Vax-N
D’aussi loin que je me rappelais, le premier souvenir que je devais garder de mon enfance était celui d’une lumière. Pas une lumière chaude, pas celle du soleil dont les livres parlaient, mais une clarté crue, blanche, qui brûlait mes paupières avant même que je sache comment les ouvrir. Et puis, il y avait le froid. Un froid si constant qu’il était devenu ma seule identité. Je ne connaissais que ça. Le froid du sol. Le froid des murs. Le froid des hommes. Et la lumière blanche.
Le laboratoire n’était pas un lieu, c’était un murmure permanent de machines et de semelles de caoutchouc sur le linoléum. Je n’avais jamais connu que ça. Cette ambiance aseptisée, glaciale, loin de toutes émotions. Car je n’avais pas le droit de ressentir. J’avais été créée dans un but précis : sauver l’humanité.
Le miracle. Le vaccin. L’élue. La sauveuse. Au fil des années, j’avais acquis beaucoup de surnoms. Aucun qui ne reflétait un réel attachement. Seulement de la recherche.
Pourtant, au milieu de cette grisaille clinique, il y avait eu une anomalie dans ma mémoire. Une tâche de couleur.
Le Dr Aegis.
C’était elle qui, la première, avait posé une main sur ma joue sans porter de gants en latex. C’était elle qui avait murmuré un nom à mon oreille, un soir où la fièvre des tests me faisait délirer. Un nom loin de ce code, de ce matricule que j’avais toujours entendu : Vax-N
— Je vais t’appeler Imunë, petite. Tu es une enfant, pas uniquement un sujet d’étude.
Ce prénom était devenu notre secret, mon ancre. Elle m’apportait des livres, me racontait des histoires de vent et de forêts, des choses qui n’existaient pas entre ces murs de béton. Elle me chantait des chansons, coiffait mes cheveux et répétait que j’avais une âme. Que je pouvais avoir des rêves et un autre but que celui qui m’était imposé entre ces murs et la vitre. Les meilleurs souvenirs de mon existence se rattachaient au Dr Aegis. J’aurais aimé continuer ainsi, pourtant, évidemment, les autres chercheurs finirent par comprendre ce qu’il se passait. Et l’attachement au sujet d’étude était interdit. L’enjeu était trop grand pour prendre le risque d’y mêler de véritables sentiments. Ils avaient fini par remarquer la lueur dans mes yeux de petite fille quand elle entrait dans la pièce. Ils voyaient cet étrange sourire qui animait mes lèvres dès qu’elle se trouvait près de moi. Ils avaient compris que sous sa blouse, le Dr Aegis ne voyait pas un sujet, mais une fille.
Alors, ils l’avaient renvoyée. Un matin, elle avait disparu.
Et je me retrouvais seule à nouveau.
Depuis son départ, je n’avais plus jamais vu une seule femme à mes côtés. La direction avait l’air de croire que l’instinct maternel était un trop gros risque pour la “pureté des résultats”. Maintenant, il n’y avait que des hommes. Des ombres masculines, froides, pragmatiques, qui ne voyaient en moi qu’un incubateur de sérum. Pour eux, j’étais redevenue “Le Sujet”. Vax-N.
Ce furent les premiers signes de ma rébellion silencieuse. Au fond de cette âme que m’avait décrite le Dr Aegis, je murmurais le nom qu’elle m’avait donné. Imunë. Une litanie féroce à laquelle je me raccrochais. C’était mon hommage pour elle. L’expression de ma gratitude.
Vingt-cinq ans plus tard, mon prénom restait un souffle protecteur autour de mon âme. Le seul morceau de chaleur que je possédais. Le chiffre inscrit sur mon dossier médical indiquait cet âge qui ne signifiait pas grand-chose. Le temps n’avait pas de prise sur moi. Ma peau restait d’un blanc laiteux, mes cheveux d’une blancheur immaculée, et mes yeux… ce duo étrange de bleu et de gris qui semblait fixer un horizon qu’ils ne pouvaient pas voir.
