La crique
À cette heure de l’après-midi, la grande plage commençait enfin à se vider.
Les familles remontaient vers les campings, chargées de parasols et de sacs gonflés de serviettes humides. Les enfants protestaient encore, couverts de sable jusqu’aux genoux. Peu à peu, les cris s’éloignaient et le vent venu de la mer reprenait possession du rivage.
Claire avait attendu ce moment toute la journée.
À trente-quatre ans, elle avait découvert qu’elle aimait les vacances davantage lorsqu’elles cessaient de ressembler aux vacances des autres.
Elle abandonna donc la plage principale et suivit un sentier étroit qui serpentait entre les rochers. Elle n’avait aucune idée de ce qu’elle trouverait au bout. C’était précisément ce qui lui plaisait.
Après quelques minutes de marche, le passage s’ouvrit sur une petite crique presque invisible depuis la côte.
Une dizaine de mètres de sable blond. De l’eau transparente. Des rochers chauffés par le soleil. Et presque personne.
Claire sourit. Deux hommes avaient eu la même idée qu’elle. Ils s’étaient installés à bonne distance l’un de l’autre et semblaient ne pas se connaître.
Le premier, allongé sur une serviette, lisait. Il devait approcher la quarantaine. Grand, mince, brun, la peau déjà profondément hâlée, il possédait cette élégance naturelle des hommes qui n’ont pas besoin d’en faire beaucoup pour attirer l’attention.
Le second était plus jeune. Blond, athlétique, assis sur un rocher face à la mer, il avait les épaules larges et le corps sec de ceux qui passent davantage de temps dehors que dans une salle de sport.
Claire les observa quelques secondes. Puis elle se reprocha presque aussitôt de l’avoir fait. Elle était venue ici pour être seule.
Elle installa sa serviette à mi-distance des deux hommes, posa son sac et s’allongea.
La chaleur était encore intense.
Après quelques minutes, elle dénoua le haut de son maillot. Le geste lui parut soudain beaucoup plus audacieux qu’il ne l’aurait dû.
Claire avait passé l’âge de considérer le topless comme une aventure. Pourtant, elle ne l’avait encore jamais fait. Son corps, lui, portait déjà plusieurs jours de soleil. Ses épaules, son ventre et ses jambes avaient pris une teinte dorée, tandis que ses seins conservaient cette pâleur presque laiteuse des parties habituellement cachées.
Elle hésita. Puis retira complètement le haut.
— Voilà, murmura-t-elle pour elle-même.
Rien ne se passa. La mer continua de respirer. Le brun continua de lire. Le blond regardait toujours l’horizon. Cette indifférence la détendit.
Claire s’allongea sur le dos, ferma les yeux et laissa le soleil réchauffer sa poitrine nue.
Elle ignorait depuis combien de temps elle somnolait lorsqu’une ombre passa sur son visage.
Claire ouvrit les yeux. Le blond se tenait devant elle. Il sortait manifestement de l’eau. Des gouttes glissaient sur son torse et venaient parfois tomber sur la peau de Claire.
— Désolé, dit-il. Je te cache le soleil.
Elle plissa les yeux.
— Effectivement.
Il rit.
— Mathis.
Claire considéra la main qu’il lui tendait.
— Claire.
Il resta debout.
— Tu connais le coin ?
— Non.
— Alors tu as eu de la chance. Peu de touristes trouvent cette crique.
— Jusqu’à maintenant, répondit-elle.
Mathis sourit.
Il avait un sourire trop sûr de son efficacité. Claire reconnut immédiatement le genre. Charmant, sportif, habitué à ce que son physique fasse la moitié de la conversation à sa place.
Il lui expliqua qu’il enseignait le surf pendant l’été. Le reste de l’année, il travaillait au gré des saisons, entre stations de ski, centres nautiques et voyages.
Claire l’écoutait d’une oreille distraite. Parce qu’autre chose avait attiré son attention. Le regard de Mathis descendait régulièrement vers sa poitrine. Pas assez longtemps pour devenir franchement grossier. Mais suffisamment pour qu’elle le remarque.
Claire sentit ses mamelons réagir malgré elle. Elle en fut immédiatement agacée. Contre lui. Et plus encore contre elle-même.
