200X LMg-001 : Le lycée au bout du monde

À 15 km au nord de notre petite ville se dresse un vaste ensemble scolaire qui draine tous les enfants et ados du nord de la région, c’est une vraie usine, qui a engloutis tout le village au milieu de nulle part ou ça a été construit, l’enseignement y commence à la maternelle pour finir au lycée professionnel.
C’est ici que je fais ma rentrée au lycée : j’entame une formation pro en mécanique sur machines industrielles. J’aurais voulu faire mécanique auto, le lycée pro qui propose cette formation est en pleine ville, c’était parfait. Mais c’est un lycée public. Ma mère m’a donc collé dans le privé sans même me demander mon avis, c’est pas du snobisme, elle est enseignante dans le privé, ça lui donne droit à la scolarité quasi gratuite pour ses enfants. En revanche son manque d’intérêt pour mes choix d’études dénote parfaitement ce que je représente pour elle : une charge dont il faut s’occuper sans que ça la fasse chier elle. Malgré ma présence quasi invisible dans la maison, je suis un poids administratif pour elle, elle a décidé de mon futur à la va-vite avec un pragmatisme pécunier des plus égoïstes, son esprit étant toujours majoritairement occupé par sa maladie.
C’est de la mécanique quand même, mais pas passionnante, après techniquement si tu sais démonter une machine quelconque tu sais aussi de facto déboulonner une bagnole, c’est une machine aussi mais une machine à roues. Les mecs préfèrent toujours les trucs qui ont des roues... des roues et des sièges aussi, parce qu’on peut potentiellement faire que des nanas s’asseyent dessus.
Ce lycée pro n’est pas qu’un dépotoir à trouduc en échec scolaire, c’est privé, la région est viticole, les enfants de riches propriétaires font souvent cette formation pour reprendre en main le domaine familial, savoir faire fonctionner et réparer les chaînes d’assemblage de bouteilles de vin dont les tapis roulants circulent dans les chais et les sous-sols de leurs châteaux centenaires.
Je ne suis pas “seul” dans la classe, Julian, le petit frère d’Ophélie, est aussi là. Le nord de la région, c’est leur coin, leur château produit du Pomerol.
Évidemment seulement un tiers de la classe se compose de types qui veulent bosser, le tiers suivant dont je fais partie se compose de branleurs de tout poil qui ont échoué faute d’ambition ou de note rutilantes pour aller dans l’enseignement général ou il faut avoir un niveau en math digne d’un astronaute. Le dernier tiers est unique à ce genre d’endroits et il regroupe des mecs avec un QI à deux chiffres et des prénoms de cul-terreux, Didier, Dany, Kévin. On les a casé la faute de mieux, des golems moux et incapable de rien, ils sont comme une meute malléable mole et lente d’attardés, je fini par tous les nommés “les dany”. Je me demande toujours pourquoi l’eugénisme est si mal vu alors qu’on a les résultats d’une sélection non naturelle sous les yeux, on sait ce que ça fait, pourquoi on continue? Mystère.
L’humanité c’est pas différent de mon aquarium, moi je sais deja bien que si je veu de jolis poissons je doit pas laisser se reproduire ceux qui sont tout tordus, on fait pareil pour les élevage de chien ou de chat, ou de n’importe quoi en fait, mais pas les humains, et on voit déjà bien que c’est de pire en pire, on est littéralement en train de dé-evolué. La France dans 20 ans sera peuplée d’une armée de cassos complètement dégénérés incapable de penser, qui devront leur vie grâce aux allocs qu’on a prélevé sur les revenus de la portion diminuante des gens qui travaillent. Les paléontologues s’évertuent à trouver le chaînon manquant dans l’arbre généalogique de hominidés, j’ai envie de leur dire de plus chercher ils sont là sous mes yeux. J’aurais préféré que ces cons soient éteint ou au moins en voie de disparition mais c’est tout l’inverse qui est en train de se passer, le communisme les a littéralement recréés !
Ils errent la dans la partie lycée, le front bas, la nuque large, des mains épaisses, un regard mort sur des face lunaire dépourvu d’expression complexe, des benêts.
L’établissement est gigantesque, chaque section dispose de ses propres espaces : les cours immenses sont bien délimitées, communes ou spécifiques selon les niveaux.
Le primaire et le collège comptent chacun six classes par niveau, tandis que le lycée professionnel ne propose que deux formations, avec une seule classe pour chaque filière.
Les formations collent bien à la région : une filière méca pour les gars, et une en compta, plutôt fréquentée par les filles, des filles pas belles.
