas de cette porte.

Avec hésitation, il ouvrit la porte.

En entrant dans la pièce, ses yeux prêtèrent attention à toutes sortes de détails. Des détails qu’il voyait chaque jour, qu’il connaissait par cœur. Il avait retenu l’emplacement de chaque objet et remarqua rapidement ceux qui avaient changé de place depuis la dernière fois. Sur la table de chevet, il y avait un papier qui n’y était pas avant, avec un stylo. Par rapport au jour précédent, il n’y avait pas de verre d’eau. Un journal a été déplacé. Il n’était plus sur le rebord du chariot, mais sur la table de chevet. Et c’est sans compter les lumières. Elles étaient presque toutes éteintes ; elles étaient désormais allumées.

Bip. Bip. Bip. Bip.

Tel est le bruit qu’il entendait chaque jour. Le bruit régulier et répétitif de l’électrocardiogramme. Le bruit des battements de son cœur.

Il regarda la perfusion. Un liquide coulait par un tube, relié à un bras maigre et fragile, qui semblait avoir perdu toutes ses forces.

Puis, il s’avança jusqu’au lit aux draps blancs et dit doucement :

– Papa… ? Je suis là.

L’homme allongé dans le lit tourna la tête vers lui. Un sourire rempli d’affection apparu aussitôt sur son visage aux traits tirés par la fatigue.

– Farrell, mon petit martien… comment s’est passée ta journée ?

– J’ai appris le théorème de Pythagore, j’ai fait du badminton, j’ai mangé des petits pois avec du poisson pané, j’ai fait douze fois le tour de la cour et le prof nous a rendu un devoir d’histoire, j’ai eu onze virgule soixante-seize sur vingt.

– C’est super, fiston ! Au fait, tu es bientôt en vacances ! Qu’est-ce que tu aimerais faire pendant les vacances ?

Plutôt que de répondre, celui-ci déclara :

– J’ai ramené le dernier tome de « Autour de Saturne ».

Son père, Anthelme, prit un air amusé, malgré ses yeux creusés et soulignés par les cernes. Son teint était pâle et ses joues étaient si creuses que sa mâchoire se dessinait clairement sous la peau. Ses cheveux étaient ébouriffés, en désordre.

– Montre-moi ce livre. Tu l’as lu ?

– Pas en entier. Il me reste cent douze pages à lire. J’en ai lu quatre-cent soixante-seize.

– Je vois. Et de quoi parle-t-il ?

– D’un astronaute qui part en mission à bord d’une fusée pour aller étudier l’orbite de Saturne.

– Il a l’air très intéressant !

– Je vais t’en lire un extrait.

– Avec plaisir, ça m’occupera un peu.

L’adolescent commença alors à lire. Sa voix se fit entendre dans l’atmosphère calme de la chambre. Son père l’écouta attentivement et, durant ce récit, il parvint brièvement à oublier sa douleur.

– Je voudrais un jour être cet astronaute, lui confia finalement Farrell, à la fin de sa lecture, les anneaux sont constitués de particules de glace en suspension. J’aimerais les voir de plus près.

– Moi aussi. Ça doit être fascinant à voir. Alors, du coup tu auras quoi pour Noël ? Il me semble que tu m’as dit la dernière fois que tu allais avoir des maquettes de fusées.

– Oui. J’aurai aussi des filtres anti-pollution lumineuses et des filtres colorés avec de nouvelles lentilles pour mon télescope.

– C’est un super cadeau. Tu dois être impatient d’avoir tout ça, je parie !

Farrell détourna le regard mais son père vit un sourire se dessiner sur ses lèvres.

– Quand est-ce que tu pourras ressortir de l’hôpital ? lui demanda-t-il pour changer de sujet, Noël arrive dans quatre jours.

– Je ne sais pas, Farrell. Je ne pense pas sortir tout de suite. Les médecins ont dit que j’étais encore très fragile.

– alors tu ne seras pas là pour Noël…

– Désolé, fiston. Je sais que ça aurait été sympa que je rentre un peu pour fêter Noël avec vous, mais je ne peux pas.

Un silence s’ensuivit.

– Un jour on ira étudier Saturne ensemble, déclara soudain Farrell, j’aime Saturne. C’est ma planète préférée parce qu’elle ressemble à une toupie. Elle est belle, Saturne. Elle a de jolis anneaux.

