Faux-semblants

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Résumé

Paige Wright n'est pas venue à Loughborough University pour s'effondrer. Mais en vingt-quatre heures, son petit ami de longue date la trompe, la largue et l'abandonne dans l'endroit où elle l'avait suivi. La dernière personne qu'elle s'attend à voir intervenir, c'est Bruce—golden boy du rugby, en deuxième année, et meilleur ami de son frère. Ce même meilleur ami à qui on avait ordonné, il y a des années, de rester loin de la petite sœur d'Alfie. Sauf que Callum n'a jamais vraiment écouté. Pas quand il s'agissait de Paige. Alors quand elle lui demande d'être son faux petit ami—juste assez longtemps pour empêcher son ex de revenir à la charge—Callum accepte. Il la protégera. Il jouera le rôle. Il fera semblant. Mais faire semblant ne semble plus si faux. Et plus ils franchissent de limites, plus il devient difficile de se rappeler pourquoi elle lui était interdite au départ. Parce que Paige n'est pas seulement la petite sœur d'Alfie. Elle est la seule fille que Callum n'a jamais pu s'empêcher de désirer.

Genre :
Romance
Auteur :
Erin
Statut :
Terminé
Chapitres :
68
Rating
4.8 21 avis
Classification par âge :
18+

Chapitre 1

N.D.A. : Salut ! Ceci est un PREMIER JET, un livre absolument pas édité. Je ne me suis pas relue. Gardez ça en tête pendant votre lecture. Il y aura des fautes. Ne comparez pas ce texte à un livre publié et peaufiné par des professionnels.

Callum :

Mes pieds martèlent la pelouse. Le sang cogne dans mes oreilles. On est menés 14 à 6 par Durham. La foule hurle comme jamais entre les huées, les chants et mon nom crié de partout. C’est trop bruyant pour réfléchir.

Le rugby, c’est mon sport. C’est mon match. Je devrais avoir la situation en main.

« Allez ! » je crie aux gars en frappant frénétiquement dans mes mains. « On se bouge ! ON SE BOUGE ! »

Premier match de la saison et on est à la traîne. Il ne reste que quinze minutes pour redresser la barre. J'essuie mon front avec le bas de mon maillot quand une voix familière s'élève des tribunes.

« Range ça, le numéro 10 ! Personne ne veut voir ça ! »

Ça, c’est Paige. La petite sœur de mon meilleur pote. Il fallait que ce soit elle la plus bruyante de ce foutu public. Je n’ai même pas besoin de regarder pour savoir qu’elle sourit de toutes ses dents.

Je secoue la tête avec un rire avant de me reconconcentrer. Durham se place pour le renvoi. Le coup de pied monte haut et part en profondeur. Je surveille la balle, je sprinte et je saute pour la plaquer contre ma poitrine. Deux de leurs gars me rentrent dedans immédiatement pour me faire reculer. Les crampons dérapent, la terre vole, mes poumons brûlent. Je pivote et j'arrive à lâcher le ballon juste à temps.

On se replace. Jack charge, libère vite le ballon, et la balle revient dans mes mains. Un défenseur fonce sur moi. Je fais une feinte de corps, je repique à l'intérieur et je perce la ligne. L'adrénaline monte. La foule rugit. Je fonce comme une balle, mais je sais que je n'irai pas jusqu'au bout.

« Cal ! » David hurle sur l'aile.

Je lui balance le cuir. Ses doigts l'effleurent avant de le ramener contre lui. David est aussi rapide qu'une flèche. Il est parti. Le public se lève d'un bond, le bruit redouble. Il plonge, glisse et aplatit.

Le coup de sifflet retentit.

14-11.

On est de retour dans le match.

« Allez ! » je hurle en frappant l'air du poing. Je claque le dos d'Alfie pendant que les gars sautent sur David.

Je respire à peine et je dégouline de sueur, mais on a repris l'avantage psychologique. On peut remonter. Jack se prépare pour la transformation, calme comme tout. Trois pas, élan, frappe parfaite.

