Love Saga #1 - Write Love

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Summary

Avallon Reese pensait simplement aider un auteur en panne d’inspiration à terminer son roman. Mais en arrivant dans le manoir isolé de Brick Calloway, elle découvre un homme froid, brillant et totalement incapable de laisser quelqu’un l’approcher. Entre tensions, provocations et attirance impossible à ignorer, Avallon comprend rapidement une chose : le véritable danger n’est pas ce manoir perdu au milieu des montagnes. C’est Brick lui-même.

Genre
Romance
Author
Lara Dry
Status
Ongoing
Chapters
10
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1

Avalon.

Il existe des missions que l’on accepte pour l’argent, d’autres pour l’orgueil, et puis il y a celles que l’on accepte parce qu’un simple non déclencherait une réunion improvisée, trois mails marqués urgent et Margaret Holloway debout dans votre bureau à huit heures du matin avec l’expression méthodique d’une femme prête à tuer légalement, autrement dit : ma journée.

— Hors de question, dis‑je pour la troisième fois, en articulant chaque mot comme si la précision pouvait servir de barricade.

Margaret ne cligne même pas des yeux, ce qui est sa manière de signifier que la discussion est déjà close.

— Tu pars à midi, répond‑elle d’un ton parfaitement neutre, comme si elle annonçait la météo.

— Non.

— Si.

— Envoie quelqu’un d’autre.

— J’ai envoyé quelqu’un d’autre, dit‑elle en croisant les bras, il est revenu en pleurant.

Je repose mon stylo avec une lenteur étudiée, le genre de lenteur qui devrait, en théorie, faire comprendre à l’interlocuteur que je suis au bord de la mutinerie.

— C’est une métaphore ?

— J’aimerais, réplique‑t‑elle sans la moindre inflexion.

Elle contourne mon bureau sans y être invitée, ce qui est sa manière préférée de rappeler qu’elle a été mon mentor avant de devenir ma supérieure, puis pose un dossier cartonné devant moi, un geste sec, précis, presque cérémoniel.

CALLAWAY, BRICK est inscrit en lettres capitales, noires, agressives.

Je n’ouvre pas, évidemment, parce que l’ouvrir reviendrait à reconnaître que je suis déjà en train d’accepter, et Margaret le sait très bien, ce qui explique le léger mouvement de tête qu’elle esquisse, un mouvement qui ressemble à un sourire mais n’en est pas un.

— Tu vas l’ouvrir, dit‑elle en s’appuyant contre le bord du bureau.

Je garde les mains immobiles.

— Je n’ai pas dit oui.

— Tu n’as pas dit non, non plus, répond‑elle, et dans sa voix il y a cette satisfaction tranquille de ceux qui savent qu’ils ont déjà gagné.

Je connais déjà la légende, évidemment, parce qu’elle circule dans tous les couloirs où l’on prétend ne pas s’intéresser aux célébrités mais où chacun connaît par cœur les chiffres de vente des autres. Auteur phénomène, trois best‑sellers mondiaux, interviews rarissimes, millions de lecteurs, égo estimé visible depuis l’espace, et surtout : un quatrième roman attendu depuis dix mois, toujours pas livré.

— Il a signé un nouveau contrat avec avances records, reprend Margaret d’un ton calme, presque administratif, comme si elle parlait d’un retard de livraison de fournitures. Campagne déjà vendue aux libraires. Traductions réservées. Adaptation en discussion. Et monsieur refuse de rendre le manuscrit.

— Qu’il refuse dans une autre pièce, dis‑je en refermant mentalement toutes les portes possibles.

— Il s’est isolé dans la résidence de Blackwood, ajoute‑t‑elle, comme si c’était un détail sans importance.

Je relève les yeux, lentement.

— Le manoir en montagne, celui dont vous parlez depuis tout à l’heure ?

— Oui, celui-là, précisément, et pas une version plus confortable sortie de votre imagination.

— Celui sans réseau fiable, avec trois kilomètres de forêt autour et des hivers qui semblent avoir été conçus par des psychopathes ?

