Temps d'arrêt demandé

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Summary

Elle, Nadine, 45 ans, se remet péniblement du deuil de son mari. Lui, Charlie, 19 ans, joueur de hockey, est animé d'une rage difficile à contrôler. Alors que tout semble les séparer, le destin va se charger de les rapprocher et d'anéantir les barrières qu'ils ont érigées pour se protéger ..

Status
Complete
Chapters
33
Rating
n/a
Age Rating
18+

La rencontre

Nadine roulait sur l’autoroute en direction du centre-ville de Sherbrooke. L’été s’achevait tranquillement. Les étudiants du collégial venaient de reprendre les cours cette semaine. Dans sept jours, les élèves du secondaire suivraient leurs pas et retourneraient sur les bancs d'école.

Il y a à peine deux heures, la sonnerie du cellulaire de Nadine avait résonné, bouleversant complètement le déroulement de sa journée. 

Mme Fontaine, qui s’occupait de trouver des pensions pour les joueurs des Boréals de Sherbrooke, une équipe de la Ligue Junior Élite de Hockey du Québec, cherchait désespérément une pension pour un nouveau venu dans l’équipe. Nadine et son conjoint avaient postulé l’an passé pour être famille de pension pour les Boréals. Toute la famille était mordue de hockey et c’était une belle occasion de vivre à fond cette passion. De plus, leur fils aîné quittait pour Moncton afin de jouer dans le programme de hockey universitaire de cette ville . Héberger un joueur junior élite pouvait combler le vide laissé par ce départ. Toutefois, le destin en avait décidé autrement. En avril, Marc, son conjoint, était décédé subitement. Alors qu’il assistait à un match de final des Boréals, il avait été victime d’un malaise et s’était effondré dans les gradins. Transporté au centre hospitalier de Sherbrooke, il avait succombé des suites d’un infarctus massif deux jours plus tard.

Mme Fontaine, plutôt mal à l’aise, lui avait expliqué qu’elle représentait leur dernier espoir. Un nouveau joueur, provenant des Maritimes, venait d’être cédé aux Boréals de Sherbrooke et ils n’avaient aucune pension disponible, le camp ayant déjà débuté depuis quelques jours. Mme Fontaine comprenait que la situation n’était pas idéale puisque la situation familiale de Nadine avait changé du tout au tout depuis qu’ils avaient postulé pour être famille de pension. Elle lui avait promis que cela serait temporaire. Au besoin, ils allaient trouver rapidement une alternative.

Nadine venait de se faufiler dans le stationnement situé devant l’entrée principale de l’aréna de Sherbrooke. Une femme d’une soixantaine d’années était plantée debout juste à côté d'une petite voiture blanche. Nadine gara son VUS près de la dame. Elle descendit de son véhicule et vint la saluer.

« Bonjour, Mme Fontaine ! Est-il arrivé ? Vous ne m’avez pas donné d’information sur mon pensionnaire ? »

« Je suis désolée ! Tout va trop vite ! Nous avons appris seulement ce matin qu’il arrivait à Sherbrooke ! » dit-elle en reprenant son souffle et serrant la main de Nadine en lui souriant.

« Comment s’appelle-t-il ? D’où vient-il ? » demanda Nadine en fronçant les sourcils.

« Il s’appelle Charlie Evans. Il a pris un vol direct Charlottetown- Sherbrooke ce matin. »

« Attendez ! Charlottetown, à l’Île-du-Prince-Édouard ! Il y a des vols directs Charlottetown-Sherbrooke ? » demanda Nadine en plissant le front.

« Non, son père lui a payé un vol nolisé. Son père a beaucoup d’argent, je pense. »

« Est-ce qu’il parle français ou seulement anglais ? » demanda Nadine, inquiète. Son anglais n’était pas très bon.

« Ne vous inquiétez pas ! Il parle très bien français, sa mère était québécoise. »

« Était ? Elle est décédée ? »

« Oui, il y a six ans je crois. Je ne connais pas les détails… », répondit Mme Fontaine, soudain mal à l’aise.