14-13.

Le boucan est assourdissant.

« On y est les gars ! Gardez la ligne serrée », crie Alfie en me tapant l'épaule alors qu'on court se replacer.

Durham repart à l'attaque avec un long coup de pied. J'annonce la réception, je bloque et je dégage. Ils jouent vite à la main, tentent d'écarter, mais Alfie monte et vient casser leur jeu. Le ballon tombe au sol. Je suis le premier dessus et je le ramasse avant que leur numéro 9 ne réagisse.

« Vas-y, Brucey ! » gueule quelqu'un.

Je baisse la tête et je charge. La ligne d'essai est en vue, mais leurs avants me percutent violemment. L'un en haut, l'autre à la taille. Le choc me coupe le souffle. Mes jambes luttent pour ne pas flancher. Je pivote et j'éjecte le ballon vers l'arrière juste avant qu'ils ne me traînent au sol.

Alfie est là, il rugit comme un dingue. Il percute tout le monde et nous fait gagner cinq mètres avant de se faire plaquer à son tour. Le ballon est sorti, recyclé, puis me revient.

Je jette un œil à gauche — Jack est libre — mais il y a un trou devant moi. C’est serré, mais ça passe. Je plonge d'un coup de rein puissant vers la ligne et j'aplatis le ballon au moment où des mains m'attrapent les jambes. Nouveau coup de sifflet.

17–14.

Roulé sur le dos, je fixe les projecteurs en essayant de reprendre mon souffle. Alfie se penche vers moi en grimaçant un sourire et m'aide à me relever. Les gars sont tous sur moi, ils me bousculent et me martèlent les épaules.

La foule devient complètement dingue. Un saxo joue, des tambours résonnent et tout le monde scande : « Brucey ! Brucey ! Brucey ! ». Je suis couvert de boue. Ça sent l'herbe, la terre et la sueur, mais je m'en fous. On peut gagner. Jack place son ballon, prend ses marques et frappe net. Les drapeaux se lèvent.

19–14

Il reste deux minutes. Durham jette toutes ses forces dans la bataille. Leurs gros bras martèlent notre ligne, les arrières fusent de partout pour trouver une faille. On ne leur laisse rien. Chaque placage est une muraille. Ils paniquent, nous on fait bloc. Quand ils finissent par commettre un en-avant, le sifflet de l'arbitre retentit, long et strident.

Fin du match.

On a battu Durham.

Putain de merde. On a gagné. Premier match de la saison et on se farcit les meilleurs.

« On t'aime, Brucey, bordel ! »

« Joli match, le 10 ! »

Le sifflet résonne encore quand on se rassemble, bras dessus bras dessous, nos maillots alourdis par la boue. Quelqu'un traverse le terrain pour une photo. On lève tous le poing en chantant comme des débiles. C’est le chaos total sur la pelouse pendant que le public exulte. On nous laisse cinq minutes avant que les coachs ne nous fassent signe de rejoindre la ligne de touche.

Les étudiants sont collés aux barrières. Ils gueulent et nous tapent dans les mains au passage. Paige est au premier rang, à moitié debout sur la rambarde, un bras en l'air.

Elle me hurle dessus, les mains en porte-voix : « Wouhou ! Numéro dix ! On dirait que t'as autant de jugeote que d'abdos ! »

« Ferme-la, Paige », je lui lance en passant.

« Ferme-la toi-même », réplique-t-elle avant d'enjamber la barre pour sauter sur le terrain.

Elle a toujours été comme ça : bruyante et impossible à ignorer. Des boucles blondes dans tous les sens, des yeux marron qui plongent dans les miens, et ce genre de sourire qui me fait oublier de détourner le regard. Elle s'est métamorphosée depuis le lycée. Elle a des formes, elle a de l'assurance et elle s'habille pour qu'on la remarque. Je déteste le remarquer. Et je déteste encore plus le remarquer depuis que j'ai quatorze ans.