Chaque matin, la routine était la même. Ils entraient dans ma chambre stérile, leurs silhouettes grises se mouvant dans mon champ de vision comme des spectres sans consistance. Les années passées m’avaient concédé une certaine forme de confort. Je possédais un petit canapé et une bibliothèque regorgeant de livres que je connaissais déjà par cœur. J’avais réussi à posséder quelques feutres, crayons et feuilles me permettant de tracer des traits que mon esprit imaginait. Je savais lire. Je l’avais toujours su alors que personne n’avait pris la peine de m’apprendre. Je passais aussi mes journées à tresser mes cheveux. Des tresses complexes, serrées, différentes chaque jour. Entre ces quelques moments de ″détente″, j’étais prisonnière des mains affamées des chercheurs. Pour eux, je n’étais qu’un sujet, un cobaye, un vaccin. Je ne ressentais rien. Donc, ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient.
Ce jour-là ne faisait pas exception aux autres. Ils entrèrent à trois, ne prenant pas la peine de me saluer. Je fis de même. Je ne leur parlais que rarement.
— On va doubler la dose de prélèvement aujourd’hui, murmura un technicien à voix basse en préparant ses instruments. Il faut voir ce que donnent les résultats de transmission du plasma.
Doubler les doses. J’avais presque de la chance. Certains jours, ils les quintuplaient. Mais pas tout le temps parce que j’avais du mal à m’en remettre.
Les prélèvements étaient de plus en plus fréquents. Ils ne se contentaient plus de quelques tubes ; ils vidaient mes veines jusqu’à ce que ma vue se brouille et que mon cœur peine à battre. Ce n’était pas le pire. Il y avait aussi les électrochocs. Les ponctions lombaires sans anesthésie pour être sûr d’avoir les résultats les moins souillés possibles. Il y avait aussi ces rares moments où ils me conduisaient aux étages inférieurs pour me confronter aux visages de la damnation.
— C’est eux qui t’attendent là-haut, me disait-il. Les vampires tuent les humains, les torturent, s’abreuvent de leur sang. Ils te traqueront pour te faire subir le même sort. Ici tu es en sécurité et tu seras le miracle qui nous sauvera d’eux.
En voyant les yeux injectés de sang des vampires, leurs traits affamés et cette façon de secouer la cage pour tenter de se délivrer, j’aurais dû avoir peur. Pourtant, une part de moins s’identifiait à eux. Je vivais dans la même prison, je subissais les mêmes sévices. La différence, c’était que j’avais le droit de manger.
Parfois, depuis ma vitre, je les regardais transporter mon sang vers les niveaux inférieurs, là où les hurlements des vampires s’étouffaient derrière des portes blindées. Je savais ce qu’ils faisaient. Ils injectaient mon essence dans ces monstres pour observer la réaction. Occasionnellement, le silence retombait brusquement, et je comprenais qu’un des cobayes n’avait pas survécu. D’autres fois, j’entendais des exclamations de triomphe.
— Le sujet 42 a retrouvé une température basale ! Ça marche ! criaient-ils à travers l’interphone.
Pour eux, j’étais une ressource inerte, une fiole de sang sur pattes qu’on pouvait vider et remplir à volonté.
Une fois qu’ils eurent terminé, les trois techniciens quittèrent la pièce avec leurs précieux flacons, me laissant seule avec le silence et le bourdonnement familiers des machines. La sensation de vide dans mes veines était habituelle. Une légère nausée, un voile devant les yeux qui mettrait quelques heures à se dissiper. Ils m’avaient rendu ma liberté jusqu’à leur prochain besoin.
Je me traînai jusqu’à mon canapé. Mes doigts, blancs et fins, cherchèrent machinalement mes cheveux. C’était un réflexe de survie. Tresser était la seule chose qu’ils ne pouvaient pas me voler, une géométrie complexe que je créais dans ma propre tête pour me prouver que je possédais encore ce corps. Mes mains s’activèrent, croisant les mèches neigeuses avec une précision rigoureuse, une tresse en épi de blé qui retombait sur mon épaule.