À son âge (encore), elle estimait avoir dépassé le stade où le regard d’un joli garçon suffisait à troubler son corps. Manifestement, son corps n’avait pas reçu l’information.
Claire se retourna sur le ventre.
— Je parle trop ? demanda Mathis.
— Beaucoup.
Il rit de nouveau.
Elle posa la joue sur ses bras et regarda volontairement dans la direction de l’autre homme. Le brun avait abandonné son livre. Leurs regards se croisèrent. Il détourna presque aussitôt les yeux. Cette retenue eut sur Claire un effet plus puissant que l’insistance de Mathis.
— Tu le connais ? demanda-t-elle.
Mathis suivit son regard.
— Lui ? Non.
Claire ne répondit rien.
— Pourquoi ?
Elle tourna légèrement la tête vers lui.
— Je le trouve beau.
La réponse eut exactement l’effet qu’elle espérait. Mathis se tut. Claire sourit intérieurement. Une petite vengeance ridicule. Mais plaisante.
Le jeune homme contempla le brun quelques secondes, puis se leva.
— On peut arranger ça.
Claire se redressa.
— Quoi ?
Mathis était déjà parti.
— Attends…
Trop tard. Avec une aisance presque enfantine, il traversa la crique, interrompit la lecture de l’inconnu et lui parla quelques instants.
Claire sentit une bouffée de gêne. Qu’est-ce qu’il était en train de lui raconter ? Le brun leva les yeux vers elle. Claire eut soudain conscience d’être assise seins nus au milieu de sa serviette. Elle aurait pu remettre son haut. Elle ne le fit pas.
Quelques secondes plus tard, les deux hommes revenaient.
— Claire, Julien. Julien, Claire.
Le brun lui adressa un sourire.
— Bonjour.
— Désolée, dit-elle. Je crois que Mathis a décidé de socialiser tout le monde.
— J’ai remarqué.
Sa voix était calme. Claire lui trouva immédiatement quelque chose de beaucoup plus séduisant que le bagout du surfeur.
Julien était photographe. Quarante et un ans. Il louait une maison dans le village pour quelques semaines afin de travailler sur une série consacrée au littoral.
Mathis, naturellement, occupait l’essentiel de la conversation.
Claire les regardait tour à tour. Et, peu à peu, une sensation étrange s’installa. D’abord un trouble. Puis une chaleur. Elle essaya de l’ignorer. Impossible.
Elle était assise à moitié nue entre deux hommes qui lui plaisaient de deux façons complètement différentes. Mathis était l’évidence physique. Julien, le mystère. Et Claire se découvrit en train de les détailler avec une liberté qui l’aurait gênée quelques jours auparavant. Les épaules de Mathis. Les longues jambes de Julien. Le torse brun de l’un. Les mains fines de l’autre.
Elle pensa soudain qu’elle les regardait comme eux auraient pu la regarder. Cette idée aurait dû lui déplaire. Au contraire, elle sentit son désir s’intensifier.
Claire resserra légèrement les cuisses. Son maillot était devenu inconfortablement présent.
Mathis racontait une anecdote qu’elle n’écoutait plus. Julien venait de la regarder. Pas ses seins. Son visage. Claire soutint son regard. Quelque chose passa. Une seconde seulement. Mais elle le sentit jusque dans son ventre.
Elle imagina brusquement la bouche de Julien sur elle. L’image fut si précise qu’elle en eut presque honte. Elle baissa les yeux. Puis une autre image arriva. Mathis derrière elle. Julien devant.
Claire inspira lentement. Qu’est-ce qui lui prenait ? Elle ne faisait jamais ce genre de choses. Elle ne pensait même pas ce genre de choses. Enfin… si. Elle les pensait parfois. Dans son lit. Seule. Dans cet endroit parfaitement sûr où les fantasmes n’avaient aucune conséquence. Mais ici, ces deux hommes existaient. Ils étaient à moins d’un mètre d’elle. Et soudain Claire comprit que cette différence était exactement ce qui l’excitait.
Mathis s’interrompit.
— Ça va ?
Claire releva les yeux.
— Très bien.
Julien l’observait. Elle sentit son cœur accélérer. Une idée venait de naître. Absurde. Indécente. Délicieuse. Elle aurait pu la laisser mourir.
Quelques secondes passèrent. Puis Claire entendit sa propre voix.
