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Le Miroir du Riséd

Summary

Dans le Paris magique des années 1810, le Salon d’Ambre est le refuge clandestin d’une aristocratie fascinée par le luxe, les jeux interdits… et les rêves impossibles. Lorsque Ophélia Sombrenuit et Auguste de Bel-Aure créent un mystérieux miroir capable de révéler les désirs les plus profonds, leur invention bouleverse tout Paris. Mais derrière les chandelles, les velours sombres et les regards fascinés, quelque chose grandit lentement : obsession, dépendance… et corruption. À mesure que le miroir consume ceux qui l’approchent, Ophélia comprend que le véritable danger ne vient peut-être pas de la magie noire — mais du désir lui-même.

Status
Complete
Chapters
28
Rating
n/a
Age Rating
18+

Douce nuit à Paris

Ce soir-là, la pluie avait lavé les pavés de la rue Saint-Honoré jusqu’à les rendre noirs comme de l’encre. Les lanternes suspendues aux façades s’y reflétaient en longues traînées tremblantes, déformées par les roues des fiacres et les pas pressés des passants attardés. Paris disparaissait peu à peu derrière le brouillard humide de cette fin d’automne 1810, avalant ses boutiques, ses salons et ses secrets sous un voile gris bleuté.

Mais certains secrets ne dorment jamais.

Un fiacre s’arrêta devant un hôtel particulier dont la façade ne portait aucune enseigne. Rien ne distinguait la demeure de ses voisines, sinon peut-être cette lumière ambrée, très faible, qui filtrait entre les rideaux du premier étage.

Un homme descendit le premier.

Il portait une cape sombre, un étrange chapeau légèrement incliné et des gants de cuir si bien ajustés qu’ils semblaient avoir été cousus sur ses mains. Il leva les yeux vers la façade, puis esquissa un sourire en voyant apparaître les silhouettes d’Ambrosius et de sa sœur, la belle Ophélia.

— Vous êtes en retard, murmura-t-elle.

— Je ménage les entrées, répondit-il. Un salon clandestin qui ouvre à l’heure n’a aucun sens dramatique.

Ambrosius sourit avant de serrer la main de son ami et partenaire en affaires, Auguste de Bel-Aure. Ophélia Sombrenuit, elle, se contenta d’un léger signe de tête avant de sauter délicatement au-dessus d’une flaque pour rejoindre la grande porte boisée. Le geste avait quelque chose d’élégant et d’agacé, comme presque tout chez elle. Ses cheveux bruns, relevés en une torsade savante, laissaient échapper quelques mèches que la pluie s’empressa de coller à ses tempes.

— Nous sommes attendus, dit calmement Ambrosius en désignant l’immeuble d’un geste nonchalant.

— Alors allons-y, murmura Auguste de sa voix chaude et dangereusement agréable.

Ophélia leva la main vers la porte. Avant même que ses doigts ne touchent le bois, celui-ci frémit. Une ligne d’argent courut dans les rainures, dessina brièvement un œil, qui disparut.

La porte s’ouvrit.

À l’intérieur, la chaleur les enveloppa aussitôt.

Un domestique sans âge prit leurs manteaux avec une discrétion presque surnaturelle. Ambrosius suivit Auguste dans le vestibule, où des miroirs étroits reflétaient les silhouettes sans jamais tout à fait les restituer. Par précaution, ils étaient enchantés pour brouiller les visages. Aucun invité ne devait pouvoir jurer, le lendemain, avoir reconnu un ministre, un général, une veuve fortunée ou l’épouse d’un magistrat.

La première règle du salon était simple : personne n’était jamais venu.

La seconde : tout le monde revenait.

Au bout du couloir, les portes s’ouvrirent sur le cœur de la maison.

Le Salon d’Ambre portait bien son nom.

Tout y semblait baigné dans une lumière dorée, épaisse, presque liquide. Les murs étaient tendus de soie fauve. Des candélabres flottaient à quelques pouces du plafond, leurs flammes demeurant parfaitement immobiles malgré les courants d’air. Une harpiste jouait quelque part derrière une tenture, mêlant aux conversations un filet de musique lente.

Aux tables, on jouait.

Pas seulement aux cartes.

Ici, une roulette d’ivoire tournait sans qu’aucune main ne l’ait lancée. Là, des dés translucides révélaient brièvement, dans leur chute, le visage de celui qui allait perdre. Plus loin, deux hommes pariaient sur des souvenirs : chacun déposait dans une coupe d’argent une minute de son passé, et le gagnant repartait avec les deux.

Ophélia détestait ce jeu-là.

Auguste l’adorait.

Une salve d’applaudissements éclata près du salon rouge.