– C’est vrai, mon p’tit astéroïde. C’est aussi ma planète préférée.

Anthelme sourit et lui ébouriffa les cheveux, comme il l’avait toujours fait. Leurs regards se croisèrent, et en cet instant n’importe qui pourrait voir le lien qui les unissait. Leur lien allait au-delà des mots qu’ils prononçaient, ils se comprenaient à un niveau plus élevé. C’était un lien fort, aussi beau qu’un ciel en pleine nuit, parsemé d’étoiles.

Farrell était loin de se douter que tout allait basculer en ces quelques secondes, que toute sa vie allait prendre un autre tournant…

Son père fut soudain prit d’une violente toux. L’électrocardiographe s’agita brusquement, la courbe se fit plus saccadée, tandis qu’il fut secoué de toux incontrôlables. Une goutte de sang tomba sur la couverture. Du sang se mit à sortir à flot de sa bouche, tâchant ses mains et les draps.

Soudain, des personnes en blouses blanches accoururent. Farrell les entendit crier, donner des ordres, s’agiter autour de son père.

Puis en l’espace de quelques secondes, il vit le torse maigre et nu de son père, puis des électrochocs se poser sur celui-ci. Il vit son corps s’agiter, parcouru de soubresauts à chaque décharge.

Il entendit les médecins : « 1, 2, 3, 4…Boum ! » puis une décharge. Le corps de son père qui tressaute.

« 1, 2, 3, 4… Boum ! », puis une décharge. Encore un soubresaut.

« 1, 2, 3, 4… »

Puis les voix se firent de plus en plus lointaines dans son esprit. Les lumières blanches et vives des néons se mirent à l’aveugler, à lui brûler les yeux. Il n’entendait plus que le moniteur cardiaque, qui était devenu une longue plainte, un bruit continu, aigu et interminable.

Le bruit s’imprégna dans son cerveau, lui agressa les oreilles et menaça de faire exploser sa tête.

Il ferma les paupières aussi fort qu’il le put, se boucha les oreilles, mais il entendit son cœur affolé battre à cent à l’heure. Il paniqua. Perdit totalement le contrôle.

Il se dirigea précipitamment vers la porte, assaillit de vertiges et sortit de la chambre.

Il se mit à courir. Courir comme s’il voulait échapper à la réalité, à ses émotions et à ce qu’il venait de se passer.

Dans les couloirs, plusieurs personnes en blouse blanche se retournèrent sur son passage ; il percuta quelques médecins et aides-soignants, rentra dans une infirmière, dont le chariot se renversa soudainement.

Il ne s’arrêta pas. Pas une seule fois il ne se retourna.

Il ne savait ni où il allait, ni ce qu’il faisait. Tous les bruits alentours continuèrent de l’agresser, tout – les lumières, les sons, les mouvements… - devint confus autour de lui.

Finalement, il bifurqua dans une salle d’attente déserte. Sur le moment, il ne sut que faire. Il se demanda s’il devait continuer… mais il n’en avait plus la force. Il était perdu. Complètement perdu.

Il fit les cent pas nerveusement, prit des journaux et les jeta au sol. Finalement, le désespoir qui s’emparait de lui devint tellement intense qu’il s’effondra au sol et se mit à se balancer violemment d’avant en arrière… tentant par tous les moyens de calmer les battements de son cœur, l’agitation et la panique qui perturbaient ses pensées.

Mais il n’y parvint pas. Son cerveau revit des images. Des images horribles, auxquelles il n’arriva pas à trouver de sens. Il sentit une vive douleur dans sa poitrine, lui tordre le cœur et l’estomac et il eut du mal à respirer.

Il n’eut plus assez d’air dans ses poumons. Il eut l’impression qu’il allait étouffer tellement son souffle était saccadé. Il eut l’impression qu’il allait devenir fou, tellement sa tête bourdonnait d’images et de pensées.

Il sentit ses mains tapoter frénétiquement ses oreilles, à la recherche d’une quelconque sensation qui le calmerait.

Il se mit à se taper la tête de plus en plus fort, avec ses mains, cherchant à détourner sa panique en la remplaçant par de la douleur. Il avait peut-être l’espoir que toutes ces émotions intenses puissent ainsi sortir. Puissent s’exprimer. Car il n’arrivait pas à les contrôler. Il aurait voulu faire taire ses émotions. Faire taire ses pensées.