« Sérieux, Paige », je grommelle. « Tu ne peux pas descendre ici comme ça. »

« Qu’est-ce qu’ils vont me faire, Callum ? Me mettre un carton rouge ? »

« T'interdire de stade à vie. »

« Oh non », traîne-t-elle, la main sur le cœur. « J'ai le cœur qui saigne. Qu'est-ce que je vais devenir ? »

Mes sourcils se lèvent alors que je la dévisage. Elle est vraiment foutrement canon. Elle était déjà l'une des plus jolies filles du lycée, et elle est carrément la plus belle ici.

Je souris en coin : « Quoi ? Ça ne te ferait rien de ne plus jamais venir me soutenir ? »

« Absolument rien. »

« Même pas pour moi ? »

« Surtout pas pour toi. »

« Et ton frère ? »

« Il s'en remettra. »

Je m'approche d'elle pour la dominer de ma stature. Elle ne recule pas d'un pouce. « Je vais devoir t'évacuer du terrain moi-même ? »

« J'aimerais bien te voir essayer. »

Sans prévenir, je fonce sur elle. Elle pousse un cri et esquive, mais je la rattrape par la taille. On lutte une seconde. Ses ongles s'enfoncent dans mon bras, sa veste se froisse sous ma main, son souffle est chaud et tout proche. C’est idiot, mais c’est électrique.

« Lâche-moi ! » couine-t-elle en riant, essayant de me repousser.

« Pas avant que tu sois hors de mon terrain. »

Elle s'agite dans tous les sens, mais elle ne se bat pas vraiment. Je souris comme un imbécile. Je prétends que c’est juste pour déconner alors que chacun de mes nerfs est en feu.

« Brucey ! Paige ! » la voix d'Alfie tonne vers nous.

On se fige. Son rire s'éteint. Elle lève la tête vers moi, ses grands yeux bruns pétillants de malice alors que sa poitrine est encore écrasée contre la mienne.

« Grillés », chuchote-t-elle.

« Complètement », je réponds. J'ai envie de l'embrasser, mais je sais qu'Alfie me tuerait s'il voyait ça. Je la repousse un peu brusquement pour bien montrer qu'on fait juste les gamins.

« Pourquoi est-ce que c’est toujours vous deux ? » aboie Alfie en arrivant à notre hauteur.

« Ce n'est pas toujours nous », dit Paige d'un ton blasé.

« Si, putain, ça l'est ! » siffle Alfie. Il accélère le pas pour nous rejoindre. « La veille de son permis, tu l'as convaincu — il me pointe du doigt — de prendre ma bagnole pour faire un tour. Mon père a failli m'étriper quand il l'a su. Et la fois où on a failli finir au poste parce que tu trouvais ça drôle de piquer une bouteille de tequila dans le buffet et de nous traîner en ville ? Et ne me lance même pas sur l'histoire des vaches à faire basculer. J'ai été privé de sortie pendant une semaine à cause de toi. »

« Désolée, Papa », sourit-elle.

« Ne commence pas », dit Alfie. « On était d'accord quand tu es arrivée à la fac : tu ne devais pas nous coller aux basques, Cal et moi. »

« Je ne vous colle pas du tout. Détends-toi, Le bigleux… »

« Ne m'appelle pas comme ça. »

« … Ça fait seulement un mois que je suis là, et c’était votre premier match. Un gros match en plus. » Elle sourit si largement que ça me retourne le cerveau. « Bravo, au fait. Vous avez assuré. »

« Merci », marmonne Alfie. « Mais tu n'as rien à faire là. »

« Je sais », dit-elle sans se démonter, « mais j'ai un service à vous demander. »

Alfie me jette un regard, la mâchoire serrée par l'agacement. Je ne comprends pas son attitude. Paige est marrante, vive, et loin d'être aussi insupportable qu'il veut bien le dire. Si ça ne tenait qu'à moi, elle serait tout le temps avec nous. Parfois, je préfère traîner avec elle qu'avec lui. Et je préfère largement la regarder.

