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Le prix de L'Indépendance : La Comtesse Insoumise

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Summary

« Je préfère mourir seule que de remettre une corde à mon cou. » Éléonore Kingsley a appris à ses dépens que la noblesse n'est qu'un décor de théâtre et que l'amour peut être une prison. Ruinée par les mensonges de son défunt mari, elle s'exile dans la vallée de l'Hudson avec ses six enfants. Dans cette Amérique brute et sauvage, elle possède deux armes : un talent de cavalière hors pair et les plans d'une machine révolutionnaire. Mais entre les griffes d'un magnat de la presse new-yorkais et son attirance pour John Miller, un fermier aussi fier qu'elle, Éléonore va découvrir que la liberté a un coût. Pour devenir la femme qu'elle a toujours voulu être, elle devra affronter le feu, la trahison et ses propres peurs. Jusqu'où est-elle prête à aller pour ne plus jamais dire "Maître" ?

Status
Complete
Chapters
36
Rating
5.0 4 reviews
Age Rating
16+

Chapitre 1

Eléonore

Le soleil de mai me lacère la nuque.

Il projette une lumière d’une arrogance obscène sur les collines du Kent.

Mes talons broient le gravier avec une régularité de métronome, juste derrière le coffre de chêne qui enferme Alistair.

Mes talons broient le gravier avec la précision chirurgicale d’un métronome.

Je marche dans l’ombre du coffre de chêne massif qui emprisonne Alistair.

Le voile de crêpe noir, lourd et imprégné d’un parfum de deuil suranné, me cingle les lèvres à chaque rafale.

L’air s’engouffre dans mes poumons, saturé de poussière de craie et de cette odeur de terre retournée qui stagne comme une promesse de déchéance.

Chaque rayon printanier agit comme une morsure acide, une insulte physique à la noirceur froide qui irrigue mes veines.

Six étalons noirs pilonnent le sol, leurs sabots massifs réveillant les échos d’une puissance que nous n’avons plus.

Leurs plumes funèbres oscillent, spectres de jais qui se moquent de ma chute imminente.

Le pivot de la roue avant droite du corbillard émet un grincement aigu, sec, métallique.

C’est un cri de ferraille qui m’écorche les nerfs, plus authentique que les sanglots hypocrites qui m’encerclent.

Mon cerveau dissèque la mécanique malgré moi : un graissage insuffisant, un roulement à billes grippé par l’usure et l’oubli.

Je visualise la friction, la chaleur du fer qui s’érode, le métal qui hurle sa fatigue avant de rompre.

Mes doigts se crispent sous mes gants de dentelle française, cherchant une prise sur un vide sidéral.

Sous mes ongles, la chair palpite, encore rouge d’avoir été brossée ce matin avec une fureur maniaque.

Je traque la moindre trace de cambouis, ce stigmate de ma lignée que j’étouffe sous des couches de soie et de mépris.

Six ombres s’agrippent à mes hanches, une phalange silencieuse, pétrifiée par l’adrénaline et la perte.

Arthur, cinq ans, me broie la main, ses jointures blanchissant sous la pression de la peur.

Je perçois sa moiteur contre ma paume, un lien organique qui me rappelle ma seule et unique mission : mes enfants, les fruits de mes entrailles.

Claire, quatorze ans, redresse son buste avec une élégance de cygne blessé, les muscles de son cou tendus comme des cordes de violon.Elle fait bloque avec les jumelles et les garçons.

Hier, ces hectares de terre grasse constituaient leur empire, leur terrain de chasse privé.

Aujourd’hui, l’herbe trop haute semble vouloir les happer par les chevilles pour les enfouir avec le cadavre de leur père.

Les oiseaux chantent dans les chênes séculaires, une cacophonie sauvage qui ignore mon agonie.

Alistair nous abandonne là, pantelants, face à un abîme dont je suis la seule à sonder la profondeur.

Quarante-cinq ans de dorures superficielles s’écaillent sous le premier souffle de la réalité.

Un arrêt cardiaque dans le velours d’un compartiment de première classe. Une fin de lâche.

Le château de cartes s’effondre, s’éparpillant dans la boue noire du Kent.

L’enterrement suinte une perfection britannique rance, une mise en scène qui me soulève le cœur.

Le Tout-Londres s’agglutine, les pupilles dilatées par l’excitation malsaine du désastre imminent.

Ils viennent renifler l’odeur du sang sous mes flots de cachemire et de laine vierge.

Ils guettent la « veuve française », attendant l’instant précis où la bête flanchera.