Franchement, dans leur section, c’est le mouroir de la beauté, à part une ou deux potables, le reste c’est un carnaval de gros boudins. Elles ont un mec aussi dans leur classe, un pédé, nous aussi on a une meuf dans la nôtre, une grosse tout à fait hétéro qui servira de sac à foutre pour les moins regardants de la classe, elle est pas farouche, moi en 3 ans je connaîtrai jamais son prénom, c’est juste “la grosse”. C’est une vraie boule aussi haute que large, je la trouve proprement immonde avec ses cheveux gras coupés à la garçonne et sa gueule bouffie couverte de furoncles turgescents.
C’est pas ni dans notre classe ni dans la partie lycée qu’on est en bonne compagnie féminine, en classe de mécanique l’ambiance est masculine à 100 % mais en dehors on aimerait parfois avoir un peu de ce charme si féminin.
Par chance ou plutôt bien évidemment, les mecs du lycée un peu cool sont les coqueluches des filles des nombreuses classes de 3ᵉ. En vrai si on enlève les demeurés à l’intellect à la même température que le chauffage, on a un petit club de beau-gosses branleurs de première classe.
Je suis devenu très vite ami avec deux gars en plus de Julian. L’un est un joyeux drille de toxico mais qui connaît ses limites, un brun aux cheveux courts et bouclés, déjà tatoué, mat de peau avec une musculature impressionnante, beau parleur avenant, vraiment sympa, c’est Philou. Le second, Manu, est un blond de taille moyenne, une espèce de métalleux aux cheveux longs et shampouinés comme une fille, amateur de batterie ; il passe son temps à tambouriner avec ses doigts sur toutes les surfaces possibles.
Si Julian est bosseur et pas branleur pour un sous, les deux autres sont des glandeurs avérés.
Bien vite nous formons un petit club de potes, mais de potes de lycée uniquement, ces 3 là habitent encore plus au nord de ce patelin déjà trop au nord de ma petite bourgade alors que moi j’habite au sud. À notre âge, où nos moyens de locomotion sont le vélo et le scooter, ces distances sont tout bonnement infranchissables. Entre mon village et les leurs, y a en fait presque 30 km.
Venir à ce lycée est comme une aventure étrange : des bus scolaires sillonnent les alentours de la région avec pour seul terminus cet ensemble éducatif.
Je prends le mien à la sortie de mon village, puis il serpente sur les routes départementales vallonnées, traverse Libourne et poursuit sur le plat de la route 89, une route célèbre, elle est absolument rectiligne, comme tracée au cordeau et flanquée de platanes géants de chaque côté. C’est une sorte de route de la sélection naturelle, tous les ploucs finissent enroulés autour d’un platane dans leur voiture de tuning, happés par l’envie de mettre le pied au plancher sur cette ligne droite qui dure plus d’une vingtaine de km.
Cette région me semble étrangère, habitant dans les vallons au sud de Libourne, la pampa plate du nord m’apparaît comme un autre pays, on dit que c’est une région de ploucs et de gitans.
Mal réveillé dans des matins qui sont de plus en plus sombres, je suis ballotté par le car et bercé par la musique de mon baladeur MiniDisc. C’est un voyage long et lent que je passe à demi endormi, c’est d’un onirisme flou, comme si je flottais sur un nuage de coton gris de fatigue et d’ennui, comme un nuage matinal de pluie d’automne. Ça teinte le ciel d’un bleu acier étrange, mais on sait toujours que l’après-midi sera ensoleillée, alors on attend sans vraiment s’inquiéter, mais on se fait un peu chier.
Le bus scolaire cahote à une vitesse d’escargot, il s’arrête de village en village pour prendre les écoliers, collégiens et quelques rares lycéens.
C’est lors d’un arrêt dans un de ces villages paumés que je trouve cette fille qui deviendra celle qui remplacera Stéphanie, alors que cette dernière n’est pas encore partie et que je ne sais pas encore qu’elle le fera dans les mois qui viennent.
C’est une petite brunette, très mince, vêtue d’un jean slim noir râpé aux genoux et de Doc Martens parfaitement cirées aux pieds. Son haut est un simple t-shirt rose violacé chiné sans motif. Sur l’épaule, un vieux sac en jean noir, délavé jusqu’à l’os, couvert de porte-clés de groupes de metal. Ses poignets sont ornés d’une gourmette et d’un fatras de chainettes en argent plus ou moins oxydées.Un casque audio lui enserre la tête comme un bandeau serre-tête et maintient légèrement en arrière ses longs cheveux teints couleur prune, cela laisse apparaître ses boucles d’oreilles en argent : deux petits pendules où se balancent une bille rose et mauve au rythme de ses pas.