Seigneur. Il faut que j'arrête.

C’est la petite sœur de mon meilleur pote. Elle n'a qu'un an de moins, mais ça ne change rien. Elle est intouchable. Terrain interdit. Et ce n'est pas comme si elle s'intéressait à moi, de toute façon.

Rien que d'y penser, j'ai l'impression de commettre un péché mortel. Je l'ai vue grandir. Je l'ai conduite à son bal de fin d'année. Je me suis occupé d'elle avec Alfie quand leurs parents travaillaient tard. Je lui ai même appris à faire ses foutus lacets. C’est moi qui intervenais quand les gamins l'embêtaient à l'école. J'en sais trop. J'en ai vu trop.

« Crache le morceau », lance Alfie d'un ton sec. « Qu'est-ce que tu veux ? »

« Ça va, Alf », j'interviens. « Laisse-la respirer, pas besoin d'être désagréable. »

« Pourquoi tu l'as défends toujours ? » rétorque-t-il. « Elle n'a rien à faire sur le terrain, et elle n'avait pas à faire de la lutte avec toi. »

« On rigolait, c’est tout. »

« Moi ça ne m'a pas fait rire. » Ses yeux sont fixés sur moi maintenant, plus sur elle.

« C’est parce que tu es un vieux rabat-joie. »

Paige s'intercale, son épaule frôlant mon bras. « Je peux me défendre toute seule, Cal. »

« Je sais bien », je réponds en la regardant. « T'as le caractère d'un bulldozer et la répartie qui va avec. Ça ne m'empêche pas de recadrer le Grinch ici présent de temps en temps. »

Son sourire s'étire, mais Alfie ne relève pas. Il se contente de la foudroyer du regard. « Qu'est-ce que tu veux, Paige ? »

« Tu vois les filles là-bas ? » Elle désigne un petit groupe qui attend près de la barrière.

En plein milieu se trouve Daisy — la meilleure amie de Paige — une blonde BCBG avec un décolleté plongeant et une jupe qui couvre à peine l'essentiel. Je lâche un soupir.

Daisy me harcèle depuis des années, et pas de façon flatteuse. C’est une vraie sangsue. Il y a un moment où on ne peut plus rejeter quelqu'un poliment, on finit par être obligé de se comporter comme un con.

« Et alors ? » demande Alfie, plein de morgue.

« Alf », je dis en posant une main sur son épaule. « On vient de gagner. Tu peux te détendre cinq minutes ? »

Il me repousse comme si je l'avais brûlé. « Qu'est-ce qu'il y a, Pidge ? »

Paige change de jambe, son regard passant de l'un à l'autre. Ses pommettes se colorent, signe qu'elle va sortir une énormité. « Eh bien... je leur ai peut-être dit que j'avais un certain crédit auprès des rugbymen… »

« Pourquoi t'as fait ça ? »

Son ton m'irrite et je perds patience. « Alfie, laisse-la parler putain. »

Paige me regarde, sachant que je serai plus coulant que lui. Elle lâche tout d'un coup, comme on retire un pansement : « Je leur ai dit que je pouvais vous faire venir à une soirée. »

« Une soirée ? » je répète pour être sûr d'avoir bien entendu.

Elle opine du chef en se mordillant la lèvre — et je dois lutter pour ne pas fixer sa bouche. « Ouais. Une soirée. »

Alfie lâche un rire sans aucune trace d'humour. « Absolument pas. Pas question que je traîne l'équipe à une fête de première année juste pour que Daisy et toi puissiez faire les malignes. »

« Tu étais à une fête de néo-étudiants il y a deux jours. » Paige croise les bras, pas impressionnée. « Ne sois pas un tel rabat-joie. Mes copines sont canons, c’est une maison immense, et elles adoreraient draguer les joueurs de rugby qui viennent de rétamer Durham. »

« C'est non. »

Elle tourne les yeux vers moi. « Allez, Cal. Tu ne penses pas que l'équipe mérite un peu de gloire ? Imagine toutes ces filles qui vont vous tourner autour. »

C'est clair que les gars adoreraient être entourés de filles prêtes à flatter leur ego. Ou à flatter d'autres parties de leur anatomie. Surtout si elles ressemblent à Paige.