Ensuite, je tendis le bras vers ma bibliothèque. Mes doigts effleurèrent les tranches usées. Je n’avais pas besoin de lire les titres ; je connaissais l’emplacement de chaque mot, de chaque virgule. Je saisis un recueil de légendes anciennes, celui que le Dr Aegis m’avait donné avant qu’on ne l’efface de ma vie.
Je m’allongeai, les jambes repliées, et j’ouvris la page 142. L’histoire d’une reine qui s’était transformée en oiseau pour échapper à un mariage forcé. Je la lisais pour la centième fois, laissant les mots couler dans mon esprit pour étouffer le souvenir des aiguilles. Je connaissais cette histoire par cœur. J’avais cette faculté à retenir tout ce que je lisais en une seule fois. Encore une caractéristique biologique de toutes les expériences que mon corps avait subi.
Je tournai la page, ne sachant même plus si je l’avais lue ou récitée. Cette histoire criait en moi comme un appel à la liberté. Si je pouvais échapper à cet emprisonnement, à cette vie que je n’avais pas choisie. Rien en moi n’était vrai. Je n’existais que pour sauver une cause désespérée.
Soudain, le silence du laboratoire fut brisé.
Ce n’était pas le bip d’un moniteur ou le bruit d’une semelle. C’était un craquement sourd, lointain, qui fit vibrer la structure même du bâtiment. Puis, quelque chose que je n’avais jamais entendu en vingt-cinq ans retentit : le cri d’un homme. Un réel cri de terreur, pas une instruction aboyée. Je sautais sur mes pieds, les sens en alerte, le livre serré sur mon cœur. Ce mouvement brusque me donna quelques vertiges que j’arrivai malgré tout à gérer.
Une brèche dans la routine de ma vie. Il se passait quelque chose.
Les lumières blanches du plafond vacillèrent. Une fois, deux fois. Puis elles s’éteignirent, plongeant ma cellule dans une obscurité totale, seulement troublée par les lueurs rouges des générateurs de secours qui s’enclenchèrent dans le couloir.
Un espoir fou. Non. Si ?
Un fracas de verre brisé résonna plus près, suivi par le son lourd d’une porte blindée que l’on force.
Je restai immobile sur mon canapé, le livre toujours serré contre ma poitrine. Mon cœur, d’ordinaire si lent, se mit à cogner contre mes côtes. Quelque chose changeait. L’air, d’habitude si filtré, si neutre, commença à se charger d’une odeur métallique. Le verrou électronique de ma porte émit un sifflement de court-circuit. L’espoir se fit encore plus fort. Ma porte, cette porte fermée depuis vingt-cinq ans, venait de s’ouvrir. Si je devais saisir une opportunité, c’était celle-là.
Dans le couloir, m’attendait la vision même de l’enfer. Celle que j’avais pu lire dans les livres et que je m’étais maintes fois imaginée. Les néons rouges clignotaient, révélant des corps étendus sur le linoléum autrefois immaculé. Des chercheurs, des gardes… des ombres grises qui ne bougeraient plus jamais. Au loin, des coups de feu claquaient, étouffés par des hurlements sauvages et des bruits de lacération. Une attaque. Les vampires des cages s’étaient libérés, ou leurs semblables étaient venus les chercher.
Je me glissai le long du mur, le cœur battant à tout rompre. Près d’un corps, je vis un long manteau de cuir sombre abandonné, une sorte de cape de protection utilisée par les convoyeurs. Je m’en emparai, la jetant sur mes épaules pour dissimuler ma tenue blanche de cobaye et ma chevelure. Le cœur battant à tout rompre, je glissais silencieusement dans le couloir, aveuglée par le noir. Je tâtonnais le mur, m’aidant de son soutien pour avancer. Je n’étais jamais sortie ainsi. Je ne savais même pas où était la sortie. Je fis donc confiance à mon instinct, suivant le froid.
