Chapitre 1 : La lumière du vendredi matin
Il existe dans l'univers des milliers de corps célestes qui dérivent sans jamais se frôler. Pendant des mois, il fut pour moi une étoile lointaine, un astre dont la lumière ne parvenait pas jusqu'à mes yeux. Il habitait la même galaxie scolaire, respirait le même air sous le même ciel de cour de récréation, et pourtant, il était invisible, perdu dans la nébuleuse de la foule.
Tout a basculé un vendredi matin.
Je sortais de la chapelle, l’âme encore imprégnée du silence sacré du lieu. Je marchais seule, enveloppée dans mes pensées, traversant la cour comme on traverse une étendue déserte. C’est alors que l’orbite de ma vie a dévié. Une voix, douce comme un souffle de vent stellaire, a murmuré :
— Bonjour.
Ce mot n'était pas un cri, c'était un murmure, une vibration légère qui a résonné dans l'air frais du matin. Je me suis arrêtée, le temps d'un battement de cœur, pour lui rendre son salut. Il a cherché à ancrer l'instant, me demandant si j'allais bien, ses yeux cherchant sans doute un reflet dans les miens. Mais ce matin-là, mon cœur était une planète fermée, protégeant son atmosphère. Je ne lui ai laissé ni le temps de s'expliquer, ni l'occasion de graver son nom dans mon esprit. J'ai repris ma marche, fuyant cette lumière soudaine.
Pourtant, la mécanique céleste est implacable.
Depuis ce bref échange, le hasard semble avoir disparu pour laisser place à une étrange loi d'attraction. Là où mes yeux ne rencontraient que du vide, je ne vois plus que lui. À chaque tournant, à chaque battement de cloche, nos trajectoires se croisent. Il est là, omniprésent, comme une constellation que l'on vient de découvrir et que l'on ne peut plus s'empêcher de fixer dans la nuit noire.
Dire qu'il était là depuis l'origine, brillant dans l'ombre sans que je ne l'aperçoive. Il a suffi d'un simple "bonjour" pour que l'invisible devienne mon soleil, et que ce vendredi matin devienne l'aube d'une histoire que je n'avais pas vue venir.