Je regarde Alfie en haussant les épaules. « Elle n'a pas tout à fait tort. »

« Je ne vais pas faire la fête avec ma petite sœur ! » aboie-t-il, comme si l'idée même l'insultait.

« Je n'ai qu'un an de moins que toi ! » réplique Paige en haussant le ton. « Mon Dieu, pourquoi tu es un tel abruti parfois ? »

« Parce que tu fais toujours un caprice quand tu n'as pas ce que tu veux », dit-il. « Et je n'ai pas envie que mes coéquipiers draguent ma sœur. »

« Ils ne le font pas — tu leur as fait peur », dit Paige.

Alfie cligne des yeux, puis me lance un regard qui veut dire : comment elle sait ça ? Je hausse les épaules pour lui signifier que je n'en ai aucune idée.

Parce que je ne sais vraiment pas. Ce n'est pas moi qui lui ai dit.

Paige ne manque pas notre échange.

« C'est Mikey Gatley qui me l'a dit », lâche-t-elle aussitôt. « Et de toute façon, je ne toucherais pas à tes potes. Après Lewis, j'en ai fini avec les mecs pour un bon moment. »

Au nom de Lewis, le visage d'Alfie se ferme. « Je croyais que ça s'était fini proprement entre vous ? Tu avais dit qu'il n'y avait pas d'embrouille. Est-ce que je dois aller lui refaire le portrait ? »

Je le ferais avec plaisir. C'est un con avec un grand C. Il est arrivé à la fac avec nous, a intégré l'équipe de foot. Bon joueur, mais un ego démesuré. Tout le monde sait qu'il a traité Paige comme de la merde, même si Alfie et moi les avions prévenus de ne pas sortir ensemble.

Il l'a menée en bateau pendant trois ans, et elle l'a quand même suivi ici. Le jour de son arrivée, il l'a larguée devant tout le monde. Une scène monumentale sur le campus. C’est là qu’elle a appris qu’il se tapait une fille nommée Alicia pendant toute leur première année.

Je le savais. Je lui avais dit, mais elle ne m'avait pas cru. J'en avais parlé à Alfie et il m'avait dit que c’était faux. Alors j'avais traîné Alfie jusqu'à la piaule de Lewis. Lewis avait nié en bloc, la bouche pleine de mensonges, et j'avais failli lui briser la mâchoire. Alfie avait dû me ceinturer. Je savais qu'il y avait de la rancœur, mais Paige insistait pour dire que tout allait bien.

« Je ne parlerai pas de Lewis avec vous ! » crie-t-elle, l'air hagard et mal à l'aise.

Ça remue quelque chose en moi.

« Paige. » Ma voix se fait plus douce. Je fais un pas vers elle. « Tu sais que s'il t'a fait du mal, on s'occupera de son cas. Tu le sais, hein ? »

Son visage se durcit un instant. « Crois-moi. Lewis McIver n'en vaut pas la peine. C’est un déchet. Ce que je veux savoir, c’est si vous allez m'aider : venez à cette soirée, laissez les filles baver devant vos coéquipiers, et faites-moi passer pour quelqu'un d'un peu cool. »

J'ai envie de lui dire que c’est la personne la plus cool que je connaisse, mais Alfie me buterait s'il m'entendait lui faire un compliment devant lui.

