Quête de fragilité
Fragilité. Un mot qui semble trembler de lui-même lorsqu’il est prononcé. Un mot pouvant qualifier n’importe lequel d’entre nous dans n’importe quelle situation.
Qui ne s’est jamais senti fragile ? Homme ou femme. Jeune ou vieux. Emotif ou insensible. Peu importe qui nous sommes et d’où nous venons, la fragilité nous atteint tous un jour.
Lui ne semblait pas y croire. Jamais il n’avait été fragile. Peut-être était-il l’exception à la règle. Peut-être était-il destiné à ne jamais rencontrer celle qui, selon les stéréotypes, caractérisait les femmes et provoquait la honte chez les hommes.
Depuis ses premières secondes la vie lui avait offert mille occasion de se sentir fragile. Elle avait tenté à de nombreuses reprises de le piéger, ou peut-être juste de le faire revenir à la réalité. Personne ne peut échapper à la fragilité éternellement.
Mais lui semblait pouvoir passer outre. Il était de ceux qui ne souffraient pas, qui ne ressentaient rien, mais pas de ceux qui niaient leurs émotions et, par analogie, leur part de fragilité. Il n’était pas non plus de ceux qui avaient tellement soufferts qu’ils en avaient oubliés comment ressentir. Lui n’avait jamais grandi dans un climat hostile, il n’avait pas connu le rejet et encore moins l’abandon. Bien sûr il avait vécu et donc comme tout le monde il avait affronté les épreuves de la vie mais là encore, il n’en avait pas souffert. En fait, jamais il n’avait eu à survivre.
Survivre. Serait-ce dans la survie que la fragilité prend tout son sens ?
Lui n’avait pas la réponse mais certains vous diraient que oui, que c’est lorsqu’on tombe si bas que l’on se retrouve non plus à vivre mais à survivre, que la fragilité vient frapper à notre porte. D’autres vous diraient que c’est l’inverse, que survivre nous rend plus fort. Ils vous diraient probablement que pour survivre il faut du courage, de la force et bien évidemment, de la volonté. Peut-être qu’il s’agit finalement d’un mélange des deux. Tout comme il n’y a pas de bons moments sans mauvais, il n’y a peut-être pas de force sans fragilité.
Lui ne vous dirait pas qu’il était fort. En fait, il n’en savait rien et ça ne semblait pas le déranger plus que ça. A quoi bon être fort après tout ? En revanche, il avait bien saisi l’importance de la fragilité. Dans ce monde où tout le monde cherche à se débarrasser de celle qui les blesse et les empoisonne, lui voulait comprendre. Comprendre pourquoi il ne pouvait la ressentir, comprendre ce qu’elle apportait et le plus important, comprendre le monde qui l’entoure. Voilà ce qu'apportait la fragilité, le don et la force de comprendre autrui.
Mais alors finalement, n’était-il pas le plus fragile d’entre nous ? L’incompréhension du monde qui nous entoure n’était-elle pas la plus grande forme de fragilité ?
Ainsi, lui qui était persuadé ne jamais avoir rencontré la fragilité l’avait en fait porté sur son épaule tout au long de sa vie.