— J’ai une question.
Mathis sourit.
— Vas-y.
Elle regarda d’abord Julien. Puis Mathis. Son courage menaça de disparaître. Claire faillit rire et prétendre avoir oublié.
À la place, elle demanda :
— Est-ce que vous avez envie de moi ?
Le silence fut immédiat. Mathis perdit son sourire. Julien ne bougea pas.
Claire sentit une chaleur violente monter dans ses joues. Voilà. C’était dit. Elle pouvait encore reculer.
Julien fut le premier à répondre.
— Oui.
Un mot. Sans rire. Sans avancer vers elle.
Claire se tourna vers Mathis.
— Évidemment.
Elle leva légèrement les yeux au ciel.
— Je n’ai pas demandé si c’était évident.
— Alors oui.
Claire inspira. Ses doigts tremblaient légèrement.
— Bien.
Personne ne bougea. Ce fut presque comique. Elle les regarda.
— Vous attendez quoi ?
Julien pencha la tête.
— Que tu nous dises ce que tu veux.
La phrase la frappa avec une force inattendue. Ce qu’elle voulait. Claire sentit son sexe se contracter. Elle regarda la mer. Puis les deux hommes. Elle avait encore la possibilité de remettre son maillot, de rire et de retourner au village. Au lieu de cela, elle posa une main sur la cuisse nue de Julien.
— Je veux faire l’amour.
Elle marqua une pause. Puis regarda Mathis.
— Avec vous deux.
Mathis expira lentement.
— Putain.
Claire eut un rire nerveux.
— Très romantique.
Julien sourit. Puis il posa sa main sur celle de Claire.
— Tu es sûre ?
Cette question faillit être celle qui la fit renoncer. Parce qu’elle rendait la situation réelle. Claire regarda leurs mains. Puis elle releva les yeux.
— Oui.
Et cette fois, elle le savait. Elle se mit à genoux devant Julien. La transformation de son visage l’électrisa. Quelques secondes auparavant, il semblait parfaitement calme. Maintenant, son souffle s’était raccourci.
Claire posa la paume contre son short. La dureté qu’elle sentit dessous lui arracha un sourire.
— C’est donc oui aussi de ce côté-là.
Julien rit doucement. Claire défit le cordon. Elle libéra son sexe. Son cœur battait beaucoup trop vite. La verge de Julien était déjà entièrement dure, longue, veinée, le gland sombre et gonflé. Claire la prit dans sa main. Le simple poids de cette chair brûlante contre sa paume provoqua une décharge entre ses cuisses.
Elle releva les yeux vers lui. Puis le prit dans sa bouche. Julien inspira brutalement. Ce son la grisa.
Claire descendit lentement le long de sa verge, laissant ses lèvres épouser la hampe avant de remonter jusqu’au gland.
Une main se posa sur son épaule. Mathis. Claire tourna la tête.
— Je peux ?
Elle savait parfaitement ce qu’il demandait. Elle acquiesça. Il s’agenouilla derrière elle. Ses mains remontèrent le long de ses flancs et vinrent se refermer sur ses seins.
Claire reprit Julien en bouche au moment où les doigts de Mathis pinçaient doucement ses mamelons. Son corps réagit avec une violence qui la surprit. Elle gémit autour de la verge de Julien. Mathis rit contre son oreille.
— Tu es sensible.
Claire retira Julien de sa bouche.
— Ne prends pas trop confiance.
Puis elle le reprit aussitôt. La main de Mathis descendit dans son dos. Elle sentit ses doigts accrocher le bord de son maillot. Il s’arrêta. Claire releva légèrement le bassin. Une réponse suffisante.
Mathis fit glisser le tissu le long de ses cuisses. L’air marin atteignit sa peau nue. Claire éprouva soudain une conscience vertigineuse de sa position. À genoux. Complètement nue. La verge de Julien dans sa bouche. Mathis derrière elle. N’importe qui aurait pu emprunter le sentier. Cette pensée aurait dû l’effrayer. Elle l’excita davantage.
La main de Mathis se posa entre ses cuisses. Claire se cambra.
— Doucement.
— Comme ça ?
Un doigt glissa le long de sa fente. Claire ferma les yeux.
— Oui.
