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Après l'impact

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Summary

Après un accident de voiture, Marcy se réveille à l'hôpital trop tard... Le monde avait déjà disparu. Les villes se sont vidées. Les routes se sont figées. Et les morts ont cessé de rester morts. Après l’impact, il ne reste que la fuite, le silence, et ce qui refuse de mourir.

Genre
Horror
Author
Charly
Status
Complete
Chapters
34
Rating
5.0 1 review
Age Rating
16+

Chapitre 1

Je suis partie de chez mes parents plus tard que prévu.

Comme toujours.

Le repas s’était éternisé sans que personne ne cherche vraiment à y mettre fin. Ma mère avait préparé trop de choses, comme si nourrir abondamment était sa manière à elle de me retenir encore un peu. Les plats s’étaient succédé lentement, ponctués de conversations anodines, de souvenirs racontés pour la centième fois, de silences confortables que personne ne songeait à combler.

Mon père parlait, surtout pour dire qu’il n’y avait rien de particulier à dire. Les informations à la télévision, la météo capricieuse, le voisin qui avait encore garé sa voiture trop près de la clôture. Ma mère acquiesçait, ajoutait parfois un détail inutile, riait pour presque rien. Je les regardais faire, assise à ma place habituelle, celle que je n’avais jamais vraiment quittée malgré les années.

Il y avait quelque chose de rassurant dans cette banalité.

Quelque chose de fragile aussi.

Quand j’ai annoncé que j’allais y aller, il y a eu ce moment de flottement, ce silence suspendu où personne ne bouge vraiment. Ma mère s’est levée pour débarrasser alors que la table était déjà presque vide. Mon père a regardé l’heure, puis m’a regardée moi, comme s’il voulait mesurer la distance entre l’instant présent et le prochain moment où l’on se reverrait.

— Tu veux un peu de dessert quand même ? a demandé ma mère.

J’ai refusé, puis accepté une cuillère, comme toujours. Le goût sucré s’est répandu dans ma bouche, familier, rassurant. Une saveur d’enfance que je ne prenais jamais le temps d’apprécier pleinement.

Dans l’entrée, j’ai enfilé ma veste lentement, volontairement. Ma mère a lissé un pli imaginaire sur mon manteau. Mon père m’a tendu mes clés, alors qu’elles étaient déjà dans ma main.

— Fais attention sur la route, a-t-il dit.

J’ai hoché la tête.

— Appelle quand tu arrives.

J’ai promis.

Ma mère m’a embrassée une première fois, puis une seconde, un peu plus longue. J’ai senti sa main se refermer légèrement sur mon bras, comme si elle hésitait à me laisser partir. Je lui ai souri, j’ai murmuré que tout allait bien.

Puis la porte s’est refermée derrière moi.

Le bruit a résonné un court instant dans la nuit, sourd et définitif, comme un point final.

Dehors, l’air était frais sans être mordant. Une douceur étrange flottait dans l’atmosphère, inhabituelle pour l’heure avancée. J’ai inspiré profondément avant de monter dans la voiture, laissant derrière moi l’odeur de la maison : le repas, le bois, le linge propre, cette chaleur discrète que l’on ne remarque vraiment qu’en la quittant.

J’ai démarré.

Les premières rues du village étaient désertes. Les maisons dormaient, plongées dans l’obscurité, seules quelques fenêtres encore éclairées témoignaient de vies silencieuses, repliées sur elles-mêmes. Je me suis demandé si mes parents avaient déjà éteint la lumière du salon, s’ils étaient assis devant la télévision ou déjà couchés.

La pensée m’a accompagnée quelques secondes, puis la route s’est ouverte devant moi.

Les habitations ont disparu, remplacées par les bois. Des arbres hauts, serrés, dont les silhouettes sombres se découpaient nettement sous la lumière des phares. Je connaissais cette portion de route par cœur. Je l’avais empruntée des dizaines de fois, toujours avec cette sensation diffuse qu’elle isolait le monde du reste.

Le ciel était parfaitement dégagé.

La lune était pleine, éclatante, presque trop belle pour une nuit ordinaire. Elle baignait l’asphalte d’une lumière pâle, argentée, dessinant des ombres nettes entre les troncs. Les étoiles semblaient plus nombreuses que d’habitude, dispersées sans ordre, comme si quelqu’un les avait semées à la hâte.

