Adieu

Tous droits réservés ©

Résumé

Le mal a été vaincu, la paix est revenue mais rien ne sera plus jamais comme avant. D'autant plus si tu n'es plus à mes côtés.

Genre :
Drama
Auteur :
Omelia_Plude
Statut :
Terminé
Chapitres :
1
Rating
n/a
Classification par âge :
13+

Chapitre 1

La pluie s’abattait sur le village. Le ciel gris versait les larmes qui ne devaient pas couler sur mon visage. Les trottoirs se paraient de flaques immenses reflétant des nuages aussi sombre que mes pensées et les visages familiers ne montraient guerre plus de réjouissances.

Nous le savions, bien sur, mais aucun de nous ne souhaitait réellement la suite des évènements. Moi la première.

Le son de tes pas s’est progressivement dissipé, englouti par la forêt maudite dont personne ne revenait jamais et j’ai ravalé mes sentiments avec grande difficulté. Les jambes enracinées dans le sol, contractées à outrance, j’ai lutté comme une lionne pour ne pas te poursuivre. Les poings serrés, la mâchoire solidement close, les yeux rivés sur la boue de mes bottes, j’ai laissé leurs murmures bienveillants tenter de remplir un vide qui jamais plus ne serait comblé.

Je ne devais pas m’interposer. Ta mission finie, il te fallait rentrer chez toi. Tant pis pour nos cœurs brisés. Au diable les sentiments. Quand on fait partie des ombres, le bonheur n’est que rarement au rendez-vous.

J’ignore comment j’ai affronté les jours, les semaines et les mois qui ont suivi. Peu importe mes efforts, tout n’est qu’un affreux mélange d’images floues et insipides. Je suis consciente de n’avoir jamais été seule, je les voyais se relayer à mes côtés pour me tenir hors de l’eau. Mais même entourée de toute cette chaleur bienfaitrice, je ne ressens que l’éternelle glace qui a pris racine ce jour-là.

Gangrénée par ses cristaux bleus, j’ai perdu toute joie de vivre. A croire que celle que tu as rencontré, à ton arrivée, ressortait du coffre d’où tu l’avais congédiée. Sa force doit s’être décuplée depuis sa libération car je ne me reconnais plus dans le miroir. Tous les matins, ce n’est plus cette jeune fille morne et apathique qui me fait face dans la glace. Non, c’est une tout autre personne au yeux ternes et cernés, au teint presque translucide et aux lèvres tombantes. Son corps bouge au même rythme que le mien mais je n’arrive pas à comprendre comment c’est possible.

Pour ne pas inquiéter mes amis, J’ai enclenché le pilote automatique pour redresser la barre mais cela n’a pas suffit car je les entends murmurer dans mon dos. Ils me scrutent en permanence comme si j’allais me briser d’un instant à l’autre, m’assistent dans la moindre de mes tâches -- même les plus petites -- tout en squattant ma maison l’un après l’autre.

À vrai dire, je les comprends. J’ignore comment je tiens encore debout ou comment je trouve la force de respirer tant l’oxygène me manque.

Une nuit, alors que le sommeil daignait enfin m’accepter après trois heures d’attente, l’idée farfelue de revivre notre aventure s’est manifestée. Le réveil forcé, quelques minutes plus tard, a achevé le peu de résistance qu’il me restait. Par chance ou malchance, je n’ai rien trouvé, dans mon chez moi, qui puisse me faire oublier jusqu’à mon nom. Mes gardiens bienveillants, se sont sans doute donné le mot car toutes les bouteilles et comprimés manquaient à l’appel. Ils avaient même scellé mes tiroirs de cuisine.

Allongée sur le carrelage, les larmes arrosant continuellement ma peau, la notion du temps m’est apparue comme un concept abstrait. L’apparition soudaine de mon lit, à travers les fibres tombantes sur mes yeux m’a laissé perplexe. Tout comme la bouillotte brûlante lovée dans mon dos. Par quel mystère étais-je arrivée là ? Aucune réponse, juste une certitude : une fois de plus, quelqu’un de dévoué se privait d’une journée de cours pour me veiller.

Ils me maintiennent en vie, non pas par égoïsme, mais parce qu’ils espèrent encore ton retour. Qui suis-je pour leur révéler la triste vérité ? Qui suis-je d’autre qu’une marionnette entre leurs mains pour décider quand l’espoir se meure ? De quel droit osé-je me rebeller et leur en vouloir de leur bonté ? Tant que ce cœur bat encore dans ma poitrine, ils ne me laisseront pas m’enfermer dans une spirale aussi noire que la nuit. Peu importe le nombre de chute, ils me relèveront toujours.

C’est à ça que ça sert, les amis, d’après eux.

Alors je me suis forcée à sourire même s’il n’atteindrait plus jamais mes yeux. J’ai redoublé d’effort et j’ai regagné ma place en classe, comme si de rien était. J’ai suivi le mouvement jusqu’à dissolution des plus gros doutes. Ils ne cesseront jamais de me garder à l’œil, j’en suis consciente, mais je veux les détourner de ces tourments, au moins quelques temps.

Cet après-midi, j’ai de la chance. J’ai réussi à m’isoler pour de bon. Être sans cesse couvée, sans cesse observée me fatigue et je suis las de tout. J’aimerais profiter de ce moment pour me reposer mais, bien sur, c’est peine perdue. Dès que j’ose fermer les yeux, je te revois sur le départ, juste avant que ta silhouette ne s’efface de mon champ de vision.

Si seulement j’avais eu la force de relever la tête. Si seulement j’avais prononcé ton nom. Peut-être aurais-tu trouvé le courage de refuser cette situation. Peut-être aurais-je eu droit, à mon tour, au bonheur. Mais je ne suis faite que pour n’en gouter que les premières miettes. Ce sentiment tant convoité n’est réservé qu’aux autres. L’ombre que je suis doit se contenter de l’admirer de loin et d’enfouir son amertume sous les faux-semblants.

C’est bien connu, la lumière est chaude, les ténèbres glaciales.

L’air frais m’envoute alors que mes pieds s’avancent vers le rebord. Les cris des autres, trop occupés à jouer au basket ou à se poursuivre en rigolant, résonnent jusqu’aux cieux rayonnants. Ta voix, lointaine, peine à passer au dessus du vacarme ambiant. Tes mots ne sont qu’une suite de syllabes étouffées par le tambourinement de mon cœur qui s’emballe subitement.

Une violente bourrasque balaye mes cheveux dans tous les sens. Les nuages blancs semblent danser devant mes yeux embués tandis qu’une silhouette se dessine, penchée par dessus la barrière. Dans un dernier sursaut de peine, je t’imagine m’observer dans ma descente. Sans doute par reflex, ma main cherche la tienne. Mais ce n’est qu’une autre illusion dont je suis la victime depuis ton départ.

Il n’y aura jamais que les ombres et le silence éternel pour m’accompagner désormais. J’aurais juste aimé pouvoir te dire adieu.