Elle était déjà trempée. Elle le sentit lorsqu’il écarta ses lèvres et que son doigt trouva son entrée sans effort.
Claire gémit.
Julien posa une main dans ses cheveux, sans la forcer. Elle apprécia cette différence. Pouvoir décider elle-même de la profondeur. Du rythme. Elle prit davantage de sa verge.
Derrière elle, Mathis ajouta un second doigt. Puis son pouce trouva son clitoris. Claire interrompit brusquement sa fellation.
— Oh…
Son front vint se poser contre la cuisse de Julien. Mathis continua. Claire sentit son premier orgasme arriver beaucoup trop vite. Elle tenta de le retenir. Impossible. Son bassin se contracta contre la main du surfeur et un gémissement lui échappa.
Lorsqu’elle reprit son souffle, elle éclata presque de rire.
— Ça commence bien.
Mathis l’embrassa dans le dos.
— On peut arrêter.
Claire tourna la tête.
— Certainement pas.
Elle se releva à quatre pattes. Puis regarda Julien.
— Viens devant moi.
Il comprit immédiatement. Claire reprit sa verge en bouche tandis que Mathis se débarrassait de son short derrière elle. Elle ne le vit pas. Elle le sentit. D’abord contre ses fesses. Puis contre sa vulve.
Claire se figea une fraction de seconde. Mathis aussi.
— Claire ?
Elle inspira. Son sexe battait de désir.
— Vas-y.
Le gland s’appuya contre son entrée. Claire poussa doucement le bassin en arrière. Il entra. Lentement. La première poussée lui arracha un long gémissement étouffé autour de la verge de Julien. Mathis était plus large qu’elle ne l’avait imaginé. Elle sentit son sexe s’ouvrir autour de lui, s’adapter progressivement à cette épaisseur.
— Ça va ?
Claire relâcha Julien.
— Oui.
Puis, après une seconde :
— Plus fort.
Mathis ne se fit pas prier. Ses mains saisirent ses hanches. Le rythme changea. Chaque coup poussait Claire vers l’avant, obligeant Julien à reculer légèrement pour ne pas l’étouffer.
Elle rit.
— Organisez-vous.
Julien lui caressa la joue.
— Autoritaire.
— Vous n’avez encore rien vu.
Elle le reprit en bouche.
Mathis la pénétrait désormais avec des mouvements longs, réguliers, de plus en plus puissants.
Claire sentit une nouvelle vague monter. Elle ne savait plus quoi faire de toutes ces sensations. La verge de Julien contre sa langue. Les doigts dans ses cheveux. Mathis qui la remplissait par derrière. Le claquement humide des corps. L’air salé. Le sable sous ses genoux.
Elle jouit une deuxième fois. Puis une troisième, plus faible, presque immédiatement après.
Ses bras commencèrent à trembler. Mathis ralentit. Claire tourna la tête.
— Ne ralentis pas.
— Tu es sûre ?
Elle lui lança un regard.
— Je te le dirai.
Alors il reprit. Plus vite. Plus profond.
Claire enfouit son visage dans la serviette et poussa un cri. Elle sentait chaque pénétration résonner jusque dans son ventre.
Son plaisir n’avait plus rien de délicat. C’était précisément ce qu’elle voulait. Quelque chose de brut. Sans lendemain. Sans promesse.
Elle sentit Mathis accélérer encore. Puis son rythme se brisa. Il se retira brusquement. Claire resta penchée, haletante. Quelques secondes plus tard, elle sentit des éclaboussures chaudes sur son dos. Mathis venait de jouir sur elle.
Claire frissonna. Elle tourna la tête.
— Déjà ?
— Je te déteste.
Elle éclata de rire. Julien s’était agenouillé derrière elle. Claire le regarda par-dessus son épaule.
— Toi aussi ?
— Seulement si tu veux.
Elle se redressa légèrement. Puis écarta davantage les cuisses.
— J’ai envie de sentir la différence.
Julien posa les mains sur ses hanches. Son gland glissa contre sa vulve mouillée. Claire ferma les yeux. Il entra beaucoup plus lentement que Mathis. Centimètre après centimètre. Cette retenue la rendit folle.
— Arrête de faire attention.
Julien s’immobilisa.
— Tu me demandes de ne plus faire attention ?
Claire comprit ce qu’il voulait dire. Elle sourit.