— Celui-là, exactement comme vous le décrivez, sans aucune amélioration possible.

— Non, dit-elle, comme si ce seul mot suffisait à annuler toute l’idée.

Margaret pousse le dossier vers moi, un geste ferme, précis, qui ne laisse aucune place à l’interprétation.

— Tu vas là-bas, et cette fois tu y restes assez longtemps pour que ça serve à quelque chose. Tu restes avec lui, sans chercher d’excuse ni de sortie élégante, jusqu’à ce qu’il te laisse approcher. Et tu ne repars pas sans le livre, peu importe le temps que ça prend ou ce qu’il faut encaisser.

Je la fixe longuement, parce qu’il existe des moments où le silence est la seule forme de protestation encore disponible.

— Tu m’envoies séquestrer un homme adulte pour récupérer un fichier Word.

— Quand tu le dis comme ça, ça paraît élégant, répond‑elle avec cette ironie discrète qu’elle utilise uniquement quand elle sait qu’elle a gagné.

— Je te déteste.

— Non. Tu aimes gagner, dit‑elle en refermant le dossier d’un doigt, comme si elle scellait un contrat que je n’ai jamais signé.

Elle sourit. Je hais quand elle a raison, parce que ce sourire‑là n’annonce jamais une concession, seulement la confirmation que je viens de perdre une bataille que je prétendais encore mener. Elle ne dit rien, ce qui est pire : le silence, chez Margaret, vaut signature.

À treize heures quarante, la voiture de la maison d’édition quitte Manhattan sous un ciel de plomb qui semble s’abaisser un peu plus à chaque kilomètre, comme si la ville elle‑même tentait de me retenir avant que je ne m’enfonce dans cette mission absurde.

À seize heures dix, nous avons déjà avalé assez de routes sinueuses pour que je remette en question plusieurs choix de vie, notamment celui qui consiste à dire oui à Margaret Holloway même quand je dis non, et la forêt qui défile de part et d’autre de la route donne l’impression de se refermer derrière nous comme une porte qu’on ne pourra plus rouvrir. À dix‑sept heures trois, le chauffeur m’annonce d’une voix égale, sans chercher à adoucir l’information :

— Plus loin, la route risque d’être fermée cette nuit. Tempête prévue.

Parfait, évidemment, parce qu’il manquait précisément une tempête à ce tableau déjà suffisamment grotesque.

Je regarde par la vitre les pins noirs qui bordent la route, immobiles, massifs, alignés comme une procession silencieuse, et la neige ancienne persiste par plaques grises sur les bas‑côtés, vestiges d’un hiver qui refuse de mourir, tandis que le ciel descend si bas qu’on dirait qu’il veut participer à mon humiliation en s’invitant directement dans l’habitacle.

— Combien de temps sur place ? demandé‑je, sans réussir à masquer l’agacement qui s’infiltre dans ma voix.

— Selon la météo ? Difficile à dire, répond le chauffeur, comme s’il parlait d’un simple retard de livraison.

Magnifique.

Je sors mon téléphone, geste réflexe, dérisoire, presque comique dans ce décor où la technologie semble déjà avoir renoncé, comme si les ondes elles‑mêmes avaient décidé de ne pas s’aventurer plus loin que les derniers feux rouges de Manhattan. Aucun réseau. L’écran reste obstinément vide, indifférent à mon irritation, et je sens cette familiarité absurde du monde moderne s’effacer d’un coup, remplacée par un silence dense, ancien, qui appartient davantage à la montagne qu’à moi. Naturellement, parce que rien n’est jamais simple quand Margaret a raison, et qu’elle a toujours raison précisément au moment où j’aurais préféré qu’elle se trompe.

Blackwood Manor apparaît au détour d’un virage comme si quelqu’un avait demandé à un architecte de construire directement dans un roman gothique, sans la moindre intention de nuancer. La grande bâtisse de pierre sombre se dresse au milieu des arbres, massive, immobile, avec son toit d’ardoise qui semble absorber la lumière et ses hautes fenêtres éclairées qui donnent l’impression que quelqu’un observe déjà depuis l’intérieur. Le bois tout autour est si dense qu’il étouffe le moindre bruit, et le silence immense qui s’abat sur la voiture ressemble à une frontière qu’on franchit sans retour.