Il ne s’arrêta pas. Il n’arrivait pas à s’arrêter. Les émotions en lui étaient si intenses que même ces coups qu’il s’infligeait ne suffisaient pas.

Il sentit quelque chose lui venir. Quelque chose d’étrange. Quelque chose qu’il ne put contrôler. Quelque chose lui enserra le cœur, remonta jusqu’à sa gorge. Son nez s’emplit d’un liquide. Ses yeux devinrent humides. Sa vision se brouilla. Il sentit soudain des gouttes couler sur ses joues, les unes après les autres, sans qu’il ne puisse les arrêter. Il ressentit quelque chose qu’il n’arriva pas à réprimer.

Quelque chose qu’il ne comprit pas. Une immense douleur était en train de lui déchirer le cœur.

*****

Un jour plus tôt…

Anthelme se redressa péniblement pour prendre un stylo et une feuille qui traînaient sur le chariot, près de lui.

Il sentit ce besoin d’écrire. De lui écrire. C’était très important. Il le fallait. Parce qu’il avait tant de choses à lui dire… Après, il ne pourrait sans doute jamais le faire. Il n’en aurait peut-être plus jamais l’occasion.

Le temps lui était compté. Il le savait.

Lorsqu’il réussit à trouver une position qu’il ne le fit pas trop souffrir, il commença alors à écrire ses premiers mots :


J’écris cette lettre sans trop savoir par quoi commencer…

A l’heure actuelle où tu lis cette lettre, je suis certainement monté au ciel. Je suis certainement quelque part, dans l’Univers, peut-être dans une autre dimension.

Dans un monde parallèle, peut-être que les choses se seraient passées autrement. Peut-être que les médecins auraient trouvé un traitement à ma maladie, peut-être que par miracle, j’aurai été suffisamment fort pour combattre cette souffrance.

Mais je sais que ça n’est pas le cas. Je sens que je vais bientôt m’éteindre. On ne peut prévoir le futur, mais j’ai pourtant peu d’espoir.

Je suis vraiment désolé de partir maintenant. De vous laisser seuls, toi et ta mère. Je te jure que si j’en avais la possibilité, j’aurai tout fait pour arrêter le temps, changer le cours des choses pour rester près de vous.

Je sais que tu as besoin de moi, que tout va être plus dur une fois que je serais parti. Je m’en veux de ne rien pouvoir faire. Je sais que sans moi, tu vas être dévasté.

On a toujours été très proches, tous les deux. On s’est toujours compris, sans avoir besoin de parler. Et on partageait tout ensemble.

Tu aimais me parler de tes observations, des étoiles, des planètes, des trous noirs, des galaxies… et moi j’ai aimé t’apprendre la relativité générale d’Einstein, le paradoxe de Fermi, comment reconnaître une étoile d’une planète, le Big Bang, comment s’est formé l’Univers…

On apprenait beaucoup l’un de l’autre, c’est vrai. Et même si tu ne me l’as jamais vraiment dit, je sais que tu m’aimais énormément, tout comme moi je t’aime.

J’imagine alors le chagrin que ma mort va causer en toi. Il doit déjà t’anéantir. Et je peux comprendre ta douleur. Ce n’est pas évident de devoir dire adieu à quelqu’un qu’on aime. Ce n’est pas facile non plus, du jour au lendemain, de se dire que je suis bel et bien parti, pour toujours…

Mais le temps va passer. Et tu vas devoir te relever. Viendra le jour où tu seras obligé d’accepter.

Peut-être que tu te demandes, comme moi, pourquoi les choses ont un début et une fin. Les scientifiques se sont longtemps demandé si l’Univers n’était pas infini. Mais ils ont découvert qu’il avait eu un début : le Big Bang. Comme tu le sais, c’est une très grosse explosion qui a entraînée l’expansion de l’Univers. Il n’a cessé de croître, et il continue encore aujourd’hui.

Mais les scientifiques se sont aussi penchés sur la question de sa fin. Ils se sont dit que si l’Univers a eu un début, en toute logique, il aura tôt ou tard une fin.