Quelqu’un venait manifestement de gagner.

Ambrosius poussa un soupir amusé avant de jeter un regard vers le plafond.

— Si c’est encore le vicomte d’Auberouge, je refuse personnellement de lui servir à boire ce soir.

— Parce qu’il triche ? demanda Ophélia.

— Parce qu’il chante dès qu’il gagne.

Comme pour lui donner raison, une voix atrocement fausse s’éleva quelques secondes plus tard derrière les tentures.

Auguste éclata de rire.

— Et voilà… il recommence.

Ils traversèrent ensemble une arche bordée de dorures ternies qui menait au salon rouge, la pièce la plus bruyante de l’établissement.

Ici, la magie se faisait moins discrète.

Des cartes lévitaient au-dessus des tables avant de retomber seules dans les mains des joueurs. Des coupes de cristal se remplissaient d’elles-mêmes dès qu’un client les vidait. Une femme vêtue de velours émeraude riait en regardant une plume écrire toute seule les dettes de jeu de son compagnon sur un carnet relié de cuir noir.

Au centre de la pièce, le vicomte d’Auberouge était debout sur une chaise.

Très ivre.

Très satisfait de lui-même.

— JE SUIS UN HOMME BÉNI DES ASTRES !

— Et malheureusement des oreilles humaines, marmonna Ophélia.

Le vicomte aperçut immédiatement Ambrosius.

— MON CHER SOMBRENUI—

Il glissa de sa chaise.

Deux coussins enchantés surgirent aussitôt pour amortir sa chute sous les applaudissements amusés des invités.

Ambrosius leva les yeux au ciel.

— Voilà précisément pourquoi les coussins sont enchantés après minuit.

Auguste riait encore.

Ophélia l’observa brièvement du coin de l’œil.

Il avait cette manière étrange d’habiter le salon comme s’il avait été créé pour lui. Dans cette lumière dorée, avec ses manches légèrement retroussées et ce sourire insolent qui apparaissait dès qu’il s’amusait réellement, il semblait appartenir davantage à cet endroit qu’aux rues de Paris elles-mêmes.

Et le pire… c’était que les invités le ressentaient aussi.

Ils lui faisaient confiance trop vite.

Les femmes surtout.

Ce constat irritait Ophélia plus qu’elle ne souhaitait l’admettre.

— Vous m’observez encore comme si vous tentiez d’élaborer mon assassinat, murmura-t-il sans tourner la tête.

— J’hésite encore.

— Voilà qui me rassure à moitié, s’amusa-t-il.

Il attrapa au passage deux coupes sur le plateau d’un serveur avant de lui en tendre une.

Le liquide à l’intérieur changeait lentement de couleur, passant de l’ambre au rose cuivré.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Une nouveauté.

— Ces mots annoncent toujours des catastrophes.

— Seulement les meilleures.

Elle huma discrètement le verre.

Une odeur de miel, de cannelle et d’orange amère s’en échappait.

—Avez-vous encore laissé les alchimistes hongrois improviser dans nos cuisines ?

— Une seule explosion cette semaine.

— Auguste…

— Très petite explosion.

Ambrosius éclata de rire derrière eux.

Ophélia porta finalement la coupe à ses lèvres. La chaleur épicée du breuvage glissa sur sa langue avec une douceur presque indécente, laissant derrière elle un goût de fruits confits et de feu discret.

Autour d’eux, le Salon d’Ambre continuait de vibrer comme un cœur vivant : éclats de rire étouffés derrière les éventails, tintement du cristal, parfum entêtant des cigares orientaux et des roses noires disposées dans de hauts vases d’onyx.

Une danseuse traversa lentement la pièce sous une pluie de poussière dorée, et pendant quelques secondes, tout sembla irréel — trop beau, trop raffiné, trop dangereux pour appartenir au monde ordinaire.

Auguste se pencha légèrement vers Ophélia, assez près pour qu’elle sente contre sa peau la chaleur de sa voix plus encore que ses mots. «

— Vous voyez… murmura-t-il avec ce sourire capable de faire céder bien des prudences, c’est exactement pour cela que personne ne quitte jamais vraiment cet endroit.

Ophélia voulut répondre quelque chose de froid, d’intelligent, peut-être même de cruel. Mais en relevant les yeux vers les lumières ambrées du plafond, vers les reflets mouvants des miroirs enchantés et cette vie luxueuse qui semblait promettre tous les excès sans jamais en payer le prix, elle comprit avec une pointe de trouble qu’il avait raison.

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Good Writing

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Compelling Plot

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Great Character

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Strong Dialog

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Strong Dialog

author

C'est une histoire sympa pour se détendre.

10 days
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