Ch 01 - L'Empire D'Angelo

Il existe de multiples organisations criminelles.Chacune choisit ses propres combats comme ses propres règles. Cependant, la loi du Talion leur est commune à toutes.
Autant dire que tuer impunément un membre d’un clan rival n’arrive jamais. Il y a toujours un prix à payer…
C’est dans cette certitude que Massimo a grandi, sous l’aile inflexible de son patriarche et Capo de la mafia milanaise, Antonio D’Angelo.
Leur empire repose sur la conquête du pouvoir et l’infiltration des affaires les plus lucratives : des start-up prometteuses aux banques qui ont, en leur temps, fondé la ville, en passant par les manufactures et les chaînes de distribution.
L’argent est au centre de chaque accord, et le moindre manquement aux engagements pris envers les D’Angelo se paie le plus souvent par le sang.
Pas par la mort, bien trop expéditive et irréversible. Et légèrement disproportionnée. Il n’y a rien de tel qu’un doigt ou une oreille en moins pour graver une leçon à jamais : Nul ne mord la main qui le nourrit.
L’âme de la famille réside pourtant ailleurs : dans la femme de la maison.
Lucia, épouse d’Antonio et mère de Massimo. Ne confondez toutefois pas tendresse et faiblesse.
Lucia est un savant mélange d’humanité préservée et de froide vengeance si l’on touche à l’un des siens. Elle ne voit aucun mal dans les agissements mafieux, c’est juste une norme.
Elle dirige le personnel de maison avec la rigueur d’une petite entreprise intra muros, où chaque tâche et chaque regard ont leur importance.
Pour elle, une faute avouée peut être à moitié pardonnée et justement sanctionnée. Mais une erreur dissimulée est une trahison inexcusable, même la plus insignifiante.
Cette règle a un avantage certain : elle glane bien plus d’informations auprès des rats qui circulent sans relâche dans tout le domaine que n’importe quel service de renseignement.
Ici, le moindre bâillement d’un garde est signalé, car il pourrait annoncer une faille de sécurité. Chaque bribe de conversation surprise entre employés est analysée, recoupée, puis replacée dans l’ordre invisible des choses.
C’est à ce prix que Lucia contribue à la sécurité du Domaine D’Angelo.
Une forteresse bâtie en hauteur, à flanc de colline, entourée de murs d’enceinte en pierres maçonnées et protégée par une unique entrée d’acier renforcé, infranchissable même pour un char d’assaut.
Massimo est fils unique, il porte l’avenir du pouvoir D’Angelo sur ses épaules. Et, de ce fait, a été autant protégé que mis à l’épreuve dès son plus jeune âge.
Seule la perfection est autorisée pour un futur Capo.
Il n’a pas quitté la propriété familiale avant ses seize ans.
Tous ses précepteurs avaient pour consigne de ne jamais le sous-estimer et, surtout, de ne jamais penser qu’il était un enfant. Tout manquement ou toute faiblesse de sa part était réprimandé par la force, la privation, et parfois même par l’incarcération dans le noir.
Massimo a appris la paranoïa comme certains apprennent l’hygiène dentaire. Se méfier de tous en tout temps est un principe de survie qui a fait ses preuves.
Antonio s’est efforcé de retourner contre lui chaque personne assez naïve pour tenter d’adoucir son quotidien. Et il veillait à transformer ces leçons en spectacle, afin qu’elles marquent aussi bien l’esprit de son fils que celui des employés, même temporaires.
Heureusement pour son équilibre psychique, sa mère Lucia lui offrait parfois un contrepoids.
Elle lui a appris le réconfort d’une pâtisserie maison, les câlins qui autorisaient les larmes… mais jamais plus de trente secondes et toujours à huis clos. Et surtout cette oreille attentive capable d’entendre ce que personne d’autre n’aurait supporté.
Pour ses treize ans, Massimo a reçu un cadeau que seul un Capo peut avoir la perversité d’offrir.
Un trio de jeunes filles avec des yeux de biche effarouchées et pour cause.
— Fils, je te donne une minute pour tuer l’une d’elle d’une balle.
Il lui met un revolver chargé entre les mains et regarde Massimo avec autorité. Le jeune homme ne cille pas, il scanne chacune des filles et en abat une d’un tir précis entre les deux yeux. Elle s’effondre et les deux autres tentent de fuir mais les gardes les ramènent sans ménagement.
— Tu as trente secondes pour en battre une avec ta ceinture à sang.
Massimo ôte la ceinture de son pantalon et frappe la plus chétive avec la boucle en plus du cuir. Elle hurle. Un léger sourire passe sur ses lèvres. Elle tient encore debout. Elle saigne après deux coups mais il poursuit jusqu’à la fin du temps imparti. Finalement, elle n’était pas si faible que ça... Les apparences sont parfois trompeuses.
Antonio pose alors sa main sur son épaule, visiblement fier de la prestation de son héritier.
— Explique-moi ton choix.
— La première méritait de mourir, elle a soutenu mon regard, c’était une rebelle. La seconde était si fragile que j’espérais qu’elle finisse à genoux.
Le Capo rit de bon cœur.
— Regrettes-tu ton geste ?
— Nullement, si elles sont ici c’est que leurs géniteurs nous doivent de l’argent.
La dernière fille se tortille en gémissant, elle vient de se faire sur elle.
— Décevant…
Antonio la bute. Plus tard dans la soirée, Massimo a reçu deux jouets presque consentants pour assouvir ses fantasmes comme récompense. C’était le meilleur cadeau de sa vie. Il n’était plus puceau.
À seize ans, Massimo rejoint une école privée élitiste en immersion.
Lorsque son père lui laisse une heure pour faire ses bagages, il ne discute pas. Il se contente de l’essentiel, conscient que la plupart des choses que les gens emportent peuvent être achetées sur place.
Il pensait honnêtement être envoyé aux États-Unis ou en Angleterre.
Il ne s’attendait absolument pas à Vienne, en Autriche.
À son arrivée, il ne connaissait pas un mot d’allemand et devait pourtant suivre l’ensemble de ses cours dans cette langue.
Habitué à relever des défis, il ne signale évidemment pas cette faiblesse et encaisse en silence. Les maux de tête deviennent fréquents. Les nuits sont consacrées à l’étude de la langue, grâce à des applications qu’il utilise sur son temps libre.
À la fin du cycle, il est diplômé avec la plus haute note.
À dix-huit ans, il est admis à Oxford, où il suit un master en affaires étrangères et en gestion financière, entièrement en anglais.
Il ne socialise pas et ne sort jamais. Tout son temps libre est consacré à approfondir ses connaissances ou à investir les fonds qu’il a déjà commencé à gagner par lui-même.
Il revient à Milan après six ans d’absence et armé d'une détermination sans limite l’habite.
C’est un choc de retomber sous la coupe d’un patriarche qui contrôle même l’acidité de sa transpiration sous stress. Ne vous méprenez pas, ce qui l’insupporte c’est l’impression de faiblesse du Capo qui affiche un énorme coup de vieux.
— Père, je suis là maintenant.
Lucia opine du chef. Tout était planifié.