Elle dégage une aura ensorcelante et fière, presque sauvage, ça doit pas être la super pétasse populaire de sa classe, mais plus la fille dont on ne voit pas de suite la beauté et le charme car elle le cache derrière une vie bien remplie et des passions prépondérantes, ses centres d’intérêts prennent le dessus sur le maquillage, les fringues et le paraître qui caractérisent généralement les petites putes de cet âge.
Ses yeux sont d’un marron très clair, pas vert ou vert doré, juste marron noisette. Un petit nez fin, des lèvres discrètes, un visage fin et des yeux malins. Elle a sûrement un beau sourire, mais à 7 heures du matin, quand elle monte dans le bus, elle tire une tronche renfrognée.Elle adresse quand même un sourire discret au chauffeur mais il s’efface aussitôt, remplacé par une expression rêveuse et fermée.
Dans les bus scolaires, il y a une hiérarchie des places assises aussi stricte qu’informelle.
Plus tu es dans une petite section, plus t’es assis à l’avant : les gamins s’asseyent à côté du chauffeur, les collégiens au milieu du bus, les lycéens et les troisièmes à l’arrière.
Si t’es un mec du lycée mais qu’en plus t’es super cool, alors t’as le droit de t’asseoir à la dernière rangée de 4 sièges collés contre le pare-brise du bus tout à l’arrière. Le Graal, c’est cette dernière rangée, l’ultime récompense après des années de scolarité passées à pas en foutre une.
Les trônes informels des mecs du lycée les plus stylés et y a pas de resquillage possible, tu peux pas aller poser ton gros cul dégueulasse là si t’es pas super chébran, et pas de place pour les filles ici, c’est que pour les méga stars de branleur, seules quelques élues femelles peuvent venir poser leur séant, les meufs régulières d’un élu du fond du bus exclusivement. La règle est simple : plus t’es assis à l’arrière, plus tu es haut dans l’échelle sociale du bahut.
Alors je suis assis là, seul, les 3 autres places sont vides alors que le reste du bus est bondé.
La nouvelle venue, cette jeune sorcière femelle, remonte l’allée du bus, et bien sûr, je la mate. Vu son corps, elle n’est clairement pas en primaire. Elle a une vraie silhouette : une bonne poitrine, des hanches larges et un cul bien dessiné et ferme.
À chaque pas qu’elle fait vers le fond du bus, j’affine mon estimation de sa classe. Ça marche comme ça : ta place dans le bus, c’est ton niveau dans la chaîne alimentaire scolaire. Je sais pas où elle va poser son cul, moi peu importe l’emplacement, je la croquerais bien pour mon pti dej, son style me plait énormément.
Elle m’a vu direct en montant. Nos regards se sont croisés. Ses yeux noisette sont soulignés d’eyeliner noir et quelque chose dans ses cils longs lui donne un regard de biche.
Je continue à la fixer, elle rougit un peu en progressant entre les rangées mais détourne les yeux. Avant de s’asseoir, elle me jette un bref regard en coin.Je ne l’ai pas lâchée, elle pince sa lèvre inférieure brillante de gloss framboise, et se pose trois rangs avant le fond, là où je suis installée.
Je déduis de ce premier semblant d’interaction qu’elle aime le violet, les bijoux en argent et qu’elle est en classe de troisième. Je m’en serais douté, elle est bien trop mignonne pour faire partie des classes de boudin qui font compta au lycée et a trop de forme et de présence pour être une petite collégienne débutante.
En bon prédateur que je suis, je me dis : tiens, celle-là elle me plait, y a peut-être moyen de l’amener à Stef.
Je me lève à l’arrêt final pour descendre, je la vois se dresser devant et venir dans l’allée, elle m’a pas vue, notre sortie est bloquée par les gamins qui s’agglutinent comme des cons tout devant, une fois debout elle ne peut progresser. J’avance jusqu’à elle.
Je suis si près d’elle dans son dos que je peux sentir son parfum, c’est floral mais pas une sorte de printemps explosif comme les filles de son âge, c’est plus lourd et complexe, c’est épicé, menthe poivrée, patchouli et jasmin, ça fait pas forcément plus “femme” mais c’est définitivement plus mystérieux.
Elle pose son bras sur un dossier de siège. Frappé dans la plaque d’argent de la gourmette, je lis son prénom, “Morgane”, un vrai prénom de sorcière.