Le chauffeur décharge ma valise, la pose sur les marches comme on dépose un colis encombrant, puis se redresse en remontant son col.

— Je reviens quand la route rouvre, dit‑il.

— Vous pourriez rester, proposé‑je, sans grande conviction.

— Je préfère les loups, répond‑il, et il repart aussitôt, sans un regard en arrière.

Traître.

Je reste seule sur les marches avec ma valise, mon manteau camel et la sensation très nette d’être entrée dans une mauvaise idée, une mauvaise idée vaste, froide, architecturée pour durer. Le vent s’engouffre entre les arbres, soulève quelques flocons résiduels, et j’ai l’impression que la montagne elle‑même me jauge.

Je frappe, et le son se perd aussitôt dans l’épaisseur du bois et de la pierre, comme si la maison absorbait tout ce qui tente de la traverser. Aucun mouvement, aucune vibration, rien qui ressemble à une présence humaine derrière la porte. Je frappe plus fort, assez pour que mes phalanges protestent, assez pour que l’écho remonte le long du porche et se perde dans les arbres, mais toujours rien, pas même un souffle, pas même un pas étouffé sur un tapis ancien. J’essaie la poignée, geste simple, presque banal, et la porte s’ouvre sans résistance, comme si elle avait attendu précisément ce moment pour céder, comme si elle savait que j’allais finir par entrer de toute façon. Ouvert. Évidemment. Il y a dans cette absence de verrou une forme d’arrogance tranquille, une certitude que personne n’oserait venir déranger l’homme qui vit ici, ou peut‑être une invitation silencieuse, un piège poli, difficile à distinguer dans la pénombre du seuil

Je pousse la porte, et le hall se déploie devant moi, immense, boisé, chaleureux malgré l’austérité des lieux. Le feu de cheminée brûle quelque part au loin, projetant une lueur orangée sur les murs sombres. Un escalier central monte en deux courbes symétriques, et l’air porte une odeur de cuir, de cèdre et d’argent ancien, comme si la maison avait été polie par des générations de solitude.

— Monsieur Calloway ? appelé‑je, la voix légèrement absorbée par l’espace.

Aucune réponse.

Je retire mes gants, lentement, parce qu’il n’y a rien d’autre à faire que d’admettre que je suis entrée dans le territoire d’un homme qui ne veut pas être trouvé.

— Brick Calloway ?

Une voix répond depuis l’étage, une voix grave, nonchalante, irritante avant même d’apparaître, le genre de voix qui donne l’impression que tout ce qui se passe ici est déjà une perte de temps pour lui.

— Si c’est encore un journaliste, dites‑lui que je suis mort.

Je lève les yeux, et il descend l’escalier sans se presser, comme si chaque marche lui appartenait depuis toujours. Il est grand, très grand, avec ce pull noir roulé aux avant‑bras qui laisse voir des avant‑bras solides, un pantalon sombre qui accentue la ligne de son corps, des cheveux bruns en désordre calculé, une barbe de deux jours qui semble parfaitement entretenue pour avoir l’air négligée, et surtout ce regard gris, froid, précis, qui évalue tout sans jamais se presser. Le genre d’homme que la nature fabrique quand elle veut créer des problèmes, et qui en est parfaitement conscient.

Il me voit. S’arrête à mi‑marche, comme si ma présence nécessitait une pause dans son mouvement.

— Vous n’êtes pas journaliste, dit‑il, presque déçue.

— Brillante déduction, répliqué‑je.

Ses yeux glissent sur ma valise, mon tailleur, mon expression déjà lasse, et je sens qu’il classe chaque détail dans une catégorie précise, comme s’il cochait mentalement des cases.

— Qui êtes-vous, exactement, et pourquoi avez-vous décidé de venir jusqu’ici ?