Il y a eu plusieurs hypothèses, comme le Big Crunch. Comme tu le sais, ce serait l’inverse du Big Bang, parce que l’Univers s’effondrerait sur lui-même.

Quand tu y réfléchis bien, tout a un début et une fin. C’est l’essence même de l’Univers. A la seconde où tu lis ces mots, il y a certainement des centaines et des milliers d’étoiles qui naissent, mais aussi des étoiles qui sont en train de mourir…

C’est le monde qui est ainsi… et on ne peut rien faire contre le temps qui passe. Le temps existe, tout comme l’espace… ensemble, ils ont formé ce que l’on appelle l’espace-temps, cette harmonie s’est créé grâce à la matière, qui en est l’origine.

En l’absence de matière, le temps n’existe pas. Alors… on peut conclure que sans le temps, je ne serais pas là. Je n’aurai jamais existé. Et toi non plus. Aurait-ce été mieux ? Non.

Tout ce qui existe est soumis à l’écoulement du temps. On le déforme, on le courbe par notre simple présence, et lui, il nous fait comprendre que notre existence est comptée. Que rien n’est éternel.

Toute chose, dans l’Univers, a un début et une fin. C’est ainsi qu’il fonctionne. Et tu dois l’accepter.

Tu sais, mon petit martien, tu es un garçon hors du commun. Cet univers intérieur qu’il y a en toi est beau, riche et merveilleux. Mais n’oublie pas une chose : de toujours t’intéresser au monde extérieur, à ce qui t’entoure.

Tu t’en es déjà un peu rendu compte : ce monde autour de toi peut parfois être fatiguant, douloureux, compliqué et différent du tiens. Mais ne te laisse jamais abattre. Tu verras que ce monde a aussi plein de choses merveilleuses à t’apprendre.

Mais n’oublie pas que ce n’est pas parce que je ne serais plus à tes côtés que tu seras seul et sans aide. Il y aura toujours des personnes pour te soutenir. En passant d’abord par ta mère. Je sais qu’elle ne te laissera jamais tomber. Ça sera sans doute difficile pour elle aussi, ne l’oublie pas. Mais je sais une chose : c’est qu’elle va tout faire pour toi. Tu peux compter sur elle. Si jamais tu te sens mal ou en difficulté, n’hésite pas à t’ouvrir à elle, à lui confier tes problèmes. Je sais que tu as toujours accordé plus de confiance en moi, je sais que c’est davantage à moi que tu confiais la plupart de tes problèmes, mais les choses seront désormais différentes. Maintenant, ce sera à ta mère que tu devras dire ce qu’il ne va pas, ce sera à elle que tu devras demander de l’aide. Et elle t’aime. C’est pourquoi je suis sûr qu’elle fera le nécessaire pour toi.

Tu sais, mon petit astéroïde, je pourrais continuer cette lettre jusqu’à ce qu’elle soit aussi longue que le diamètre de notre galaxie. Mais toute chose à une fin dans l’Univers, même les étoiles.

Si un jour, tu devenais astronaute, je serais fier de toi. De là-haut, je le verrais, tu peux en être sûr. Si un jour tu parvenais à accomplir ce rêve, ou n’importe lequel qui te passerait par la tête, je serais tout simplement fier de ce que tu auras accompli.

Je crois sincèrement en toi. Je sais que tu as un grand avenir devant toi, si tu t’en donnes les moyens. Et, malgré toutes les choses difficiles que tu devras affronter dans la vie en société – car il y en aura – tu apprendras de tes échecs, pour n’en ressortir que plus fort.

Alors, s’il te plaît, ne perd pas de vue tes rêves. Fais tout pour les accomplir.

Imagine que tu es une étoile. Et maintenant, imagine que moi aussi, j’en soi une. On pourrait dire que tu es une étoile qui vient de naître et moi, une étoile en fin de vie, et qui va bientôt s’éteindre. J’exploserai en supernova, et je m’effondrerai en un trou noir. ça sera terrible pour toi. Mais c’est le destin de chacun d’entre nous. De moi. De toi… et de toutes les étoiles que tu vois en levant les yeux au ciel.

Je te souhaite un jour de percer les mystères de l’Univers, de trouver des réponses à tes questions.

Et peut-être même qu’un jour, tu réaliseras ton rêve et tu voyageras dans l’espace.

Je t’aime très fort, mon petit martien.

Papa.