Soudain, une présence électrise l’air derrière moi.

Un sillage de vétiver boisé, de tabac de luxe et de froid polaire m’enveloppe.

Je ne me retourne pas, mais ma peau se contracte, une réaction épidermique que je ne peux réprimer.

Lui.

Julian Vane.

Il se tient à dix pas, une silhouette d’obsidienne qui dévore la lumière.

Ses yeux ne se posent pas sur le cercueil, ils sont ancrés dans ma nuque, chasseurs et possessifs.

Il ne vient pas rendre hommage , il vient évaluer l’état d'une future acquisition.

Depuis sept jours, je verrouille ma mâchoire jusqu’à en faire craquer mes cervicales.

J’encaisse les baisers de glace sur mes pommettes, des contacts éphémères qui me brûlent.

Leurs condoléances murmurées m’atteignent comme des crachats que j’essuie d’un regard fixe, souverain.

Je verse le thé brûlant dans une porcelaine translucide sans qu’une seule goutte ne perle.

Mes mains ne tremblent pas, elles obéissent à une volonté de fer, une mécanique de précision héritée des forges.

Le personnel glisse dans les couloirs du manoir, armée de spectres qui guettent la moindre faille.

De la gouvernante au valet, ils salivent d’avance, espérant l’effondrement, le cri, la chute finale.

Ils veulent voir mes ongles griffer le parquet de chêne, entendre mon masque de Lady voler en éclats.

Dans le grand salon, après que la terre a enfin étouffé le bois, les murmures serpentent comme des vipères.

Ce ne sont pas des prières qui s’élèvent, mais des inventaires de charognards affamés.

— Une propriété si vaste... susurre Lady Worthington, son binocle pointé vers les jardins comme un canon de marine.

Elle ajuste sa monture, ses yeux de reptile sondant mes failles, cherchant le sel d’une larme.

— La gestion d’un tel domaine... si viscérale. Trop brutale pour une femme du continent, n’est-ce pas ?

Elle marque une pause, laissant son venin infuser l’air lourd, chargé de l’odeur de lys fanés.

— Quel dommage qu’Alistair n’ait pas eu de frère pour dompter cette terre sauvage.

— Elle est jeune, grince le Baron de Sheffield, son regard poisseux dévalant ma taille avec une impudeur révoltante.

Ses yeux s’attardent sur la courbe de mes hanches, pesant ma valeur marchande comme on jauge une pouliche.

— Une femme avec une telle charge cherchera vite une laisse. Un protecteur contre les dettes.

Leurs mots me cinglent, mais je demeure de marbre, une statue de velours et de mépris absolu.

Je suis leur proie exotique, la brebis qu’on jauge avant de la dépecer sur l’autel des enchères.

Le soir tombe enfin, le château vomit ses derniers invités, me laissant seule avec le silence oppressant.

Je me terre dans le bureau d’Alistair, un espace saturé d’une masculinité envahissante et toxique.

L’odeur du tabac et du cognac me saute à la gorge, une étreinte posthume qui tente de m’étouffer.

Je monte à l’étage, verrouille ma chambre à double tour, et mes jambes cèdent net.

Je m’effondre sur le tapis de Perse, mon corps entier secoué par un tressaillement sauvage, tellurique.

Je ne pleure pas l’homme, je hurle la rage d’être acculée, le dos contre un mur de glace.

Mes mains griffent la laine épaisse jusqu’à ce que mes phalanges saignent.

Le corset, serré à l’extrême, me cisaille les côtes, me rappelant à l’ordre de ma condition.

Cette douleur physique devient mon ancre, mon point de ralliement dans cette tempête.

Je me redresse, essuie mes yeux d’un geste sec, et réajuste mon masque d’acier poli.

L’acier peut grincer sous la pression, mais il ne rompra pas. Jamais.

Je redescends, m’installe dans le fauteuil de cuir fauve, une gueule béante prête à m’engloutir.

Depuis l’aube, les créanciers ont remplacé les nobles, plaquant leurs enveloppes sur le bois ciré.

Une pluie de cire rouge, une hémorragie de papier qui macule le bureau de mon défunt époux.

Mes doigts s’agrippent au registre des comptes, les jointures blanchies par l’effort désespéré.

Je cherche l’ordre, je ne trouve que le chaos, des chiffres qui dansent comme des insectes sur un cadavre.

La vérité me percute : une main invisible se referme sur ma trachée, m’interdisant tout souffle.