Puis, au détour d’un couloir, je croisai un vampire. Un vrai. En liberté. Il était là, à trois mètres de moi, penché sur une victime. Je m’arrêtai, ne sachant comment réagir. M’enfuir ? Aller vers lui ? Il avait quelque chose d’étrange, que je n’avais jamais vu. Une espèce d’illumination noire autour de lui, brillant intensément. J’avais déjà vu quelque chose ainsi sur les autres mais c’était très faible. Presque éteint. Ici, cette lueur qui l’encerclait possédait une vivacité étrange. Comme un feu. Elle me réchauffait même, comme un brasier dans cette immensité glaciale.
Il se redressa, abandonnant sa victime à son sort. Je crus qu’il allait se jeter sur moi mais il poursuivit son chemin sans même me regarder. Il renifla l’air, ses narines frémissant violemment, cherchant une proie, une odeur, une trace de vie humaine. Ses yeux passèrent sur moi sans s’arrêter, comme si je n’étais qu’un meuble, une tache dans le décor. Pour lui, j’étais le vide. Je n’existais pas. C’était donc ça ? Je n’existais pour personne. Les hommes me torturaient. Ne m’accordaient aucune considération. Et les vampires ne me voyaient pas. Je n’étais rien pour personne.
Je continuai ma route, pourtant, courant cette fois sur la pointe des pieds à travers la fumée et les cris. Je parvins à trouver des panneaux d’évacuation que je suivis, montant des escaliers que je n’avais jamais gravis, jusqu’à atteindre une porte blindée entrouverte par un cadavre.
Je poussai le battant de toutes mes forces. Je m’élançai dans l’immensité, mais le premier pas hors du béton fut une agonie sensorielle.
L’air ne se contentait pas d’entrer dans mes poumons ; il m’assaillait. C’était une masse mouvante, épaisse, chargée de particules et de vie, qui m’étouffait plus sûrement que le vide aseptisé de ma cellule. Mes poumons, habitués à une atmosphère filtrée au millimètre près, brûlèrent sous la morsure de l’oxygène pur. Je portai une main à ma gorge, prise d’un spasme de toux, mes genoux heurtant le sol irrégulier.
Le monde était trop grand. L’absence de murs me donna un vertige si violent que je dus fermer les yeux pour ne pas vomir. Il n’y avait plus de repères, plus de lignes droites, plus de plafond pour contenir mes peurs. Le ciel nocturne pesait sur mes épaules comme un linceul de velours trop lourd, m’écrasant de son infinité. Chaque bruissement de feuille, chaque sifflement du vent dans les structures métalliques du laboratoire derrière moi résonna comme un coup de tonnerre.
La terreur me paralysa. Un instant, un instant seulement, l’envie de faire demi-tour m’étreignit le cœur. Je voulais retrouver ma vitre, ma bibliothèque, mes certitudes froides mais prévisibles. Là-bas, je savais qui j’étais. Ici, sous ce dôme d’étoiles muettes, je n’étais qu’une poussière prête à être balayée. Mes doigts se crispèrent sur le tissu rêche du manteau de cuir, mes yeux cherchant désespérément la porte blindée que je venais de franchir.
C’était donc ça, l’extérieur ? Cette pesanteur implacable ? Cette force puissante ? Sauvage ? C’était la vie que je lisais depuis les murs froids de ma chambre… Je n’allais pas renoncer. Pas maintenant. Même si j’étais effrayée.
Je forçai mes jambes à se déplier. Chaque muscle de mon corps, atrophié par des années de sédentarité forcée, hurlait de douleur. Je fis un pas, puis deux, m’éloignant de la lumière rougeoyante de l’incendie qui commençait à dévorer le complexe. Je ne regardai plus en arrière. L’obscurité m’avalait, mais je m’en moquais.