« Ok. Est-ce qu’il y a d’autres choses que je dois savoir ? » demanda Nadine, soudainement anxieuse.

Mme Fontaine sembla tout à coup encore plus mal à l’aise.

« Il ne possède pas une très bonne réputation. Il a été arrêté en état d’ébriété l’hiver dernier pendant qu’il jouait pour les Mariniers de Charlottetown. Je crois que c’est une des raisons qui ont motivé la transaction. Je me sens très mal de tout cela. Vous nous dépannez à la dernière minute. Si vous avez le moindre problème avec lui, je veux que vous m’appeliez immédiatement. Je ne veux pas que vous soyez mal prise. Vous avez mon numéro ? »

« Oui, oui ! Vous m’inquiétez avec toutes ces informations ! »

Un autre VUS noir venait d’entrer à son tour dans le stationnement et le véhicule s’arrêta à leur hauteur. La porte s’ouvrit et un jeune homme en descendit. Il devait mesurer plus de six pieds. Il portait une belle chemise blanche et un pantalon noir propre. Il avait de fortes épaules et des cuisses très musclées qui moulaient dans son pantalon. Nadine put voir ses yeux brun foncé, presque noirs, qui lui donnaient un regard sombre, intimidant. Il mit des verres fumés rapidement. On devinait, sur son poignet gauche, le début d’un tatouage qui montait plus haut sur son bras. Il se dirigea vers l’arrière du véhicule, ouvrit la valise et en retira sa poche de hockey et ses bâtons. Il ralentit près d’eux.

« Bonjour Charlie ! Je suis Mme Fontaine », lui dit-elle en lui serrant la main. « Je te présente Nadine Thomas. C’est chez elle que tu vas demeurer. »

« Bonjour Charlie ! » dit à son tour Nadine en approchant sa main de la sienne pour l’inciter à lui serrer la main.

« Bonjour ! » dit-il en lui serrant la main, la regardant à travers ses lunettes fumées.

Il continua sa route vers l’aréna.

Nadine et Mme Fontaine le suivirent à l’intérieur et l’attendirent dans le hall d’entrée pendant qu’il allait porter sa poche avec le responsable de l’équipement. Nadine était très stressée. Il n’était pas très loquace et toutes les informations que Mme Fontaine lui avait données n’étaient pas très rassurantes. Et si ça virait au cauchemar ? Il avait tout du rebelle. Elle ne pouvait compter sur personne à la maison pour l’aider avec la discipline puisqu’elle vivait seule avec sa fille de quinze ans. Misère ! Dans quel pétrin s'était-elle fourrée !

Charlie revint seul dans le hall, cette fois-ci les mains vides. Il arborait une moue d’impatience ou d’ennui. Rien de rassurant.

« Tu dois avoir des bagages, j’imagine, Charlie ? » demanda Mme Fontaine.

« Oui, mes valises sont dans le VUS », répondit Charlie sans le moindre enthousiasme.

Le trio retourna à l’extérieur et Charlie récupéra ses valises et les transféra dans le VUS de Nadine.

« Bon, parfait, Charlie, je te laisse aux bons soins de Nadine. On se voit demain ici vers neuf heures », annonça Mme Fontaine.

Charlie fit un petit signe de tête en réponse et suivit Nadine vers son véhicule. Ils prirent place à l’avant et Nadine démarra. Elle se demanda soudain si Charlie allait apprécier sa maison. Elle ne demeurait pas dans un château. Elle était médecin de famille, mais elle n’était pas riche. Était-il habitué à une grande maison ? Son père lui avait bien payé un vol direct !

« Charlie, tu viens de l’Île-du-Prince-Édouard ? Je n’y suis jamais allée ! Ça doit être vraiment beau ? » demanda-t-elle d’un ton nerveux.

« Oui, c’est beau », répondit-il sans grand enthousiasme.

Décidément, ça n’allait pas être facile !