Nous sommes ruinés. Lessivés. Mis à nu devant un monde qui n’attend que de nous dévorer.

Alistair a dépecé le domaine morceau par morceau, boucher incompétent, vaniteux et aveugle.

Des hypothèques empilées comme des cadavres dans une fosse commune, des dettes de jeu étalées comme des plaies ouvertes.

Puis, je déterre la facture finale, dissimulée entre deux bordereaux de grain.

Cartier. Trois mois plus tôt. Une parure de saphirs.

L’éclat de ces pierres n’a jamais effleuré ma peau, elles furent livrées à une adresse anonyme à Chelsea.

Sous le vernis du Lord magnifique grouillait un parasite nourri de mensonges et de trahisons.

Il a brûlé l’avenir de ses enfants pour les reins d’une courtisane de bas étage.

Je sens mon sang bouillir, une chaleur industrielle qui me remonte des entrailles, purifiant mon deuil.

Je lève les yeux vers les portraits de ses ancêtres, leurs regards d’huile me transperçant de leur morgue.

Ils jugent l’intruse, la « fille des forges », celle qui n’aura jamais la noblesse de leur sang bleu.

Je leur rends leur mépris par un sourire sans dents, un rictus.

À trente-cinq ans, j’hérite d’une carcasse vide et de six bouches à protéger contre les loups.

Le titre de Lady ne vaut pas le parchemin sur lequel il est calligraphié avec une telle emphase.

Six mois de sursis avant que les huissiers ne nous jettent dans la boue froide du Kent.

Les hyènes grattent déjà à ma porte, humant l’odeur de la veuve éplorée qu’ils croient vulnérable.

Ils commettent une erreur fatale : ils oublient que le fer est plus résistant que l’or.

Je sens mon pouls battre un rythme de guerre dans mes tempes, puissant, régulier.

Un rythme sauvage, celui de mon père devant la fonte en fusion des forges de Lorraine.

Je ne suis plus la femme d’un Lord, je suis la gardienne de la meute, la régente de cet enfer.

Mes pupilles se rétractent, fixant la facture des saphirs comme une cible au bout d’un fusil.

Si Alistair a vendu notre âme au diable, je rachèterai le contrat avec les tripes de mes ennemis.

Je me lève, les muscles de mes jambes se tendant sous la soie noire qui craque légèrement.

Le silence du château ne m’oppresse plus, il devient mon territoire de chasse, mon arène.

Je caresse le bois du bureau avec la froideur d’un général inspectant ses troupes avant le carnage.

Les Worthington, les barons lubriques, les banquiers affamés... et Julian Vane.

Ils vont apprendre le prix de la chair quand on cherche à la mordre avant qu’elle ne se rende.

Je me dirige vers le fond du bureau, là où une petite clé de fer dort derrière un cadre de maître.

Elle ouvre la porte dérobée menant aux anciennes forges, mon sanctuaire de fer et de rouille.

Là, j’ai passé mes insomnies à dompter le métal, loin des bals futiles et des sourires de façade.

Je marche vers la fenêtre, observant l’obscurité qui dévore le domaine avec une faim insatiable.

La lune, tranchante comme une lame de guillotine, dessine les contours de mon nouvel empire de cendres.

Une étincelle de cruauté pure s’allume au fond de mes yeux, balayant les derniers vestiges de pitié.

Le temps des larmes est mort avec le dernier clou du cercueil de chêne.

Je sens un frisson électrique parcourir ma colonne vertébrale, l’adrénaline remplaçant le vide du deuil.

Un fluide brûlant me redonne vie, me rendant ma véritable identité, celle que j’avais enfouie.

Je ne suis plus Éléonore Kingsley, la veuve éplorée qu’on mène docilement à l’abattoir.

Je suis l’héritière des Varenne, née du fer, baptisée dans le feu et destinée au pouvoir absolu.

La porte du bureau s’ouvre sans un bruit.

Julian Vane se tient là, sa silhouette bloquant toute issue, son regard dévorant ma silhouette dans le noir.

— Vous avez l’air d’une femme qui planifie un meurtre, Éléonore, murmure-t-il, sa voix vibrant contre ma peau.

— Je fais mieux que cela, Julian, répondis-je en avançant vers lui, le défi brillant dans mes pupilles.

— Je planifie mon avenir.

Il sourit, un mouvement de lèvres, et je vois son désir s’enflammer, brutal, immédiat.

La chasse ne fait que commencer, et cette fois, c’est moi qui tiens les rênes.

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Great Character

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