— Non. Je te demande de me baiser plus fort.
Le regard de Julien changea.
— Là, c’est plus clair.
Sa première poussée profonde fit crier Claire.
— Voilà.
Il recommença. Le rythme devint rapidement aussi brutal que celui de Mathis, mais différent. Julien restait droit derrière elle, la tenant fermement par les hanches et l’attirant à lui à chaque mouvement.
Claire sentit quelque chose de presque animal monter en elle. Elle ne voulait plus réfléchir. Elle voulait seulement sentir. Ses seins se balançaient sous elle. Ses doigts griffaient la serviette. Sa vulve était brûlante, hypersensible après les orgasmes précédents. Chaque pénétration menaçait de la faire jouir de nouveau.
Claire tourna la tête. Mathis était assis à côté d’eux, encore essoufflé, incapable de détacher les yeux de la scène.
Cette vision acheva de l’exciter.
— Tu regardes quoi ?
Il eut un sourire.
— Toi.
Claire ferma les yeux.
— Alors regarde.
Julien accéléra. Elle sentit son orgasme arriver avec une violence presque douloureuse.
— Continue.
Il continua. Claire cria. Son corps entier se contracta autour de lui. Pendant quelques secondes, elle n’entendit plus rien que le sang battant dans ses oreilles.
Julien ralentit. Puis se retira. Claire se retourna juste à temps pour le voir jouir sur son ventre et ses cuisses.
Elle resta là, allongée sur le dos, couverte de sueur, de sable et de sperme.
Le silence revint. Claire regarda le ciel. Elle aurait dû ressentir quelque chose de précis. De la honte. Du regret. Peut-être une inquiétude. Elle ne ressentait rien de tout cela. Seulement une satisfaction immense. Et une légère incrédulité.
Elle éclata soudain de rire. Mathis la regarda.
— Quoi ?
— Rien.
— Tu ris après avoir couché avec deux inconnus ?
Claire se redressa sur les coudes.
— Justement.
Julien lui tendit une bouteille d’eau. Elle but longuement. Puis regarda les deux hommes. Quelques minutes auparavant, ils lui semblaient presque intimidants. Maintenant, ils avaient l’air étrangement démunis.
Claire sourit.
— On va se baigner ?
Mathis la fixa.
— Maintenant ?
— J’ai du sable partout.
Julien rit.
Claire se leva nue et partit vers l’eau sans les attendre.
Après quelques secondes, elle entendit leurs pas derrière elle.
Elle entra dans la mer jusqu’aux cuisses. L’eau froide lui arracha un cri. Puis elle plongea. Sous la surface, le silence était absolu.
Claire nagea quelques mètres avant de remonter. Les deux hommes étaient près d’elle. Personne ne parlait. Et pour la première fois depuis le début de la scène, Claire éprouva autre chose que du désir. Une sensation étrange. Une légèreté. Comme si elle venait de franchir une porte qu’elle n’avait jamais réellement su fermée.
Ils restèrent encore quelque temps dans l’eau. Puis chacun regagna sa serviette. Ils se rhabillèrent avec un calme presque absurde.
Aucun numéro ne fut échangé. Aucune promesse.
Lorsque Claire remit son haut de maillot, Julien demanda simplement :
— Ça va ?
Elle le regarda. La question lui plut.
— Très bien.
Mathis passa son sac sur son épaule.
— On se reverra peut-être.
Claire sourit.
— Peut-être.
Ils remontèrent tous les trois le sentier jusqu’au parking. Là, leurs chemins se séparèrent.
Claire resta quelques secondes près de sa voiture après leur départ.
La mer apparaissait encore entre les pins.
Elle pensa à ce qu’elle venait de faire. À sa propre voix prononçant : J’ai envie de vous deux. Ce souvenir la troubla davantage que tout le reste. Pas ce qu’ils lui avaient fait. Ce qu’elle avait demandé. Claire monta dans sa voiture.
Les vacances venaient de prendre une direction qu’elle n’avait absolument pas prévue. Et, pour la première fois depuis longtemps, elle n’avait aucune envie de savoir où elle menait.









J'adore le premier chapitre 👀🧡
Merci ! C’est mon premier commentaire et j’en suis très heureux. Bonne lecture !