À la place, parce que je n'ai aucune volonté face à elle, j'acquiesce. « D'accord, on viendra. »

« Quoi ? » s'exclame Alfie en se tournant vers moi. « Non. »

« Alf… »

« Pas question. Pas une soirée. Pas avec ses copines. » Il pointe son doigt vers Paige. « C'est hors de question. »

Les joues de Paige sont empourprées, ce qui lui donne un air plus jeune. « Oh, arrête ton cinéma, Le bigleux. Tu es d'un dramatique. Je vais devoir te supplier ? Tu veux que je te supplie ? »

Alfie ricane : « Oui. »

En même temps, je lance : « Non. On y sera. »

Le visage de Paige s'illumine. Elle sautille presque sur place. « Yes ! Merci Cal. » Elle m'entoure le cou de ses bras et dépose un baiser sur ma joue. La chaleur me monte au visage, je sais que je suis devenu rouge pivoine.

Alfie nous observe. Ses yeux se plissent. Ça me ramène direct à nos quatorze ans. Il m'avait demandé franco si j'aimais sa sœur. J'avais juré que non. Il avait dit tant mieux — parce que si c’était le cas, il m'enterrerait vivant et notre amitié serait finie.

C'est ce qui m'a conduit là où j'en suis. Une fille — aussi canon, drôle et troublante soit-elle — ne vaut pas la peine de perdre mon meilleur pote. Surtout que Paige ne m'a jamais donné le moindre signe que c’était réciproque.

Je la remets sur ses pieds et je cache mes mains derrière mon dos pour ne plus la toucher. « On doit aller se doucher et prévenir les gars. Envoie-moi l'adresse. On arrive dans deux heures environ. »

Elle écarquille les yeux. « Deux heures ? Mais la fête commence maintenant ! »

Je hausse les épaules. « On va d'abord prendre un verre au Pavillon, comme d'habitude. »

« On sera là dans deux heures », ajoute Alfie d'un ton plus froid. « C'est ça ou rien. »

Paige ne se laisse pas démonter et me sourit. « Marché conclu. Je t'envoie un SMS. Et ne soyez pas en retard, s'il vous plaît. Je vais dire à tout le monde que vous venez ! »

« Génial », marmonne Alfie en se passant la main sur le visage. « On s'est fait avoir. »

« À tout à l'heure, Cal », dit Paige. Il y a une étincelle dans ses yeux qui me noue l'estomac. « Salut, Le bigleux ! »

« Ne m'appelle pas comme ça ! »

Puis elle s'en va. Elle retourne vers ses amies avec une démarche chaloupée, terriblement sexy.

Alfie attend qu'elle soit hors de portée de voix avant de se tourner vers moi. « Pourquoi tu la soutiens toujours ? »

« C'est faux. »

« Si. À chaque fois. »

Je hausse les épaules en essayant d'avoir l'air détaché. « Parce que tu es toujours sur son dos. »

« Elle le mérite la moitié du temps. » Il secoue la tête en soufflant fort par le nez. « Je te tiens pour responsable si elle finit avec l'un des gars. Si je vois un de ces enfoirés l'embrasser… »

Rien que d'y penser, j'en ai les jambes qui flageolent. « Ça n'arrivera pas », je dis rapidement. « Tu les as déjà prévenus, non ? Tu es trop important pour que quelqu'un te trahisse. Et t'es bien trop taré pour qu'ils prennent le risque. »

Alfie me lance un regard de biais, entre la mise en garde et le défi. « Ça vaut pour toi aussi, tu sais. Tu es trop gentil avec elle et ça m'inquiète. »

« Parce que c’est comme si c’était ma sœur aussi, Alf. » Menteur. « Je veille juste sur elle. » Double menteur. « Je l'apprécie et je pense que tu devrais être plus coulant. » Ça, c’est vrai.

« Mouais », se contente-t-il de répondre en me scrutant.

S'il savait tout ce qui me passe par la tête au sujet de sa sœur, je serais déjà entre quatre planches.

« Allez, viens », je marmonne, ayant besoin de détourner le regard. « On pue. Et on a une fête qui nous attend. »

Alfie grogne et se dirige vers le tunnel. Je lui emboîte le pas, les yeux fixés sur le dos de son maillot, essayant de chasser la culpabilité et les images de Paige de mon esprit.

Ça ne marche pas.

Je suis raide dingue d'elle depuis des années.