Je jetai un bref coup d’œil vers le ciel avant de reporter mon attention sur la route.

À la radio, une musique passait. Une chanson douce, familière sans que je sache vraiment pourquoi. Elle n’exigeait rien, ne racontait rien de précis. Elle existait simplement, emplissant l’habitacle d’une présence discrète. Je montai légèrement le volume, juste assez pour accompagner le ronronnement régulier du moteur.

Je roulais seule.

Aucun autre véhicule. Aucun phare en face. Juste cette route qui semblait n’exister que pour moi, et les bois qui la bordaient comme un mur silencieux. La fatigue se faisait sentir, mais une fatigue légère, presque agréable. Celle qui suit les soirées sans tension, sans événement marquant.

Mes pensées dérivaient sans but. Je repensai au repas, aux gestes familiers, aux silences pleins. À cette impression persistante que le temps filait trop vite, que certaines choses mériteraient qu’on s’y attarde davantage. Je me dis que je repasserais bientôt. Que je ne laisserais pas autant de temps s’écouler.

La route luisait légèrement sous la lumière lunaire. Il avait plu plus tôt, sans que je m’en rende compte. Les phares découpaient l’asphalte humide, révélant chaque imperfection, chaque fissure.

Un virage approchait.

Je le connaissais bien. Large, mais traître, avec une visibilité réduite à cause des arbres. Sans réfléchir, je levai le pied de l’accélérateur. Un réflexe ancien, presque inconscient.

C’est alors que je les ai vus.

Des phares.

Au début, ils étaient lointains, anodins. Deux points lumineux qui semblaient flotter dans la nuit. Puis ils se sont rapprochés. Trop vite. Beaucoup trop vite.

Un camion.

Il surgit dans le virage comme une masse sombre, imposante, écrasante. Ses phares m’aveuglèrent un instant. Je distinguai sa silhouette massive, sa hauteur, sa largeur. Et surtout, je compris qu’il n’était pas à sa place.

Il déviait.

Lentement d’abord, comme si le conducteur avait perdu le contrôle. Puis plus franchement. Sa trajectoire mordit sur ma voie sans hésitation. Il n’y avait nulle part où aller. Les arbres se dressaient de chaque côté, impassibles.

Mon pied écrasa le frein.

Le temps se déforma. Chaque seconde sembla s’étirer à l’infini. Je sentis le volant vibrer violemment sous mes mains, mes doigts se crisper à en avoir mal. Mon cœur battait trop fort, trop vite, cognant contre ma poitrine.

Une pensée absurde traversa mon esprit : ce n’est pas possible.

Je voulus tourner le volant, éviter, fuir. Mais le camion occupait déjà tout l’espace. Il remplissait mon champ de vision, effaçant la route, la nuit, la lune.

L’impact fut frontal.

Le bruit fut indescriptible. Un fracas assourdissant, un cri de métal déchiré, de verre éclaté, de structures qui cèdent. Mon corps fut projeté en avant avec une violence inouïe, retenu brutalement par la ceinture qui s’enfonça dans ma poitrine. L’air quitta mes poumons dans un souffle sec, douloureux.

La musique se coupa dans un grésillement aigu.

Des éclats de verre jaillirent autour de moi, scintillant un instant sous la lumière avant de retomber. Une douleur fulgurante m’envahit, partout à la fois. Impossible de la localiser. Elle brûlait, pulsait, écrasait.

Je crus entendre un bruit lointain, une alarme peut-être, un klaxon, mais tout se mêla rapidement à un bourdonnement sourd qui envahit mes oreilles. Ma vision se troubla. Les formes devinrent floues, indistinctes.

La lune disparut.

Je tentai de respirer, mais l’air refusait d’entrer. Une pression écrasante pesait sur ma poitrine. Mes pensées se fragmentaient, se dissolvaient avant même de se former.

Puis tout s’éteignit.

Il n’y eut pas de chute.

Pas de peur consciente.

Pas de cri.

Seulement un noir dense, épais, absolu, qui m’engloutit sans bruit.

Après l’impact, il n’y eut plus rien.

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