Prologue
Je ne me souviens pas de tout. Seulement de fragments. Comme des morceaux de rêve qu'on essaie de recoller, mais qui glissent entre les doigts dès qu'on les regarde de trop près.
Il y a cette forêt.
Je sens encore l'odeur des pins, de la terre humide, des feuilles mortes écrasées sous mes semelles. Tout est flou. Les arbres paraissent immenses. Leurs branches s'entrelacent si haut qu'elles cachent presque le ciel. J'avance sans savoir où je vais. Chaque pas semble me conduire plus profondément dans la forêt, comme si elle refusait de me laisser repartir.
Je revois des silhouettes sans parvenir à distinguer leurs visages. Certaines semblent rire. D'autres restent immobiles. Elles bougent, puis disparaissent derrière les troncs avant que je puisse les rejoindre. J'essaie de comprendre ce que je fais là, mais tout m'échappe. Seul le vent qui s'engouffre entre les branches semble réel.
Un craquement retentit derrière moi.
Je me fige et retiens mon souffle. Plus rien. Seulement les battements précipités de mon cœur qui résonnent dans mes oreilles. Puis tout s'accélère.
Un cri.
Le bruit sourd d'un corps qui heurte le sol. Des feuilles qui s'agitent. Des pas qui s'éloignent. Ils courent. Tous dans la même direction.
Et moi, je reste immobile. Mes jambes refusent de m'obéir, comme si elles avaient décidé à ma place.
Je fixe une silhouette allongée sans savoir pourquoi. Son visage m'échappe. Je ne distingue que ses yeux, ouverts, brillants dans l'obscurité. Ils semblent me regarder. À moins que ce ne soit mon imagination.
Je voudrais m'approcher. Dire quelque chose. Faire un pas. Mais aucun son ne franchit mes lèvres. Le vent se lève de nouveau et soulève les feuilles autour de nous. Pendant une seconde, j'ai l'impression que cette silhouette tend la main vers moi.
Puis je tourne le dos. Sans savoir ce qui me pousse à fuir.
Je cours. Les arbres défilent autour de moi. Mon souffle se fait plus court, mes jambes deviennent de plus en plus lourdes. Pourtant, je continue d'avancer. J'ai la désagréable sensation que quelque chose me suit. Une présence invisible. Toute proche.
Je n'ose pas me retourner. Et soudain, tout disparaît.