Je sors ma carte, que je tends avec un calme que je ne ressens pas vraiment.

— Avallon Reese, dis-je, Sterling House Publishing, et je préférerais éviter de devoir détailler davantage.

Il ne prend pas la carte. Il ne la regarde même pas.

— Non, dit-il, comme si tout ce que je viens de dire venait d’être annulé.

— Pardon ? dis-je, parce que je refuse de croire que cette réponse est sérieuse.

— Non, répète-t-il, avec une constance presque irritante.

— Ce n’était pas une question, dis-je, en laissant le silence s’étirer juste assez.

Il descend les dernières marches, et de près, il est encore plus agaçant, parce que tout chez lui semble avoir été conçu pour tester la patience d’autrui.

— Vous repartez, dit-il, comme s’il annonçait une évidence que je serais censée accepter sans discuter.

— Non, dis-je, parce que céder maintenant serait trop simple et beaucoup trop satisfaisant pour lui.

— Si, répond-il.

— J’adore commencer sur un malentendu, dis-je, parce que ça promet une conversation beaucoup plus intéressante.

Je redresse les épaules, respire lentement, et reprends d’un ton calme, presque administratif, celui qu’on utilise pour annoncer une évidence désagréable.

— Je suis ici pour superviser la remise de votre manuscrit.

— Je n’ai rien demandé, répond‑il sans même feindre la politesse.

— La maison d’édition si.

— La maison d’édition peut aller—

— Finissez cette phrase et j’ajoute une clause morale au contrat.

Un silence s’abat entre nous, dense, précis, comme un fil tendu. Ses yeux se plissent légèrement, infime mouvement qui trahit plus qu’il ne voudrait. Il me jauge, m’évalue, cherche la faille.

— Vous menacez souvent les gens dès la première minute ? demande‑t‑il, voix basse, presque amusée.

— Seulement ceux qui coûtent des millions.

Il approche encore d’un pas. Trop près. Délibérément trop près. Le genre de proximité qui sert à tester, à provoquer, à voir qui recule le premier. Je refuse de bouger, ancrée dans le parquet comme si la maison elle‑même me soutenait.

— Vous pensez pouvoir entrer ici, me donner des ordres et repartir avec mon livre ?

— Je pense surtout que vous confondez caprice et mystère depuis trop longtemps.

Le coup touche. Je le vois. Infime tension dans la mâchoire, presque imperceptible, mais suffisante pour me donner une victoire mineure, discrète, délicieuse.

— Vous êtes insupportable, dit-il calmement, comme s’il posait un diagnostic objectif et parfaitement vérifié.

— Professionnellement reconnue pour ça, dis-je, et je serais presque déçue que vous ne le remarquiez pas.

— Sortez, dit-il, avec cette simplicité sèche qui suppose que je vais obéir.

— Non, dis-je, parce que partir maintenant ruinerait tout l’intérêt de ma présence ici.

— J’appelle la sécurité, ajoute-t-il, comme s’il s’agissait d’une conclusion logique et inévitable.

Je regarde autour de nous, lentement, comme si j’examinais une œuvre d’art.

— La forêt ?

Il serre les dents. Cette fois, c’est lui qui perd un millimètre de contrôle. Délicieux.

Un grondement secoue soudain les vitres, un bruit sourd qui semble venir du fond de la montagne. Le vent monte d’un coup dehors, brutal, comme si la tempête avait attendu notre dispute pour entrer en scène. Les lumières vacillent, une seconde, deux, puis s’éteignent d’un bloc, plongeant le manoir dans une obscurité totale, épaisse, presque vivante.

Silence.

Puis la génératrice tarde à prendre. Trop longtemps. Beaucoup trop longtemps. Très mauvais signe.

Dans le noir, sa voix s’élève juste devant moi, beaucoup trop proche, comme s’il n’avait pas bougé d’un centimètre.

— Félicitations, mademoiselle Reese.

— Pourquoi ?

— Vous êtes arrivée exactement au moment où ça devient votre problème aussi.