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On m’a dit que mon bébé était mort. Je me souviens de la voix du médecin, des mots qu’il a employés et de mon attente, juste après. J’attendais qu’il ajoute quelque chose. Qu’il se corrige, qu’on l’appelle depuis le couloir, qu’une personne entre dans cette chambre pour nous annoncer une erreur. Mais il a continué à parler, et j’ai compris qu’il attendait de moi que j’accepte.
J’aimerais pouvoir te raconter qu’en rentrant chez moi, j’ai trouvé du réconfort auprès des miens. Il y en a eu, au début. Puis mes questions ont commencé à déranger. On s’est inquiété de mes nuits blanches, des documents que je relisais, de mon refus de croire ce qu’on m’avait annoncé. Peu à peu, je me suis retrouvée à défendre mon état d’esprit avant même de pouvoir parler de mon enfant.
Tu vas entrer dans cette période de ma vie. Alors, avant que tu poursuives, je veux te dire ce qui t’attend.
Il sera question d’un bébé déclaré mort-né, d’une disparition après l’accouchement et de soupçons de trafic d’enfants. Tu partageras le quotidien de parents confrontés à la perte supposée de leur bébé, au deuil et à tout ce qui reste en suspens lorsqu’aucune explication ne suffit. Tu me verras traverser un traumatisme après l’accouchement, m’isoler et ne plus savoir comment demander de l’aide sans avoir peur qu’on cesse de me croire.
Il y aura aussi de la manipulation, des relations toxiques, des violences physiques et psychologiques. Des paroles qui me feront douter de mes souvenirs. De l’angoisse, de la méfiance, un sentiment de persécution qui prendra de plus en plus de place. Parfois, je ne saurai plus si quelqu’un cherche réellement à me nuire ou si l’épuisement m’empêche de comprendre ce qui se passe. Et cette incertitude me fera presque aussi peur que ce que je cherche à découvrir.
Je ne sais pas ce que tu apportes avec toi en ouvrant ce livre. Peut-être que ces sujets te sont étrangers. Peut-être qu’une seule de ces phrases vient de réveiller quelque chose de douloureux. Si c’est le cas, tu peux t’arrêter ici, revenir plus tard ou ne pas revenir du tout. Je ne te demanderai pas de te faire du mal pour connaître la suite.
Mon histoire est inventée. Ce qu’elle peut remuer en toi mérite pourtant de l’attention. Si tu en as besoin, ne reste pas seul avec ces émotions : confie-les à quelqu’un en qui tu as confiance ou à un professionnel.
Je m’appelle Emma Carter. Quand tu tourneras cette page, tu rencontreras une mère à qui l’on demande de faire son deuil.
Une mère qui a encore une question.
Si mon bébé est mort, pourquoi personne ne me répond ?