Soudain, mon pied droit s’enfonça dans quelque chose de différent. Ce n’était pas la dureté de la roche ou le tranchant des gravats. C’était souple. Humide. Presque vivant. Je me figeai, le souffle court, et osai baisser les yeux. Sous la lueur pâle de la lune, des milliers de tiges fines et sombres pliaient sous mon poids avant de se redresser avec un frémissement soyeux. Je m’accroupis lentement, tendant une main tremblante vers le sol. Mes doigts effleurèrent la texture fraîche, un peu piquante, recouverte d’une rosée qui me parut être la chose la plus précieuse que j’aie jamais touchée.
— L’herbe… murmurai-je, ma voix n’étant qu’un craquement sec dans la nuit.
C’était ça. La vie n’était pas un concept médical. C’était cette sensation de froid humide contre ma paume, cette résistance tendre du sol. Je fermai les yeux, inspirant à pleins poumons malgré la brûlure.
La liberté était là. Elle était vaste, terrifiante et glaciale. Elle allait me demander un prix que mon corps de verre n’était pas encore prêt à payer, mais alors que le premier frisson de froid réel parcourait mon échine, je sus que je ne retournerais jamais dans la lumière crue des hommes.
Le voyage commençait, et le monde, dans toute sa fureur, m’attendait. Alors, je m’élançai, laissant la nuit m’envelopper, un rire presque hystérique se dispersant derrière moi, comme les brumes de cette vie que je laissais se consumer.
ENCYCLOPEDIE DES ODEURS
FICHE OLFACTIVE N°05 : LA NUIT
Désignation technique : Infini Nocturne Catégorie : Atmosphérique / Identité
« Les hommes croient que la nuit est uniforme. Ils ignorent qu’elle change de peau selon l’endroit où elle se pose. Entre le bitume qui recrache sa chaleur et l’humus qui boit la lune, la nuit est un territoire aux mille frontières que j’arpente depuis vingt siècles. »
PROFIL SENSORIEL
NOTE DE TÊTE (L’Urbaine) : Une acidité métallique et électrique. C’est le goût du néon, de la poussière de fer et du bitume qui refroidit. En ville, la nuit sent le minéral inerte et le pétrole ; une odeur “grise” qui sature les sens et masque les proies.
NOTE DE CŒUR (La Sauvage) : Une effluve de mousse humide, de terre noire et de résine de pin. C’est l’odeur des forêts. Une fragrance vivante, profonde, où le parfum du lichen se mêle à celui de la fourrure des bêtes qui s’éveillent.
NOTE DE FOND (L’Essence) : Une note de froid absolu. Ce n’est pas une odeur, mais une sensation de pureté, comme de la glace pilée. C’est l’odeur du vide entre les étoiles, le moment où l’air devient si cristallin qu’il semble se briser sous chaque inspiration.
ANALYSE TACTIQUE
Ash adapte sa traque selon la texture de la nuit :
Le Brouillage Urbain : En ville, les odeurs stagnent. Il faut filtrer la pollution pour isoler le sillage d’une carotide. La nuit urbaine est un labyrinthe de parfums synthétiques qui agresse ses sens millénaires.
La Clarté Sylvestre : Dans la forêt, la nuit est un conducteur parfait. L’air y est plus riche, plus porteur. On peut sentir le passage d’un cerf à des lieues ou le frémissement d’une feuille chargée de rosée. Là-bas, il n’y a pas seulement de traque pas, il s’agit de respirer avec le monde.
✍️ NOTE DE TRAQUE
« J’ai connu des nuits qui sentaient le feu de bois et le sang de bataille sur l’herbe haute, bien avant que le béton ne vienne étouffer la terre. Aujourd’hui, la nuit de certaines ville sent la suie et le métal, un parfum stérile qui tente de cacher le vivant. Mais je retrouve surtout l’odeur de la forêt antique : ce mélange de terreau et de sève qui monte. C’est là que je me sens le plus redoutable. En ville, je suis une ombre parmi les ombres. En forêt, sous la voûte des arbres, je suis le prédateur originel. La nuit n’est pas mon manteau, elle est mon sang. »